Economie : que dit la doctrine sociale de l’Eglise?

Je ne comprends pas grand-chose en économie, science complexe qui nous gouverne tous alors même qu’il n’est pas facile de l’appréhender. Et pourtant, quand on réfléchit à l’instinct, et qu’on essaie d’analyser la situation actuelle d’un point de vue social, on ne peut être qu’atterré par les conséquences sur l’économie américaine, et partant, mondiale, du désastre de la crise des subprimes, dont la chute de Lehman Brothers n’est que le dernier avatar.

Verel a l’extrême amabilité de nous résumer en termes choisis et vulgarisateurs ce qui semble être la résultante directe d’une forme de gourmandise et d’âpreté au gain. On a aussi tendance à penser que si les traders se comportaient un peu moins comme des geeks ou des fanas de jeux vidéo, on n’en serait pas là.

On pourrait aussi gloser sur les 700 milliards que le Trésor américain (donc les contribuables, et au final, vous et moi en paierons également le prix) va débourser pour calmer le jeu et éviter l’effet boule-de-neige causé par la chute d’une banque d’affaires aussi importante. On pourrait pleurer de rage en regardant l’Etat, tant vilipendé par les requins de la finance, servir constamment de pompier pour circonscrire les incendies allumés par ceux qui contribuent si peu au bien commun. Et qui se font un beurre dingue en refusant d’assumer les conséquences de leur inconséquence. On aurait parfois envie de balancer des briques avec les crypto-gauchistes.

Mais on préfère se calmer, boire un grand verre d’eau, respirer un bon coup et essayer de réfléchir sereinement. On se souvient d’ailleurs qu’Ivan Rioufol terminait ainsi sa note sur la visite de Benoît XVI en France : « La crise financière internationale, qui secoue les États-Unis et qui n’épargnera pas l’Europe, oblige à s’interroger sur un système économique dévoyé. Là aussi, la doctrine sociale de l’Église a une place à prendre dans les réflexions à venir. »

Mais c’est quoi au fait, la doctrine sociale de l’Eglise? On en parle beaucoup mais que dit elle sur tous ces sujets? Grâce au ciel, nous ne sommes pas manchots, et une courte recherche internet nous mène au septième chapitre de la fameuse doctrine, qui semble résumer le discours évangélique en matière économique.

Bien sûr, il est inutile de chercher à y trouver un quelconque programme politique, l’Eglise ne se mêlant pas concrètement du temporel. Il s’agirait plutôt d’une énumération de grands principes, de grandes lignes que l’Eglise propose comme des pistes de réflexion pour tenter d’atteindre le double idéal de charité (que d’aucuns appellent solidarité) et de justice.

La base de tout, c’est que l’économie « n’est qu’un aspect et une dimension dans la complexité de l’activité humaine » (§365), et que  « l’activité économique et le progrès matériel doivent être mis au service de l’homme et de la société » (§326). D’où le principe de la destination universelle des biens, les richesses ne remplissant « leur fonction de service à l’homme » que « quand elles sont destinées à produire des bénéfices pour les autres et pour la société » (§328). Cela peut paraître évident, mais à y regarder de plus près, nos lois économiques sont-elles toujours destinées à satisfaire l’intérêt général, et le bien-être de l’homme, ou plutôt à s’assurer le soutien électoral de telle ou telle catégorie de la population? On pourrait y trouver matière à contester la primauté de principe accordée de nos jours à la démocratie moderne, mais on dépasserait un tantinet le cadre du sujet.

La DSE est bien sûr favorable à la propriété privée, à la liberté d’entreprendre, et même à l’économie de marché (§334) sous réserve que son développement ne soit pas uniquement quantitatif : « L’objet de l’économie est la formation de la richesse et son accroissement progressif, en termes non seulement quantitatifs, mais qualitatifs : tout ceci est moralement correct si l’objectif est le développement global et solidaire de l’homme et de la société au sein de laquelle il vit et travaille ».

Et sur le sujet qui nous préoccupe, à savoir le marché et la finance, les choses sont dites clairement : rien ne peut fonctionner si, encore une fois, le but n’est pas le bien de l’Homme mais l’intérêt de quelques-uns ou la passion immodérée pour l’argent ou la richesse. Qui n’est pas condamnée en soi, bien entendu…

Le principe de base est qu’ « il existe de bonnes raisons d’estimer qu’en de nombreuses circonstances le marché libre soit l’instrument le plus approprié pour répartir les ressources et répondre efficacement aux besoins« , et qu’un « vrai marché concurrentiel est un instrument efficace pour atteindre d’importants objectifs de justice : modérer les excès de profit des entreprises; répondre aux exigences des consommateurs; réaliser une meilleure utilisation et une économie des ressources; récompenser les efforts des entreprises et l’habileté d’innovation et faire circuler l’information de façon qu’il soit vraiment possible de confronter et d’acquérir les produits dans un contexte de saine concurrence. «  (§ 347) Le §349 ose même parler du marché comme d’un « instrument irremplaçable de régulation du système économique ».

Voilà qui, du coup, nous éloigne un tout petit peu des crypto-gauchistes dont nous parlions précédemment, et qui de toutes façons ne rêvent que de casser du catholique, les fourbes. Ils ont de la chance qu’en face, le discours soit teinté d’amour!

Ceci étant posé, les limites établies sont strictes et n’accordent aucun blancs seing à quelque main invisible que ce soit : « Le marché ne peut pas trouver en lui-même le principe de sa propre légitimation (…) Le profit individuel de l’agent économique, bien que légitime, ne doit jamais devenir l’unique objectif. À côté de celui-ci, il en existe un autre, tout aussi fondamental et supérieur, celui de l’utilité sociale, qui doit être réalisé non pas en opposition, mais en cohérence avec la logique du marché. Quand il remplit les importantes fonctions rappelées ci-dessus, le marché libre sert le bien commun et le développement intégral de l’homme, tandis que l’inversion du rapport entre les moyens et les fins peut le faire dégénérer en une institution inhumaine et aliénante, avec des répercussions incontrôlables. » (§ 348)

Les répercussion incontrôlables, ça ne vous rappelle rien? Non, vraiment rien?

La finance n’est pourtant elle non plus pas condamnée en soi puisque le §368 reconnaît que « l’expérience historique atteste qu’en l’absence de systèmes financiers adéquats, aucune croissance économique n’aurait eu lieu » et reconnaît les « fonctions positives de l’épargne pour le développement complexe du système économique et social ».

Mais on en revient toujours à l’abus et à l’excès : « Le développement de la finance, dont les transactions ont largement surpassé en volume les transactions réelles, risque de suivre une logique toujours plus autopréférentielle, sans lien avec la base réelle de l’économie. »

Et au bout du bout, dans un système globalisé comme le nôtre, il y a risque de double injustice puisque « les pays exclus de ces processus, bien que ne jouissant pas des bénéfices produits par ceux-ci, ne sont pas à l’abri d’éventuelles conséquences négatives de l’instabilité financière sur leurs systèmes économiques réels, surtout s’ils sont fragiles ou si leur développement est en retard » (§369).

Et les solutions quelles sont-elles? Tout l’inverse de la dérégulation! Car selon la DSE, il est « on ne peut plus urgent de trouver des solutions institutionnelles capables de favoriser réellement la stabilité du système, sans en réduire les potentialités ni l’efficacité. Il est indispensable d’introduire un cadre normatif permettant de protéger cette stabilité dans la complexité de tous ses éléments, d’encourager la concurrence entre les intermédiaires et d’assurer la plus grande transparence au profit des investisseurs. »

Mieux, il est du devoir de la communauté internationale de trouver ces solutions (§371).

Mais alors, qu’attend cette dernière pour acheter le compendium de la doctrine sociale de l’Eglise?

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