Face à la crise, le surendettement?

Coup de fil de ma banque, l’autre jour. Quand on me passe la communication, je suis un peu inquiet, car ces institutions appellent rarement pour souhaiter la bonne année. Pourtant, non, au téléphone, la voix est charmante, enjouée, presque printanière.

« Allo, monsieur chafouin? Oui, c’est la BNP. Nous voudrions vous informer que votre carte Aurore dispose de taux exceptionnels en ce moment.

– Ah oui?

– Oui, oui, c’est une occasion en or à ne pas laisser passer!

(je coupe tout de suite son envolée lyrique)

– Tiens, justement, je me demandais comment me débarrasser de cette carte, car je ne suis pas dupe des taux que vous pratiquez. Vous pouvez m’expliquer comment faire?

(je sens un soupir déçu, le télémarketing, c’est compliqué)

-Vous êtes sûr? Parce que les taux sont super intéressants en ce moment! Vous pouvez faire une belle affaire!

(agacement)

– Oui, je suis sûr, je sais très bien où ça mène ce genre de truc.

– Mais si vous avez besoin de faire un achat ça peut être super intéressant!

(je commence à en avoir marre de sa passion pour le crédit revolving, et de son expression « super intéressant »)

– Si je n’ai pas les moyens, je n’achète pas. Comment on fait pour jeter cette carte?

–  Bon, eh bien il faut vous rapprocher de votre agence. Mais vous allez perdre des taux super intéressants!

– Oui, vous venez de me le dire quatre fois, déjà, non?

– Oui, bon, ben, au revoir monsieur chafouin.

J’avais reçu cette carte Aurore il y a plusieurs années, quand en démarrant ma vie de jeune professionnel dynamique, j’étais régulièrement à découvert. Emporté par la soudaine liberté qui s’offrait à moi, je dépensais sans compter, ce qui occasionnait de petits problèmes de fin de mois… Mon conseiller me l’avait conseillée en me parlant d’une « réserve d’argent en cas de coup dur », et ne sachant pas qu’il s’agissait de crédit revolving, j’avais accepté.

Il s’agit en réalité d’une carte qui vous permet de dépenser sans réfléchir une somme moyennement importante (en l’occurrence, 1 000€), sur laquelle les banques et organismes de crédit pratiquent des taux de plus de 20%!

Une fois que je l’ai su, j’ai caché cette carte au fond de mon dossier « banque », et je n’y touche plus. Idem quand j’ai payé en trois fois ma machine à laver : j’ai reçu en échange une deuxième carte Aurore (cette fois estampillée Cetelem), que j’ai elle aussi planquée dans la dite pochette.

En échange de quoi, je reçois chaque semaine des courriers me rappelant que si je le souhaite, je peux à tout moment disposer de ma réserve! JHe me cite beaucoup en ce moment, mais il faut avouer que j’écrivais la même chose l’an dernier :

Il faut avoir le courage de dire que les entreprises à la Cetelem sont complices de cette situation. Complices de ces situations de désespoir, qui se règlent devant la commission de surendettement de la Banque de France. Vous savez, ces procédures de règlement personnel (Loi Borloo de 2003) qui entraînent la vente de tous vos biens, si vous en avez. Et qui n’assurent aucun suivi social : plusieurs années plus tard, vous revenez parfois faire un petit coucou à la commission : les mêmes causes produisent les mêmes effets.

C’est bien, la Liberté. Dans nos pays modernes et civilisés, on en devient naïf : comme il est “interdit d’interdire” (mai 68 produit des effets étranges, parfois…), on autorise donc des compagnies sans foi ni loi, sans scrupule ni morale, à pilonner les gens de publicité dans l’espoir qu’ils vont mettre le doigt dans l’engrenage. Alors bien sûr, j’entends déjà les libéraux de tous poils grincer des dents, et rétorquer que chacun est responsable de soi. Quand la loi n’est pas forcément morale, on en arrive là. Quand la morale est “personnelle” et ne doit pas sortir de la vie privée, on en arrive là aussi. C’est un peu comme si j’installais un stand d’armes à feu et de somnifères devant la maison des dépressifs. S’ils m’en achetaient, ce ne serait pas de ma faute s’ils l’utilisaient ensuite.

Par bonheur, je suis assez informé et suffisamment prudent pour ne pas utiliser cette carte. Et surtout, je n’ai jamais été en difficulté financière telle que je sois tenté de le faire.

Est-ce le cas de tout le monde? Non. L’UFC-Que Choisir, qui s’est indignée récemment à Lille des pratiques des établissements de crédit concernant le crédit révolving, suggère d’interdire le démarchage de ce genre de produit. Selon son enquête, lorsque des crédits ont été proposés en cas d’achat d’un matériel d’électroménager, « 73% des distributeurs ont orienté le consommateur vers un crédit revolving, 82% des établissements n’ont donné aucune information claire et lisible sur les caractéristiques du prêt (coût total, taux à long terme) et 91% n’ont pas vérifié la solvabilité de l’emprunteur » !

Figurez-vous, également, que dans 87% des cas de surendettement, il y a du crédit revolving. Et qu’en moyenne, chaque dossier comprend pas moins de cinq crédits de ce type! Quand on a un trou dans son budget, il est tentant d’en creuser un autre pour le reboucher… Avec les intérêts qui s’accumulent.

Surtout qu’au lieu de démarchage, il faudrait parler de véritable harcèlement! Tout le monde reçoit des propositions alléchantes dans sa boîte aux lettres, qui sont en réalité de véritables traquenards, mais une fois que vous avez mis le doigt dans l’engrenage, on ne vous lâche plus… On vous pilonne, dans le but de vous faire craquer.

Et on appelle même pour vous proposer des taux « super intéressants ».

Une situation qui ne va pas s’améliorer avec la crise…

C’est quand, déjà, que le gouvernement se penche sur la question? Fin mars?

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16 Commentaires

Classé dans Chafouinage

16 réponses à “Face à la crise, le surendettement?

  1. Complètement d’accord. La question est : faut-il autoriser la publicité pour le crédit ?

  2. Tiens, je suis d’accord avec toi. Même attitude, mêmes constatations.
    La seule différence, peut-être, est que je n’attends rien de ce gouvernement sur ce sujet.
    Sarko ne vantait-il pas l’endettement pendant la campagne électorale ? Rien ne me fait penser qu’il ait changé d’avis.

  3. Ah je retrouve Laurent ici même ! Il ne me lâche pas !!!!

    « Faut-il interdire la publicité pour le crédit »

    A force d’imaginer ce genre de chose, on débouche sur une société complétement morte et dépendante de ce que l’Etat (ou plutôt le législateur) comme bon pour les citoyens.

    Ca touche à la liberté de l’être humain, je suis assez étonné de lire tout cela. Interdire ? Pourquoi ne pas commencer par rendre obligatoire l’enseignement de la chose économique ? Créer une matière de « enseignement de vie sociale » dans laquelle les rouages et les dangers du système sont évoqués ? Pourquoi ne pas parler des taux dans l’enseignement ? Doit-on aller a l’école pour apprendre uniquement des poèmes et disséquer des grenouilles ou jouer de la flutte ?

    Soyons sérieux un instant.

    C’est marrant en lisant ton titre Chafouin, je pensais à la crise et à ses conséquences. On pourrait très bien écrire le même billet, en remplaçant le ménage ou le consommateur par l’Etat. A la différence près que l’Etat lui, sait très bien les effets néfastes du surendettement…

    Bonne Journée

  4. Comment ne pas ètre d’accord en tout point avec ce papier?
    Ces gens la se comportent précisément comme ces courtiers
    indélicats (et le qualificatif est faible…) aux Etats-Unis,
    à l’origine de la crise des subprimes. Juste une affaire d’échelle peut-ètre.
    Mais que voulez-vous mon brave monsieur, ils ont des objectifs
    à atteindre au sein de leur boite. Sinon, ils passent pour des incapables
    qui ne sont pas à leur place dans cet univers de prédateurs.
    On ne sera pas étonné, en conséquence, que c’est bien la clientèle la moins fortunée
    qui rapporte le plus aux banques en ce moment.
    M’enfin, il n’y a pas mort d’homme, juste certains jetés à la rue.
    Et comme le dit si bien « Denis ROBERT », « Tout va bien puisque nous sommes en vie ».

  5. Obi-Wan Kenobi

    @ ant.
    « Sarko ne vantait-il pas l’endettement pendant la campagne électorale ?  » La France des propriétaires, j’avais oublié cette bonne blague-là ! Euh, au fait, quelqu’un y avait cru à 80 % de propriétaires (donc endettés sur 20, 25 ou 30 ans) en France ?

  6. laloose

    @seb : un peu facile de penser qu’en instituant des cours d’économie un peu plus poussée on évitera à des « pauvres » gens de tomber dans le piège… d’une part tout le monde n’a pas vocation à s’interesser à ce genre de sujet, d’autre part les effets ne s’en feraient sentir qu’à long terme, et enfin les profiteurs en tous genre trouveraient d’autres arnaques du même acabit. Alors oui la liberté tout ça c’est beau, maintenant si les banquiers, assureurs ou autres prêteurs sur gages n’ont plus aucune morale et mettent en place des systemes de plus en plus sophistiqués pour arnaquer les gens, alors il faut bien que l’Etat le fasse. Non pas en interdisant le crédit revolving (quoiqu’on pourrait se poser légitimement se poser la question), mais en interdisant son démarchage, ou du moins en encadrant strictement sa promotion.
    Je ne vois rien de totalitaire là dedans.

  7. lg

     » Si je n’ai pas les moyens, je n’achète pas. » c’est un peu old fashion votre motto.. mais je pense que ça va revenir à la mode.

  8. @gaulliste libre

    Interdire la pub? Vaste débat. Juste pour le crédit, ou pour ce type de crédit? Si c’est pour le crédit en général, non. On a besoin de crédit.

    En revanche, on n’a pas besoin de crédit revolving, encore qu’il s’agit de la seule source de crédit pour bon nombre de gens (même raisonnement que pour les subprime, d’ailleurs…). Donc je serai assez pour limiter la pub pour ce cas-là. Pour éviter qu’il y ait trop de victimes.

    @obiwan

    Il y a une nette différence entre s’endetter sur 30 as, en ayant les moyens de rembourser (lune banque ne te prêtera jamais, sinon…) et se surendetter avec des taux exorbitants (et là, la banque ou l’établissement de crédit se fiche de ta solvabilité!)…

    @ant.

    Je n’en attends rien, mais j’espère qu’il réagira… L’Etat n’a pas intérêt à ce qu’il y ait trop de surendettés, dont le nombre explose actuellement, et pas uniquement dans le Nord!

    @Seb

    Non. L’Etat a un rôle de régulation sociale, et doit veiller à ce que le gros ne bouffe pas le petit. Et donc il doit forcer le gros à informer correctement le petit. Et doit veiller à ce que le harcèlement ne constitue pas une atteinte à la liberté de consentement du petit.

    La « liberté de l’être humain » dont tu parles, c’est celle du petit, ou celle du gros? C’est la liberté de se faire entuber?

    Ceci dit, tu as raison en préconisant l’enseignement de l’économie, quand j’étais en droit je m’étais dit que l’enseignement de la science politique devrait être obligatoire.

    Mais ne nous leurrons pas. Tout le mond en’est pas forcément capabale de comprendre.

    En revanche, apprendre à gérer un budget, ça, ce serait une idée. Des assos le font, d’ailleurs. J’ai assisté à des « cours » de ce style, et c’est assez étonnant.

    Ta conclusion est très intéressante. Sauf que l’Etat a des capacités de remboursement nettement supérieures à celles de Dédé.

    @laloose

    oui, arnaque me semble être le mot tout à fait approprié! Ok pour encadrer la promotion et interdire le démarchage à domicile.

    @boyer

    « On ne sera pas étonné, en conséquence, que c’est bien la clientèle la moins fortunée
    qui rapporte le plus aux banques en ce moment. »

    Je ne crois pas que la clientèle la moins fortunée soit celle qui rapporte le plus aux banques… Je suis même convaincu du contraire!

  9. Obi-Wan Kenobi

    @ Chafouin :
    Je sais bien ! C’était juste une bonne blague hors sujet ! Parce que sinon, je suis complètement d’accord avec toi : je suis endetté sur 20 ans à un peu moins de 4 % pour ma maison mais je me tiens éloigner de toutes les cartes de crédit revolving.

  10. @ Chafouin

    Bien sûr, il s’agit uniquement des crédits à la consommation de type revolving. J’avais fait un papier sur ce sujet suite à la publicité pour la carte de crédit Double Action de je ne sais plus quelle banque où les taux avoisinent les 20%…

    @ Seb

    Désolé…

  11. Monoi

    Vous ne trouvez pas que ce billet est en contradiction avec votre billet precedent?

    A la difference que sur l’affaire precedente il y a mort d’hommes.

    Mais bon, comme les banquiers ne peuvent pas etre rendus responsables des accidents de train (pour le moment en tout cas), c’est la faute de ceux qui ont traverse les voies (a raison d’ailleurs).

    La, parce qu’ils sont trop con pour lire ce qu’ils signent (pas trop con pour gagner leur vie ou elever des enfants par contre), c’est pas de leur faute?

    Quand a l’etat en tant que regulateur social, il faudrait quand meme qu’il montre l’exemple quand il s’agit d’endettement vous ne croyez pas?

    Je vous rappelle au passage que la protection du petit contre le gros (dans le sens ou tout le monde a les memes droits et devoirs), c’est une des base du liberalisme.

  12. Martine

    @chafouin: « Il y a une nette différence entre s’endetter sur 30 ans, en ayant les moyens de rembourser (lune banque ne te prêtera jamais, sinon…) et se surendetter avec des taux exorbitants (et là, la banque ou l’établissement de crédit se fiche de ta solvabilité!)… »
    eh bien pas toujours! quand on prend plusieurs crédits à la consommation, que le trou se creuse, qu’on ne sait plus comment le reboucher, on fait quoi? on fait appel au rachat de crédit!! Donc on garde le taux exorbitant, et on rajoute une durée sur 20 ans! ou comment payer plus d’intérêts que de capital au final…
    (sans oublier le taux variable, dont les clients de ce genre de crédit n’anticipe pas nécessairement l’évolution)

    Ah et je voudrais rajouter aussi, en ce qui concerne l’éducation, que je croise aussi un grand nombre de personnes avec un très faible niveau d’éducation qui prennent des crédits. Est-ce que cette méthode permettrait de vraiment réduire le « coeur de cible » des crédits à la conso? j’en doute.

  13. Non, pas toujours en effet… Mais vous remarquerez qu’un credit revolving, c’est une forme de crédit à la consommation…

    Sur votre conclusion, j’avoue que je ne comprends pas votre thèse. Quelqu’un qui est éduqué sait qu’il ne peut dépenser plus que ce qu’il n’a, quel que soit son milieu social.

    @monoi

    Non, je ne trouve pas qu’il y ait contradiction. Dans un cas, il est évident que la SNCF ne peut mettre un agent devant toutes ses barrières pour fair eun cours explicatif sur les dangers sur la vie humaine des trains roulant sur des rails.

    En revanche, dans le cas qui nous préoccupe, on a des banques qui font en sorte que des pauvres types se fassent arnaquer. Cela n’enlève pas leur responsabilité personnelle à ceux qui contractent des engagements qu’ils ne pourront tenir, bien sûr, mais il y a une action positive de la part de la banque, quand dans le cas précédent, on reproche à la SNCF une absence d’action.

  14. koz

    Marrant, pour avoir du valider, juridiquement, les publicités pour du crédit revolving, je ne me fais évidemment aucune illusion sur les intentions des établissements concernés.

    J’entendais que l’Etat envisage des dispositions… Moi, j’en propose une… On n’interdit pas la publicité pour ces crédits à la consommation, mais on la règlemente juste dans le sens de la vérité : on interdit de faire de la publicité pour des taux préférentiels sur une durée limitée.

    Je n’ai pas dit qu’on s’interdisait d’en faire, hein, faut pas décourager les établissement financiers de faire des cadeaux aux clients…

    Mais on interdit toute annonce du type « 3,25%… pendant 3 mois », suivie en plus petit évidemment de « 20.5% ensuite ». La publicité se ferait dans ce cas sur les seules 20,5%, plus conformes à la réalité. Tiens, faudrait que je fasse un billet, un de ces quatre, pour le proposer…

  15. Obi-Wan Kenobi

    D’accord avec Chafouin sur la réponse qu’il fait à monoi : les deux sujets ne sont pas totalement parallèles. Un acte intentionnel est toujours plus condamnable que l’absence d’acte. Même si, en effet, lorsque je vois les reportages sur les « victimes » des sociétés de crédit, je les trouve pour certaines assez désarmantes de naïveté.

  16. Pingback: Hashtable » Zodiacalacon – une réédition

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