Villepin : l’Empire contre-attaque

Villepin fait fort. Depuis quelques jours, on le sentait fiévreux, pressé d’en découdre, rassemblant ses atouts avant de jeter toutes ses forces dans la bataille. A la façon Napoléonienne. Désormais, il se pose en opposant direct à Sarkozy : alors, bluff ou début de contestation à droite?

L’homme profite de la promotion de son dernier ouvrage sur Napoléon, Le soleil noir de la puissance. La semaine dernière sur TF1, il a d’abord dit craindre une « erreur judiciaire » au sujet de l’affaire Cleastream, dans laquelle il est mis en examen. Difficile de se prononcer là-dessus, tant l’affaire paraît obscure. Bien sûr, tout le monde a lu (un comble!) les PV d’audition du général Rondot ou de Jean-Louis Gergorin. Dans les médias, c’est à qui violera le plus le secret de l’instruction pour doubler le voisin. Mais la prudence est de mise dans ce dossier. Car à la question « à qui profite le crime? », Sarkozy sort bien sûr gagnant. Même si au départ, il semble l’évidente victime d’un complot machiavélique destiné à le discréditer. Mais connaîtra-t-on un jour la vérité?

Sortant d’un long silence, Dominique de Villepin a sorti ses gants de boxe, critiquant dès lundi la politique étrangère du gouvernement, notamment au sujet de l’Afrique et de la relation de la France à l’égard des Etats-Unis.

Sur i-télé, hier, l’ancien premier ministre a enfoncé le clou avec une vigueur étonnante dans sa position de quasi-paria. Feu à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy. En vrac, quelques citations amusantes :

« Ce n’est pas quand vous êtes entouré de béni-oui-oui, de cire-pompes et de courtisans que vous faites avancer un pays »

« On confond parfois le pouvoir et la gloire. Le Bourgeois gentilhomme, c’est toujours celui qui se met en scène. C’est forcément celui vers lequel les regards se tournent ».

« Je suis celui qui remplit le rôle de conscience et d’aiguillon d’une majorité qui ne doit pas s’endormir sur ses lauriers »
 
Puis Villepin rappelle aux « courtisans » que la conjoncture économique est « difficile », l’investissement « peu glorieux » et que le commerce extérieur « atteint les chiffres les plus mauvais ». Claude Guéant, lui, est brocardé pour son absence de « légitimité politique » à s’exprimer.

Bien sûr, venant d’un premier ministre qui n’a pas fait grand-chose pour la prospérité du pays, la critique peut prêter à sourire. Mais l’homme a du panache, et manie l’ironie avec talent. Il n’hésite pas à se comparer avec le Sarkozy de son gouvernement passé : « J’ai été dans un gouvernement où Nicolas Sarkozy n’a pas arrêté d’expliquer qu’il fallait animer le débat, qu’il y ait des grandes voix, des consciences capables de porter le débat et de nous permettre d’aller plus d’animer le débat. Nicolas Sarkozy avait raison ».

Très beau! Ce qui est admirable, chez Villepin, c’est son incroyable talent à décrypter ce qui fait la gloire ou la perte d’un homme d’Etat comme Napoléon. Comme il l’analyse dans son ouvrage, « Napoléon possède le génie de la conquête mais pas celui de la conservation. Le premier nécessite l’alliance de l’instinct, du courage et de la volonté. Le second, une réelle capacité d’écoute et de questionnement sans laquelle la politique s’abîme dans l’habitude et l’artifice entretenus par l’adulation intéressée des courtisans ». Ce qui est génial chez ce Galouzeau, c’est sa faculté à théoriser le pouvoir, l’Etat, l’action politique. La France. Mais cela suffit-il pour devenir soi-même l’incarnation de son rêve?

Car en attendant, l’homme est paralysé par la procédure judiciaire lancée contre lui. Comment imaginer, dès lors, un destin, un avenir politique pour ce grognard? Pourtant, ses récentes sorties ne sont probablement pas gratuites. Pense-t-il pouvoir rentrer dans le jeu? Imagine-t-il pouvoir recréer une sorte de courant chiraquien à l’UMP? Vue sa popularité au sein des parlementaires, l’idée semble peu crédible, même si elle doit furieusement trotter dans son esprit.

Mais paradoxalement, cette perspective pourrait être intéressante pour le pays, étant donnée l’inanité de l’opposition de gauche actuelle, l’absence totale et condamnable de François Bayrou et du MoDem, et le silence craintif et coupable de cette partie de la droite qui n’approuve pas totalement la politique de Sarkozy. Et pourtant, elle existe…

Non pas qu’il faille systématiquement condamner les actions du président. Mais vu le monolithisme actuel de la pensée de droite, une voix discordante ne ferait peut-être pas grand-mal. Serait-ce celle de Villepin, ou s’agit-il d’un énième coup de bluff chiraquien?

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