Jean-Marc Rouillan, symbole de la haine?

Je vous parlais récemment du problème de la haine comme moteur de l’action politique du côté de l’ultra-gauche du Nouveau parti anticapitaliste. Quasiment personne à gauche pour commenter ce billet, dommage… Cela montre une forme de tactique de l’autruche consistant à ne pas voir les problèmes pour ne pas avoir à les affronter.

D’autant qu’une des recrues les plus éminentes du NPA, l’ex d’Action directe Jean-Marc Rouillan, vient de se trahir et en conséquence de voir son régime de semi-liberté remis en cause par le juge d’application des peines. M. Rouillan a commis l’erreur d’évoquer, brièvement il est vrai, la violence politique et les raisons pour lesquelles il a été condamné (l’assassinat du patron de Renault, Georges Besse), qu’il devait s’abstenir de commenter jusqu’à la fin de sa peine (comme Bertrand Cantat, par exemple) :

« Je n’ai pas le droit de m’exprimer là-dessus. Mais le fait que je ne m’exprime pas est une réponse. Car il est évident que, si je crachais sur tout ce qu’on avait fait, je pourrais m’exprimer. Par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique. Le processus de lutte armée tel qu’il est né dans l’après-68, dans ce formidable élan d’émancipation, n’existe plus. Mais en tant que communiste, je reste convaincu que la lutte armée à un moment du processus révolutionnaire est nécessaire. »

Il s’est donc exprimé, il n’a pas pu résister. La LCR, gênée, condamne. Mais la question est : dans quelle mesure les propos de Rouillan sont-ils partagés au NPA? Exprime-t-il une vision des choses marginale, ou a-t-il seulement dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas? A force de vilipender la violence de l’Etat, des patrons, de l’économie, n’en vient-on pas à légitimer une violence inverse, de facto?

On comprend le désarroi et la colère de la veuve de Georges Besse : « Je trouve que, en recrutant Jean-Marc Rouillan, Olivier Besancenot se conduit de façon honteuse. Il trompe les électeurs. Avec son bon sourire, M. Besancenot présente son nouveau parti, le NPA, comme anticapitaliste et démocratique. Or, il utilise la triste célébrité de Rouillan d’une manière qui ne va pas vraiment dans le sens de la démocratie. (…) Besancenot cautionne du même coup ce qu’a été l’action terroriste du groupe, ainsi que les déclarations présentes de Rouillan. (…) Cette attitude me paraît à la fois désinvolte, fortement cynique et de nature à abuser les citoyens. Voilà pourquoi je suis en colère ».

Comme dit Koz, Rouillan est une « bénédiction »  en tant que « révélateur » car sa franchise nous permet de constater qu’en tant que communiste », il « considère que la lutte armée est nécessaire ». Je ne pensais pas que mon billet sur la haine trouverait aussi rapide illustration. Cinq ans de grands sourires d’Olivier Besancenot viennent d’être réduits à néant en une seule interview, et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle.

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Classé dans Politique

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