Mariage annulé : le « plus » indéniable des blogs

Alors que les réactions courroucées continuent de polluer les fils de dépêches AFP au sujet de ce jugement controversé ayant annulé un mariage au motif que l’époux avait été trompé sur la virginité de sa promise, jugé par lui comme un élément déterminant de son consentement, on peut pourtant commencer à prendre du recul sur « l’événement » et en tirer quelques leçons.

Ce billet était quasi-achevé au moment où on a appris, hier soir, que la Chancellerie demandait au parquet général de Douai de faire appel du jugement du tribunal de Lille. Je me contenterai de citer maître Eolas, une nouvelle fois brillantissime : « Sombre jour pour la liberté, qui voit l’État intervenir dans une affaire strictement privée à cause de l’émoi de l’opinion publique. Parlez-moi d’archaïsme, d’idées d’un autre temps, de piétinement des valeurs de la République, et je vous parlerai de cet appel, ordonné par une Garde des Sceaux qui approuve pourtant elle-même ce jugement. La République marche sur la tête, et la foule crie sa joie comme si on venait de libérer Barabas. »

Eolas doute d’ailleurs de la recevabilité de cet appel. Merci, Maître. Ceci étant dit, j’en reviens aux petites leçons que je me permets de tirer de cette affaire, en tout humilité s’entend. La première, c’est que personnellement, et une nouvelle fois, j’ai eu le sentiment d’en apprendre infiniment plus de choses sur les blogs, et notamment juridiques, que dans les médias traditionnels sur ce sujet, qui se sont souvent contenté de colporter des déclarations à l’emporte-pièce, sans recul ni analyse.

Le web m’a permis de me former un jugement éclairé (quoique restant personnel et donc subjectif), de comprendre la décision prise par le tribunal de Lille (ou tout simplement de la lire!) tandis que les médias traditionnels (radios, télés, journaux) ont fait tourner en boucle les mêmes indignations scandalisées, issues des mêmes esprits sclérosés, et qui semblent sortir d’une « machine à s’émouvoir » qui semble toujours fonctionner de la même manière : c’est à celui qui dira la bêtise la plus grosse, de crainte de ne pas être à la une. Ici, un fond d‘islamophobie, et là, un zeste de féminisme béât. Et Rachida Dati en bouc émissaire d’une annulation de mariage somme toute logique du point de vue du droit. Le conformisme a décidément atteint ses limites dans les médias classiques.

Cratyle analyse cette différence de traitement en estimant qu’il y a deux conceptions de la liberté qui sont en jeu. D’un côté, celle qui veut imposer sa vision des moeurs et de « ce qui est bon », et de l’autre, celle qui est plus encline à tolérer des comportements qu’elle peut désapprouver par ailleurs. Comme le résume Rubin Sfadj, « certaines personnes on beaucoup de mal à accepter l’idée que d’autres, minoritaires, puissent mener une vie différente et, surtout, jouir de la même liberté. Drapées dans leurs certitudes, ces personnes tirent, en France, leur sentiment de liberté de leur majorité. Si bien qu’en creusant un peu, on trouvera que cette liberté n’est qu’une expression de leur irrépressible désir d’égalité. »

Décidément, il y a sur ce type de sujets une forme de bienpensance dans la sphère politico-associativo-médiatique, et qui peut se révéler très dangereuse. On en est arrivé à un point où certains parlent clairement du « respect des valeurs républicaines », qui devraient s’imposer à tous. Comme si la République était une religion. On y est!

La deuxième leçon de tout cela, c’est que dans le fond, cette polémique revient à montrer du doigt tous ceux qui, volontairement, choisissent d’arriver vierges au mariage, qu’ils soient hommes ou femmes. A vouloir imposer un modèle commun à tous. On nous parle de « régression », de « retour au réactionnaire », d’une « offensive du religieux » (Caroline Fourest, hier soir sur Mots Croisés, où tout le monde pensait de la même façon, mis à part un juriste). Quel fantasme! Combien d’hommes et de femmes, aujourd’hui, sont vierges de façon volontaire passés vingt ans? Quel impact a sur eux le religieux, face au rouleau compresseur de la pensée dominante de la liberté sexuelle? On peut se poser la question. Reste que j’ai beaucoup aimé cette phrase de Jules, de Diner’s Room : « Rappelons (…) que la liberté sexuelle ne consiste pas à s’abandonner aux galipettes, mais aussi à ne point souhaiter pratiquer de relations sexuelles. Et la conservation volontaire de la virginité n’est rien d’autre que l’exercice de cette liberté. » Et tac.

Au fond, dans cette affaire, on confond opinions et principes. On compare des choses incomparables, à savoir d’un côté le jugement que chacun porte sur la personnalité de ce monsieur (oh mais quel goujat!), sous fond d’hostilité grandissante envers l’Islam, et de l’autre, la décision qu’a prise une juge sur un contrat entre deux personnes, qui en sont d’ailleurs toutes deux satisfaites!

P.S. Contrairement à ce qu’on tente de faire croire, ce n’est nullement Libération qui a révélé l’affaire, mais le petit quotidien régional Nord Eclair. Voilà, justice est rendue!

P.P.S : Voilà que le PS veut déposer une proposition de loi pour que les méchants musulmans ne puissent plus imposer cette barbarie à leurs femmes : « Il y a à l’évidence nécessité d’une réflexion juridique et d’une modification de la loi quand une telle décision de droit conduit à une telle régression », a déclaré le porte-parole du PS, Bruno Le Roux. La loi doit protéger certains, mais pas tous! Faut pas pousser, hein!

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