L’ouverture des commerces le dimanche par la petite porte

Vous allez dire que je radote. Que nenni : j’ai un droit de suite sur le sujet de la libéralisation du travail du dimanche. Je suivrai ce dossier jusqu’au bout! Je me permets donc de vous conseiller à ce sujet la lecture des excellents blogs d’Authueil et de Maître Eolas. Ils rapportent un article du Monde paru uniquement sur son site internet, et selon lequel le gouvernement s’apprête à alléger les règles sur le travail dominical en ce qui concerne le secteur de l’ameublement.

Plusieurs remarques à ce sujet. D’abord, Authueil et Eolas s’indignent de la méthode plus que du fond, à savoir que Luc Chatel, le secrétaire d’Etat à la Consommation, compte introduire cet allégement via un amendement à son projet de loi dite de développement de la concurrence au service des consommateurs. « Le gouvernement continue à prendre les parlementaires pour des imbéciles et le parlement pour une chambre d’enregistrement », s’indigne Authueil, habitué de la défense de l’Assemblée, puisqu’il y travaille. Ce qui est en effet contestable, c’est que l’urgence a été déclarée pour ce texte. Il n’y aura donc qu’une lecture devant chaque chambre. Le texte ayant déjà été examiné à l’Assemblée nationale, cet amendement ne sera par conséquent étudié qu’au Sénat, qui planche sur le projet Chatel à partir de demain! Si l’assemblée haute l’approuve, l’amendement (comme toutes les autres modifications au texte voté par l’assemblée nationale) sera donc soumis à la commission mixte paritaire, qui réunit six sénateurs et six députés. Dans ce cadre, rappelle Authueil, « les éventuels conflits entre les deux assemblées se trouvent ainsi réglés par un marchandage en petit comité, sans débat public. C’est gênant et cela devrait être l’exception. » Certes. Et puis, Authueil estime que « l’ouverture des commerces le dimanche est un sujet qui mérite mieux comme débat. C’est un vrai sujet, avec du pour et du contre ». Recertes!

Moi, ce qui m’énerve, c’est plutôt le fond. Et en l’occurrence, l’autisme dont fait preuve Chatel sur ce dossier depuis le début. Il n’écoute pas. Depuis le début, je lis ses interventions sur le sujet. Et on peut remarquer qu’il est absolument convaincu depuis des mois que la libéralisation de l’ouverture des commerces le dimanche se fera, quoi qu’il arrive. Où est la place pour le débat? Xavier Bertrand, lui, affirme qu’au-delà de cet amendement, la libéralisation du travail dominical sera pour 2008. Comme Chatel l’avait déjà annoncé en octobre

Un sondage est paru dans le JDD, montrant que 53% des Français sont opposés à l’idée de travailler le dimanche, contre 26% qui y sont favorables. Un autre sondage, paru en octobre dans le Parisien, montrait qu’au contraire, 51% des Français seraient favorables à l’idée d’ouvrir les commerces le dimanche. En gros, on est d’accord pour consommer mais pas pour travailler. « Ce sondage montre que les Français sont très partagés« , répond Chatel (quel réalisme!) qui d’un autre côté explique poutant que « dans la situation actuelle, les magasins d’ameublement ne peuvent pas ouvrir le dimanche et cela leur est préjudiciable. » Autrement dit, les Français peuvent être contre, vous êtes bien gentils, mais moi je suis secrétaire d’Etat, j’ai Ikéa sur le dos, qui n’arrête pas de se plaindre, je reçois plein de courrier, sans compter Conforama et Monsieur Meuble, et j’en ai un tout petit peu marre. Comment comprendre cette idée de préjudice? Si demain, il leur est préjudiciable de ne pas pouvoir faire travailler les enfants la nuit, on le leur permettra? Ce n’est pas comme ça qu’on gouverne, que diable! Le pragmatisme, c’est bien, mais il ne faut pas non plus en abuser. On attend des arguments plus étayés, plus convaincants que « les commerces en ont besoin », ou « les gens seraient contents de pouvoir faire leurs courses le dimanche ».  C’est bête, il n’en existe pas d’autre… Au contraire, le travail dominical a toutes les chances de nous plonger encore un peu plus dans une société d’ultra-consommation (l’expérience montre que ce n’est pas le Pérou). Et de fragiliser une nouvelle fois les familles.

Quand je pense à cette petite ballade du dimanche, tranquille,dans les rues désertes et calmes. Sérénité, apaisement. Quand je pense à ces courses horribles du samedi, où tout le monde se bouscule, s’énerve, où on maudit les poussettes… Stress, stress, stress. La beauté de l’état de nature, la laideur de ce que l’homme en fait parfois.

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