Ségolène Royal se tire une balle dans les deux pieds

Ségolène Royal se livre, depuis le début de la semaine, à un pas-de-deux étrange avec le leader de l’UDF, François Bayrou. Un jeu risqué qui pourrait se retourner contre elle si elle n’y prend pas garde. Pendant ce temps, Bayrou déroule sa stratégie au nez et à la barbe des deux qualifiés pour le second tour.

Affluence de presse record, cet après-midi à Paris. La cause de ce tumulte : la conférence de presse de François Bayrou, encore auréolé des quelque 19% d’électeurs qui lui ont fait confiance dimanche. En position de force bien qu’éliminé, le leader de l’UDF y a annoncé la création d’un parti démocrate du centre. Devenu maître du jeu, il a toutefois précisé qu’il ne donnerait pas de consigne de vote, ses électeurs étant libre de choisir entre Sarkozy et Royal.

Cette dernière, à ce sujet, risque bien de passer pour une politicienne adepte des discussions de couloir, après ses manoeuvres pour ramener Bayrou dans son camp. Pire : il n’est pas sûr que l’opération lui soit profitable.

Cela a commencé dès le soir du premier tour. Dans un discours soforique à souhait, Ségolène Royal avait parlé de « l’Etat impartial », tout en assurant qu’elle n’était liée à « aucune puissance financière ou médiatique », et « liée à aucun dogme ». Des propos s’adressant directement à Bayrou en forme d’appel du pied. Puis lundi, elle nous a ensuite expliqué qu’elle avait tenté sans succès de joindre le centriste sur son portable (Sarko s’empressera de faire de même). Admis qu’elle était prête à dialoguer avec lui sur la base de son Pacte présidentiel. Puis elle a mis en scène une rencontre publique avec Jacques Delors, l’idole de gauche de François Bayrou. Avant d’envisager des ministres UDF dans son gouvernement!

Cet après-midi, Royal a déclaré qu’elle n’était « pas d’accord » avec les sympathisants centristes appelant à voter blanc ou à s’abstenir. La candidate socialiste, qui dit avoir de « fortes convergences » avec Bayrou, et propose un débat public demain en marge d’un forum de la presse quotidienne régionale, pour « lever les ambiguïtés ou les mauvaises interprétations » du Pacte présidentiel. Ce à quoi le patron de l’UDF a répondu qu’il ne voulait que d’un débat télévisé. Mais qu’il acceptait le principe de la rencontre.

Et c’est pour quand, le débat projet contre projet?

Et là, on dépasse franchement les bornes. Car on se demande désormais quelle est la question posée aux Français? Les électeurs de l’UDF vont-ils voter à droite ou à gauche? Non, mille fois non. La question, c’est de savoir quel projet on veut pour la France. Soit on préfère celui que propose Ségolène Royal, soit on opte pour celui de Nicolas Sarkozy.

Mais pourquoi devrait-on perdre du temps, dans la maturation de notre choix, à écouter des débats entre une qualifiée et un éliminé du premier tour? Doit-on sacrifier le débat entre deux visions de la France sur l’autel de la décision de six millions d’électeurs? Commentant la décision de Bayrou de n’appeler à voter pour personne, Royal avance que le centriste  « a dit un certain nombre de choses assez claires sur le projet de l’un et celui de l’autre. Il a dit des choses extrêmement sévères sur la situation de la France et les propositions (…) avancées par Nicolas Sarkozy, en particulier sur l’aggravation des difficultés qu’elles entraîneraient ».

« Il m’a rejointe sur ce constat et moi je fais confiance ensuite à l’intelligence des électeurs », a-t-elle conclu. Ne peut-on pas crier à la manoeuvre? Quel que soit l’avantage que la candidate socialiste peut récolter de ce soudain amour du centre, on peut se permettre d’oser deux remarques :

– En premier lieu, Ségolène Royal peut-elle croire sincèrement faire illusion, alors que tout le monde se souvient le mépris qu’elle a voué à François Bayrou tout au long de la campagne? Homme de droite, qui croit le faire oublier en grimpant sur les plates-bandes du PS. Hors de question de s’allier au Béarnais. Un feu nourri de critiques s’étaient abattus sur le troisième homme. Et tout d’un coup, sans frémir d’un sourcil, la Jeanne d’Arc des temps modernes voit des « convergences » entre leurs programmes! Elle avait donc exagéré au premier tour? Cela pourrait presque faire sourire. Parce que pendant ce temps là, Sarkozy refuse de débattre avec Bayrou. Il compte sur les défections des parlementaires UDF, angoissés à l’idée de perdre leur siège. Et s’adresse directement à l’électorat : pour cela, il avance avec son programme. Si la gauche ne lui oppose rien, comment compte-t-elle obtenir plus de 50% des suffrages?

– Et pendant que le PS fait la cour au centre, l’extrême-gauche doit blémir. Royal croit qu’elle peut compter, sur sa gauche, sur le référendum anti-Sarko évoqué par Besancenot, Bové ou Laguillier. Mais si le PS se déporte sur sa droite, sa gauche va-t-elle le suivre? Ce soir, dans deux communiqués de presse, la LCR et feu le PCF ont dénoncé les « manoeuvres » de Bayrou et conjuré Ségolène Royal de ne pas céder à la tentation des « accords politiciens ».

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