Boycotter les J.O. de Pékin, l’impossible débat

Comme Koz, mon netvibes est quasi-vide de réflexions au sujet d’un possible boycottage (Pierre Assouline assure que c’est la version française de « boycott ») des Jeux Olympiques de Pékin. Le sujet est pourtant intéressant en soi. Mais le problème, c’est qu’il fait partie de ces faux débats impossibles à trancher. Qui peut prétendre apporter une réponse globale sur ce sujet?

Pourquoi un faux  débat? Parce que ni le boycottage, ni le silence ne sont satisfaisants. Parce que la discussion a lieu maintenant, c’est-à-dire beaucoup trop tard et dans de mauvaise conditions. Beaucoup trop tard, d’abord : comme le note avec malice Toréador, « nul n’avait été remué, ni protesté, lorsque le CIO avait choisi Pekin. » (à part Bertrand Delanoë). Il semble même que beaucoup d’observateurs avaient à l’époque estimé qu’il s’agissait d’une chance formidable pour la Chine de s’ouvrir à l’Ouest… Dans de mauvaises conditions, ensuite : comment soutenir des appels au boycottage lancés précisément au moment où les Tibétains sont réprimés par les autorités chinoises? Est-ce à dire que si rien ne s’était passé à Lhassa, nos bonnes âmes auraient fermé les yeux sur le reste?

N’oublions pas qu’aussi terrible qu’il soit, le drame tibétain n’est « qu’une » tragédie territoriale et un crise démocratique parmi d’autres. A certains égards, cette situation ressemble à la répression subie par la Birmanie, qui avait suscité un élan de solidarité en Occident avant d’être totalement oubliée aujourd’hui. Qui se souvient de ces courageux moines birmans? Qui est à leurs côtés, à présent? De la même façon, qui était avec les Tibétains avant qu’ils ne manifestent? Qui était avec eux pour protester contre l’offensive culturelle des Chinois chez les bouddhistes?

Oui, pendant qu’on se focalise sur le Tibet, une cause romantique de plus, qui parle des libertés bafouées au quotidien en Chine? De la désinformation qui y règne? Des persécutions contre les Chrétiens? De la peine de mort? Des stérilisations forcées? De la politique désastreuse de l’enfant unique? On se souvient même d’une candidate socialiste qui avait loué la rapidité et de l’efficacité de la justice chinoise… C’est dire!

Alors bien sûr, l’idée d’un boycottage est séduisante. Dans un premier élan, sans trop réfléchir, j’avais pris ce parti sur le petit carnet de bord que vous pouvez apercevoir sur la colonne de droite. De façon ironique, puisque je m’engageais à ne pas regarder les JO à la télé, chose que de toutes façons, un bon chafouin ne fait jamais. Pas de temps à perdre avec du lancer de poids! Je persiste donc dans mon boycott à moi.

Il est évident qu’on ne peut qu’approuver les initiatives appelant à ne pas participer aux Jeux. Même Nicolas Sarkozy semblait dire ce midi que tout était possible à ce sujet, qu’il ne fermait la porte à « aucune éventualité ». Bien sûr que c’est positif. Mais franchement, à part soulager nos consciences, à quoi cela servirait-il? Ne serait-ce pas hypocrite de croire d’une part que cela changerait quoi que ce soit, et d’autre part, que l’action politique se borne à ce genre d’action? N’est-ce pas hypocrite de brandir des grandes phrases et dans le même temps, de commercer avec les Chinois comme si de rien n’était?

La réaction d’Alain Juppé est à cet égard symptomatique. Il tape sur la realpolitik, sur l’« appel à la retenue » lancé notamment par Nicolas Sarkozy (« En somme, nous demandons au pouvoir de Pékin de « tuer avec retenue »!
Je suis ébranlé quand je vois l’allant que certains mettent aujourd’hui à pratiquer cette « realpolitik » qu’ils fustigeaient tant hier »
) mais il a l’honnêteté, lui qui a été ministre des Affaires étrangères du temps du génocide rwandais, de s’interroger : « Au fond de moi-même, je me demande ce que j’aurais dit si j’avais été investi d’une responsabilité nationale. Sans doute est-il facile de prononcer les paroles justes quand on n’a pas la charge des intérêts d’un peuple. Mais la Chine est si riche! Aurais-je cédé, moi aussi, au « bon sens »? Je n’en sais rien. Il faut donc faire preuve d’humilité. »

Car la vraie question, le vrai problème, c’est que tout le monde sait bien qu’on ne fera rien de concret pour les Tibétains, comme on ne fait rien pour le Darfour, pour les Cubains, ou pour tous les peuples opprimés de la Terre. Parce que sauf le respect que chacun doit aux professeurs de droit international, celui-ci n’existe pas! La règle du droit international est, ne l’oublions pas : « J’applique les règles que je veux, seulement celles que je veux, tout le reste n’est que littérature et si vous n’êtes pas content, tant pis pour vous ».

Parce que quoi qu’en disent nos dirigeants, le monde s’intéresse à bien d’autres choses qu’au sort de ces Tibétains. Cela ne changera pas. Ne rêvons pas. On peut le contester, mais c’est ainsi!

En définitive, la meilleure solution semble donc être de « composer » avec ces Jeux. De s’en servir. Des athlètes brandissant des drapeaux tibétains. Du safran sur les médaillés, comme propose Koz. Encore faut-il que la Chine accepte que les épeuves soient diffusées en direct…  Pour le reste, souvenons-nous de Jesse Owens, le héros des Jeux de Berlin, en 1936. Souvenons-nous aussi que le boycott des jeux de Moscou et de Los Angeles n’ont rien changé à la guerre froide…

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