La Françafrique a-t-elle vraiment disparu?

Tiens, tiens. Voilà qui est intéressant : quelques minutes après son entretien hier à N’Djaména avec le ministre de la Défense, Hervé Morin, et après que Nicolas Sarkozy ait annoncé que la France ferait « son devoir » au Tchad, au moment où la situation semble se calmer entre forces rebelles et militaires fidèles au régime, le président Idriss Déby a confié lors d’une conférence de presse qu’il n’était « pas impossible » qu’il gracie les six membres français de l’Arche de Zoé condamnés par la justice tchadienne.

Ah bon, en quel honneur? « Il n’est pas impossible si la France en fait la demande (…) Bien sûr, il n’est pas impossible que j’examine cette question », a-t-il dit. On se souvient de l’attitude jusqu’au-boutiste de Déby dans le dossier de l’Arche de Zoé. Il en faisait un peu beaucoup. Le changement d’attitude est ici total. Quel miracle… On imagine bien la conversation qu’il a dû partager avec Hervé Morin. « Bon, tu es bien gentil là Idriss. On t’a aidé à te maintenir dans ton palais pourri et nos militaires y ont même écrasé quelques cafards. Si c’était possible de grâcier les zozos de l’Arche de Zoé, ça nous ferait un bon coup diplomatique. En France, on est encore loin de l’émeute, tu sais, mais la côte de popularité de notre bien-aimé Sarko Ier est en chute libre! » L’échange de bons procédés n’est même pas dissimulé. Comme au bon vieux temps!

 On avait beaucoup glosé, pendant la campagne présidentielle, sur les velléités sarkozystes de révolution de notre politique africaine. En mai 2006, Nicolas Sarkozy avait ainsi promis « une relation nouvelle, équilibrée, débarrassée des scories du passé ». On avait évoqué des changements d’attitude, la fin de l’Afrique à papa des années Mitterrand et Chirac, de cette fameuse « Françafrique », des rapports ambigus avec les chefs d’Etat africains, des pressions, des chantages à la sécurité et à la défense.

Il n’y a pas besoin d’être un spécialiste de l’Afrique pour constater, d’ailleurs sans porter de jugement à cet égard, que Nicolas Sarkozy n’a guère fait évoluer la vision française classique de l’Afrique, hormis en paroles, à l’occasion d’un discours de Dakar inutilement polémique. Il reçoit et échange avec les comparses habituels de la France, en général dictateurs (Omar Bongo, Khadafi, Ben Ali et compagnie). Il aide les présidents « amis » en cas de difficultés intérieurs, comme cela a été le cas au Tchad. Et il reçoit tout naturellement des « facilités » en retour! La rupture, c’est bien plus facile en mots…

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans International

Un petit commentaire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s