Au programme cette semaine, le coup d’Etat simplifié!

Nicolas Dupont-Aignan a-t-il raison de parler de « coup d’Etat simplifié » pour désigner le mode de ratification choisi pour le Traité de Lisbonne? Le terme est sans doute un peu excessif, le Parlement étant une institution démocratique et surtout, habilitée à représenter le peuple français. En théorie.

Mais alors qu’aujourd’hui, le Parlement est justement réuni en Congrès à Versailles pour approuver la révision constitutionnelle préalable à la ratification (et déjà votée par les deux assemblées séparées), il faut souligner, répéter, marteler, que cette procédure est un scandale. Un scandale pour la démocratie, un scandale pour l’Europe. Je rappelle qu’on présente à peu de choses près aux députés et sénateurs – il serait temps que les ouistes arrêtent de prétendre qu’il s’agit d’un autre traité, cela ne sert pas leur argumentation – un texte retoqué en mai 2005 par plus de 54,67% des Français.

Les partisans du traité, particulièrement hypocrites sur ce coup-là, se contentent souvent de deux arguments pour justifier le choix de Nicolas Sarkozy : celui-ci avait prévenu qu’il agirait ainsi ; le parlement représente le peuple, et à tout prendre, il est mieux qualifié que lui pour s’exprimer pour l’Europe. Il y a parfois un argument bonus, le pire de tous : Et Nice, et Amsterdam, ils n’ont  pas été soumis à référendum, alors hein!

Autant d’arguments dont ils riraient s’ils étaient employés pour défendre une idée à laquelle ils seraient opposés. En soi, ce sont des non-arguments. Pourquoi?

Nicolas Sarkozy avait effectivement parlé de « traité simplifié » pendant la campagne. Son programme contient ceci, à la virgule près : « J’ai proposé à nos partenaires un traité simplifié limité aux questions institutionnelles que nul n’a contesté pendant la campagne référendaire (ah bon? Il me semblait pourtant qu’un certain Etienne Chouard n’avait pas arrêté de parler de ça… toujours cet aveuglement!) afin que l’Europe se dote rapidement des moyens de foinctionner efficacement à 27 membres (ne fallait-il pas y penser avant d’élargir à tout va l’Union à de nouveaux pays, juste pour le symbole et sans nous demander notre avis?) ». C’est tout ce qu’il avait dit. Mais qu’y a-t-il de simplifié dans ce traité, à part les symboles européens en moins? Sarkozy voulait runir la France du oui et celle du non. Il ne fait que diviser d’avantage. Je connais des tas de nonistes qui se sentent trahis, dépossédés de leur vote.

Le parlement serait aussi apte que le peuple pour s’exprimer sur la question, voire d’avantage. Je suis d’accord avec cette assertion. Mais encore faudrait-il que la notion de représentation soit clairement définie! Trouve-t-on cela normal, que trois ans après un refus du peuple à près de 55%, 80% des députés soient en passe non seulement de dire oui, mais en plus, de refuser le droit au même peuple de donner son avis?  Cela montre bien qu’il existe un décalage criant entre les élites et les citoyens sur cette question, comme sur d’autres. Comment comprendre que l’adoption d’un nouveau traité européen ne fasse même pas l’objet d’un débat dans notre pays?
Au fond, les dirigeants, les élus, se montrent d’un idéalisme sans bornes, quasi-aveugle, pendant que les citoyens ont le sentiment de perdre leur souveraineté au bénéfice d’institutions lointaines et peu protectrices. Ah oui, l’Europe, c’est beau. Mais l’Europe, c’est aussi un truc incapable d’élaborer et de mettre en place des barrières douanières extra-communautaires. A quoi ça sert de s’investir là-dedans, se demande-t-on? Si c’est juste pour le symbole ou pour se satisfaire de la paix qui règne depuis 1945, est-ce vraiment indispensable?
Soulignons au passage, encore une fois, l’idiotie congénitale du PS qui se dit favorable à un référendum, mais refuse de voter non à la révision ouvrant la voie à l’adoption parlementaire! Où en est ce parti de sa réforme interne?
On nous répète que le référendum, c’est la porte ouverte à tous les populismes, aux faux débats. On craint qu’on ne réponde pas à la question. Mais l’adoption parlementaire, c’est quoi? C’est un débat tronqué. Un débat en catimini. Encore une fois, qui parle d’Europe à part les nonistes?
Nicolas Dupont-Aignan me semble particulièrement bien inspiré lorsqu’il dit ceci :

Une fois de plus, les émissions auxquelles je suis invité sont annulées les unes après les autres, presque toujours en dernière minute. Il y a comme une paroi de verre érigée entre nous et les Français. Tout est fait pour dissimuler au peuple le forfait institutionnel perpétré dans leur dos.

A croire que les prescriptions du puissant centre de recherche fédéraliste, l’European Policy Centre, un « think tank » qui a pignon sur rue et bénéficie de nombreuses largesses financières, sont suivies à la lettre : ce dernier, fin novembre, a ainsi publié une étude (communiquée à la diplomatie française) invitant à respecter un « impératif de discrétion qu’impose le processus de ratification du traité tout au long de l’année. » Un souci de « discrétion » qui paraît le mieux partagé du monde dans les arcanes de l’eurocratie et qui a inspiré en septembre dernier à Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, à propos de la Constitution bis, cet aveu chuchoté : « Bien entendu, il y aura des transferts de souveraineté. Mais serais-je intelligent d’attirer l’attention du public sur ce fait ? »

Ou ceci :

Il est sûr que si les médias n’en parlent pas, personne ne s’y intéressera ! Je demande aux journalistes, aux éditorialistes que je crois honnêtes et sincères pour la plupart, d’oser enfin parler des choses importantes. L’adoption du traité de Lisbonne qui transfère des pouvoirs considérables à des organismes non élus et qui vide de sa substance notre démocratie mérite débat, à tout le moins devoir d’alerte !

La vérité, c’est que l’Europe est coincée par un postulat de départ mensonger et suicidaire : il faut tous avancer ensemble, au même rythme, sans quoi c’est la crise. Il faut intégrer, intégrer, intégrer. La France sans l’Europe ne pourrait rien faire (ah bon?). C’est bien de cela qu’il s’agit : Nicolas Sarkozy n’a pas d’autre choix que d’agir ainsi, car sinon il perd la face au niveau européen. La France ne serait plus « dans le coup ». Et alors? La situation pourrait-elle être pire qu’aujourd’hui, économiquement parlant?

C’est pourquoi il faut soutenir les appels à manifester à Versailles aujourd’hui et ces prochains jours. Je ne pourrai moi-même y être mais je compatis de tout coeur avec ceux qui iront affronter le froid mordant pour protester contre ce « déni ». Non mais!

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