Hénin-Beaumont : le parti socialiste offre une voie royale au FN

François Hollande, Gérard Dalongeville et Marie-Noëlle Lienemann pendant la campagne de 2008.

François Hollande, Gérard Dalongeville et Marie-Noëlle Lienemann pendant la campagne de 2008.

C’est fait. Celui qui se croyait intouchable n’aura été déboulonné que par les policiers de la PJ de Lille et par la Justice. Gérard Dalongeville, maire PS d’Hénin-Beaumont depuis 2001, est derrière les barreaux depuis hier soir. En compagnie d’un ancien adjoint aux finances et d’un homme d’affaires, eux aussi incarécérés, il est mis en examen pour détournements de fonds publics, faux en écriture et favoritisme. Au-delà de cette affaire financière, c’est le PS qui est montré du doigt : par peur du FN, il aura attendu la semaine dernière pour lâcher Dalongeville. Un Front national qui désormais, avec Marine Le Pen aux manettes, n’a plus qu’à attendre la dissolution du conseil et la tenue de nouvelles élections.

Faillite du système Dalongeville, faillite de la démocratie, faillite du PS. C’est un triple désastre auquel les habitants d’Hénin-Beaumont assistent depuis plusieurs années, mais tout particulièrement depuis quinze jours.

Gérard Dalongeville, ancien directeur de cabinet de Pierre Darchicourt, l’édile précédent, l’avait poignardé dans le dos et avait raflé la mairie en 2001. Il avait alors été exclu du PS, et avait gagné le doux surnom de « Brutus ».

Il est aussi parfois appelé « M.85% », pour avoir augmenté de ce taux effarant les impôts locaux en 2004 (ce sera +10% en 2008, juste après les élections..)

Cette ville est en effet confrontée depuis plusieurs décennies à un endettement faramineux, qui a culminé sous l’ère Dalongeville. Aujourd’hui, le déficit atteint 12,7 millions d’euros, pour un budget municipal d’environ 38 millions!

Autant dire que depuis 2004, la chambre régionale des comptes (CRC) est au chevet des finances de la ville, et a formulé des rapports successifs qui n’auront peu ou pas été suivis d’effet.

En 2008, le PS bâtit une liste pour reprendre la mairie à Gérard Dalongeville. Las! La menace frontiste, incarnée par l’historique Steeve Briois, rejoint par Marine Le Pen, convaincra les socialistes de renoncer à leur projet, et de constituer une liste d’union de la gauche, avec le traître Dalongeville à sa tête! Et en numéro deux, la députée européenne Marie-Noëlle Lienemann. Le PS a ainsi cautionné une gestion douteuse et déjà calamiteuse de la ville.

Gestion d’ailleurs montrée du doigt à plusieurs reprises par la CRC. Pire, depuis décembre dernier, on savait que la division financière de la PJ de Lille enquêtait sur les comptes de la ville et on subodorait que Dalongeville était directement visé. Le jour où l’information avait fuité, de manière mystérieuse, il ne restait plus un Nord éclair en vente dans la ville aux aurores. Les services municipaux étaient passés par là.

Sollicitée à l’époque pour réagir à ce déni de démocratie et cette atteinte intolérable à la liberté de la presse, la désormais patronne du PS, Martine Aubry, s’était bien gardée de condamner qui que ce soit. C’est bien simple : elle n’avait même pas daigné répondre. C’est plus pratique ainsi.

Jusqu’au bout, le PS restera solidaire de Gérard Dalongeville, malgré les protestations du MJS (mouvement des jeunes socialistes), le seul qui ait osé s’opposer au maire en place. Il faudra attendre un ultime rapport de la CRC, accablant, rendu public le mardi 31 mars, et une menace de suspension du maire par le préfet du Pas-de-Calais, pour que le PS se décide enfin à lâcher le maire d’Hénin-Beaumont, et à demander à ses troupes de ne pas voter le budget de la ville.

 Seuls deux élus s’exécuteront, parmi lesquels Marie-Noëlle Lienemann. En guise de représailles, ils seront déchus de leurs délégations lundi dernier, lors d’un conseil municipal houleux où il était évident que Dalongeville courait à sa perte. Impassible, imperturbable, il se croyait intouchable. Le PS décidera donc d’exclure tous ceux qui ont voté pour la mise au ban de Lienemann. Mais il était trop tard : le lendemain matin, mardi, Dalongeville était arrêté et placé en garde à vue.

La semaine dernière, déjà, son adjoint à l’urbanisme avait été arrêté, soupçonné d’avoir réalisé une plus-value de près de 700 000€ sur la vente d’un terrain qu’il aurait lui-même converti d’agricole en constructible. Ce qui montre un peu l’état d’esprit dans lequel on travaillait à Hénin-Beaumont. Ce qu’on en déduit, c’est que certains se croyaient tout permis. Ambiance!

Dalongeville, dont il faut rappeler qu’il est présumé innocent, est soupçonné de son côté d’avoir bâti entre 2006 et 2008, avec les deux autres suspects, un système de fausses factures dans un but d’enrichissement personnel. Pour l’instant, le parquet évoque un préjudice de 900 000€ pour la ville, mais le montant final pourrait monter jusqu’à 4 millions d’euros! Soit un tiers de l’endettement de cette commune de 20 000 habitants… Et pour couronner le tout, les enquêteurs ont déniché, dans le bureau du maire, un coffre contenant 13 000€ en liquide. C’était pour payer les baguettes de pain des employés municipaux?

Maintenant, que va-t-il se passer à Hénin-Beaumont? Peut-on craindre un nouveau Vitrolles, comme le suggère Marc Vasseur? La municipalité en place, privée de son maire, peut-elle raisonnablement se maintenir? Et si elle s’auto-dissout, et que les électeurs sont de nouveau conviés aux urnes un an après avoir été convaincus par un « front républicain », que vont-ils faire? Le risque, ce sera alors l’abstention. Marine Le Pen, décidément, a une voie royale à deux mois des élections européennes. Si elle gagne, la responsabilité des instances régionales du PS sera directement engagée.

6 Commentaires

Classé dans Politique

6 réponses à “Hénin-Beaumont : le parti socialiste offre une voie royale au FN

  1. Frenchbaldman

    Ce qui est super rigolo, si j’ose dire, c’est que tous ses colistiers « savaient » que Dalongeville n’était, disons « le meilleur candidat » en 2008 face à Marine et à Steeve. Ils ont quand même soutenu, le chanteur Renaud venant à l’appui, cette liste pour « faire barrage à la peste brune ». La belle affaire, faire barrage à la peste brune, quand on cache ses propres turpitudes! Le vice qui rend hommage à la vertu.
    C’est pour Marine et Steeve que je voterais si j’habitais Hénin-Beaumont!
    Forza Marine! Forza Steeve!

  2. ça fout la gerbe des infos comme ça !

  3. Bon We de Pâques chafouin !

  4. Le Parti socialiste n’avait pas besoin de celà !

  5. Pingback: Hénin-Beaumont : les vestes se retournent du bon côté « Pensées d’outre-politique

  6. Comme vous le dites dans votre article,le Parti Socialiste donne une voie royale à Marine Le Pen,c’est ce que pensent une majorité de Français après les abus des partis opposants et les affaires publiques.Hénin Beaumont sera la première capitale du renouveau FN si l’on comprends bien ce qui se dit.Je ne fais partie d’aucun parti,je suis logique dans l’étude,et à ce sujet j’ai fait un article sur Steeve Briois qui se présente avec de grandes chances à Hénin,cause d’effet par le PS décevant.On peut lire mon point de vue sur SEGARD SANGATT. Bien amicalement à tous.Jean SEGARD de CALAIS.

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