Siffler un pays, ça veut dire quoi?

Elle m’a dit d’aller là-haut siffler sur la colline… mais pas au Stade de France!

Vendredi soir, lors de la rencontre France-Maroc (devrait-on dire Maroc-France?), la Marseillaise et les joueurs français ont été copieusement sifflée. La honte. Il y a des paires de claques qui se perdent, décidément!

Il faut dire que les maillots rouges étaient nombreux dans le stade. Qu’on supporte le Maroc, aucun problème. Que les Français d’origine marocaine aient décidés de venir en nombre supporter l’équipe de leurs ancêtres, de leur famille, de leur « patrie de coeur », aucun problème non plus. Après tout, s’ils sont plus motivés que les Français dits de souche, qui n’ont jamais brillé par leur ardent soutien à leur équipe nationale, pourquoi pas. Et puis les racines, c’est souvent plus fort que tout, et c’est bien normal qu’on les maintienne en vie, qu’on les cultive. C’est bien compréhensible qu’on les « préfère » à son pays d’adoption, et surtout quand celui-ci ne manifeste aucun zèle à vous faire sortir de votre cité à la noix.

Mais siffler. Pourquoi? Quel est ce réflexe antinational, quel est ce syndrôme de haine de soi? Quelle injustice, alors que justement, l’équipe de France de football, plus que tout autre « institution », reflète parfaitement la diversité, le métissage de notre société! On se demande si les artistes du sifflet ne se sont pas fait plus de mal que de bien, vendredi.

Cela s’appelle, pour être gentil, cracher dans la soupe. Siffler la Marseillaise (on ne parle même pas des joueurs…), c’est siffler la France. Et ça veut dire quoi, au juste, siffler un pays? Lui manifester une forme de désaccord? Lui envoyer un soufflet, lui jeter un défi? A toujours se plaindre, on n’avance pas.

On peut certes imaginer le désarroi qui s’empare de vous lorsque vos efforts d’intégration ne sont pas récompensés. Lorsqu’en dépit de vos mérites, de vos diplômes, et surtout de votre bonne volonté, vous êtes sans cesse renvoyé à votre image d’immigré, alors que dans le même temps, vous êtes vu comme un étranger dans votre pays d’origine. Mais il y a un moment où il faut arrêter avec la victimisation et la généralisation. Avec la dénonciation des contrôles d’identité au faciès (qui sont trop nombreux, certes), du racisme. Un moment où il faut dire que le tous victimes est aussi idiot que le tous méchants. Et puis, flûte, quand on est poli, bien élevé, on ne siffle pas un hymne national. M’énervent, ceux-là! Et je ne suis manifestement pas le seul.

Les Français qu’on appelle de souche, au juste, ne sont pas mieux lotis que les autres. Et ils ne sifflent pas à tout va pour autant. Le malaise est social, pas ethnique, n’en déplaise à tous ceux qui font de la condition des immigrés un argument électoral.

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