Gomorra, leurs vies valent-elles plus que leurs profits?

Cela faisait des semaines que j’attendais ce jour avec grande impatience : la sortie hier en salle de Gomorra, le film noir sur la mafia napolitaine, adaptation par le cinéaste italien Matteo Garrone du livre éponyme choc du journaliste Roberto Saviano. Et il n’y a pas de déception au bout du compte, loin s’en faut.

Car Gomorra n’est pas seulement une ligne sur la palmarès du Festival de Cannes, où il a décroché le Grand Prix. Le film fait partie de ces chocs qui ne vous laissent pas indemnes. L’hyperréalisme du travail de Garrone, qui tourne au coeur même du territoire de la Camorra, les fameuses Voiles, véritable supermarché de la Coke à ciel ouvert, en fait un quasi-documentaire. A digérer tel quel, à avaler tout cru. C’est à prendre ou à laisser…

Alors que le livre de Saviano est une enquête démontant les rouages économiques du système, le mettant à nu, le film de Garrone propose de rentrer dans la psychologie de ceux qui la composent, à travers une série de portraits de personnages liés à la mafia de Naples. Pour envisager la réaction de ceux qui vivent au coeur de cette horreur. Et qui de fait, agissent à l’instinct. Comme dit le cinéaste italien, « c’est comme un reportage sur des animaux dans la jungle ». Certes.

Alors qu’il s’agit de vies bien humaines, que le film sent la vie, à travers la peur de la perdre. Mais aussi l’absence de respect de la vie, qu’on prend ou qu’on donne sans broncher. Avec toujours, en ligne de mire, l’argent, le profit, érigé en valeur suprême. Cela vous rappelle peut-être quelque chose…

Il y a ce petit garçon qui peu à peu, est happé par la bande. Ces deux têtes brûlées qui croient pouvoir agir en solo et manier la provocation en toute impunité. Le porte-enveloppes protégé par le système qu’il représente, et qui sans lui, se retrouve soudain fragile, tout nu. Ce tailleur qui parvient à le quitter, écoeuré. Cet enfouisseur de déchets toxiques, l’immoralité incarnée. Mais toujours justifiée. Son assistant, qui réussit à conserver en lui un brin d’idéalisme, une forme de distinction entre bien et mal.

La jungle. La loi du plus fort. Du plus malin. L’incertitude du choix d’un clan par rapport à un autre. Les suprématies contestées. Au fond, la mafia ne semble pas anti-système, mais bien intégrée au système. Ne finance-t-elle pas la reconstruction du World Trade Center? Une caricature, poussée à l’extrême, du monde dans lequel on vit. Un monde dans lequel la Justice, la vraie, n’a que peu de poids face aux différents intérêts contradictoires qui sont en jeu et qui dépasse le simple petit humain de base. L’intérêt du consommateur de gaz européen contre celui du paysan géorgien.

Dans tout ça, l’homme semble nu, seul, fragile. Alors si en plus on lui donne un flingue… cela donne Gomorra.

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