Y’a-t-il une alternative à la disparition programmée de la famille?

Comment dire. J’ai été, disons, troublé, en regardant hier soir les débats de cette sympathique émission de France 3 présentée par Frédéric Taddeï, Ce Soir ou Jamais.

Le sujet abordé, au moment où j’ai lâché la télécommande pour rester scotché sur la 3, était celui des mères porteuses. Un sujet délicat,sur lequel j’ai du mal à me faire une opinion claire et précise. On peut comprendre ceux qui réclament la légalisation de cette pratique, et en même temps, cela paraît léger de rémunérer quelqu’un pour porter un enfant dans son utérus. C’est, disons, trop intime. L’argument de la difficulté à se déplacer jusqu’aux Etats-Unis, lui, paraît fallacieux :  il faut se prononcer pour ou contre, et non pas se concentrer sur les détails techniques. Le plus important, comme l’ont dit certains participants au débat, c’est qu’il y a derrière tout cela une forme de mécanisation du rapport à l’enfant. Un risque de dérive vers un monde où l’on pourrait concevoir des enfants uniquement en machines. L’ultime libération de la femme? Tout paraît préférable à cette vision du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, où les familles n’existent plus : les enfants sont tous produits en labos, l’amour est interdit, la sexualité réduite à un loisir.

Surtout, ce qui a attiré mon attention, ce sont les mots, les arguments employés par deux des participants au débat. Roland Dumas (pour faire écho à Authueil et à son propos sur le microcosme, disons que dans notre cher pays, pour être invité dans des émission, mieux vaut être escroc qu’homophobe) et Caroline Fourest (sa fiche wikipédia est étonamment longue, elle doit faire partie de ceux qui comme Plan B l’a démontré, écrivent eux-mêmes leur hagiographie sur le site). Militante féministe de grand talent, journaliste à Charlie Hebdo et rédactrice en chef de la revue Prochoix, cette femme qui combat les intégrismes adopte une vision de la laïcité proche lui-même du délire.

Ainsi, selon eux, il s’agirait non seulement de laisser les gens « libres » de leur choix, mais en outre, de rompre avec l’influence judéo-chrétienne sur notre société. J’ignorais que cette seconde proposition pouvait être une fin en soi. Ni un argument. Mais dans leur bouche, il prend tout son sens. D’ailleurs Roland Dumas prend un exemple très instructif de « libération de la société » : « Il a fallu attendre 1975 pour que les enfants adultérins puissent hériter. Cette interdiction avait pour but de protéger la famille. »

Protéger la famille. Nous y voilà. Est-ce un but à rechercher en soi? La question se pose, après tout. Devait-on laisser des injustices exister, pour protéger la famille? L’enfant adultérin, a priori, n’a rien fait pour mériter son sort.

Mais en y réfléchissant bien, ne devrait-on pas d’avantage aider la famille, en tant qu’institution, que modèle, que cellule de base de la société? Cette cellule qui protège l’individu de l’Etat, de la société, de l’arbitraire. Qui éveille l’enfant au monde, qui lui donne ses forces pour se battre tout au long de sa vie, qui lui donne des repères, des références. Qui est à l’enfant ce que le tuteur est à l’arbre.

Si l’on se penche à son chevet, on ne peut que constater que la famille a été bien pilonnée au cours des dernières décennies. De façon naturelle ou par le biais de lois. Divorce, familles recomposées, remariages. Eclatement géographique des familles, qui se concentraient autrefois dans un même secteur. Travail des femmes. Bientôt, mères porteuses, si l’on en croit les intervenants au débat d’hier, qui espéraient quasiment tous (le débat chez France 3, c’est quatre dans un camp, deux dans l’autre, dont un caricatural, ainsi, on manipule facilement l’opinion publique) une légalisation pour la prochaine révision des lois sur la bioéthique, en 2009. Ensuite, ce sera le mariage homosexuel. Puis l »adoption. Et… Et quoi? Car la loi finit toujours par suivre les moeurs. Parfois, elle les précède, même. Mais quoi qu’on pense de tous ces phénomènes (je n’ai rien contre le travail des femmes, par exemple, bien au contraire), ils participent tous d’un certain éclatement de la famille, d’un affaiblissement du lien de filiation (sans compter la distinction quasi-établie, désormais, entre sexualité et procréation)et d’un modèle de société qui est le nôtre depuis des siècles.

C’est un fait. Alors, qu’en penser? Faut-il à tout prix rompre avec le judéo-christianisme, au risque d’aboutir à une situation inédite, dont on ne maîtrise aucune donnée? Et qui jusqu’ici, à part rendre les gens libres, n’a pas produit des conséquences ultra-positives? Faut-il craindre cette situation, ou la craint-on parce qu’on ne l’a jamais connue? La craint-on parce qu’on est marqué, justement, par ce schéma judéo-chrétien? Faut-il privilégier la liberté plutôt que l’efficacité, la justice?

Au cours d’une visite récente effectuée dans un foyer de l’enfance, où sont accueillis en permanence une centaine d’enfants victimes (et/ou délinquants, voire psychopathes, voire les trois à la fois), j’ai été frappé par ce propos d’un éducateur. Nous parlions du rapport qu’il avait avec les enfants, les ados essentiellement, et je lui demandais s’il remarquait ou non une évolution dans leur comportement. Sa réponse était édifiante : en substance, il m’a confié ceci : ‘ « Il ne faut pas s’étonner de la situation dans laquelle sont certains jeunes aujourd’hui. Violence, stupéfiants, c’est un engrenage. On n’a pas fait grand-chose pour l’éviter. La déstructuration de la famille est d’ailleurs une des causes principales de cette maléducation. » 

Une des causes. Pas la seule, bien sûr. Mais on se mordra vraisemblablement les doigts d’avoir laissé cet affaiblissement se produire petit à petit, imperceptiblement. Mais que pouvait-on faire d’autre?

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