La nostalgie Chirac

chiracLes Français sont incorrigibles. Il y a deux ans, ils ont viré le père pour élire le fils, qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, mais faisait croire qu’il allait enfin changer la manière de gouverner. C’est ce qui passionna les Français. Et maintenant que le fils est au pouvoir, qu’il fait grosso modo la même chose que le père, mais en moins classe, les gens voudraient le retour du père. Du Vieux.

Le voilà, c’est Jacques Chirac! En tête du dernier classement des personnalités préférées des Français, établi par Paris-Match, avec un score écrasant de 74% d’opinions favorables (Sarkozy plafonnant à 41%, et Ségolène Royal à 38%), l’ancien président de la République, qui s’est retiré de la vie politique, connaît un retour en grâce inespéré. Et on a assisté à de beaux élans d’hommage à l’ancien chouchou des Corréziens, fondateur du RPR et vainqueur à deux reprises de l’élection présidentielle.

Une habitude, pourrait-on dire, au sujet de Jacques Chirac, tant cet homme a balloté dans le coeur des Français. Longtemps considéré comme mal-aimé, celui qui avait failli arrêter sa carrière politique en 1988, après son deuxième échec face à Mitterrand, avait été plébiscité en 1995, avant de connaître d’emblée un mouvement social de grande ampleur, qui le conduisit tout droit à la cohabitation, puis à une remontée lente à se construire dans les sondages, au bénéfice de l’irresponsabilité et de l’inaction. En 2002, malgré un score très faible au premier tour de la présidentielle, Chirac se paiera le luxe de représenter le « rempart de la démocratie » face à l’hydre Le Pen. Avant d’être de nouveau adulé en France pour ses positions fermes concernant la guerre en Irak. Puis encore vertement critiqué pour l’échec du référendum européen et la crise du CPE.

Aujourd’hui, Jacques Chirac est de nouveau en retrait. Impérial et égal à lui-même, au salon de l’Agriculture, au Conseil constitutionnel, ou dans le cadre de sa fondation pour la paix. Il n’agit plus, il n’a plus de prise sur le cours des choses, et c’est peut-être ce que les Français apprécient de lui. Réaction classique des commentateurs, parmi lesquels le kiwisien Gaulliste-Libre, on explique ce « retour » comme une condamnation du style Sarkozy, trop direct, trop populaire, trop grossier. Bref, pas assez « président », peut-être. Voire.

C’est cela qui est étonnant, c’est que ce style avait été annoncé par Sarkozy, qui semblait justement être applaudi par l’opinion pour cette promesse qu’il avait faite de changer le style. Manifestement, ça ne plaît pas à l’usage. Dans ce combat entre les anciens et les modernes, ces derniers ont peut-être perdu, leur exercice du pouvoir semblant vraiment trop arrogant et brutal.

Ce qui ne doit pas nous faire oublier le bilan désastreux de Jacques Chirac en tant que président de la République, ce que rappellent fort judicieusement, dans une proximité idéologique inédite, Criticus et CSP. Rien de notable n’aura été fait sous ses présidences, qui auront été une succession de reculs et de ratés, et une confirmation du déficit galopant apparu sous Mitterrand…

Mais au fond, si les Français sont incorrigibles, on peut en dire tout autant des sondeurs. Car franchement, intégrer des hommes politiques à la retraite dans ce genre de classement, ça n’a pas grand sens!

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11 Commentaires

Classé dans Politique

11 réponses à “La nostalgie Chirac

  1. Tiens oui, je suis assez d’accord avec CSP pour le coup.

  2. Jacques Chirac est difficilement défendable, toutefois et ce n’est pas pour jaboter, il a au moins permis de soustraire la jeunesse de l’hexagone aux joies d’une année de service auprès d’hommes qui n’en ont que le nom puisque ces derniers ne sont autres que ceux qui vivent dans d’infâmes habitations nommées casernes. Dit autrement, ce président a entamé la modernisation et la professionnalisation de l’armée française.

  3. Ah oui, c’est vrai, Pingouin, gloire donc au grand homme! 😉

    En douze ans d’exercice du pouvoir, sans compter plusieurs années passées à Matignon, on laisse forcément quelques traces…

  4. CPM

    Il nous a laissé bien mieux que tout cela :
    Le regroupement familial.
    Merci à lui.

  5. Gwynfrid

    74% peut-être, mais ça n’engage à rien. Si jamais il lui venait l’idée de revenir à une position de pouvoir quelconque, on verrait la réalité de sa surface politique. S’il est populaire c’est parce que, comme disait Tonton (Georges, pas François):

    « Il est toujours joli, le temps passé
    Une fois qu’ils ont cassé leur pipe
    On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
    Les morts sont tous des braves types ».

  6. @cpm

    Le regroupement familial, c’était Giscard, non?

    Je n’appelle pas ça une réussite, moi…

  7. Zita

    Le regroupement familial c’est Chirac 1er ministre sous Giscard, et si je ne me trompe à la demande de Bouygues et consorts…
    Ca partait d’une bonne intention, mais comme toujours il y a les effets pervers !

  8. lg

    Oui mais le refus d aller en Irak c est Chirac et De Villepin.. Heureusement que Sarko n etait pas au pouvoir du temps de Bush!

  9. @lg

    Evidemment… Mais je ne suis pas sûr que Sarkozy y aurait été favorable s’il avait été président en 2002.
    Quand on réfléchit un peu, on ne voit pas de différence majeure entre la guerre en Afghanistan et celle d’Irak : Chirac a accepté la première, pas la seconde. Pourquoi? Parce que dans le premeir cas, l’opinion n’y était pas défavorable, elle y était même prête, alors que pas dans la seconde, où les ficelles étaient bien trop grosses !

  10. Marseille capitale

    J’aime beaucoup ce papier. Sobre mais fouillé.

  11. schydlowsky ALAIN

    Je trouve désolant que certain(e)s de nos compatriotes aient la mémoire courte.
    Tandis que quarante sept de ses collaborateurs répondaient devant les tribunaux correctionnels de
    faits suffisamment répréhensibles ,Monsieur Chirac(Jacques) serraient les dents espérant échapper aux poursuites maintes fois tentées en vain tandis que d’autres croupissaient -certes à juste titre- en prison. Les faits qui font l’objet -enfin- de la mise en examen de « l’éternel incompris » sont pourtant moins gràves que ce pour quoi il aurait du répondre .L’essentiel est que la sentence ne réponde pas à l’adage selon lequel
    les verdicts sont prononcés « selon que l’on soit riche ou misérable ».

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