Pourquoi on peut être sceptique au sujet de la démocratie

Peut-on dire, à la manière de Churchill, que la « démocratie est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres? » Plus le temps passe, plus la démocratie moderne cherche à s’étendre au monde entier, plus elle utilise la force pour y parvenir, et plus on peut se dire que cette volonté d’universalité cache un malaise profond. Au fond, pourquoi la démocratie se prétend-elle au dessus du lot? Qu’a-t-elle prouvé en terme de bonheur de ses citoyens? Est-on persuadé qu’on vive mieux en démocratie qu’ailleurs?

Entendons-nous bien, nous parlons ici de la démocratie comme mode de gouvernement, et non pas comme terre de libertés et comme Etat de droit. Bien entendu, il vaut mieux vivre en France démocrate qu’en Chine despotique. C’est au mécanisme de la démocratie que nous nous intéressons, en nous appuyant sur la lecture de Pourquoi je suis moyennement démocrate, de Vladimir Volkoff (et sur lequel le confrère kiwisien Bastogi avait déjà pondu un texte).

L’auteur ne fait pas mystère de ses affections aristocrates et monarchistes. Il n’est pas question de ça de mon côté. Juste de réfléchir aux erreurs fondamentales contenues dans l’acception même de démocratie moderne. La question de savoir quel régime serait meilleur est bonne, mais cela ne s’empêche pas de se poser quelques minutes au chevet de notre chère démocratie. Je vous en prie, évitez d’utiliser cet argument pour couper tout débat.

Le défaut numéro 1 de la démocratie, c’est le 50+1. Tous les autres découlent de ce postulat de base, qui n’est ni naturel, ni pertinent. Cette notion selon laquelle non seulement la majorité doit l’emporter à tout prix sur la minorité, mais en plus, avoir raison sur elle. Le critère majoritaire comme échelle de valeur. Avec tout ce que ça comporte comme risques en termes non seulement de manipulation de foules, mais en plus de versatilité du « peuple ». En termes de clientélisme. « Si les gouvernants recherchaient le bien public contre les intérêts de leur propre faction, on n’aurait pas tort de les taxer d’ingratitude », écrit Volkoff.
Cette notion veut dire, au fond, que ce que la majorité du peuple veut, c’est le bien. Soit il découvre un bien préexistant, soit il le fonde. Comment peut-on se satisfaire d’une telle naïveté?

Pour lui, on entretient volontairement le flou sur la notion de « peuple », qui est pourtant consubstantiel à celle de démocratie. Pouvoir du peuple, pour le peuple, par le peuple. « Comment peut-on prêter à ce groupe un visage collectif? (…) Dès que je suis d’un avis contraire à celui de la majorité, je sens qu’il y a un abus de langage à dire que le peuple est de cet avis là et non du mien. Des expressions telles que « le peuple veut » ne signifient proprement rien. Il faudrait dire : « lamajorité des citoyens qui ont exprimé leur opinion veulent que ».  »

On pourrait ajouter, de façon totalement provocatrice, que l’avis des uns ne vaut pas celui des autres. Un avis collectif me paraît assez sain. Mais pourquoi chacun de nous devrait être juge? Comment peut-on donner le même poids à mon vote, moi qui me renseigne scrupuleusement à chaque élection, qu’à celui de quelqu’un qui se prononce au regard de la télé, qui attend « j’ai une question à vous poser » avant de se décider? Pourquoi? C’est absolument irrationnel. « L’erreur ne devient pas vérité en semultipliant », disait fort justement Gandhi. Parce que dans le suffrage universel, on ne reconnaît que le mérite du nombre au détriment de celui de la compétence.

Volkoff critique aussi la démocratie en ce qu’on voudrait en faire une religion : « un minimum de cette tolérance tant vantée par les partisans de la démocratie suffirait pour que l’on admît divers procédés de désignation des gouvernants sont également estimables, compte-tenu de la géographie et de l’histoire. mais c’ets là que la démocratie modernedévoile ses prétentions au statut de religion : elle n’et plus un mode de désignation des gouvernants, elle a un corps de doctrine infaillible et obligatoire, elle a un catéchisme : les droits de l’homme, et hors des droits de l’homme, point de salut. » Et l’auteur de s’amuser à énumérer le paradis (terres démocrates), le purgatoire (dictatures de gauche), l’enfer (dictatures de droite), un clergé régulier (les think tank chargés d’appliquer les théories marxistes au monde libéral), un clergé séculier (les journalistes chargés de répandre cette doctrine) et un index (le silence médiatique dès que vous sortez de normes du politiquement correct). Il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté…

On pourrait gloser sur cette notion de droits de l’homme, qui est la caricature du monde démocrate, de ses prétentions et de son hypocrisie – « Que l’homme ait des droits dans l’absolu, qu’il se garantit lui-même à lui-même par le moyen de déclarations périodiques, nationales ou internationales, et d’ordinaire peu suivies d’effet, m’apparraît comm eun gigantesque canular »  – mais on sortirait du sujet. Au fond, ce qui peut distinguer une démocratie d’une dictature, c’est aussi le critère déclaratif : moi je prétends sauver les hommes, pas toi, donc tu es une dictature, pas moi. L’URSS n’était-elle pas composée de « démocraties populaires »? Les soviétiques n’ont-ils pas ratifié la convention universelle des droits de l’homme en 1948?
L’idiotie et la futilité représentéepar l’idéologie des droits de l’homme mériterait tout un ouvrage.

EJe ne retiens en revanche pas les arguments de Volkoff selon lesquels la démocratie porterait en germe le totalitarisme. C’est en partie vrai, puisque rien n’interdit au peuple de vouloir sa propre perte, et de confier le pouvoir à un fou. On l’a vu par le passé, et notamment en Allemagne. C’est en partie vrai également dans le fait quela démocratie ne se reconnaisse aucune limite : elle est absolue. Mais une telle dérive pourrait arriver encore plus rapidement dans d’autres régimes, et en particulier dans la monarchie ou l’aristocratie, qui peuvent vite se transformer en despotisme et en oligarchie.

Enfin, dans les démocraties modernes, il y a cette propension à vouloir faire de tous des égaux, à privilégier à toute force l’égalité sur la liberté. Nivellement par le bas, comme on le voit par exemple chez nous au niveau de l’éducation. Aucune émulation, les meilleurs sont suspects. Surtout, pas de cérémonie des prix, certains pourraient être vexés de ne pas en avoir. Poussé à l’extrême, cet égalitarisme conduit au multiculturalisme et au communautarisme. Ben oui, tous les modes de vie se valent alors il serait injuste d’imposer le nôtre à ceux qui émigrent ici!

Pour finir, il faut bien dire que non seulement la démocratie est contre-nature dans sa théorie, mais qu’en plus, elle n’existe pas dans les faits. Regardez autour de vous, dans vos mairies, dans vos départements, au niveau national. Vous repérerez très rapidement des exemples concrets. Tiens, la ratification du traité de Lisbonne par exemple? La démocratie est le système qui favorise le moins l’intérêt général, qui devrait pourtant être au centre de toute politique. Pourquoi? Parce que le pouvoir est capté par les partis, qui s’intéressent – et c’est bien compréhensible – à leur clientèle, et qui dirigent leur action en fonction d’enquêtes d’opinion ciblées sur des fragments de population. Parce que les électeurs sont manipulables et manipulés, sans cesse, par des puissances médiatiques qui ne représentent qu’elles-mêmes.

1 commentaire

Classé dans Politique

Une réponse à “Pourquoi on peut être sceptique au sujet de la démocratie

  1. AFNOU

    Je suis, moi aussi, de plus en plus sceptique au sujet de la démocratie et de notre régime actuel (la république). Hors de la république, point de salut pour un certain nombre de personnes (alors que, par exemple, monarchie et démocratie ne sont pas opposées, comme on pourrait le croire). Je suis pour un système qui mêlerait les meilleurs acquis de la monarchie et de la démocratie (l’un tempérant l’autre), un système encore à inventer (les monarchies actuelles ne sont vraiment ne me satisfont pas).

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