L’assemblée élargit le champ de l’IVG en catimini

On le dit un peu partout : il y a trop d’avortements en France. Environ 200 000 par an, en moyenne. Un peu moins d’après les statistiques officielles. Nous en avions débattu récemment sur ce blog : l’IVG n’a-t-elle pas tendance à se banaliser, et à devenir un mode de contraception? Est-il normal, trente ans après la loi Veil, dans un pays où l’immense majorité des femmes utilise des contraceptifs, que ce nombre effarant ne diminue pas, mais ait plutôt tendance à stagner, voire à augmenter?

A cet égard, le gouvernement vient de nous pondre un beau texte en contradiction totale avec l’impératif criant de réduction de ce chiffre. On ne reparlera pas ici du fond du problème : on l’a déjà abordé plusieurs fois ici, notamment en ce qui concerne les incompréhensions qu’on peut avoir vis-à-vis des différences de délais pour avorter entre les différents pays qui autorisent l’IVG.

Par l’article 46 du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS 2008, dont vous trouvez le contenu ici, il suffit ensuite de descendre à l’article souhaité, sachant que les rédacteurs ont eu l’intelligence de les classer par ordre croissant), voté par l’Assemblée lundi 29 octobre, le gouvernement élargit le champ de l’IVG, en autorisant les médecins de centres de plannings familiaux à prescrire des pilules abortives (IVG médicamenteuse). Au départ, ces cachets n’étaient délivrés qu’à l’hôpital. On a autorisé en juillet 2004 les « médecins de ville » à les prescrire. Désormais, cette forme d’IVG représente pas moins de 42% des avortements pratiqués en France, si l’on en croit l’AFP, le site de l’Assemblée ou encore Libération (qui se réjouit bien sûr de la nouvelle)! Autrement dit, ce n’est pas rien.

Une liberté de choix supplémentaire, justifie à l’appui de sa décision le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Les « motifs de cet article » sont exposés dans le texte de loi : « réduire les difficultés rencontrées par les femmes souhaitant interrompre leur grossesse », pour un « accès facilité », dans des structures où les médecins sont « tout particulièrement sensibilisés au sujet de l’IVG et compétents pour pratiquer ces actes qu’ils réalisent bien souvent, de fait, actuellement, en établissement de santé ».

Faciliter l’accès à l’IVG. Une expression dont on peut se méfier : si l’on veut réduire le nombre d’avortements en France, n’est-ce pas : 1- que cet acte n’est pas anodin, quoi qu’on en pense, 2- qu’il engendre un traumatisme certain chez la personne qui décide d’y recourir?

Or l’IVG pratiquée à l’hôpital peut paraître plus « trash » que celle qui consiste à ingérer une pilule. Quoi qu’une amie me soufflait il y a quelques instants à l’oreille que le geste pouvait être tout aussi traumatisant. Nonobstant, il semble malgré tout que le but « caché » de cet article est de multiplier les voies d’accès à la pilule abortive, pour éviter que les femmes se retrouvent à l’hôpital. D’autant que de moins en moins de médecins souhaitent pratiquer l’avortement.

L’intention pourrait être louable, mais il semble que la réflexion a une importance capitale et doit être favorisée à tout prix sur ce genre de sujet. Et a priori, elle est plus susceptible d’être approfondie lorsqu’on prend l’initiative d’aller à l’hôpital, ce qui nécessite un acte de volonté fort, et une forme de persévérance dans l’intention, plutôt que lorsqu’on se rend au planning familial le plus proche. Et quoi qu’on dise, le geste d’avaler une pilule n’a pas du tout la même signification, ni les mêmes retombées, que celui de se faire aspirer le contenu de son utérus à l’hôpital.

Alors quoi, on veut déculpabiliser? Sur ce sujet important, en tout cas, on constate que l’éxécutif se garde de donner une publicité importante à ses décisions. Une simple requête sur google news suffira à décevoir votre soif d’information. Le texte a été voté en pleine nuit. Le débat s’est résumé à deux questions à Roselyne Bachelot. En fait, chez nous, on accorde plus d’importance à la libération de trois journalistes. Au salaire du président. Aux régimes spéciaux des cheminots. Quand nos concitoyens s’intéresseront-ils à leur société, à l’homme, à la vie, à leur avenir en tant qu’humain, plutôt qu’à leurs salaires, à leurs primes, à leur auto et aux régimes spéciaux? Quand on y pense, les priorités de nos sociétés « modernes » sont décidément bien étranges. Pas sûr que l’Homme en sorte gagnant…

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