Une assemblée équilibrée pour appliquer les promesses de Sarkozy

Jean-Louis Borloo, la fine mouche, a salué hier soir la victoire historique de l’UMP : une majorité se succède en effet à elle-même suite au deuxième tour de ces législatives, qui bouclent un cycle électoral long et éprouvant au terme duquel le monde politique est contraint à une large recomposition.

L’assemblée « équilibrée » élue hier, qui certes ne représentera pas – une nouvelle fois – la diversité de la société, est cependant loin du monolithisme que les résultats du 10 juin laissaient entrevoir. Avec à nouveau une participation décevante qui nuance le soi-disant sursaut démocratique observé lors de l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai derniers.

Le parti socialiste, qui atténue la claque qui lui pendait au nez, aura une présence renforcée d’une quarantaine de députés dans la nouvelle assemblée nationale. Après la vague bleue du premier tour, la vaguelette rose a déferlé dans le pays : de nombreuses circonscriptions ont été gagnées sur le fil par le PS après un premier tour qui augurait mal du résultat final. Arnaud Montebourg et Jean-Louis BIanco sauvent leur peau de justesse, tandis que Vincent Peillon et ce pauvre Jean-Pierre Chevènement mordent la poussière pour la seconde fois d’affilée. Le Nord, qui avait basculé à droite à l’occasion de la présidentielle et au soir du 10 juin, revient finalement au PS, qui réalise des scores proches de 60% dans la métropole lilloise et gagne même deux sièges par rapport à 2002. En définitive, la gauche peut dire merci à la conjonction improbable de deux facteurs ayant amorti sa chute : le splendide cafouillage du gouvernement Fillon au sujet de la TVA sociale, et le ralliement quasi systématique à ses candidats des électeurs du MoDem.

En dépit de ce retournement de tendance opportun (Jean-Luc Mélenchon a lâché que c’était « quand même une branlée »), le PS ne pourra se payer encore une fois le luxe d’une reconstruction. François Hollande a répété qu’il ne quitterait pas son poste avant l’échéance de son mandat, à l’été 2008. Ségolène Royal de son côté, a pris de court ses « rivaux » en se déclarant officiellement candidate au poste de premier secrétaire. Montebourg a même ajouté que « le temps des éléphants » était achevé, au profit du « règne des jeunes lions ». Plus anecdotiquement, la candidate malheureuse à la présidentielle livre un secret de polichinelle qui agite des médias qui connaissaient la vérité depuis des mois : elle se sépare de son désormais ex-compagnon François Hollande. Isolé, critiqué, ce dernier voit ainsi la mère de ses enfants devenir définitivement une rivale politique.

Le MoDem, qui n’a pas réussi à transformer l’essai de la présidentielle, peut être satisfait d’avoir limité la casse avec quatre députés élus sur les six encore en lice au deuxième tour. François Bayrou , qui salue un « résultat très prometteur » pour son parti, a une nouvelle fois affirmé qu’il continuait son combat de plus belle : sa « longue marche » peut commencer… Ses opposants du Nouveau Centre, eux, ont bien fait de trahir leur ancien champion : avec 22 sièges, ils pourront constituer un groupe parlementaire!

Le PCF et les Verts confirment leur déclin. Si Marie-George Buffet a été confortablement élue, ses troupes ont perdu leur groupe au Palais-Bourbon. Côté FN, Jean-Marie Le Pen l’avoue : « Quand même, c’est une branlée de plus ». Sa fille, Marine Le Pen, sauve les meubles dans le Pas-de-Calais, mais échoue au second tour.

Dans la majorité, qui paie un lourd tribut au flou entretenu autour du projet de création d’une TVA sociale, notons la défaite d’Alain Juppé, et en conséquence, sa démission inéluctable du gouvernement. Le maire de Bordeaux voit ainsi son horizon politique s’obscurcir pour la seconde fois, en attendant d’éventuelles nouvelles poursuites judiciaires. D’autres personnalités de la droite ont été battues hier soir : l’horripilant Arno Klarsfeld à Paris, le sulfureux Alain Carignon à Grenoble, la scandaleuse Sylvie Noachovitch dans le Val d’Oise.

Après des mois et des mois de discussion, de débats, de propositions, de promesses en tous genres, on sort enfin de la période électorale pour enfin entrer dans le champ de l’action. L’UMP dispose malgré tout d’une majorité claire afin d’appliquer les promesses de Nicolas Sarkozy. On verra ce qu’elle en fera, et si la rupture annoncée n’était pas – comme on a naïvement tendance à le croire – un simple slogan électoral. En attendant, bien sûr, la prochaine échéance : les élections municipales du printemps 2008, qui ne manqueront pas de se réveler comme une approbation ou une sanction des premiers mois de l’ère sarkozyste.

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