Obama et la Turquie : mais de quoi je me mêle?

Photo Ouest-France

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Hier en Turquie, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a apporté son soutien – sans surprise du côté américain – à la candidature d’Ankara à l’entrée dans l’Union européenne. Une fois passée l’envie de lui demander de se mêler de ses oignons, on réalise que cet appui est le meilleur argument pour stopper les négociations d’adhésion et envisager un partenariat privilégié avec ce pays.  Ce sujet sera-t-il l’un des éléments clefs de la campagne pour les européennes, qui peine à démarrer?

Ne voyez pas dans ce billet un prolongement du débat d’hier (qui se poursuit en commentaires) : il n’a tout simplement rien à voir. Pour moi, on peut considérer la Turquie comme faisant partie de l’occident, mais l’Union européenne n’est pas seulement un ensemble géopolitique mais aussi un conglomérat institutionnel qu’il faut diriger et conduire dans une même direction, tant bien que mal. Il importe donc d’être très prudent, de manière générale, sur les candidatures à l’entrée dans ce bloc, ce que nous n’avons jamais vraiment fait jusque-là.

Hier en visite à Ankara, Barack Obama a donc plaidé en des termes sans équivoque pour une entrée de la Turquie dans l’UE, qu’il dit soutenir « fermement », mettant en avant « des siècles d’histoire, de culture et de commerce partagés (entre l’Europe et la Turquie) qui vous unissent », assurant que cette entrée renforcerait le bloc européen, et qu’« évoluer vers l’adhésion de la Turquie à l’UE constituerait un signal important » qui permettrait notamment de « continuer à ancrer fermement la Turquie en Europe ».

C’est ce qu’on appelle une forme d’ingérence dans les affaires des autres pays, comme l’a tout de suite fait remarquer Nicolas Sarkozy avec diplomatie : « Je travaille main dans la main avec le président Obama, mais s’agissant de l’Union européenne, c’est aux pays membres de l’Union européenne de décider ». Certes! Et s’agissant de sa propre opinion de la question, le président français a été très clair malgré ses atermoiements passés : « J’ai toujours été opposé à cette entrée et je le reste. Je crois pouvoir dire qu’une immense majorité des Etats membres (de l’UE) est sur la position de la France », a-t-il ajouté.« La Turquie, c’est un très grand pays allié de l’Europe et allié des Etats-Unis. Elle doit rester un partenaire privilégié, ma position n’a pas changé », a déclaré le chef de l’Etat.

Le soutien américain cache certes une volonté de plaire au monde musulman, puisque dans le même temps, Barack Obama a asséné que son pays n’était pas, et ne serait jamais en guerre avec l’Islam en tant que civilisation et en tant que religion. Mais il confirme surtout la vision anglo-saxonne de l’Europe. De tout temps, la politique étrangère britannique a consisté à faire en sorte qu’aucun leadership fort n’émerge sur le « continent ». Et en ce qui concerne l’Europe, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont toujours soutenu une union purement économique du continent, qui pour eux est une simple affaire de libre-échange, en freinant des quatre fers dès que le mot « politique » était prononcé. Dès qu’il s’agissait d’avancer ensemble dans une direction commune.

Dans cet esprit, une adhésion turque – et c’est de mon côté la principale raison de mon opposition à celle-ci – tuerait dans l’oeuf les vélléités de construire cette Europe politique. Avec le poids démographique qu’elle représente, elle constituerait un bloc important qui déstabiliserait les institutions et rendrait difficile toute volonté commune d’avancer.

Au fond, la Turquie a-t-elle vraiment envie d’une destinée commune avec l’UE? Que veut-elle, si ce n’est bénéficier des facilités économiques qu’accorde l’Europe? Et bien concédons-lui ces avantages par le biais via un partenariat privilégié, et tout le monde sera content. La mort du rêve de construction d’une Europe politique est un prix à payer beaucoup trop lourd à côté du faible objectif d’ancrer la Turquie dans le « camp » de l’Occident. N’en déplaise à madame Aubry. La Turquie y est, fait partie de l’Otan, et ne basculera pas du côté de l’Iran ou de l’Arabie Saoudite, que diable!

21 Commentaires

Classé dans Europe, International

21 réponses à “Obama et la Turquie : mais de quoi je me mêle?

  1. Sur le sujet tu devrais lire le dernier billet de Quatremer dans lequel il se plie à l’exercice de la politique fiction avec le Mexique qui deviendrait le 51ème Etat des USA sous pression d’Angela Merkel.

    C’est très drôle.

  2. Le titre est tip top. Rien à rajouter🙂

    Bonne journée

  3. koz

    S’il fallait encore nous motiver pour savoir si l’on souhaite ou non l’entrée de la Turquie dans l’UE, qu’il suffise de rappeler qu’elle mettait son veto à la nomination de Rasmussen à l’Otant pour le sanctionner de ne pas avoir condamné la publication des caricatures de Mahomet.

    J’ai beau avoir ma propre opinion sur cette affaire, il est évidemment inacceptable de faire une telle pression sur l’UE, de surcroît sur une question qui touche à la liberté d’expression (même si…).

  4. @Seb

    Oui, je l’ai mis en lien, Quatremer a en effet visé juste…

    @Koz

    Certes! C’est un argument montrant aussi ce que peut donner une société laïque intégrant un état soi-disant laïc mais en fait musulman. Mais la question religieuse ne peut à mon avis être un argument déterminant, car sinon, cela excluerait la Bosnie par exemple.

    @Falcon

    Bonne journée à toi aussi!😉

  5. Je suis totalement d’accord avec ce billet. L’adhésion de la Turquie ne se conçoit que si l’on abandonne toute tentative d’Europe politique, pour se limiter à une simple zone de libre échange. De façon étonnante, le premier à le rappeler n’est autre que Benoît Hamon, porte-parole du Parti Socialiste, hier chez Apathie :

     » – Vous êtes candidat, Benoît Hamon, aux élections européennes. Vous êtes pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’Europe ?

    – Moi j’ai toujours été pour. L’Union européenne est un grand marché intérieur. C’est d’abord une union économique et je ne vois pas de raison à ce qu’un marché comme le marché turc, et un pays comme la Turquie, ne rejoignent pas cette grande union économique. »

    Cela a au moins le mérite d’être clair.

  6. @Xerbias

    … mais c’est assez décevant de la part des socialistes. Martine Aubry a dit peu ou prou la même chose.

  7. P.S car si ce n’est qu’un grand marché intérieur, on se demande pourquoi on élirait des députés et qu’on abandonnerait autant de parts de puissance publique.

  8. koz

    Ca a effectivement le mérite d’être clair, et je l’avais manqué. C’est un peu surprenant, voire triste, de voir que l’un des plus grands partis français abandonne toute ambition dans la construction européenne.

  9. Pingback: Koztoujours, tu m’intéresses ! » Pour l’intégration de la Turquie aux Etats-Unis

  10. Gwynfrid

    Bonjour, je voulais vous répondre, mais je l’ai fait chez Koz, finalement (http://www.koztoujours.fr/?p=3875#comment-93374).

    Je suis un peu intrigué par votre remarque « Aubry a dit peu ou prou la même chose » (que B.Hamon). La déclaration que vous mettez en lien à la fin du billet ne va pas dans ce sens, ou bien aurais-je raté quelque chose ?

  11. polluxe

    @ chafouin : « Mais la question religieuse ne peut à mon avis être un argument déterminant, car sinon, cela excluerait la Bosnie par exemple. »

    Vous confondez question religieuse, au sens place de la religion, laïcité, etc… et religion elle-même.
    La situation actuelle de la question religieuse en Turquie avec l’AKP à la tête du pays (et les évènements récents par rapport à Rasmussen le montrent) rend cette adhésion risquée au vu notamment du poids démographique de ce pays.

    Tiens Kouchner se réveille : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/04/07/adhesion-de-la-turquie-a-l-ue-la-volte-face-de-kouchner_1177666_823448.html

  12. Les déclarations d’Obama concernant la Turquie sont probablement une des « concessions » faites aux Turcs pour compenser le fait qu’il n’aient pas mis leur veto au choix du nouveau patron de l’Otan (le danois Rasmussen je crois). En effet, cette absence de veto a dû être arrachée aux turcs, ceux-ci n’étant pas poussés à accepter vis-à-vis de la puissance de leur diplomatie dans leur région d’influence. On sait maintenant quelle était la facette publicisée de ces compensations. Obama tente de jouer de son supposé plébiscite par l’international et il aurait tort de s’en priver.

    A mon avis, vraiment pas la peine d’en faire tout un fromage, la réponse de Sarkozy ayant été pour une fois tout à fait adaptée à la situation. On a franchement d’autre chats à fouetter en ce moment, et les Turcs ont à mon avis fait leur deuil d’une intégration complète dans l’UE.

    Même si votre billet est plutôt bien foutu😉

  13. Je m’étonne de cet article. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre la candidature de la Turquie. Il s’agit d’honorer la parole de l’Europe qui a promis d’entamer des négociations avec la Turquie. Le fait d’entamer le processus ne préjuge de rien, y compris d’un coup d’état militaire en Turquie qui repousserait l’entrée éventuelle sine die.
    Anticiper sur les résultats de ce processus est une erreur politique car elle risque de braquer les turcs et de les pousser encore un peu plus du côté américain. Ce qu’évidemment espère Barack Obama. Nous devons donc donner toute sa chance à la négociation et si celles-ci aboutissent tant mieux, si elles n’aboutissent pas tant pis. Mais dans ce cas il y a fort à parier que ce sera du fait de la Turquie qui n’aura pas su faire les réformes nécessaires pour rejoindre l’Europe.

  14. @vpoizat

    Il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’adhésion de la Turquie, dites-vous?

    Pour moi, si. Toute la question est là. Mieux vaut se poser la question avant qu’après. C’est une queqstion de respect pour les Turcs. Il sera trop facile, ensuite, de dire « bon ben maintenant qu’on est allé aussi loin, on ne peut reculer… »

    Je me fiche donc de la parole de l’Europe, qui en matière d’adhésion, fait tout et n’importe quoi, prend ses désirs poru des réalités, et préfère élagir avant d’approfondir, ce qui est une erreur monumentale.

    Déjà, intégrer dix Etats d’un coup en 2004 nous a coûté cher politiquement. On a remis el couvert deux ans plu stard. Et on voudrait intégrer encore un autre Etat, qui pose question sur son appartenance géographique et culturelle à l’Europe, et qui en plus a un poids démographique équivalent à l’Allemagne?

    Si vous voulez détruire l’Europe, anéantir ses vélléités de devenir un continent politique, faisons-le.

    Mais il ne faudra pas s’étonner, ensuite, qu’il existe des souverainistes et des rebelles à l’Europe.

    « Anticiper sur les résultats de ce processus est une erreur politique  »

    Non, c’est promettre l’adhésion qui a été une erreur politique.

    @Moktarama

    Vos explications sont convaincantes, et en même temps, c’est une position ancienne des Etats-Unios, qui est pour tout ce qui affaiblit l’Europe, et qui dans le même temps, a vraiment intérêt à intégrer la Turquie au « camp » occidental.

    Mais c’est ne rien comprendre à ce qu’est l’Europe pour ceux qui veulent en faire autre chose qu’un marché.

    @polluxe

    Non, je ne crois pas que je confonds, car la religion est un élément important de la culture et de l’identité, il me semble. Si la Turquie était vraiment laïque, cela ne me poserait pas triop de souci, mai son voit bien que ce n’est pasle cas, il y a des militaires qui ont un poids important dans le pays, et Erdogan ose, comme vosu le rappelez, menacer de véto le danois Rasmussen pour des questions religieuses.

  15. Zita

    Mais les militaires ne sont-ils pas les garants du soupçon de laïcité qui perdure en Turquie ?

  16. A part que je crois pas que Obama est trop de poids dans les affaires Européenes, je crois que la Turchie devra renoncer d’abord à quelques « petites » choses internes dues à la culture
    envers les femmes et autres absurdités qui se passent encore en Turquie, malgrè ce soit un pays surement intéressant. Ce sera intéressant de voir si ce pas sera fait en futur de votre part(votre gouvernement) et le leur et les allemands.
    A suivre avec intéret !
    Fabia

  17. @Zita

    Des militaires garants de quoi que ce soit dans une démocratie, déjà, moi, ça me pose problème. Et ça n’a pas empêché Erdogan de menacer l’Otan quand on envisageait de nommer Rasumssen à la tête de l’organisation, en s’appuyant sur l’affaire des caricatures de Mahomet…

  18. Gwynfrid

    Justement, le problème avec la Turquie, c’est que plus il y a de militaires = laïcité, mais que démocratie = moins de laïcité. Dur à avaler pour des Français. Devons-nous pour autant rejeter la Turquie pour défaut de démocratie ? Si nous la rejetons pour défaut de laïcité, nous risquons d’être les seuls en Europe, ou presque. Voir les Polonais, les Anglais, les Allemands…

  19. Je crois qu’OBAMA a exprimé mon avis personnel.
    Ce qu’on ne comprends pas dans vos réactions c’est quand on parle de non laïcité en Turquie.

    Je prends par exemple la France: La France a musellé l’église. Il n’y a pas de liberté réligieuse en tant que tel en France. Vous ne pouvez pas vous habiller en tenue pastorale sans qu’on ne vous arrête pour vous demander des papiers de votre existence; ce qui ne se fait pas en Angleterre ou aux Etats-Unis.

    La France ne reconnait que le catholicisme. Or tout le monde ne peut pas être catholique.
    Les prêches aux E.U sont très libres et parfois très durs mais en France, c’est des églises dormantes moins énergiques.

    Pendant la campagne, tous voulaient entendre Obama; c’est à cause de ses prêches. C’est le style des églises libres, autonomes qui prêchent la vérité
    sans épargner la politique américaine. La vraie liberté de parole doit se trouver dans les église.

    La France est très en retard sur le monde dans la question de liberté réligieuse.

  20. histoire

    bonjour,

    Je voulais d’abord preciser que la Turquie attend une eventuelle adhesion depuis le fin de la seconde guerre mondial!La resond du refus,je pense,c’est qu’il s’agisse d’un pays dont la religion est l’Islam.Et pour revenir a Rasmussen oui Erdogan avait tout simplement raison.Il ne s’agit pas ici d’une simple liberté de parler ou de s’exprimer mais tout simplement le respect aux autres et a leur croyence.Ampathisser.Imaginer vous qu’un pays musulmans fasse la meme chose avec jesus christ ou la vierge marie!Que feriez vous?Bref d’autre part concernant la laicité, la turquie refuse le port du voile et de toute autres objet au sein des ecoles notamment les universitées ce qui n’est pas le cas en france(dans les ufr),parailleurs elle a été l’un des premier pays a accorder le droit de vote aux femmes(Mustafa kemal ataturk) ect…Pour finir je voulais vous poser une derniere question: pourquoi avoir adherer des pays tel que et surtout la Roumanie alors que c’est un pays pauvre et agricole(et moi developpé que la turquie)?et les 10 autres pays?e pense qu’aucun argument est valable car le but ultime c’est de refuser quoi qu’il advienne l’adhesion de la turquie.

  21. @histoire

    Des caricatures du pape, de Jésus, de Marie, il y en, a dans notre propre pays, et de bien plus ignobles que celles qui ont été publiées au Danemark sur Mahomet… Et je ne vais pas brûler quoi que ce soit pour autant.

    Deuxio, si vous commencez par dire qu’aucun argument n’est valable pour refuser l’entrée de la Turquie, je ne vois pas pourquoi vous venez discuter… Mais je vais quand même vous répondre.

    Et je vais vous faire une confidence qui montre uen certaine cohérence dans mes propos : j’étais également opposée à l’entrée de la Roumanie et des dix autres pays de l’Europe de l’est intégrés en 2004 (enfin, pour la plupart), car j’estime qsu’on doit CONSTRUIRE l’Europe avant de songer à la faire grandir éternellement.

    Plus on est nombreux, plsu il est difficile de faire avancer les choses, comme on l’a vu en 2005, puis à Lisbonne. On doit se battre avec bcp d’énergie pour faire changer uen virgule d’un texte, c’ets fatigant.

    Bref, comme pour moi l’Eurppe est tout sauf un marché (si c’est cela, alors je demande qu’on arrête de faire des abandons de souveraineté à Bruixelles : il suffit dans ce cas de régir ce marché et point barre), j’estime qu’on doit réfléchir à ce qu’on veut faire ensemble avant de demander à plein d’autre pays de nous rejoindre.

    Dans ce cadre, la Turquie est bien sûr LE pays auquel s’opposer, car non seulement il y a une différence culturelle importante, vous l’avez dit, au sujet de la religion, mais surtout, elle a un poids démographique qui en ferait d’emblée un des principaux pays européens! Un peu comme la Pologne, en son temps.

    Enfin, je pense qu’il n’est pas anodin de dire qu’on serait aussi aux portes de la poudrière du moyen orient, et ça, ce n’est pas non plus une bonne idée.

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