L’indécision, un mal de tête qui s’aggrave à une semaine du scrutin

J-7 avant que les deux noms n’apparaissent petit à petit à côté de PPDA, avec les pourcentages. Moment d’attente, d’angoisse, la petite boule dans l’estomac. Sarko, Le Pen, Bayrou, Royal, lesquels seront éliminés? Bien malin qui pourrait le dire. Il semble que n’importe quelle combinaison, parmi les six possibles, soit crédible.

Alors pour qui voter? Il y a un sentiment pénible, qui me paraît partagé par beaucoup autour de moi. Celui d’appartenir aux millions d’indécis. Ceux qui ne savent pas, qui se tâtent, qui hésitent. Et qui finalement, ne seront pas satisfaits de leur vote, non plus que du résultat final. Ah, ce que j’envie ceux qui paraissent déterminés dans leur choix. Qui vont aller au bureau de vote décontractés, avec une fleur entre les incisives.

C’est un étrange sentiment. On sait trop bien à qui ne pas accorder son suffrage, mais on ne sait pas à qui le confier. Après tout, un vote, c’est un geste de confiance. Ok, mon pote, je vote pour toi, mais fais du bon boulot pendant cinq ans, hein?

Et à vrai dire, quand on s’attarde sur chacun des douze visages qu’on n’arrête pas de scruter depuis des semaines, des mois voire des années pour les plus insistants, on a bien du mal à trouver matière à accorder cette confiance. Ni à se motiver pour eux. Laguillier? Elle ne parle pas, elle crache sa haine d’être née dans un monde où l’argent n’était pas dans son camp. Quelqu’un qui parle de la Commune avec nostalgie, non merci. Besancenot? Il ne dit pas que des bêtises, mais il veut égorger les patrons y compris ceux qui lui donnent des sous pour manger. Schivardi? Il est sympathique lorsqu’on le regarde vider un godet, son accent est exotique, mais on ne le voit franchement pas serrer la main de Tony Blair. Buffet? Elle hésite entre chaque mot qu’elle prononce. Trop peur de se planter. Et puis, elle a fait échouer le rassemblement de la gauche anti-ibérale. Voynet? Elle ferait presque pitié. Quand on la voit en campagne dans la campagne, on a l’impression que c’est la première fois qu’elle sort de la ville. Bové? L’alter-mondialiste moustachu qui évoque l’idée de nommer premier ministre l’animateur branché de TF1, Nicolas Hulot? très peu pour moi. Et là aussi, on ne voit pas trop ce que sa candidature apporte à côtés de celles de ses ex amis des collectifs anti-libéraux. Nihous? Je n’habite pas en campagne. Je ne chasse pas. Je n’aime pas non plus les corridas. Villiers? Il n’a de cesse de vouloir récupérer l’électorat de Le Pen tout en prétendant appliquer à la France les recettes qui ont permis au Puy-du-Fou de prospérer. Eh non, la Vendée n’est pas la France.

Et alors, un des quatre favoris des sondages? Le Pen? Le voir gambader à Argenteuil aurait dû convaincre ses électeurs que l’homme n’était pas à une volte-face près, lui qui se prétend « droit dans ses bottes » depuis trente ans. Et puis, on l’a entendu dire que l’euthanasie permettrait de diminuer les dépenses de santé liées à la vieillesse. Bayrou? Son idée d’union autour du centre est jolie, mais elle n’a pour l’instant convaincu personne, à part des seconds couteaux : Kouchner, Rocard, Goulard, Begag… Sarkozy? Bien trop agité. Trop contradictoire. Trop de revirements, de meurtres politiques. Trop de passions en lui pour lui confier l’arme nucléaire. Il souffle sur les braises d’une France qui est « du cristal », comme dirait Raffarin. Royal? Trop démagogique. Pas de convictions. Il suffit d’analyser l’histoire de son contrat première chance. On essaie d’en parler, ça rate, on n’en parle plus.

Et une fois ces constats posés, on a mal la à la tête. On les déteste tous, comment faire? Il ne reste que trois solutions :

– Aller se dorer la pilule au soleil sur la plage le 22 avril prochain : ouais mais il paraît que voter est un devoir.

– Glisser un bulletin blanc dans l’urne : ouais mais c’est rageant de ne pas participer.

– Voter pour des considérations stratégiques, en feignant de croire que notre vote peut tout faire basculer. Ouais, ça c’est bien. Essayer d’éliminer l’un ou l’autre. Voter pour le moins pire?

Alors ça va être dur. Certains vont voter Royal alors qu’ils penchent pour Buffet, d’autres vont voter pour Bayrou pour faire barrage à Sarkozy, d’autres Sarkozy pour éviter Le Pen. D’autres Le Pen parce qu’ils ont un gros ras-le-bol accumulé depuis trop d’années. Bon. On va devoir adopter une attitude similaire. Tâter le pour et le contre. Le mal de crâne va revenir, à coup sûr. Plus qu’une semaine. Une semaine pour éplucher les programmes une toute dernière fois. Suppression de l’ENA, camps militaires pour jeunes délinquants, TVA sociale, interdiction des licenciements. Garder un oeil sur les sondages faussés, examiner l’état de l’opinion sur la blogosphère, débattre, discuter, tout en continuant de faire partie de ce que d’aucuns appellent « la France qui se lève tôt ». Sacrée gageure.

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Classé dans Politique

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