Les ficelles de l’info (3) : presse et précarité

Voici le texte d’une contribution que j’ai proposée au site www.presseencolere.org (qui l’a acceptée), créé par des employés du Monde pour dénoncer le plan social qui s’annonce dans le quotidien du soir. Plus que jamais, il est temps de s’intéresser à la précarité qui règne dans la presse, et qui est un des aspects les plus frappants à mon sens de la crise qui frappe aujourd’hui les médias. 

En tant que rédacteur d’un quotidien régional, je ne peux que soutenir « Le Monde », qui est un symbole pour tous les journalistes. Et j’aimerais apporter une contribution sur le thème de la précarité de la presse, qui est largement lié à celui de l’indépendance. Ou en tout cas à celui de la qualité et de la fierté de ce métier.

L’indépendance de la presse semble être en effet d’avantage menacée de l’intérieur (plan sociaux, actionnaires proches du pouvoir) que de l’extérieur. La situation de l’AFP, qui est problématique, semble donc moins ennuyeuse que celle du Monde qui privé de nombre de ses collaborateurs, gagnera peut-être autant d’argent mais en faisant du travail de moindre qualité. Ce qui est un comble!

Il est bien là, le drame de la presse quotidienne. Chez nous, la précarité devient de plus en plus la règle. Les CDD s’enchaînent parfois au mépris du droit du travail. Il est comique que certains de nos collègues, qui en sont parfois à leur cinquième ou sixième contrat à durée déterminée d’affilée, aillent couvrir des conflits sociaux sans que cela pose de problème à nos dirigeants qui clament pourtant de grands principes dans leurs éditoriaux. Belle schizophrénie!

Sans compter le problème des stagiaires, ces beaux petits soldats tout droit sortis d’écoles de journalisme, et qui se retrouvent à faire le même travail que les titulaires, pour des indemnités de misère. En réalité, bon nombre de titres de la presse régionale ne s’en sortiraient plus sans ces stagiaires, qui occupent à tour de rôle de postes permanents…

Et puis il y a les diversifications du métier de journaliste, qui font que celui-ci ne peut bien souvent plus prendre le temps d’enquêter sérieusement, voire parfois de recouper. Nous, les rédacteurs, devons maintenant prendre nous-mêmes nos photos, faute de photographes suffisamment nombreux. Nous devons également être secrétaires de rédaction, et « maquetter » nos pages, et corriger les articles de nos collègues. Il nous faut parfois écrire en temps réel des articles pour le site web. Dernière nouveauté : on nous a gentiment doté d’appareils photos numériques dernier cri permettant de réaliser des vidéos sur nos reportages, qu’on pourra ensuite diffuser sur internet pour assurer la course au « buzz »…

Tout cela parce que l’actionnaire du journal, qui pourtant est un groupe de presse et non pas un vendeur d’avions, veut naturellement disposer de marges importantes pour rentabiliser son investissement.

Quand un journal devient un produit comme un autre, il y a un problème. A quand des mécènes à la Robert-Louis Dreyfus, qui financeraient la presse par idéal et altruisme?

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