Où nous mènera cette incroyable danse du centre?

Alors que vient de s’achever une ennuyeuse passation de pouvoir, suivie en direct et en intégralité par des journalistes qui ont bien peiné à combler les trous (ils se sont bien amusés à décrire comment Sarkozy allait vivre à l’Elysée et de quelle façon Cécilia était habillée), il semble qu’il y ait des choses plus intéressantes à aborder aujourd’hui. Et notamment cette extraordinaire danse du centre à laquelle se livrent tous les bords politiques, extrêmes mises à part. Où va-t-elle nous mener?

François Bayrou a gagné sur un point : même s’il échoue aux législatives, le mouvement qui s’est créé autour de lui suscite l’appétit de tous. A gauche, à droite, au centre, tous tentent de récupérer l’idée d’une vraie politique du centre, à même de réconcilier les Français avec la politique et surtout… de les faire exister politiquement.

Tout cela a commencé avec Rocard, Cohn-Bendit et Kouchner, qui ont pressé Ségolène Royal de rallier Bayrou à son camp pour vaincre dès le premier tour. Peine perdue, Royal a dédaigné le centre, avant de changer d’attitude devant sa faible réserve de voix et de draguer honteusement entre les deux tours. Mais c’était trop tard.

Puis on a eu Sarkozy. Pas bête, le bougre a préféré phagocyter le mouvement démocrate naissant en piquant un à un la quasi totalité de ses parlementaires, pour créer une aile centriste dans sa future majorité. La manoeuvre a pour l’instant parfaitement rempli son rôle, et le nouveau président (ça y est, on peut le dire, maintenant) tâche depuis de pratiquer (feinte ou réelle conviction, on le saura dès les législatives passées) l’ouverture, dans le but évident de gagner à lui le coeur de tous ceux qui ont été convaincus par Bayrou de la nécessité d’unir des camps différents pour pouvoir réformer la France.

Au PS, où la perpétuelle guerre des tranchées a repris ses droits, à coup de gaz, de pelles et de couteaux dans le dos dans le but de prendre le parti avant même de savoir s’il va perdre ou non les prochaines élections, certains tentent encore de prôner une alliance avec le MD. Selon un sondage du 12 mai,  59% des Français estiment en effet que le PS devrait s’allier avec le MoDem contre 35% qui souhaitent qu’il reste accouplé avec les Verts et le PCF (les 6% restant veulent sans doute qu’il meure purement et simplement). Ségolène Royal, qui tente tant bien que mal de rester au centre du jeu en faisant oublier qu’elle a perdu il y a moins de quinze jours, est de ceux là. Mais il ne faut sans doute rien espérer avant le soir du premier tour, pour des désistements éventuels au second…

Une partie des Verts eux-mêmes, qui jouent un jeu suicidaire en refusant la main généreusement tendue (en dépitd’un score pathétique au premier tour de la présidentielle) par le PS, appellent à un rassemblement socio-démocrate, écologiste et centriste, dans un manifeste diffusé mardi…

Et puis il y a le PRG! Ce glorieux parti radical, qui a eu ses heures de gloire, aimerait refaire parler de lui. Son patron, Jean-Michel Baylet, n’a pas hésité à dialoguer avec Nicolas Sarkozy, puis à proposer une alliance avec le Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo, un mouvement pourtant associé à l’UMP. Les rêves de splendeur de Baylet, qui sont indissociables de cette danse du centre, sont pourtant contestés avec vigueur par six députés du PRG (dont Emile Zucarelli et Roger-Gérard Schwartzenberg) qui rappellent l’ancrage à gauche de leur parti, qui a signé un accord avec le PS pour les législatives. Et qui refusent la création d’un grand parti radical du centre… Borloo, lui, s’est empressé de se déclarer intéressé par communiqué. Pour peser face à Sarkozy, ou pour torpiller le MoDem?

Tout cet imbroglio, ce séisme politique a été lancé par Bayrou avec sa folle idée (mais tellement séduisante) de vouloir créer un centre indépendant. Devant son succès, tout le monde l’imite! Mais la sauce Béarnaise n’est pas assurée de prendre. Car d’une part, le patron du MoDem n’est pas certain de récolter les fruits de ce qu’il a semé : pour l’instant, c’est Sarkozy qui rafle la mise. Et d’un autre, si tous les partis se mettent à surenchérir là-dessus, si toutes les mouches du coche se mettent en branle pour grapiller des voix ici ou là, qui risque de monter? L’extrême-gauche, qui se renforcera sur le dos d’un PS déjà mal en point. L’extrême-droite doit également se frotter les mains : le FN n’a-t-il pas fait son beurre, depuis vingt ans, de la « mollesse » de la droite? Sarkozy leur a promis une « vraie de vraie », et a gagné une partie de ses électeurs en durcissant son discours. Mais son « ouverture », qui ne pourra pas rester à l’état de mots, ne risque-t-elle pas de les renvoyer dans les bras des Le Pen? Nous verrons bien…

Poster un commentaire

Classé dans Politique

Un petit commentaire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s