La dernière botte de Chirac?

Jacques Chirac partira-t-il avec un dernier pied de nez à son actif? Le président a fait hier soir ses adieux à cette France qu’il « aime ». A la politique, à laquelle il a consacré toute sa vie. Le « Vieux » a fait hier soir un beau discours pour rentrer dans l’histoire. Mais puisque les couteaux sont tirés pour le remplacer à l’Elysée, toute la question, maintenant, est de savoir s’il soutiendra un candidat, donnera sa bénédiction à un éventuel successeur, et si oui, lequel?

Car si Nicolas Sarkozy attend aujourd’hui apparemment de façon désespérée le soutien de celui qu’il dit honnir depuis maintenant cinq ans (le Nico n’est pas à une contradiction près!), la bête de politique Chirac n’aimerait-elle pas accomplir un dernier « coup »? Après avoir enterré de nombreuses personnalités censées être de son camp (Chaban, Giscard, Barre, Balladur, Seguin, entre autres), il pourrait être tenté de porter un enième coup fatal, cette fois ci au susnommé Sarkozy.

Chirac n’a-t-il pas clairement affirmé, dans le récent livre-entretien écrit par Pierre Péan, que pour lui, le libéralisme était un mal aussi important que le communisme? Et il n’a jamais cessé, durant son dernier mandat, de chercher à affaiblir son « fils-rival » en espérant pouvoir se représenter au cas où celui-ci chuterait dans les sondages.

Et maintenant que le moment attendu est arrivé, qu’il a échoué dans cette tentative, il apporterait son soutien à Nicolas, à celui qui lui a pris son parti, à celui qui l’a déjugé à Washington (avant de se reprendre récemment par calcul), à celui qui veut depuis cinq ans rompre avec le chiraquisme, qui a ferraillé pendant des années avec le favori Villepin? S’il le faisait, cela serait un nouveau revirement de la part de Chirac. Nonobstant l’invraisemblance théorique de ce soutien, les commentateurs politiques, ceux qui côtoient tous les jours le gratin parisien des Etats-majors de campagne, persistent à le croire crédible : cela reste donc une option, malgré tout.

Le « coup de chapeau » de Bayrou, un appel du pied?

Il y a en revanche deux autres possibilités. Qui d’un point de vue romantique et comico-tragique auraient plus de classe et pourraient tenter l’animal politique qu’est Chirac. Si Jacques le Grand veut une nouvelle fois abattre son camp (de nombreux témoignages laissent à penser qu’il a contribué à la défaite de Giscard en 1981 face à Mitterrand), qui n’est en réalité pas le sien, il peut se taire, et soutenir discrètement l’un des deux challengers de Sarkozy : Royal ou Bayrou.

D’ailleurs, alors que l’UMP a « pris acte » hier soir de la décision présidentielle et que Sarkozy n’a pas daigné commenter le discours de Chirac, Ségolène a pris le soin de saluer la « dignité » de son allocution. Et François Bayrou, lui, n’a pas hésité à oublier le coup mortel que lui avait porté le président en 2002, lorsque celui-ci avait créé l’UMP et tenté d’abattre l’UDF : le Béarnais a carrément porté un « coup de chapeau » à Jacques Chirac. Un appel du pied?

Arrières-pensées? On peut penser que l’un et l’autre pourraient tirer profit de l’aide d’un homme dont les réseaux sont encore puissants et dont la qualité d’arbitre peut se révéler décisive. Car une fois libéré de l’action politique par ce discours, il y a fort à parier que les Français deviendront tout d’un coup amnésiques du passé, du passif et de l’inaction du président pendant ses douze années à la tête de l’Etat (à part sur l’Irak ou le Liban, la défense de la laïcité ou de la République, sans doute)

C’est d’ailleurs hautement paradoxal et presque inespéré pour lui : cet homme raillé dans toute la sphère politique, au bilan décrié jusque dans son camp, pourrait jouer un dernier rôle avant de s’effacer, un dernier acte avant que le rideau ne tombe. Et qui des trois principaux candidats – si l’on excepte Le Pen, cela va sans dire – ne rêve pas d’obtenir l’onction divine du « Vieux », au moins pour le symbole?

Il sera donc très intéressant de suivre de près ce que va dire Chirac dans les semaines qui viennent. Il serait assez amusant de voir la bête blessée et au bord de la retraite frapper une dernière fois. Par orgueil. Cela n’aura sans doute aucune incidence sur le résutat final, mais pour la beauté du geste, M. Chirac, nous referez-vous une dernière botte dont vous avez le secret?

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