Qui aura le courage de débrancher le MoDem?

Tiraillé entre la gauche et la droite, entre le pouvoir et l’opposition bête et méchante façon PS, entre le réalisme et idéalisme, le MoDem de Bayrou donne de plus en plus le sentiment de tâtonner, tout en paraissant privilégier une ligne de centre-gauche. Une stratégie purement politicienne, qui met de côté une bonne partie des électeurs ayant soutenu Bayrou le 22 avril 2007.

Et ils étaient nombreux! 6 820 119 petits papiers « Bayrou », ça fait du monde : 18,57% du corps électoral. Et sur quels slogans tous ces gens ont-ils voté Bayrou? Plus de gauche ni de droite, mais une politique intelligente au service des Français. Une politique pragmatique, une politique de l’Etat impartial. Une présidence sobre, représentée par un Bayrou au profil quasi-protestant. Un libéralisme certain teinté d’un certain humanisme. Avec une volonté d’indépendance marquée vis-à-vis du grand frère RPR devenu hégémonique UMP. En gros, c’était ça. Il y avait de quoi tenter du monde : beaucoup s’y sont laissés prendre. Je me suis moi-même laissé berner, après avoir pourtant critiqué à maintes reprises le Béarnais. Tout en n’étant pas dupe sur l’illusion représentée par sa candidature, j’ai voté Bayrou par défaut. Parce que Sarkozy et Royal m’insupportaient tout autant l’un que l’autre. Et combien sont-ils dans ce cas?

Quoi qu’il en soit, beaucoup doivent aujourd’hui se mordre les doigts d’avoir opté pour cette solution. Personnellement, j’ai voté Bayrou et je l’assume, mais j’exècre le MoDem, cette espèce de parti fourre-tout qui ne ressemble à rien. D’ailleurs, ses soutiens s’enfuient un à un. S’agit-il d’un hasard? Le premier a été Gilles de Robien, suivi par les futurs membres du Nouveau-Centre, qui ont quitté l’ex-UDF pour conserver leur place à l’Assemblée nationale. Ils refusaient, officiellement, le positionnement au centre-gauche adopté par Bayrou. Celui-ci ne s’est-il pas placé de facto à gauche du spectre politique, en assurant qu’il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle? Ce même centre-gauche où se trouvaient déjà le PRG, et où s’est installé Gauche Moderne, le groupuscule de Jean-Marie Bockel? Ensuite, il y a eu les « départs individuels ». Les derniers en date sont Christian Saint-Etienne et Jean-Marie Cavada, c’est-à-dire des piliers du MoDem naissant et déjà agonisant.

Car aujourd’hui, c’est quoi le MoDem? Franchement, la question mérite d’être posée. Entre Corinne Lepage, Jean-Luc Benhamias, Marielle de Sarnez, Jean Lassalle, Azouz Begag, Quitterie Delmas, où est le point commun? Entre la ligne politique insufflée par le parti au niveau central (en fait, Bayrou) et le terrain, il y a un gouffre. Et ce gouffre illustre l’embarras dans lequel sont plongés une bonne partie des électeurs centristes du 22 avril.

Que veut Bayrou, si on l’écoute bien? Occuper en France la place dont dispose Prodi en Italie. Celle qu’avaient Blair et Schroeder au Royaume-Uni et en Allemagne. Etre le Jacques Delors du XXI siècle. Bref, fonder une social-démocratie à la française. On voit bien que Bayrou et ses fidèles ont tendance à préferer une ligne de centre-gauche, la droite étant tout entière phagocytée par Sarkozy. Ce qui a changé par rapport à la présidentielle, c’est qu’on ne parle plus de « ni-droite ni-gauche ».

De toutes façons, ces belles paroles sont contredites tous les jours localement. Les élections approchant, chacun est obligé de prendre position et de dévoiler son jeu. Et force est de constater que sur le terrain des municipales, aucune ligne claire ne se dégage. Que voit-on? Un MoDem différent dans chaque ville, ou presque. Des listes autonomes, des alliances à gauche, à droite… Un vrai capharnaüm!

A Marseille, la tête de liste est Jean-Luc Benhamias, mais deux membres du MoDem marseillais ont choisi le PS et l’UMP. A Lille, Jacques Richir partira seul, suivant un programme très « écolo » (bobo urbain), mais un dissident du Mouvement démocrate le concurrencera. A Paris, Corrine Lepage devra affronter Jean-Marie Cavada dans le XIIe arrondissement, pendant que Marielle de Sarnez tape bien d’avantage sur Panafieu que sur Delanoë. A Dijon ou Roubaix, le MoDem fait alliance avec la gauche. A Angers ou Bordeaux, on fait copain-copain avec l’UMP. Sans compter les villes où les listes MoDem du premier tour fusionneront au deuxième soit avec l’un, soit avec l’autre!

«Stratégiquement, nous avons un problème. Je ne suis pas sûr que nous présentions un visage très cohérent», euphémise un responsable MoDem issu de l’UDF et cité dans Libération de vendredi. Tu m’étonnes. Vous présentez même un visage carrément chaotique! En fait, le MoDem, c’est un peu comme le protestantisme. Chacun peut s’en prévaloir et faire n’importe quoi, étant donné qu’il n’y a pas de doctrine ni de colonne vertébrale. Son texte fondateur, lui, a été écrit par un M.Saint-Etienne rallié depuis à l’UMP…

Gageons que le MoDem ne survivra pas très longtemps. Il a des militants, mais qui pensent tous de manière différente. Regardez Luc Mandret : je ne suis pas sûr que beaucoup de militants du MoDem saluent comme lui le décès de Pierre Boussel, trotskyste impénitent. Au fond, ce parti ne tient que par Bayrou et par le souvenir de cette magique épopée de la présidentielle… Après l’épopée, la tragédie?

En résumé, je ne sais pas si je suis le seul, mais j’ai le sentiment d’avoir été trahi, et qu’on instrumentalise mon vote, qui fait pourtant partie de ces 6 820 119 petits papiers « Bayrou »… Non, ces 18,57% ne soutiennent pas le MoDem. Il faudrait qu’un jour l’état-major du parti démocrate en prenne conscience.

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Classé dans Politique

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