MoDem : la roche tarpéienne et si proche du Capitole…

Pauvre François Bayrou. Porté à 18,5% des électeurs grâce à l’appui de médias satisfaits d’avoir un troisième homme plus « fréquentable » que le sieur Le Pen (qui s’accroche à son parti comme une moule à son rocher), l’homme faible du MoDem est aujourd’hui éreinté par la critique, lâché par les siens, oublié des télés. Bref, le Béarnais n’est plus à la mode. La roche Tarpéienne est décidément bien proche du Capitole! Et en dépit d’une adhésion populaire importante, le MoDem risque fort de se retrouver avec moins de députés que Blanche-Neige n’avait de nains. La faute à la bipolarisation et au syndrome « vote utile ». Il en faudrait pourtant peu pour que Bayrou représente la seul force véritable d’opposition dans ce pays…

Rien à faire… Le PS a beau être encore plus bas que le fond du gouffre, la mayonnaise modémienne ne prend pas. Bayrou, qui était la coqueluche des médias il y a encore quinze jours, n’intéresse plus. Zou, fini, rien à voir, circulez m’sieur Bayrou. Et pourtant, ce n’est pas faute de tenter, de chercher à taper encore sur ces connivences entre pouvoir et argent, pouvoir et puissances médiatiques, une recette qui avait si bien marché pour la présidentielle. « Nous voulons une presse, des radios et des télévisions libres, non inféodées ! Nous en avons besoin pour nous et nos familles ! Nous ne voulons pas que nos organes d’information soient soumis à ces influences ! », a-t-il lancé hier soir au Zénith de Paris, où il lançait la campagne de son parti pour les législatives. Déjà, il avait dénoncé la nomination d’un collaborateur de Sarkozy, Laurent Solly, dans l’équipe dirigeante de TF1.

Ultime coup de boutoir du sanglier blessé? Les grandes postures ne semblent plus fonctionner. Alors le Béarnais a bien tenté de revendiquer la qualité d’opposant n°1 à la vague bleue qui risque de déferler sur l’Assemblée nationale au soir du 17 juin. Mais la défection de ses ex-lieutenants de l’UDF, qui forts de 22 sortants (contre six pour le MoDem) présenteront une centaine de candidats pour le compte du PSLE (parti libéral social européen), brouille son message et l’empêche de peser médiatiquement sur l’élection… Les Morin, Leroy et compagnie ont choisi d’agir de l’intérieur plutôt que de critiquer stérilement de l’extérieur. Mais ont eu l’intelligence de revendiquer le terme « libéral » pour priver Bayrou de son aile droite. Et voilà la MoDem piégé par son « ni-ni » qui risque bien de la conduire… nulle part. D’autant que si les abandons sont nombreux, bien peu sont ceux qui rejoignent la maison orange. Corinne Lepage, Azouz Begag, Djamel Bouras, ça n’est pas du plus sexy…

Tout pourrait être possible, en réalité, si François Bayrou n’était pas coincé une nouvelle fois entre sa droite et sa gauche. Esprit du quinquennat oblige, le débat présidentiel écrase celui des législatives. Epuisés par six mois de lutte, d’images médiatiques à gogo et d’idées balancées à tout-va, les Français ne sont pas prêts à remettre le couvert. Dès lors, l’appel au vote « utile » des deux côtés leur convient très bien. L’UMP se contente d’appeler à confirmer le vote du 6 mai. Et le gouvernement se donne l’image de l’action pour convaincre les indécis.

Quant au PS, malgré ses divisions, son incurie à proposer autre chose qu’un « Tout sauf Sarkozy », il pourrait bien avoir plus de députés qu’en 2002, en profitant du recul des Verts et de feu le PCF. Les sympathisants bayrouistes, qui ont compris qu’il fallait être devant le PS pour pouvoir remporter la mise, ne risquent-ils pas de faire faux bond au MoDem?

Seule la proportionnelle pourrait sauver Bayrou et ses amis d’une longue traversée du désert. Mais le scrutin uninominal majoritaire à deux tours le défavorise assurément. Le comble, c’est qu’on a toutes les chances de voir arriver plus de parlementaires communistes, radicaux ou même écologistes que de Modémiens!

N’est-elle pas belle, notre démocratie? Avec 1,5% des voix, sous réserve d’être maintenu sous perfusion par un puissant allié, vous raflez des sièges gratuitement. Avec 18,5% des voix, vous n’êtes pas sûr d’avoir un groupe parlementaire…

Ultime chance : un accord de désistement avec le PS, en faveur du mieux placé dans chaque circonscription après le premier tour . Mais une telle entente est très incertaine…

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