Noël et l’espérance face à la crise

Je m’associe pleinement, sans arrière-pensée aucune, à l’appel publié hier dans douze quotidiens français, sur le thème « Noël dans la crise : un rendez-vous pour l’espérance ».

Signé par des personnalités telles que Eric-Emmanuel Schmitt, Michel Rocard, Alain Juppé, Jean-Claude Guillebaud, Xavier Emmanuelli, Jacques Delors ou François-Régis Hutin (Koz s’y est également retrouvé, et Toreador le publie également), ce texte nous invite à conserver espoir et courage face à la crise dans laquelle l’économie mondiale se trouve plongée, et qui aura des conséquences sur la vie de chacun d’entre nous. Ou presque.

Cette tribune n’est pas seulement un texte péremptoire qui se contenterait d’incantations et de grandes phrases. Elle constitue une vraie nouveauté, et un signe fort, en ce qu’elle cite carrément, en réponse à la crise, les grands principes de la doctrine sociale de l’Eglise, dont nous avons déjà parlé ici. Celle-ci n’est pas une alternative au régime politico-économique actuel, mais consiste plutôt en une série des recommandations qui lui permettraient d’allier efficacité et justice, ce qui n’est définitivement pas le cas aujourd’hui.

Ce n’est bien sûr pas un hasard si cette tribune est publiée à Noël, une fête qui célèbre l’arrivée d’un signe apparemment dérisoire comme réponse aux « ténèbres ». Qui célèbre l’humilité d’un Dieu, qui quoi qu’on en pense, a décidé d’incarner son infinité dans un petit bébé. Et a choisi de venir au monde comme le plus pauvre des humains, dans une étable. Hier, pendant la messe de minuit, le prêtre qui célébrait l’office nous invitait à chercher dans nos vies ces signes d’espoir, ces réponses à nos propres ténèbres. Elles y sont.

Ce n’est donc pas une crise qui va nous abattre : mais elle est une occasion pour essayer de révolutionner le système, de sortir de la folie, de revenir à un système dans lequel l’économie est au service de l’Homme. Et où l’Homme n’est pas seulement une « ressource ».

Mais j’arrête ici mes bavardages, et après vous avoir souhaité, à tous, de goûter à cette joie simple (mais tellement profonde) de Noël, je vous propose le fameux texte :

« Au moment où le monde entier se trouve engagé dans une crise économique qui frappera en priorité les plus démunis et dont personne ne peut mesurer la durée et la gravité, Noël demeure une espérance.
La naissance du Christ parmi les plus pauvres, dans une étable, autant dire presque dans la rue, mais aussi de nombreux textes bibliques et écrits sociaux des Églises chrétiennes, nous renvoient à des  références éthiques essentielles pour affronter la crise.
La pensée sociale chrétienne qui s’appuie sur ces références n’est pas une alternative à un quelconque système économique mais  un socle de réflexion qui a vocation à inspirer tout mode d’organisation durable de la société.

Ce socle repose sur deux priorités: celle de l’homme sur l’économie, l’économie est au service de l’homme et non l’inverse, et celle des pauvres sur les privilégiés, l’équité condamne une trop grande inégalité entre les revenus.

Ces deux priorités  définissent les six piliers fondateurs de la pensée sociale chrétienne: la destination universelle des biens  (la propriété privée est légitime si son détenteur en communique aussi les bienfaits à ceux qui en ont besoin) l’option préférentielle pour les pauvres, le combat pour la justice et la dignité, le devoir de solidarité, le bien commun et le principe de subsidiarité (faire confiance à ceux qui se trouvent au plus prés du terrain pour résoudre ensemble leurs difficultés).
Et, en leur temps, les Pères de l’Église n’y allaient pas par quatre chemins. Avec Saint Ambroise par exemple, qui affirmait: « Quand tu fais l’aumône à un pauvre, tu ne fais que lui rendre ce à quoi il a droit, car voici que ce qui était destiné à l’usage de tous, tu te l’es arrogé pour toi tout seul ».
Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jaurès, ou Gorbatchev plus près de nous, prétendaient trouver, le premier dans les textes du pape Léon XIII sur la question ouvrière, le second dans ceux de Jean Paul II, des références qui pouvaient fonder une société plus juste. 
Dans leur session consacrée à « l’argent » en 2003, les Semaines Sociales de France, lieu de réflexion des chrétiens sur les problèmes de société  depuis plus d’un siècle, critiquaient le système des stock-options en ce qu’il risque de négliger la vision à long terme de l’économie.
Ce faisant, les chrétiens ne condamnent pas l’économie de marché sous toutes ses formes. Ils rappellent –  et sur ce point, ils sont d’accord avec l’économiste Adam Smith – que: ce type d’économie ne peut fonctionner que dans des sociétés basées sur  les valeurs morales que sont le respect des autres et une certaine sobriété dans l’usage des biens matériels. Il ne s’agit donc pas de récuser ni le profit, ni les investisseurs qui prennent des risques dans l’entreprise , mais d’appeler à une indispensable régulation de leur fonctionnement par les autorités publiques et par l’action de corps intermédiaires tels que les organisations non gouvernementales et les syndicats, notamment.
Les chrétiens ont des valeurs à faire progresser avec d’autres qui ne partagent pas nécessairement leur foi. Et les plus privilégiés d’entre-eux sont  appelés à se comporter en citoyens vigilants par leurs choix politiques, à refuser  « le toujours plus », à s’engager notamment au niveau local, à accepter un niveau d’impôts volontariste pour une solidarité active, à respecter un mode de consommation  plus équitable  et soutenu par une « sobriété heureuse». Dans leurs lieux de vie, ils auront toujours le souci d’y faire entendre la voix des plus exclus.

La célébration de Noël nous invite à réactualiser le sens que nous donnons à l’économie et à choisir la voie de la solidarité.

Cela devient plus qu’urgent. Impératif. « 

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Classé dans Politique

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