Qui connaît Azouz Begag?

On ne sait plus quoi faire dans les médias pour remplir les vides d’une campagne bien mal engagée sur le fond. Alors que les débats existent, que les propositions s’enchaînent dans les programmes de tous les candidats, il n’émerge dans les « mass-médias » que des ersatz d’événements. La « démission » d’Azouz Begag en est le dernier exemple.

Franchement, qui s’intéresse à ce type et à son départ volontaire ou non du gouvernement? Il était ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances, pas ministre des Finances. Rien que l’intitulé de sa charge fait sourire. Que pouvait-il bien faire de ses journées avec un programme pareil? On lui avait épargné un secrétariat d’Etat pour lui donner une ministère délégué (un titre plus élevé dans la hiérarchie gouvernementale). Histoire de montrer que Chirac prenait à bras-le-corps la question des discriminations.

Quand avez-vous entendu parler d’Azouz Begag? A deux ou trois reprises, j’imagine. Lors de sa nomination dans le gouvernement à l’arrivée de Villepin à Matignon, déjà. On nous a rebattu les oreilles sur ce soi-disant enfant prodige du monde associatif originaire de Lyon. Agé de 48 ans, l’homme est un sociologue auteur de pas moins de 40 bouquins. Après ce soudain coup de projecteur, plus rien. Néant.

Azouz Begag reviendra sous les feux de la rampe, le cancre, en novembre 2005. Lors des émeutes urbaines, il n’hésitera pas à critiquer sévèrement Sarkozy, en lui recommandant de « mieux choisir ses mots » (en référence aux coups du kärcher et de la racaille). Le tout sur la place publique, bien entendu. Dès lors, Begag est devenu la bête noire de Sarkozy. Finalement, ce sera son seul fait de gloire. Et inutile, qui plus est. Quel poids avait-il face à un ministre d’Etat?

Azouz Begag reviendra dans l’actualité pour annoncer son soutien à Bayrou, la semaine dernière. Quelle surprise pour quelqu’un qui déteste le patron de l’UMP. Mais les télés en auront quand même parlé longuement. Vous rendez-vous compte, deux ministre soutiennent le Béarnais (avec François Goulard, ministre délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche)!

Sa démission, elle, fera encore plus de bruit. Elle a été annoncée jeudi par un communiqué de presse de Matignon. A moins de vingt jours du premier tour, quel courage! Monsieur veut « reprendre sa liberté de parole ». Mais au fait, qui s’en préoccupe, de ce qu’il veut nous dire? La seule question qui aurait pu être intéressante à analyser, c’est : pourquoi ce type est débarqué du gouvernement par Chirac et Villepin, alors que ces derniers ont tout intérêt à nuire à Sarkozy?

La raison de ce fracas est ailleurs, semble-t-il. Une situation qui ressemble étrangement à celle qui a entouré la démission d’Eric Besson. Nous reparlerons ici de son livre. Dès jeudi après-midi, le site internet de Marianne annonçait que ce départ était lié à la sortie imminente d’un livre écrit par Begag et à paraître le 11 avril, Un mouton noir dans la baignoire. Un titre en référence, évidemment, aux propos de Sarkozy au cours de l’émission de TF1 « J’ai une question à vous poser », où le candidat avait expliqué ne pas vouloir d’un islam où on égorge son mouton dans sa baignoire.

Est-il utile de préciser que c’est l’hebdo Marianne qui sortira les bonnes feuilles de ce bouquin dans son édition de demain? Tout cela ressemble à un bon coup de pub. Et sur notre dos, encore une fois. Le type démissionne, il est sûr qu’on parlera de lui. Il s’entend avec un magazine (comme par hasard, celui dont le président Jean-François-Kahn soutient ouvertement Bayrou) pour que celui-ci parle le jour-même de son bouquin. Et le surlendemain, le même hebdo sort des extraits inédits du livre… Promotion assurée, non?

Ah. Le jour où nos bons médias (Marianne y compris, même si cet hebdo a le mérite de faire des proposition concrètes aux candidats) feront la une sur les problèmes d’éducation, de recherche, de sécurité, d’Europe (où est-elle, la constitution?) et j’en passe, ils vendront peut-être plus qu’aujourd’hui. Car pendant qu’ils pérorent sur ce genre de polémique, les citoyens cherchent l’info sur internet. Cela s’appelle se tirer une balle dans le pied.

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