Bilan en épilogue de six mois de lutte pour la pouvoir

M. Sarkozy a vaincu en remportant son pari d’unir les droites. – Nicolas Sarkozy est donc le nouveau Président de la République. Le peuple a parlé, il n’y a pas de commentaire particulier à faire si ce n’est que son avance confortable le dote d’une légitimité pour accomplir ce qu’il a promis. Méfiance cependant, car Chirac avait par deux fois mal interprété le mandat donné par le peuple, en 95 (élu sur la fracture sociale, il met tout le monde dans la rue six mois plus tard) puis 2002 (élu par un front républicain, il l’ignore dans sa composition gouvernementale). Cette fois, il semble que Sarkozy soit clairement élu par une majorité de droite pure. Le nouveau président est parvenu à faire ce qu’aucun avant lui n’avait réussi : unir toutes les droites, du FN à la frange droite de l’UDF, en passant par les gaullistes, les radicaux, les libéraux, les conservateurs, les Dupont-Aignan et de Villiers. Peut-être y’a-t-il dans ces 53% une part d’électeurs de gauche. Mais c’est la part congrue du gateau. Pour autant, Sarkozy aura intérêt à universaliser son discours s’il veut remporter les législatives. Il a déjà commencé à le faire dans son discours suivant l’annonce de sa victoire. Avec une certaine hypocrisie, d’ailleurs : en gros, il appelle à respecter les idées de Mme Royal (lui qui n’a pas cessé de ne leur accorder que du mépris), et veut unir les deux France. Or il ne bouge pas d’un iota sur ses convictions. Rassembler ne veut pas dire mettre tout le monde derrière soi, il faut composer pour cela. On verra s’il en est capable.

 – Ségolène Royal éliminée, le PS risque d’imploser. – Les collègues de Ségolène n’auront pas attendu ni le lendemain de la défaite, ni les législatives pour critiquer durement une campagne menée en solo et sans idées fortes selon eux. Jospinistes, Fabiusiens, Strauss-Kahniens rêvent de bouter Hollande hors du PS pour en reprendre le contrôle. Lui qui est premier secrétaire du PS depuis 1997, n’a-t-il pas une part de responsabilité dans ces échecs répétés? Même si les éléphants feignent de se mettre en ordre de bataille pour les législatives, la chasse est lancée. Chasse au pouvoir, ou chasse aux idées? Il va falloir agir si la gauche veut un jour revenir aux affaires. Et arrêter de miser sur les défaites des concurrents pour espérer gagner en solo.

Contrairement à ce qu’on lit ici et là, sur les blogs socialistes ou engagés à gauche, oui, le PS s’est pris une grosse claque hier. Peut-être la débâcle est-elle moins grave qu’en 2002 (et encore, Jospin aurait sans doute battu Chirac au deuxième tour si les voix ne s’étaient pas dispersées au premier). Mais ce qui est pathétique pour la gauche, c’est qu’on a l’impression que les 47% obtenus sont un plafond. On sent que Royal a fait le plein des voix de gauche, associées à une partie de celles de Bayrou. Alors quelle marge de progression? Royal veut « continuer » à diriger la campagne, veut « continuer » dans la voix d’une union avec les centristes. Sauf que d’une part Bayrou n’a jamais donné son accord, et d’autre part, il n’est pas sûr que DSK et Fabius la laissent faire. Il sera comique de voir comment le PS va se sortir de cette nouvelle ornière. En espérant ne pas être supplanté par un éventuel mouvement démocrate de Bayrou?

 – Bayrou marche sur des oeufs les yeux bandés.- Le « mouvement » qui s’est constitué derrière le leader de la future ex UDF est fragile. Qui dit que ses électeurs du 22 avril le suivront dans un mois? Il est évident que son parti a réuni un réel courant de sympathie et que ses idées ont progressé au cours de cette présidentielle. Mais attention aux mouvements éphémères, la claque risque d’être rude en cas d’échec. D’autant qu’une grosse partie des parlementaires UDF, soucieux de conserver leur siège, et conscients que l’alliance avec la droite fonctionne depuis trop d’années pour pouvoir rompre avec elle sans dommage, ont préféré choisir Sarkozy. Rejoindront-ils le mouvement démocrate? Se rallieront-ils à l’UDF new look défendue par Gilles de Robien, et qui ne sera sans doute qu’une succursale de l’UMP? De cette question dépend sans doute en grande partie l’avenir du Béarnais, une nouvelle fois seul contre tous. Comme si l’ouvrage qu’il avait patiemment construit s’était écroulé en quelques jours. On ne le redira jamais assez, pour Bayrou, c’était finalement soit la victoire le 22 avril puis le 6 mai, suivi d’un probable bon score aux législatives, soit la débacle. Tout ou rien. Reste pour lui à miser sur 2012? Rappelons toutefois qu’en 2002, Bayrou ne valait pas lourd face à l’hégémonique UMP. Et qu’au final, cinq ans plus tard, près d’un électeur sur cinq l’a choisi!

 – L’hypocrisie des chaînes de télévision quant aux résultats. – Il faudra revoir soit le système électoral, soit la manière dont les chaînes de télé ou de radio couvrent l’événement. Dès la toute fin d’après-midi, alors que tous les internautes connaissaient le résultat au gré de leurs emplettes sur le Temps, le Matin ou la RTBF, les télés ont dû faire un sacré numéro d’équilibrisme pour ne pas violer la loi tout en paraissant être dans le coup. Que nous montrait-on? Le QG de l’UMP tout sourire, celui du PS tout cramoisi. Les militants UMP brandissant des ballons, criant « on a gagné! », et des sympathisants PS visiblement effondrés. Fillon arborant la fierté du vainqueur, Strauss-Kahn arrivant la mine déconfite au QG de campagne de Ségolène Royal. C’est du grand n’importe quoi! La conséquence de la course à l’audience. On se demande à quoi sert de nous repasser en boucles ces images de Bayrou, Royal, Sarko, Chirac et Villepin en train de voter. De nous bassiner sur le taux de participation pendant des heures.

Que peut-on faire? Peut-être ceci : fermer tous les bureaux à 20h. Interdire sous peine d’amende aux instituts de sondage de délivrer leurs estimations aux chaînes étrangères avant cette heure fatidique. Et annoncer les premières tendances sur les radios et télés nationales à 21h. Non?

 – Les casseurs, tristes sires de l’anti-démocratie.- Quelle misère. Quel paradoxe. D’un côté, des soi-disant combattants de la démocratie, pourtant pris en flagrant délit de contestation de l’élection d’un président de la République au suffrage universel. On se croirait dans les pays sous-développés, où l’annonce des résultats électoraux produit souvent des troubles du même type, quoique bien plus violents. Je parle des anars, de ces militants d’extrême-gauche qui jugent malin de briser des cabines téléphoniques, de brûler voitures et poubelles, et d’affronter des policiers qui s’en donnent à coeur joie en retour. Ne peuvent-ils pas manifester leur colère sans violence? Gandhi, raconte-leur comment tu as fait, toi.

De l’autre, certains habitants des quartiers sensibles, qui ne comprennent pas qu’ils font le jeu de celui qu’ils veulent dénoncer en incendiant des véhicules par centaines. Que se retrouver en garde à vue ne leur apportera rien. Sinon des ennuis. Un casier judiciaire. Encore moins de chances de trouver un emploi sympa. A la limite, ceux là sont excusables. Car ils souffrent. Les anars, eux, sont des bourgeois qui s’ignorent. Des immatures qui ne jurent que par la révolte et l’utopie. Et ne se rendent même pas compte que leurs actions sont les cache-sexe d’une vie triste parce que sans cesse contestataire. Parce que chez ces gens là, monsieur, on ne sourit pas. Non, on ne sourit. On râle. Chez ces gens-là, m’sieur, on ne construit pas. Oh non, on ne construit pas. On ne veut que détruire.

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