Fessons la défenseure des enfants

fessee1Voilà une information de premier plan, qui est pourtant passée inaperçue, écrasée par le vacarme médiatique qui a entouré deux non-événements : le passage à la télé, hier soir, de Nicolas Sarkozy (j’avais un poker, désolé), et la mise en cause de Bernard Kouchner, l’intouchable, le saint, dont les larmes ont failli m’émouvoir, mercredi soir sur France 2. Il faut lui conseiller une carrière de comédien,  à ce médecin devenu politicien. Puis chargé d’études plutôt bien rémunérées pour le compte d’Omar Bongo.

Mais revenons à nos moutons. Jugez plutôt de la gravité de ce qui suit : embrayant sur la lamentable proposition du Conseil de l’Europe, et sur pression de l’ONU, la défenseure des enfants (une autorité administrative indépendante), Dominique Versini, propose d’interdire les châtiments corporels pour les enfants, au sein des familles et des écoles, dans son rapport sur l’application par la France de la convention internationale des droits de l’enfant.

On avait déjà parlé ici de cette initiative du Conseil de l’Europe, qui avait lancé  en juin 2008 une campagne d’information à destination des parents, pour que ceux-ci, incorrigibles moyenâgeux, cessent de torturer leurs gentilles têtes blondes, et entrent enfin dans la modernité.

« Les effets nocifs de la fessée sont scientifiquement indiscutables », scande la fondatrice de l’association Ni claques, ni fessées, Jacqueline Cornet. On aimerait les connaître! Rendez-vous compte! Une tape sur la joue, un coup de pied aux fesses, une chiquenaude, risqueraient de totalement déséquilibrer le pauvre chérubin. Une horrible destinée lui est promise : assurément, un garçon fessé aura toutes les chances de redoubler des classes, puis de se droguer, de se prostituer, et au final, de terminer sa vie dans la rue et la délinquance. Cessez tout de suite d’être ferme, vous risquez de lui gâcher sa vie!

Je force le trait à dessein, bien sûr.  Encore une fois, et pour anticiper sur les commentaires qui s’indigneraient de voir la fessée sanctifiée, il faut le dire : oui, une éducation sans élever la voix, une éducation pleine d’autorité calme et bienveillante, est la meilleure des choses. Oui, la violence sur un enfant est un aveu d’échec, quoique se pose peut-être ici une question de degré. Oui, des enfants sont persécutés par leurs parents. Oui, certains sont indignes et pervers, et se vengent sur leurs enfants de leur propre médiocrité. 

Une fois qu’on a dit ça, on se demande ce qu’une loi vient faire là-dedans. Sachant que comme Dominique Versini le reconnaît elle-même, les règles actuellement en vigueur « permettent de réprimer les violences de manière générale, retenant comme circonstance aggravante l’âge de la victime de moins de 15 ans et le lien d’ascendant ou d’autorité de l’auteur envers l’enfant ». Et sachant aussi qu’on sait que Dominique Versini a publié cet avis à la suite d’une visite à la Réunion où le problème est culturel, selon elle. A-t-on vraiment besoin d’une loi, ou s’agit-il juste de céder à l’air du temps?

Aujourd’hui, les textes admettent le « droit raisonnable de correction corporelle au profit des parents ». Et 87% des parents interrogés par Le Figaro reconnaissent en user de temps à autre. N’est-ce pas suffisant, de condamner les parents qui exagèrent, en laissant les autres libres de leurs choix éducatifs? N’est-ce pas suffisant, de sanctionner l’abus, qui est au centre du débat? Doit-on, une nouvelle fois, s’immiscer dans l’éducation, qui n’est pas du ressort de l’Etat, mais, faut-il le rappeler, des familles? A-t-on besoin, une nouvelle fois, de persister dans cette philosophie de l’enfant-roi, qui n’a pas produit que des bonnes choses, loin s’en faut?

Voici déjà ce que nous écrivions l’an passé au sujet de la proposition du Conseil de l’Europe :

Dans les faits, dans la vraie vie, que voit-on? Des enfants brimés, battus, traumatisés? Des atteintes à la dignité? Oui, cela existe, même en France. Mais quand on n’a pas d’enfant, il suffit de se balader dans un supermarché ou dans n’importe quel lieu public (je ne parlerai même pas de super nanny)  pour constater le désastre éducatif actuel, le caractère pathétique des adultes que les marmots mènent par le bout du nez. Depuis qu’on les vouvoie, qu’on leur demande leur avis (y compris pour des questions qui leur échappent totalement), qu’on en fait l’égal des grands, les enfants déraillent, car ils sont perdus.

N’est-ce pas cela, qui est une atteinte à leur dignité? Qui est la vraie atteinte à leur dignité? N’est-ce pas là qu’il faut agir, au lieu de continuer à culpabiliser des parents souvent bien impuissants à trouver des solutions?

Et puis, si l’on veut un peu élargir le sujet, il est assez amusant de voir que les Etats et les organisations internationales, lorsqu’ils sont impuissants à règler la mission pour laquelle il ont été choisis (la gestion de la cité), s’emparent très vite de la question du bien et du mal pour se mettre à édicter des lois morales. Mais depuis quand, en définitive, le Conseil de l’Europe est-il mandaté pour dire aux parents comment ils doivent éduquer leurs enfants?

La remarque est toujours valable!😉

17 Commentaires

Classé dans Société

17 réponses à “Fessons la défenseure des enfants

  1. Adrien

    Mais voyons, évidement que la fessée traumatise les enfants ! Regardez moi, issu d’une famille catholique (non pratiquante, il est vrai), j’ai du recevoir au moins … oui, une bonne demi-douzaine de fessées dans ma vie (dont la majorité oubliée, il est vrai, mais le refoulement n’est-ils pas la preuve du traumatisme), et après de tels châtiments corporels me voilà … athé ! Mais ce n’est pas tout ! Imaginez : j’ai également redoublé une année lors de mes études supérieures ! 21 ans, et toujours affecté par les fesses rougies plus de 10 ans auparavant ! Et je ne parlerai même pas de la drogue, de cette demi-douzaine de fois que j’ai du partager un narguile avec des amis ! Vraiment, la fessée, c’est mal !

    Plus sérieusement, je suis (une fois n’est pas coutume😉 ) entièrement d’accord avec vous. S’il est évident que les abus doivent être sanctionnés, la « punition corporelle » (celle qui fait mal sur le coup et ne laisse pour trace qu’une fesse ou une joue rougie) utilisée avec parcimonie est très probablement plus « saine » pour le développement de l’enfant que de laisser passer toutes les bêtises, de céder à tous les caprices.

    Vive le MNPF (Mouvement National Pour la Fessée) !

  2. Tiens, vous aussi êtes membres du MNPF?😉

  3. Excellent billet. Merci !

  4. Ce qui est amusant, avec le Conseil de l’Europe, c’est qu’il peut à la fois, donc, prôner l’interdiction des châtiments corporels sur les enfants, d’une part, et, d’autre part, défendre le multiculturalisme, et donc, in fine, l’acceptation de pratiques culturelles violentes. Le serpent qui se mange la queue, quoi…

  5. Blanche

    C’est vraiment pitoyable je trouve.
    N’ont-ils rien de mieux à proposer?
    Nous aimerions bien les voir, ces tests scientifiques pour prouver l’effet néfaste d’une fessée, ou d’une claque…

  6. Les violences corporelles sont interdites par la loi. Les peines sont mêmes aggravées lorsqu’il s’agit de mineurs.Vous viendrait-il à l’esprit de frapper l’enfant d’autrui lorsque vous le trouvez mal éduqué ?
    Mais les vôtres vous appartiennent c’est vrai.
    La fessée, d’accord, ça ne peut pas faire de mal. La fessée déculottée, pourquoi pas ? La gifle, c’est normal. Un coup de poing, après tout… Tant qu’on y est, préconisons l’usage du martinet, c’est plus efficace !
    Soit on se permet de violenter ses enfants, soit on ne se le permet pas.

  7. Dans la mesure où cela reste mesuré, je ne vois pas en quoi l’Etat viendrait se mêler de la façon dont untel veut éduquer ses enfants. Et je ne parle pas de martinet…

    Si vous aviez lu le billet, vous sauriez que si la loi punit les violences corporelles, elle autorise aussi le « droit raisonnable de correction corporelle au profit des parents ». Tout est question de mesure, il me semble.

  8. C’est ce que je dis : il n’y a aucune cohérence. On dit d’une part que les violences contre les enfants sont inadmissibles, et d’autre part on autorise leurs propres parents à en user contre eux.
    Qu’est-ce que ça veut dire ? On n’a le droit de frapper que ceux que l’on aime ?
    L’éducation peut très bien se passer de châtiments corporels, comme l’a fait la politique pénale.
    Il ne s’agit pas de dire aux parents comment ils doivent éduquer leurs enfants, mais de faire respecter les droits de ces derniers à l’intégrité corporelle.
    Car il n’y a pas de « mesure » dans la violence, surtout pour un enfant.

  9. « Car il n’y a pas de “mesure” dans la violence, surtout pour un enfant. »

    Il n’y a pas non plus de mesure à la dérive d’un enfant qui n’est pas éduqué. Je ne dis pas que la « violence » (somme toute relative, n’exagérez pas) d’une fessée soit indispensable, mais grosso modo, ceux qui exigent qu’on cesse de « torturer » les enfants sont les mêmes que ceux qui les laissent tout faire.

    Moi, je ne défends pas la fessée en tant que telle. Je n’ai pas encore d’enfants, et j’espère pouvoir m’en passer (de fessée, pas d’enfant) dans leur éducation. Mais je trouve vraiment hilarant que notre époque se targue d’humanisme à ce niveau, quand on voit la façon dont sont abandonnés à eux-mêmes les enfants.

    On prétend donner des leçons, en plus!

  10. Je comprend ces arguments, mais je suis sur qu’en cherchant un peu on trouvera exactement les mêmes pour soutenir il y a quelque temps le droit des maîtres d’écoles aux punitions corporelles…

    Je n’exagère pas, c’est une question de principe. Soit on autorise les parents à violenter leurs enfants, soit non. Je pense justement que ce n’est pas à l’État de dire aux parents ce qu’ils ont droit de faire (fessée, gifle) ou pas (bastonnade, ceinture).
    Si on autorise la fessée, on admet comme principe que les parents ont droit de lever la main sur leur enfant.

    Enfin, l’argument de la bonne éducation est faux : les gens violents sont en général ceux qui ont subi dans leur enfance des violences. D’où l’intérêt de mettre un terme à toute forme de violence familiale.

  11. @ Paul : on peut tout à fait faire une distinction entre châtiments traumatisants ou non…

  12. « on peut tout à fait faire une distinction entre châtiments traumatisants ou non… »

    Ah bon… Quels sont tes critères ?
    La force de frappe : combien de newtons ?
    Le volume de larmes versées : combien de millilitres ?
    L’intensité sonore des pleurs : combien de décibels ?

  13. Eh oui, il faut trancher arbitrairement, Paul, sinon on ne peut plus prendre aucune loi! Est-ce ce que tu veux ?

  14. Est-ce que je veux quoi ? Mais dis-donc faut se relire avant d’appuyer sur le bouton ! Sinon attention la fessée😉

  15. Oups pardon j’avais lu un peu vite, ta phrase était censée et je passe pour un con !
    Bref pour conclure j’ai un peu de mal à accepter la loi existante qui dit en gros que tant qu’on envoie pas son gosse à l’hôpital on peu faire à peu près tout ce qu’on veut avec son corps. Un enfant n’est pas un animal de compagnie et il a le droit au même respect de son intégrité corporelle que tous les êtres humains.

  16. « tant qu’on envoie pas son gosse à l’hôpital »

    Tu exagères, Paul. Les violences contre les enfants, ou les violences conjuguales, commencent bien avant !

    Mais mettre sur le même plan une fessée est excessif.

  17. miss

    T’es bête criticus, c’est justement ce que dit paul…

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