La Belgique est-elle vraiment condamnée à mort?

Difficile d’avoir un avis éclairé sur les crises de foi qui frappent de plus en plus régulièrement la Belgique. A chaque fois, on pronostique sa chute, la scission entre Wallonie et Flandres, et la fin de ce royaume dont l’identité semble bancale. Ce pays « né d’un accident de l’histoire », comme se plaît à le répéter Yves Leterme, président de la région flamande jusqu’aux dernières législatives, qu’il a remportées. Et à chaque fois, celle-ci est reportée…

Malheureusement, depuis cette victoire, les négociations en vue de la formation d’un gouvernement patinent. Les alliés wallons potentiels d’Yves Leterme, dont il a besoin pour disposer d’une majorité à la tête de la fédération, refusent que soient inscrits dans le programme gouvernemental de nouvelles décentralisations vers les régions. Leterme ne sera donc pas premier ministre pour le moment, devant la désapprobation qu’il suscite chez les francophones. Jeudi dernier, il a jeté l’éponge…

Et paf, nouvelle crise. Et nouvelles interrogations quant à l’avenir de la Belgique. La séparation redoutée, virtuellement concrétisée dans un documentaire-fiction diffusé en décembre dernier par la RTBF, semble se préciser. Cette fois, est-ce la « bonne », si l’on peut dire? Ce qui étonne, c’est qu’un récent sondage du quotidien La Dernière Heure a montré que 70% des belges croyaient à un « avenir à long terme » de leur pays. Chez les Flamands, ils seraient près de 40%, au contraire, à souhaiter l’indépendance de leur région.

Au final, quelle est donc la réalité ? La scission est-elle inéluctable? Peut-elle découler du blocage institutionnel actuel, et malgré l’opinion contraire d’une majorité de Belges? L’amie Rose Noire pourrait peut-être nous éclairer. Son point de vue est original : bien qu’étant francophone, elle ne voue pas pour autant Leterme (et les libéraux flamands qui veulent se débarraser du « boulet wallon ») aux gémonies. Parce qu’elle partage les mêmes idées économiques que lui, qu’elle est d’accord avec lui pour dire que la Belgique, « c’est une création artificielle, ce sont deux populations de culture tout à fait différentes collées ensemble par un hasard de l’Histoire », et qu’elle regrette que ses compatriotes francophones ne pratiquent pas d’avantage le flamand. Bref, pour elle, « tout ce truc va se casser la figure ». Un témoignage qui montre que le « front » francophone est plus divisé qu’on ne pourrait le penser à ce sujet.

Habitant dans une zone frontalière de la Belgique, il m’arrive de passer outre-Quiévrain et pas uniquement pour acheter des cigarettes. Mon point de vue est donc nécessairement incomplet puisque je ne prétends pas avoir réalisé une étude sociologique profonde sur la question. Mais ce qui me frappe en Wallonie, c’est qu’on a le sentiment d’y voir un peuple résigné. Passif face à l’événement. Une population qui se victimise et se sent injustement traitée par les Flamands, qui ne se privent pas, en effet, de soumettre certaines communes environnant Bruxelles – en zone flamande mais majoritairement francophones – à un diktat culturel et linguistique. En Flandre, on sent une activité débordante, une envie de réussir. Mais on sent aussi un racisme latent envers les francophones en général, et les Wallons en particulier. Parlez en français à Gand, on vous répondra en flamand. Juste par principe. Observez les panneaux directionnels sur le bord des routes : Ils ne sont plus guère sous-titrés. Antwerpen, Gent, Brugge, Rijsel, ce n’est pas très compliqué à comprendre mais un geste aussi puéril montre l’état des rapports entre les communautés. Et tant pis si vous êtes citoyen français.

On peut comprendre les deux parties : les francophones ont tout intérêt à conserver leur statut actuel. Comme l’écrivait aujourd’hui, dans un chat avec les internautes, le correspondant du Monde en Belgique Jean-Pierre Stroobants, « la question des transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie par l’entremise de l’Etat fédéral est une réalité, et la loi de financement élaborée au fil des réformes favorise indéniablement le sud de la Belgique ».
Les Flamands, eux, peuvent légitimement se sentir spoliés : « On peut y voir une réalité logique dans le cadre d’un Etat fédéral. Une partie de la Flandre y voit désormais une charge insupportable ».

Je me souviens de cette discussion très courtoise avec des Flamands s’exprimant aimablement en français. Ils m’expliquaient qu’il y a des années, la Wallonie dominait la Belgique. Que les Flamands et leur langue étaient alors méprisés. Réalité exagérée? De tels ressentiments, ressassés en permanence, font penser de loin à la haine exacerbée pendant des années entre Hutus et Tutsis. Même si l’issue ne ressemblera sans doute pas – encore heureux – à celle qu’a connue le Rwanda.

Le cas belge semble en définitive bien plus compliqué qu’une simple question de financement d’une communauté par une autre. Rose Noire me détrompera peut-être : on a l’impression qu’il s’agit d’un affrontement communautaire lié aux différences de culture, de caractère, de façon de vivre et de linguistique, et qui prend pour prétexte l’argument financier. Qui est d’ailleurs étroitement lié au triptyque précédent… La Belgique mourra-t-elle vraiment un jour? Cela dépendra largement de la volonté des deux parties à dépasser ces différences. On est un peu sceptique, tout de même.

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