Les ficelles de l’info (1) : la connivence

Tiens, voilà enfin un exemple concret de cette connivence qui tue le métier de journaliste politique, voire de journaliste tout court. Grâce à Bakchich, on peut voir Rachida Dati en grande conversation avec une de ses copines qui officie à France 24. Juste avant une interview politique. Le micro était branché mais chacun l’avait oublié.

Pas grand-chose de révolutionnaire dans cette conversation. Quelques indices qui laissent à penser que la politique est avant tout un cirque :

Roselyne s’adresse ainsi à Rachida : « Et l’Intérieur ? A la Justice, tu as tout fait ! Qu’est-ce que tu vas faire de plus à la Justice ? Et tu es cramée, avec les magistrats ». Réponse de Rachida, qui nous livre au passage une fine ficelle du métier de Garde des Sceaux : « Attends ! J’ai obtenu des primes pour les fonctionnaires, les greffiers et la pénitentiaire ! Les mecs, ils se disent : elle appuie sur le bouton, elle arrive à obtenir ! Donc ils se disent : elle a un vrai poids politique ! ». Après quelques débuts difficiles, on dirait bien que le métier rentre !

Mais surtout, un étalage de banalités sur la couleur des boucles d’oreilles de Rachida ou de l’état de santé de Laurent Solly. Une complicité assumée entre les deux femmes, qui se remémorent les bons moments de la campagne présidentielle, où elles avaient « bien ri ». Au final, on sent une grande frivolité dans tout cela.

A mon humble avis, et contrairement à ce que Bakchich ou Versac tentent de faire, il n’y a pas de conséquence à tirer politiquement de cet extrait. C’est plutôt du côté des médias qu’il faut essayer de réfléchir.

Juste un mot à destination de cette journaliste dont par charité, il vaut mieux éviter de donner le nom. Vous vous croyez maline, vous êtes fière d’être « copine » d’une ministre, mais vous ne vous rendez pas compte qu’on se joue de vous, qu’on se sert de vous, et qu’au final, votre attitude est méprisable, quasi-risible. Vous croyez être « dans le milieu », vous croyez être « cool », alors que vous n’êtes qu’une marionnette. Les hommes politiques restent, les journalistes passent.

A la décharge de cette demoiselle un peu naïve, il n’est pas si facile de se tenir à l’écart de toute connivence. Les « sources » (les politiques, mais aussi les milieux économiques etc…) entretiennent elles-mêmes des rapports parfois volontairement étroits avec vous, vous flattent, cherchent à vous valoriser, jouent des rivalités entre journalistes. C’est du vécu. Tout est bon pour essayer de vous approcher. Peu à peu, on vous tutoie parce que c’est tellement plus pratique. Et puis on vient à parler des enfants, de la vie, parce que c’est bon de se connaître quand on « travaille ensemble ». Non, on ne travaille pas ensemble! Les relations avec d’autres types de sources (la police, par exemple) sont plus frontales (on n’est pas loin de la censure, parfois) mais au moins on n’est pas dans cette ambiance aigre-douce qui règne entre les politiques et les journalistes.

Les repas auxquels on vous invite, à la fin desquels on vous interdit de sortir votre carte bleue. Les petites attentions, la carte de voeux personnalisée, le petit sms de bonne année (là aussi, du vécu!), la place gratuite à tel ou tel spectacle ou match de football. Les conseils qu’on vous demande. Les infos que l’on vous soutire sur le camp opposé, même! Les cadeaux, qu’on finit par trouver naturels, comme la récompense d’un dur labeur, en oubliant que cette récompense s’appelle en principe un salaire. En bon chafouin, j’ai toujours regardé ces « trucs » vieux comme le monde avec sourire, pensant qu’il s’agit d’un signe de la grande comédie du pouvoir. Mais certains rentrent dedans à pieds joints…

Garder son indépendance, à défaut de parler d’objectivité, est donc un combat. Il est difficile de résister, car pour avoir de bonnes infos, on est bien obligé de « jouer le jeu ». Mais alors lorsqu’on s’engage volontairement dans cette voie, on n’a aucune excuse : on accepte de plein gré un handicap supplémentaire. Comment voulez-vous être à la fois ami et bon journaliste?

Franchement, pour travailler là-dedans, je ne suis plus étonné à la lecture de certains articles, vous savez, ces textes énervants car parti-pris. Ces textes qui ne retiennent que l’opinion de tel ou tel, qui sont de la quasi-propagande. La plupart du temps, ils émanent de ceux qui sont à ce point en immersion dans la « Cour » qu’ils n’arrivent plus à séparer leur pensée de celle de leur mentor, de leur héros. C’est bien simple : les articles de ces collègues-là, je ne les lis plus. Et à voir le taux de lecture de la presse française, je crois que je ne suis pas le seul!

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