Le noyautage de la police, avant une grande réforme de la Maison Poulaga

Nicolas Sarkozy, qui est partout, sur tous les fronts, plusieurs  fois de suites dans les JT, qui s’exprime sur tous les sujets, qui a cinq idées novatrices par jour et qui, il faut le dire, risque la surchauffe cérébrale à court terme, n’a pas oublié, à l’aube de son quinquennat de noyauter une police pourtant confiée à Michèle Alliot-Marie. De quoi faciliter la grande réforme de la Maison Poulaga dont Sarkozy rêve.

Il n’a jamais vraiment quitté la Place Beauvau depuis 2002. C’est son bébé chéri, son assurance tous risques. Il avait tardé à la quitter pour revêtir ses habits de candidats : il n’a pas tardé non plus à la retrouver dès les prémices de son quinquennat. Hier en conseil des ministres, deux postes-clefs de la Police nationale ont en effet été confiés à deux de ses plus fidèles lieutenants de l’Intérieur. Sur « proposition du ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie », officiellement.

Michel Gaudin, d’abord. L’ex patron de la direction générale de la police nationale (DGPN) est remercié de ses bons et loyaux services en accédant à la tête de la préfecture de police de Paris, un poste prestigieux jusque là occupé par le chiraquien Pierre Mutz, qui devient de son côté préfet de la région Ile-de-France. Gaudin avait montré sa fidélité à Sarkozy en demeurant dans la place sous l’ère Villepin. Puis comme ministre de l’Intérieur sous l’intérim de Baroin. Jeu de chaises musicales. Frédéric Péchenard, l’ami d’enfance de Sarko qui avait été nommé directeur de la PJ en 2006, accède au poste de n° 2 de Beauvau : il devient DGPN à la place de Michel Gaudin.

En nommant ainsi deux proches aux deux postes les plus élevés (l’un maîtrise Paris, l’autre la France), Sarkozy n’agit pas au hasard. Il marque son territoire. Preuve que la marge de manoeuvre de MAM, dont la nomination à ce poste reste très étrange, voire incompréhensible. Et à ceux qui s’étonneraient de voir la police ainsi politisée et manipulée, il faut conseiller la lecture de l’excellent livre Place Beauvau, qui au-delà des polémiques qui avaient entouré sa sortie l’année dernière, est un ouvrage expliquant avec précision les liens étroits entre police et pouvoir. Et allant jusqu’à postuler que pour devenir président, il fallait être passé par l’Intérieur (Non, Baroin, pas toi!)…

Pour Nicolas Sarkozy, l’important est à la fois de maîtriser la police, qui est un instrument incomparable de pouvoir, mais aussi de faciliter la grande réforme de la Maison Poulaga qui est sur toutes les lèvres et qui devra être menée par Alliot-Marie. Certes, Sarkozy a déjà changé beaucoup de choses dans la police : gilets pare-balles pour tous, instauration d’une politique du résultat (et de pressions sur le flic de terrain), redécoupage des zones de police et de gendarmerie, décomplexification et défense des policiers.

Le nouvel enjeu est grand. D’énormes chantiers restent à accomplir, et en premier lieu, celui qui consisterait à calmer les hommes de terrain, énervés par les dangers de plus en plus grand de leur métier, mis en parallèle avec la faiblesse des effectifs, des salaires et des retraites. Sarkozy devra aussi forcément renouer avec une forme de police de proximité, étant donnée l’échec flagrant de la politique consistant à la remplacer par des CRS qui ne connaissent rien à la réalité : ils sont formés pour le maintien de l’ordre, et absolument pas pour la psychologie.

Ces CRS ne pourront d’ailleurs pas échapper à la réforme. Ce corps est aujourd’hui convoité : les majors de promotion y accourrent, alléchés par les primes de déplacement inhérents à la nature de ces compagnies qui bougent sans cesse d’une région à l’autre. Il faudra supprimer cette mobilité, qui n’aide pas à la connaissance du terrain, bien entendu.

Et puis, Sarkozy ne pourra pas éviter de s’occuper des aux autres serpents de mer de la Maison Poulaga : les rapprochements police-gendarmerie et police-douanes qui font grincer les dents mais permettraient plus d’efficacité et moins de rivalités entre des corps qui se détestent et se méprisent cordialement. Il faudra achever la fusion entre DST et RG, qui travaillent sur les mêmes thèmes : en gros, terrorisme, islamisme, terrorisme, islamisme.

Il n’est pas sûr que MAM, fort appréciée des militaires, parvienne à mettre au pas une institution noyautée de toutes parts par les syndicats, qui sont de véritables acteurs du pouvoir exercé par la Place Beauvau. Dans cette optique, la nomination de proches de Sarko à la tête de la Maison prend tout son sens…

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