Quand la société n’admet plus le risque de la mort

Difficile question, problème complexe, qui est pourtant sous-jacent derrière les polémiques sur les délais d’intervention des pompiers après la mort terrible d’une mère et de ses trois enfants, la nuit dernière à Bazas, en Gironde.

Il ne faut pas préjuger, dans ce cas précis, de l’enquête de gendarmerie. Elle établira facilement si oui ou non, les soldats du feu ont tardé à arriver sur place : les appels que reçoit le « 18 » sont systématiquement enregistrés. Selon trois témoins, ils auraient été prévenus à 19h35 et ne seraient arrivés sur les lieux de la catastrophe qu’autour de 20h20. Les pompiers, eux, ont assuré avoir reçu le premier appel de détresse à 19h51, et le SDIS (service départemental d’incendie et de secours) a certifié que les délais d’intervention prévus (une quinzaine de minutes) avaient été respectés.

Le même genre de polémique, basé sur des rumeurs, avait émergé à Roubaix, où en août 2006, cinq personnes étaient mortes dans l’incendie d’un immeuble d’un quartier populaire.

Derrière tout cela, on sent toujours poindre la notion de refus de la mort. Mais faut-il toujours trouver des responsables? La mort est-elle un événement si inacceptable qu’il faut trouver des boucs émissaires même lorsqu’il s’agit d’un accident? On retrouve régulièrement ce type de raisonnement – qui est tout à fait compréhensible – en ce qui concerne les accidents de la route. On essaie à tout prix de trouver ce qui a pu expliquer le pire, s’il ne manquait pas une pièce dans la procédure du contrôle technique, si les pneus étaient correctement gonflés, etc. Le savoir ramènera-t-il la personne décédée? Faire payer d’éventuels responsables pourra-t-il ratrapper un événement par définition irréversible?

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de critiquer les personnes pouvant raisonner ainsi. On se révolte toujours face à la mort d’un proche. On veut des explications. C’est tout naturel et l’individu n’est pour rien là-dedans. Ce qui semble en cause, c’est l’évolution de nos sociétés occidentales vers une judiciarisation extrême. Comme si on pouvait assurer la vie comme quelque chose de certain, qui a un commencement et un terme. Comme s’il était anormal que ce terme soit plus proche que ce qu’on imaginait. Comme si on n’admettait plus le risque, et a fortiori le risque suprême, celui de la mort.

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