Repos dominical : la loi n’est pas respectée, changeons la loi!

Une certaine moutarde vient au nez lorsqu’on se ballade dans les rues de sa ville, le dimanche après-midi, et qu’on voit des boutiques ouvertes au mépris total de la loi. Loi qu’on veut justement modifier en arguant de sa non-application. Un peu comme si on décidait, au vu du nombre de chauffards, d’autoriser les conducteurs à passer au rouge!

Avant-hier, j’ai ainsi pu constater plusieurs violations de la loi imposant le repos dominical, notamment dans une boutique de mariage qui d’après mes analyses, n’est ni un magasin culturel, ni touristique. ni alimentaire, ni médical… Et qui devrait donc être verbalisé comme il se doit. Le respect de la loi n’est-il pas le pilier de notre pacte social, comme diraient les beaux esprits?

Au lieu de cela, on cherche sans cesse à nous apitoyer sur le sort de ces pauvres salariés volontaires pour aller au turbin chaque dimanche, qui ne s’en sortent pas et ne retrouveront l’appétit qu’une fois que leur magasin sera autorisé à ouvrir sept jours sur sept. Ainsi, dans Le Figaro, pouvait-on lire ceci la semaine passée dans un brillant article faisant la promotion du travail dominical, au mépris de toutes les règles du contradictoire :

Pouvoir travailler le dimanche, c’est justement ce qu’ont réclamé jeudi des salariés de Castorama et de Leroy Merlin, rejoints par des commerçants du centre commercial Art de Vivre d’Éragny, dans le Val-d’Oise. Ces deux enseignes sont menacées d’astreintes à la suite de plaintes du syndicat FO, qui poursuit aussi en justice la librairie Le Grand Cercle à Éragny. «Nous étions au moins 3 000», s’est félicitée jeudi Julie Cognois, cofondatrice d’un collectif pour le maintien du travail le dimanche et salariée de Castorama. «Cela fait vingt ans qu’on ouvre le dimanche et c’est du volontariat», explique-t-elle, ajoutant qu’elle a financé ses études en travaillant le week-end chez Castorama.

C’est clair, non? Vous aurez compris, en lisant Le Figaro, que le responsable des malheurs de ces salariés, ce n’est pas le patron, ni l’Etat, mais bel et bien le méchant syndicat F.O. ! Pourtant, en lisant un autre quotidien, Le Monde, la réalité semblait tout autre puisqu’on apprenait ceci :   « De fait, les manifestants ont bénéficié d’un bon coup de main de leur employeur. « Chaque établissement a financé le déplacement de nos collaborateurs sur place », indique un porte-parole de Leroy Merlin. « C’est le CE qui paye », précise Yveline Collet, employée au magasin de Monsoult (Val-d’Oise). Le prix des casse-croûte aussi a été réglé par les enseignes. »

Voilà, dit comme ça, l’information change un peu de sens. Nonobstant, et en dépit des soucis de porte-monnaie de nos concitoyens, on persiste à vouloir étendre par à-coups la libéralisation du travail dominical, après l’avoir autorisé de manière totalement arbitraire dans le secteur du meuble en décembre. On va continuer ainsi, parce que dans ce genre de domaine, tout recul est ensuite impossible!

La proposition de loi Mallié « visant à rénover les dérogations au repos dominical »,  qui consacre une nouvelle fois de manière totalement hypocrite que la règle, c’est de ne pas travailler, rentre parfaitement dans ce cadre. Les motifs de la loi sont clairs : « 53% des Français sont favorables à un assouplissement de la législation » (53% des Français veulent pouvoir acheter, mais sûrement pas travailler!), « 61% des Franciliens se disent très occupés la semaine et cela se comprend lorsqu’en semaine les embouteillages autour des agglomérations annihilient toute volonté de réaliser des courses et achats » (on ne savait pas que la mission de l’Etat était de favoriser le désir d’achat…), « le dimanche permet d’effectuer des achats en famille pour la décoration d’intérieur, le bricolage et l’électro-ménager » (non, ça s’est juste parce qu’on a laissé la loi être violée en toute impunité, c’est tout) et aujourd’hui, « des milliers d’emplois sont menacés » (ça émeut moins quand c’est dans l’industrie). Bref, on a laissé faire, des habitudes se sont créées, donc légiférons au plus vite, il en va de l’avenir du pays!

Cette loi permet essentiellement la création de manière expérimentale pour cinq ans par les préfets, dans neuf départements (Ile-de-France et Bouches-du-Rhône), de zones d’activité commerciale exceptionnelle, dans lesquelles toute enseigne pourrait ouvrir. Deux remarques : là encore, il sera impossible de dire, dans cinq ans, que l’expérience n’est pas concluante. D’autre part, on imagine d’ici la jalousie des mêmes zones commerciales à Lille, Strasbourg, Bordeaux, Rennes, Lyon… Point positif : le refus d’un salarié de travailler le dimanche, ne « constitue pas une faute ou un motif de licenciement ». Encore heureux! Mais est-ce que ça constitue un motif de harcèlement?

Les commerces des zones caractérisées de « touristiques » par les préfets de chaque département pourront eux aussi ouvrir chaque dimanche. Pendant cinq ans, la mesure concernera tous les commerces de détails et pas les seuls commerces alimentaires, touristiques ou culturels. Là encore, il sera impossible de revenir en arrière.

Pour les zones non-touristiques, on réajuste les horaires de fermeture des boulangerie et autres supermarchés alimentaires (13h au lieu de 12h30), ce qui ne fait pas vraiment débat.

Jean-François Copé, le chef du groupe UMP à l’assemblée, a estimé qu’il fallait mettre « à l’ordre du jour prioritaire » cette proposition de loi, qui pourrait ainsi être examinée courant mai. On a les priorités qu’on peut même si en l’occurrence elles sont très terre-à-terre et ne tiennent compte que de contingences économiques à court terme.

En attendant d’ouvrir le débat, je vous propose de vous rendre sur ce site, très bien fait, qui rappelle les enjeux du repos dominical, les règles en vigueur et toutes les actualités sur le sujet.

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Classé dans Société

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