Embryons mi-homme, mi-vache : si Dieu n’existe pas tout est permis

Bientôt, on nous collera des gênes de mouche pour voir à 180°C. Vous verrez. Après dix mois de réflexion, et un refus initial du gouvernement Blair, la très sérieuse agence de biomédecine britannique (HFEA comme Human fertilisation and embryology authority) vient d’autoriser deux laboratoires à produire des embryons hybrides, des « cybrides », créés à partir d’une cellule humaine et d’un ovocyte de vache ». La Grande-Bretagne emboîte donc le pas à la Chine, qui a autorisé la création d’embryons hybrides en 2003. On n’arrête pas le progrès, n’est-ce pas?

Les sorciers sont donc aux manettes. Comment ça marche, au fait? Rassurons-nous d’emblée, il n’est pas question de croiser un humain et un animal. On a évité le pire. Le principe reste cependant monstrueux. Il consiste à passer outre le faible rendement du clonage d’embryons (autorisé en GB) chez l’homme, en appelant à l’aide le monde animal. Selon le Figaro, « le principe de ces cybrides est d’obtenir un embryon « humain » selon le principe du clonage, mais en injectant le noyau d’une cellule humaine non pas dans un ovocyte féminin (difficile à obtenir) mais dans un ovocyte prélevé chez l’animal (de recueil plus aisé). À partir de ces embryons cybrides, des lignées de cellules souches peuvent être cultivées. »

On parle de vache, mais aussi de brebis, de lapine… Avec en ligne de mire le sempiternel objectif : faire avancer la recherche sur des traitements contre des maladies telles qu’Alzheimer. Un prétexte pour faire passer la pilule?

Une condition est tout de même posée par l’agence de biomédecine : détruire l’embryon quatorze jours au plus tard après sa création. C’est à n’y rien comprendre, cette contradiction. Car soit l’embryon est une chose, un objet, et dans ce cas on se demande bien pourquoi on n’ouvre pas toutes les vannes. Pourquoi on n’autorise pas toutes les recherches, toutes les manipulations possibles et imaginables. Soit ce n’est pas un objet mais un être humain, ou du moins un être humain en puissance, comme le bourgeon vis à vis de la fleur. Et dans ce cas, pas touche!

Ces recherches sont d’autant plus étonnantes que, comme on le lit dans le Figaro sous la plume de Jean-Michel Bader, « la création de cellules souches à partir de cellules normales semble à portée de main : ce qui rendrait obsolète l’utilisation d’embryons ». Libération, de son côté ignore ce genre d’argument. Le journal de Laurent Joffrin préfère aborder l’intérêt commercial de telles recherches : « Pour l’opinion publique britannique, le pas franchi n’est finalement pas si grand. Le pays où est né le premier bébé FIV a autorisé de longue date la recherche sur des embryons fécondés in vitro et non utilisés (interdite en France, sauf dérogation), puis la création d’embryons humains pour la recherche, puis, plus récemment, la création d’embryon humains par clonage – toutes choses proscrites dans l’Hexagone… Londres entend ainsi rester en tête des pays les plus avancés dans la recherche sur les cellules souches embryonnaires, dites si prometteuses. »

Sous-entendu : qu’ont-ils à nous casser les pieds avec leur bioéthique, ces ringards de Français, alors que les intelligents anglais, eux, ne s’embarassent pas de scrupule et choisissent résolument le parti de la modernité. Qui est aussi celui de l’argent, d’ailleurs. Le Monde nous rappelle tout de même que de telles recherches ont été interdites aux Etats-Unis et en Australie.

Parfois, on se demande pourquoi personne ne réagit, personne ne dit stop. Pourquoi cette indifférence sur des questions aussi importantes. Qui touchent l’homme, qui touchent son statut, son identité génétique. Encore une fois, le Vatican, en la personne de Mgr Elio Sgreccia, président de l’Académie pontificale pour la vie, se retrouve seul à dénoncer un « acte monstrueux dirigé contre la dignité humaine ». Mais n’est-ce pas ce qu’on devrait tous clamer? Réfléchissez. On va cultiver une cellule humaine dans un ovule de vache. Et vous trouvez ça normal?

« Si Dieu n’existe pas, tout est permis », écrivait Dostoïevski. On y est.

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