La chance de Martine Aubry

Qui aurait pu lui prédire pareil succès? Malmenée, il y a encore un an, par un sondage établissant que si sa politique était jugé favorablement à Lille, sa personnalité ne passait pas, Martine Aubry s’est refait une santé le temps d’une campagne et peut se mettre à rêver à un avenir national.

Comme Bertrand Delanoë à Paris, elle a bénéficié d’un concours de circonstance très favorable à Lille. Une abstention forte, d’abord, (55%). Et puis, une droite locale abattue par le retrait de son chef, Christian Decocq, après son échec aux législatives de juin dernier. Pas de réel adversaire donc : le candidat de rechange, Sébastien Huyghe, a été envoyé au casse-pipe avec une équipe maigre, peu d’idées, un déficit de notoriété énorme et un temps de préparation beaucoup trop court… 33% à l’arrivée, soit 4 points de moins qu’en 2001 pour la droite locale. L’UMP n’a pas attaque le bilan d’Aubry, qui a pu imposer dans les esprits qu’il s’agissait d’une bonne politique. En refusant le débat d’entre-deux tours, elle évitait les questions ou remarques gênantes.

Comme Delanoë, elle a réalisé un score personnel élevé au premier tour, lui permettant de ne pas être à la merci de ses alliés, PC, Verts, et donc MoDem. Et au second, elle est donc le maire de Lille la mieux élue (66,56%) de toute l’histoire de la ville – mieux que Salengro, mieux que Mauroy. La voilà, sa revanche : elle peut voler de ses propres ailes, sans être dans l’ombre du patriarche du Nord.
 
Désormais, la victoire à la communauté urbaine est à sa portée, et derrière, la fille de Jacques Delors peut retrouver la stature, l’épaisseur qu’elle avait du temps de son passage au ministère de l’Emploi. On l’entend déjà élever le niveau de son discours, parlant d’eurométropole, évoquant de grands projets, Lille ne lui suffit déjà plus. Elle donne son avis sur la stratégie qui doit être celle du PS pour les années qui viennent.

Quelles sont ses chances pour la rue de Solférino? Les spécialistes la placent sur la liste des prétendants au poste de premier secrétaire. Tout comme on lui prédisait de participer à la lutte pour l’Elysée en 2006… Un duel avec Ségolène Royal serait instructif, tant la différence de style est grande entre les deux femmes. Royal incarne une gauche ouverte sur le centre, une gauche un peu opportuniste, à la fois sécuritaire, républicaine, morale et libérale. Aubry, elle, représente une gauche plus à gauche, ouverte au monde ouvrier, en empathie avec lui. Une gauche non moins autoritaire, d’ailleurs… qui à Lille, négocie peu et a du mal à ne pas voir l’interlocuteur politique comme une ennemi. Mais alors qu’avec Royal, ça sent l’improvisation en permanence, avec Aubry, c’est du solide. Reste le problème de la popularité.

En face, Royal, Moscovici, Dray, Delanoë, qui d’autre? L’avantage de Martine Aubry est de pouvoir incarner un charisme, une ligne claire. On l’avait dit : une victoire du PS aux municipales ouvrirait l’appétit de bien du monde pour 2012. Le parcours de Nicolas Sarkozy a montré qu’il fallait un parti fort pour espérer emporter l’Elysée. Alors à votre avis, Martine Aubry peut-elle emporter le premier secrétariat, et si oui, serait-elle une bonne candidate de la gauche pour l’Elysée?

Le débat pour la refondation et l’avenir du PS s’ouvre dès à présent, avec l’élection d’un nouveau premier secrétaire en perspective : rebondissez sur le sujet ou donnez votre avis dans le sondage ouvert à cet effet…

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