Lettre ouverte aux négationnistes des racines chrétiennes de la France

A la veille de Noël, il faut revenir au discours du Latran. Reparler des propos tenus au Vatican par Nicolas Sarkozy. Évoquer à nouveau de façon complète mais non exhaustive ces « racines chrétiennes » de la France qu’il a reconnues et exaltées. Quel est le but recherché? La déclaration était-elle sincère? Ces questions sont importantes, mais subsidiaires du fond. Peut-être le président, une nouvelle fois, s’est-il voulu provocateur, à contre-courant, briseur de tabous. Une nouvelle fois, il a plus à perdre qu’à y gagner.

 

On en a vu s’indigner, comme un seul homme. Surtout à gauche. Les vieux réflexes. Réactions très prévisibles des laïcistes, qui sont à la laïcité ce que les djihadistes sont à l’islam ou les intégristes à la chrétienté. Des héritiers des anticléricaux du temps du petit père Combes. Des excessifs. Des gens bornés, pour qui la religion est un ennemi à abattre coûte que coûte, un interlocuteur à exclure à tout prix du champ public. Un mal qu’il faut extirper de la société! Les malheureux. Alors même qu’une conviction personnelle ne peut se contenter d’animer la sphère privée. Que la foi n’est pas qu’une question de cœur, mais également une envie à partager dans le respect de l’autre. Il n’y a qu’en France où on est ainsi méfiant des religions, qu’on considère implicitement comme des empêcheurs de jouir en rond, comme des entraves à la liberté de l’homme (un comble!). Une nouvelle preuve, s’il en fallait, de l’imprégnation des préceptes marxistes dans notre société.

 

Pour en parler, il faut revenir au fond du discours, que je vous invite à lire en entier ici pour en juger. Lorsqu’on en lit certains, on s’étonne de cette furie, de cet emportement tapageur et ridicule. Qu’a dit Sarkozy? Il n’a fait que constater, certes avec courage, des évidences. Morceaux choisis.

 

Ça commence par un constat. Oui, la France a des racines chrétiennes. C’est un fait, et le reconnaître est une simple déclaration. Le nier est vain.

 

« J’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre Nation à l’Église. (…) C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue la fille aînée de l’Église. Les faits sont là. (…) La foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature. (…) Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et La France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle, contribution morale (…), contribution littéraire, artistique (…), contribution intellectuelle… »

 

Comment peut-on le contester? Tout ou presque, dans notre culture, provient du christianisme. Notre pays a été forgé par l’influence des valeurs chrétiennes. Mêlées à d’autres, bien sûr. Sinon l’Europe entière serait construite sur le même système. Mais des valeurs essentiellement chrétiennes. Notre droit s’en ressent. Même le juge d’instruction est le descendant en ligne directe du « juge inquisiteur ». Tout cela, il faut être d’une mauvaise foi totale pour le nier. On se croirait parfois dans 1984, dans cette société où l’on gomme de l’histoire ce qui ne nous plaît pas. Que certains veulent d’une société sans Christ, c’est une chose. Qu’ils contestent le fait que notre pays ait souhaité pendant des siècles le contraire, c’est une hérésie, sans jeu de mots. La France a été à la pointe de la Chrétienté jusqu’à la Révolution française. Point barre.

 

Et de définir la laïcité à la française :

 

« Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans leurs congrégations, avant comme après 1905. je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétroactive du passé. (…) Le régime français de la laïcité est aujourd’hui la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d’en changer, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance. »

 

Là-dessus, on peut même ajouter que la véritable laïcité a été fondée par Jésus-Christ lui-même, quand celui a déclaré qu’il fallait « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Avant l’avènement du christianisme, j’aimerais bien qu’on me cite une société dans laquelle il existait une séparation du spirituel et du temporel. or en France, cette distinction a très tôt été appliquée par les Rois de France, qui ont tout fait pour respecter les papes tout en leur expliquant qu’ils étaient les patrons pour les questions temporelles. Qui ont tout fait pour défendre le catholicisme sans haine des autres religions. Il suffit de se rappeler l’épisode des conflits violents entre catholiques et protestants, au XVIe siècle, qu’on appelle « guerres de religion » : les rois, de Henri II à Henri IV, ont la plupart du temps essayé de se placer entre les deux camps, dans celui des « politiques ». Bref, la laïcité « à la française » ne date pas de 1905. En 1905, c’est un texte anticlérical qu’on a voté, nuance.

 

Et Nicolas Sarkozy de critiquer le penchant bien français à vouloir ignorer et se construire en opposition au passé :

 

« Pour autant la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire, elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire, commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire. »

 

Et d’appeler la France à s’apaiser sur ce terrain là, et aux chrétiens d’assumer leur identité. De constater que l’espérance peut beaucoup, contrairement aux idéologies, qui ne permettent pas de « trouver un sens à l’existence » et ne « répondent pas aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort ». Et, de manière quasiment schizophrénique, pour un président qui semble sans cesse fasciné par la réussite matérielle, de rappeler cette évidence : « les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des homes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent ». Bref, de louer le fait spirituel…

 

Ce qui énerve au plus haut point la gauche (si elle essaie de s’adapter au monde économique, elle reste largement archaïque sur ces questions) c’est la suite. Que Sarkozy ait osé dire que « un homme qui croit, c’est un homme qui espère, et l’intérêt de la République est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ».

 

Pour une fois, et parce qu’il convient d’être honnête, il faut dire bravo à Nicolas Sarkozy, et à l’excellente plume qui a écrit ce discours très profond, dont la substance rappelle son ouvrage sur la République, les religions et l’espérance. Dans l’esprit du président, « la désaffection progressive des églises rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie des prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux, c’est une évidence ». D’où cette idée : il n’y a pas de contradiction entre vouloir un Etat neutre et impartial, et considérer le fait spirituel et le fait religieux, avec bienveillance. Se dire qu’on a tout à gagner à avoir un maximum de citoyens qui professent l’amour des autres. Se dire que « la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini ». Bref, pas de blasphème à appeler de ses vœux l’avènement d’une « laïcité positive », qui considère « que les religions ne sont pas un danger, mais plutôt un atout »

 

Au lieu de cela, nos négationnistes des racines chrétiennes de la France s’épouvantent, crient au sacrilège, au scandale. Ils tempêtent, ils grommellent. Ils ne se rendent pas compte que cette idée de laïcité positive n’est pas ce qu’ils croient, c’est-à-dire pas un recul, ni une concession faite aux religions, mais plutôt une façon de se servir des religions pour le bien de l’homme. Ils ne se rendent pas compte que pendant que les religions reculaient, d’autres idoles les remplaçaient. Le culte de l’argent, les sectes, les voyants et autres escrocs de tous poils, les jeux de hasard, la vénération des dieux du sport. Pas sûr que la société y ait gagné. Ce serait même sans doute plutôt l’inverse. Mais peu importe, pour les laïcistes, qui sont généralement les mêmes que les anticléricaux : maintenant, l’homme est « libre », et c’est tout ce qui compte!

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