C’est quoi, l’amour d’une mère?

Le téléfilm Marie Humbert, l’amour d’une mère, diffusé ce soir sur TF1, me met mal à l’aise. D’emblée, il trouble en ce qu’il éclaire sur la souffrance de ces familles désemparées par de telles blessures. Elles prennent corps. L’accident, le coma, l’attente, l’espoir, les déceptions, les progrès, la déprime. Les conflits avec le monde médical. Les divergences de vues. Tout cela, il faut vraisemblablement le vivre pour le comprendre totalement, mais on peut l’imaginer.

Il trouble, parce qu’on prend conscience de ce qu’on avait imaginé, des images que nous nous étions forgées en pensant à ce qu’avait vécu Vincent Humbert. Les articles de journaux prennent vie. L’affaire devient palpable. On va pouvoir juger, finalement. Est-ce que ça valait le coup? Devait-on le faire? Devait-on arrêter le combat de Vincent et de sa maman, ou devait-on l’écouter? Le scénario, le script, prennent leur importance. On y découvre un Vincent Humbert désireux dans un premier temps de prendre contact avec sa mère.  Puis assez rapidement, convaincu à l’idée de mourir et à refuser la vie que le sort lui a injustement réservée. Au point de tenter invariablement d’en convaincre son entourage, à commencer par sa mère.

On sent une question, lancinante. L’amour d’une mère. Le personnage central du film, c’est Marie Humbert. Ses doutes, ses choix, son incroyable ténacité. Ses espoirs fous. Sa sensation de solitude. Tout le bien qu’elle lui a fait. Tous les efforts entrepris pour rentrer en communication avec lui.

Et à un moment, nous sommes appelés à juger. Elle-même hésite dans un premier temps, refuse de céder à son fils, lui demande de se battre. Elle met fin au débat. Tente de l’infléchir maintes et maintes fois. Et puis petit à petit elle évolue dans son jugement, jusqu’à se persuader, elle-aussi, que c’est la seule solution, puisqu’il en veut ainsi. Vincent lui avait répondu que sinon cela signifiait qu’elle ne l’aimait pas. L’amour d’une mère.

A partir de là, les dés sont jetés. Et le téléfilm nous demande d’entériner ce moment-là, le plus important. Cet instant où on juge que tout est fini. qu’il n’y a plus rien à faire. L’amour d’une mère. Qu’est-ce au fond, l’amour qu’une mère éprouve pour son fils? Question centrale, dont la réponse est tellement compliquée à trouver.

Nous n’avons pas à juger Marie Humbert. Nous n’avons pas à estimer son amour pour son fils, à le jauger. Ce point la regarde, même si on peut l’imaginer. Tenter de se mettre à la place de, c’est impossible.

Le législateur en sera-t-il capable? Car il n’y a pas besoin d’être grand clerc politiquement parlant pour deviner que ce film est une arme en faveur du droit au laisser-mourir, même s’il a le mérite de rendre compte de la complexité de la situation. L’argument de l’amour en étendard. Il y a quelque chose qui nous échappe, cela signifierait donc que l’amour l’emporterait sur tout? Que tout devrait lui être dévolu? Que jamais, on puisse rien lui refuser? Qu’il ne puisse jamais être criminel? Dès lors, autant légitimer l’amour d’une mère en légalisant après coup cette terrible histoire, qui mérite pourtant bien mieux que cette mise en pâture médiatique. Elle est devenue une sorte de cause. Or à aucun moment, Vincent Humbert  ne parle d’autre chose que de sa propre vie. Et de sa propre mort. Il ne généralise pas. Il est clair, il veut juste qu’on l’aide à mourir.

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