L’Eglise doit-elle s’adapter à l’évolution des pratiques collectives?

Question intéressante que celle de la pertinence de l’évolution des institutions, des normes, en fonction de celle des moeurs, des habitudes, des pratiques collectives. En somme, doit-il y avoir une dictature du présent? En ce qui concerne l’Eglise, la revendication n’est pas nouvelle mais s’accélère dans un monde où elle n’est plus majoritaire. Elle est pourtant en contradiction totale avec l’esprit du christianisme.

Doit-on changer pour changer? La semaine dernière, Authueil évoquait un ouvrage récemment paru du cardinal italien Carlo-Maria Martini, qui « remet en cause » selon lui « les positions de l’église catholique sur la sexualité, la contraception, le mariage des prêtres, la collusion de l’église officielle avec les puissants », et qu’il interprète comme « le craquement d’une vieille maison, inquiétant pour ses occupants, car signe de délabrement et donc de risque d’écroulement. » Cet avis n’est pas très étonnant venant d’Authueil, protestant bon teint, qui ne manque jamais une occasion de taper sur l’Eglise, le pape et les dogmes. Celle-ci était trop belle!

Il n’empêche que cette position est caractéristique d’une opinion assez communément répandue, a fortiori chez ceux qui ne sont pas catholiques, et qui voudrait que l’Eglise s’adapte à la société, à ses rites, aux pratiques des fidèles et du monde. Ce qui donne ceci sous la plume d’Authueil : « Ce genre de charge est sans doute de nature à faire évoluer le catholicisme, et ce n’est pas un mal, car sur les points que dénonce Martini, il y a un décalage criant entre la hiérarchie et les fidèles, au point d’atteindre, chez nombre de fidèles, le point de rupture. Cela suffira-t-il, j’ai bien peur que non, la psycho rigidité du Vatican étant un de ses traits fondateurs. »

Alors quoi? Depuis 2000 ans, inlassablement, l’Eglise transmet le message de Jésus-Christ, sans varier d’un iota sur le fond des choses. Ce message a un but : montrer, proposer un chemin vers le bonheur et la vie éternelle. En gros, c’est ça. Et ce message changerait au gré du temps, du vent, et des humeurs des sondages? Il faudrait, sous prétexte que ses positions sur la sexualité, la contraception, le mariage des prêtres etc, ne sont plus à la mode, les abandonner?

L’Eglise a toujours dérangé. Jésus lui-même s’est fait liquider par des grands prêtres jaloux de son influence et de leur pouvoir, et qui goûtaient peu à son message révolutionnaire. Tout au long de son histoire, malgré les schismes, les guéguerres intestines, et même avec des papes parfois très limites, Rome a persévéré et tenu le cap. C’est elle qui a par exemple inventé la séparation entre les pouvoirs temporel et spirituel, en dépit de ce qui se faisait partout dans le monde au début de notre ère.

Changer les pratiques, les rites, les façons de faire, pourquoi pas. Changer le regard qu’on porte sur la société, pourquoi pas. Mais changer la substance du message, à quoi bon? Pour gagner des fidèles en plus, pour atténuer ce « décalage criant » qu’évoque Authueil? L’Eglise a une vocation évidente à l’évangélisation, c’est son rôle et sa mission. Mais doit-elle brader son message et le rendre plus neutre pour pouvoir être mieux accepté et remplir ses édifices? Mgr Martini propose de réserver le célibat aux prêtres qui ont une « vraie vocation ». Cela signifie donc que pour contrer la diminution dramatique du nombre de curés, il faut ouvrir les portes à des « fausses vocations »?

L’argument est très gênant car il signifie qu’on se préoccupe non pas de savoir si oui ou non le message est bon, mais uniquement du point de savoir s’il est payant en termes comptables. Mais que diable, l’Eglise n’est pas une enteprise soumise aux diktats du marketing et de la loi de l’offre et de la demande! Si demain, tout le monde se mettait à mentir, on ne rayerait pas le mensonge des dix commandements, quand même…

Sans vouloir nullement contrarier Mgr Martini ou ce cher Authueil, j’ai plutôt l’impression que ce sont les évolutions post-conciliaires qui ont fait fuir les gens. La perte du sens du sacré, sous prétexte d’humilité. Le manque d’affirmation, sous prétexte de tolérance : on a parfois le sentiment que les catholiques ont honte de l’être, se cachent pour prier, sont les seuls à devoir se justifier en permanence de ce en quoi ils croient. Et puis il faut l’avouer, la facilité : être catholique, ce n’est pas facile tous les jours.

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