Pourquoi je ne donnerai pas un centime au Téléthon

Pas un sou. Pas un kopeck, rien, nada. Cette année encore, leTéléthon, n’aura pas un centime. A mon grand regret. Parce qu’en dépit des appels au boycott lancés l’an passé par l’évêque de Toulon, qui accusait l’AFM d’eugénisme, cette grand-messe annuelle de la charité continue à se refuser à toute traçabilité des dons.

Sur son blog, Patrice de Plunkett s’étonne de cette rigidité, cette façon qu’a l’AFM (association française contre les myopathies, organisatrice de l’événement) de s’arc-bouter sur ses positions :

Pourquoi cette rigidité, alors que les travaux récents amènent certains des plus grands chercheurs mondiaux à abandonner la filière « embryons »?
Pourquoi ce refus de prendre en compte une légitime requête de donateurs?

Sur le deuxième point de son intervention, on peut en effet rappeler que la traçabilité existe dans l’humanitaire. Si vous donnez à la Croix-Rouge, au Secours-Catholique, au Secours-Populaire, vous pouvez demander à ce votre libéralité soit utilisée au Darfour, en Indonésie, sur un projet particulier qui vous tient à coeur.
Pourquoi le Téléthon ne s’adapterait pas? Pourquoi ne pourrait-on pas vouloir donner pour tel ou telle maladie génétique? Pourquoi ne demanderait-on pas à sponsoriser d’avantage la recherche sur la Maladie de Charcot qu’une autre?

Cette traçabilité, personne ne la demande d’ailleurs par confort, égoïsme ou caprice. Comprenons-nous bien. Je veux pouvoir donner tout en étant en accord avec ma conscience. Or que dit-elle, cette conscience? Qu’il est dangereux de toucher aux embryons. Criminel de les utiliser comme outil de recherche. Vous ne partagez pas cet avis? Et alors?  Pourquoi, en voulant financer les recherches sur la myopathie, devrais-je être obligé de contribuer aussi, alors que je le refuse, aux recherches sur l’embryon?

Et cet argument est d’autant plus percutant que, comme Patrice Plunkett le remarque, les recherches sur les cellules souches embryonnaires ne sont pas forcément la panacée. Des recherches récentes, comme on l’a lu un peu partout ces dernières semaines, ont montré qu’on pouvait faire tout aussi bien avec d’autres parties du corps humain :

« L’équipe Japonaise conduite par le professeur Yamanaka de la faculté de Kyoto a réussi à reprogrammer des cellules issues de patients en cellules souches pluripotentes ayant les mêmes caractéristiques de différentiation que les cellules embryonnaires (Cell, 20/11/07). Cette étude novatrice est confirmée par le savant américain James Thomson, de l’université du Wisconsin, de renommée internationale puisque c’ets lui qui a découvert les cellules souches issues de l’embryon en 1998 (Sciences, 20 novembre 2007). L’importance de cette découverte dans ce champ de la biomédecine est énorme puisque les cellules souches obtenues ont le même code génétique que le malade en écartant tout risque de rejet immunitaire. Jean-Claude Ameisen, président du comité éthique de l’Inserm, a aussitôt déclaré que « le travail de Yamanaka, véritable révolution scientifique, prouve qu’il est possible de reprogrammer des cellules adultes ordinaires et montre que la plasticité des cellules est beaucoup plus grande qu’on ne le pensait. Avec cette technique, on ne peut plus dire qu’il n’y a pas moyen de faire autrement ».

Et oui, maintenant, on peut faire autrement. L’Oréal et LVMH-recherches se sont lancé dans des voies alternatives au tout-embryon. Le père de « Dolly » lui-même, Ian Wilmut, a annoncé qu’il renonçait au clonage pour se pencher sur ces cellules souches adultes.

Cela signifie donc que l’AFM persiste dans une voie qui n’est ni utile, ni nécessaire. Même si elle pouvait faire autrement, elle pourrait accepter cette traçabilité des dons qui permet à chacun de donner selon sa conscience, selon ses croyances. Une question de respect, quoi. Mais en plus, si la voie qu’elle a choisie n’est plus justifiable… elle n’aura donc pas un centime.

EDIT : Notre ami Killcow, lui non plus, ne donnera pas un liar à la grand-messe annuelle du caritatif. Je suis assez d’accord avec son analyse et cette séquence-ci en particulier : « Une personne qui donne pour le Téléthon ne me paraîtra pas généreuse mais plutôt abrutie par un système de masse. Ce serait-y pas un non-évènement pour nous donner bonne conscience, tout ça ? Et ben oui, je suis chiant. Je crois qu’être généreux, ça ne se prouve pas en donnant quelques euros une fois dans l’année, mais c’est un travail de tous les jours. »

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1 commentaire

Classé dans Société

Une réponse à “Pourquoi je ne donnerai pas un centime au Téléthon

  1. Tu as raison de toute façon il y a tellement d’associations qu’il y plutôt le risque de trop donner plutôt que pas assez! 🙂

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