Archives de Tag: économie

Quand les contraires s’attirent… les extrêmes se rejoignent

[Je cède la plume ce matin à un ami se cachant sous le pseudonyme de Mickael K. Toute ressemblance avec une série mettant en scène une voiture douée d'une intelligence artificielle ne serait absolument pas fortuite.]

Dans un article aux allures de gag publié dans le journal Le Monde, on apprend que la CGT a suspendu l’un de ses responsables, accusé d’avoir affiché publiquement son engagement politique au Front National. Arnaque, scandale, atteinte à la liberté d’expression? Voyons d’abord de quoi il retourne. Lire la suite

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Quand Sarkozy prétend vouloir abandonner la "religion du chiffre"

chiffresOn est tout prêt à applaudir des deux mains, et même des trois s’il le faut : Nicolas Sarkozy a déclaré, lundi, qu’il fallait en finir avec la religion du chiffre en matière économique, et que le PIB ne pouvait pas à lui tout seul être indicateur de bien-être social (ce qu’il n’aurait d’ailleurs jamais dû être). Le président de la République suit ainsi les recommandations de l’économiste américain et prix Nobel Joseph Stiglitz. Mais tout, dans l’attitude de Nicolas Sarkozy ne montre-t-il pas un amour passionné du chiffre? Lire la suite

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Retraite des mères : quand sortira-t-on de la logique comptable?

mereAvec un tantinet de retard, mais une détermination intacte, je voulais revenir sur le sombre avenir qui pèse sur la retraites des femmes ayant elevé un ou plusieurs enfants. Sujet qui montre ô combien comment le gouvernement Sarkozy se fiche comme d’une guigne de la politique familiale de ce pays, et comment l’obsession égalitariste va finir par tous nous mettre tout nus, histoire qu’on soit tous pareils, avec un plus petit dénominateur commun. Lire la suite

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Travail dominical : les 41 "courageux" de la majorité n’ont pas suffi

Les zones touristiques concernées.

Les zones touristiques concernées.

Ils étaient une cinquantaine de députés de la majorité, l’automne dernier, à manifester bruyamment leur refus du texte présenté par Richard Mallié sur l’extension des dérogations au travail dominical. Hier, ils n’ont été que 11 à voter contre un texte bien pire, et 30 à s’abstenir. Sans compter 17 qui n’ont pas pris part au vote. Entre temps, les leaders du front automnal ont abandonné leurs troupes. Un texte qui fera date, et qui illustre l’abandon, à droite, d’une certaine vision de la vie, et la supériorité de la valeur économique. Lire la suite

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Les Français ne veulent pas travailler le dimanche

dimancheBeaucoup de travail, en ce moment : je serai très bref ce matin, juste un petit passage pour évoquer un sondage paru mardi dans Libération sur le travail dominical. Force est de constater que les Français semblent loin d’y être favorables! Désolé, je radote, mais le sujet est crucial et c’est maintenant qu’il faut se mobiliser. Après, il sera trop tard, le cheval de Troie sera dans nos murs. Alors députés de droite, réveillez-vous! Lire la suite

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La grande gueulante contre les patrons

patronPlus les jours passent, plus je me demande à quoi rime exactement cette campagne montrant du doigt quasiment quotidiennement les agissements de telle ou telle entreprise, tel ou tel patron, alors qu’hier, est sorti au journal officiel le fameux décret interdisant les stocks options et encadrant les bonus pour les entreprises ayant bénéficié d’aides de l’Etat. Hormis les épisodes de Valéo et de la Société générale, les autres exemples donnés me semblent un peu hors sujets et cachent une forme d’égalitarisme qui ne dit rien qui vaille. Lire la suite

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Noël et l’espérance face à la crise

Je m’associe pleinement, sans arrière-pensée aucune, à l’appel publié hier dans douze quotidiens français, sur le thème "Noël dans la crise : un rendez-vous pour l’espérance".

Signé par des personnalités telles que Eric-Emmanuel Schmitt, Michel Rocard, Alain Juppé, Jean-Claude Guillebaud, Xavier Emmanuelli, Jacques Delors ou François-Régis Hutin (Koz s’y est également retrouvé, et Toreador le publie également), ce texte nous invite à conserver espoir et courage face à la crise dans laquelle l’économie mondiale se trouve plongée, et qui aura des conséquences sur la vie de chacun d’entre nous. Ou presque.

Cette tribune n’est pas seulement un texte péremptoire qui se contenterait d’incantations et de grandes phrases. Elle constitue une vraie nouveauté, et un signe fort, en ce qu’elle cite carrément, en réponse à la crise, les grands principes de la doctrine sociale de l’Eglise, dont nous avons déjà parlé ici. Celle-ci n’est pas une alternative au régime politico-économique actuel, mais consiste plutôt en une série des recommandations qui lui permettraient d’allier efficacité et justice, ce qui n’est définitivement pas le cas aujourd’hui.

Ce n’est bien sûr pas un hasard si cette tribune est publiée à Noël, une fête qui célèbre l’arrivée d’un signe apparemment dérisoire comme réponse aux "ténèbres". Qui célèbre l’humilité d’un Dieu, qui quoi qu’on en pense, a décidé d’incarner son infinité dans un petit bébé. Et a choisi de venir au monde comme le plus pauvre des humains, dans une étable. Hier, pendant la messe de minuit, le prêtre qui célébrait l’office nous invitait à chercher dans nos vies ces signes d’espoir, ces réponses à nos propres ténèbres. Elles y sont.

Ce n’est donc pas une crise qui va nous abattre : mais elle est une occasion pour essayer de révolutionner le système, de sortir de la folie, de revenir à un système dans lequel l’économie est au service de l’Homme. Et où l’Homme n’est pas seulement une "ressource".

Mais j’arrête ici mes bavardages, et après vous avoir souhaité, à tous, de goûter à cette joie simple (mais tellement profonde) de Noël, je vous propose le fameux texte :

"Au moment où le monde entier se trouve engagé dans une crise économique qui frappera en priorité les plus démunis et dont personne ne peut mesurer la durée et la gravité, Noël demeure une espérance.
La naissance du Christ parmi les plus pauvres, dans une étable, autant dire presque dans la rue, mais aussi de nombreux textes bibliques et écrits sociaux des Églises chrétiennes, nous renvoient à des  références éthiques essentielles pour affronter la crise.
La pensée sociale chrétienne qui s’appuie sur ces références n’est pas une alternative à un quelconque système économique mais  un socle de réflexion qui a vocation à inspirer tout mode d’organisation durable de la société.

Ce socle repose sur deux priorités: celle de l’homme sur l’économie, l’économie est au service de l’homme et non l’inverse, et celle des pauvres sur les privilégiés, l’équité condamne une trop grande inégalité entre les revenus.

Ces deux priorités  définissent les six piliers fondateurs de la pensée sociale chrétienne: la destination universelle des biens  (la propriété privée est légitime si son détenteur en communique aussi les bienfaits à ceux qui en ont besoin) l’option préférentielle pour les pauvres, le combat pour la justice et la dignité, le devoir de solidarité, le bien commun et le principe de subsidiarité (faire confiance à ceux qui se trouvent au plus prés du terrain pour résoudre ensemble leurs difficultés).
Et, en leur temps, les Pères de l’Église n’y allaient pas par quatre chemins. Avec Saint Ambroise par exemple, qui affirmait: « Quand tu fais l’aumône à un pauvre, tu ne fais que lui rendre ce à quoi il a droit, car voici que ce qui était destiné à l’usage de tous, tu te l’es arrogé pour toi tout seul ».
Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jaurès, ou Gorbatchev plus près de nous, prétendaient trouver, le premier dans les textes du pape Léon XIII sur la question ouvrière, le second dans ceux de Jean Paul II, des références qui pouvaient fonder une société plus juste. 
Dans leur session consacrée à « l’argent » en 2003, les Semaines Sociales de France, lieu de réflexion des chrétiens sur les problèmes de société  depuis plus d’un siècle, critiquaient le système des stock-options en ce qu’il risque de négliger la vision à long terme de l’économie.
Ce faisant, les chrétiens ne condamnent pas l’économie de marché sous toutes ses formes. Ils rappellent -  et sur ce point, ils sont d’accord avec l’économiste Adam Smith – que: ce type d’économie ne peut fonctionner que dans des sociétés basées sur  les valeurs morales que sont le respect des autres et une certaine sobriété dans l’usage des biens matériels. Il ne s’agit donc pas de récuser ni le profit, ni les investisseurs qui prennent des risques dans l’entreprise , mais d’appeler à une indispensable régulation de leur fonctionnement par les autorités publiques et par l’action de corps intermédiaires tels que les organisations non gouvernementales et les syndicats, notamment.
Les chrétiens ont des valeurs à faire progresser avec d’autres qui ne partagent pas nécessairement leur foi. Et les plus privilégiés d’entre-eux sont  appelés à se comporter en citoyens vigilants par leurs choix politiques, à refuser  « le toujours plus », à s’engager notamment au niveau local, à accepter un niveau d’impôts volontariste pour une solidarité active, à respecter un mode de consommation  plus équitable  et soutenu par une « sobriété heureuse». Dans leurs lieux de vie, ils auront toujours le souci d’y faire entendre la voix des plus exclus.

La célébration de Noël nous invite à réactualiser le sens que nous donnons à l’économie et à choisir la voie de la solidarité.

Cela devient plus qu’urgent. Impératif. "

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Economie : que dit la doctrine sociale de l’Eglise?

Je ne comprends pas grand-chose en économie, science complexe qui nous gouverne tous alors même qu’il n’est pas facile de l’appréhender. Et pourtant, quand on réfléchit à l’instinct, et qu’on essaie d’analyser la situation actuelle d’un point de vue social, on ne peut être qu’atterré par les conséquences sur l’économie américaine, et partant, mondiale, du désastre de la crise des subprimes, dont la chute de Lehman Brothers n’est que le dernier avatar.

Verel a l’extrême amabilité de nous résumer en termes choisis et vulgarisateurs ce qui semble être la résultante directe d’une forme de gourmandise et d’âpreté au gain. On a aussi tendance à penser que si les traders se comportaient un peu moins comme des geeks ou des fanas de jeux vidéo, on n’en serait pas là.

On pourrait aussi gloser sur les 700 milliards que le Trésor américain (donc les contribuables, et au final, vous et moi en paierons également le prix) va débourser pour calmer le jeu et éviter l’effet boule-de-neige causé par la chute d’une banque d’affaires aussi importante. On pourrait pleurer de rage en regardant l’Etat, tant vilipendé par les requins de la finance, servir constamment de pompier pour circonscrire les incendies allumés par ceux qui contribuent si peu au bien commun. Et qui se font un beurre dingue en refusant d’assumer les conséquences de leur inconséquence. On aurait parfois envie de balancer des briques avec les crypto-gauchistes.

Mais on préfère se calmer, boire un grand verre d’eau, respirer un bon coup et essayer de réfléchir sereinement. On se souvient d’ailleurs qu’Ivan Rioufol terminait ainsi sa note sur la visite de Benoît XVI en France : "La crise financière internationale, qui secoue les États-Unis et qui n’épargnera pas l’Europe, oblige à s’interroger sur un système économique dévoyé. Là aussi, la doctrine sociale de l’Église a une place à prendre dans les réflexions à venir."

Mais c’est quoi au fait, la doctrine sociale de l’Eglise? On en parle beaucoup mais que dit elle sur tous ces sujets? Grâce au ciel, nous ne sommes pas manchots, et une courte recherche internet nous mène au septième chapitre de la fameuse doctrine, qui semble résumer le discours évangélique en matière économique.

Bien sûr, il est inutile de chercher à y trouver un quelconque programme politique, l’Eglise ne se mêlant pas concrètement du temporel. Il s’agirait plutôt d’une énumération de grands principes, de grandes lignes que l’Eglise propose comme des pistes de réflexion pour tenter d’atteindre le double idéal de charité (que d’aucuns appellent solidarité) et de justice.

La base de tout, c’est que l’économie « n’est qu’un aspect et une dimension dans la complexité de l’activité humaine" (§365), et que  "l’activité économique et le progrès matériel doivent être mis au service de l’homme et de la société" (§326). D’où le principe de la destination universelle des biens, les richesses ne remplissant "leur fonction de service à l’homme" que "quand elles sont destinées à produire des bénéfices pour les autres et pour la société" (§328). Cela peut paraître évident, mais à y regarder de plus près, nos lois économiques sont-elles toujours destinées à satisfaire l’intérêt général, et le bien-être de l’homme, ou plutôt à s’assurer le soutien électoral de telle ou telle catégorie de la population? On pourrait y trouver matière à contester la primauté de principe accordée de nos jours à la démocratie moderne, mais on dépasserait un tantinet le cadre du sujet.

La DSE est bien sûr favorable à la propriété privée, à la liberté d’entreprendre, et même à l’économie de marché (§334) sous réserve que son développement ne soit pas uniquement quantitatif : "L’objet de l’économie est la formation de la richesse et son accroissement progressif, en termes non seulement quantitatifs, mais qualitatifs : tout ceci est moralement correct si l’objectif est le développement global et solidaire de l’homme et de la société au sein de laquelle il vit et travaille".

Et sur le sujet qui nous préoccupe, à savoir le marché et la finance, les choses sont dites clairement : rien ne peut fonctionner si, encore une fois, le but n’est pas le bien de l’Homme mais l’intérêt de quelques-uns ou la passion immodérée pour l’argent ou la richesse. Qui n’est pas condamnée en soi, bien entendu…

Le principe de base est qu’ "il existe de bonnes raisons d’estimer qu’en de nombreuses circonstances le marché libre soit l’instrument le plus approprié pour répartir les ressources et répondre efficacement aux besoins", et qu’un "vrai marché concurrentiel est un instrument efficace pour atteindre d’importants objectifs de justice : modérer les excès de profit des entreprises; répondre aux exigences des consommateurs; réaliser une meilleure utilisation et une économie des ressources; récompenser les efforts des entreprises et l’habileté d’innovation et faire circuler l’information de façon qu’il soit vraiment possible de confronter et d’acquérir les produits dans un contexte de saine concurrence. " (§ 347) Le §349 ose même parler du marché comme d’un "instrument irremplaçable de régulation du système économique".

Voilà qui, du coup, nous éloigne un tout petit peu des crypto-gauchistes dont nous parlions précédemment, et qui de toutes façons ne rêvent que de casser du catholique, les fourbes. Ils ont de la chance qu’en face, le discours soit teinté d’amour!

Ceci étant posé, les limites établies sont strictes et n’accordent aucun blancs seing à quelque main invisible que ce soit : "Le marché ne peut pas trouver en lui-même le principe de sa propre légitimation (…) Le profit individuel de l’agent économique, bien que légitime, ne doit jamais devenir l’unique objectif. À côté de celui-ci, il en existe un autre, tout aussi fondamental et supérieur, celui de l’utilité sociale, qui doit être réalisé non pas en opposition, mais en cohérence avec la logique du marché. Quand il remplit les importantes fonctions rappelées ci-dessus, le marché libre sert le bien commun et le développement intégral de l’homme, tandis que l’inversion du rapport entre les moyens et les fins peut le faire dégénérer en une institution inhumaine et aliénante, avec des répercussions incontrôlables." (§ 348)

Les répercussion incontrôlables, ça ne vous rappelle rien? Non, vraiment rien?

La finance n’est pourtant elle non plus pas condamnée en soi puisque le §368 reconnaît que "l’expérience historique atteste qu’en l’absence de systèmes financiers adéquats, aucune croissance économique n’aurait eu lieu" et reconnaît les "fonctions positives de l’épargne pour le développement complexe du système économique et social".

Mais on en revient toujours à l’abus et à l’excès : "Le développement de la finance, dont les transactions ont largement surpassé en volume les transactions réelles, risque de suivre une logique toujours plus autopréférentielle, sans lien avec la base réelle de l’économie."

Et au bout du bout, dans un système globalisé comme le nôtre, il y a risque de double injustice puisque "les pays exclus de ces processus, bien que ne jouissant pas des bénéfices produits par ceux-ci, ne sont pas à l’abri d’éventuelles conséquences négatives de l’instabilité financière sur leurs systèmes économiques réels, surtout s’ils sont fragiles ou si leur développement est en retard" (§369).

Et les solutions quelles sont-elles? Tout l’inverse de la dérégulation! Car selon la DSE, il est "on ne peut plus urgent de trouver des solutions institutionnelles capables de favoriser réellement la stabilité du système, sans en réduire les potentialités ni l’efficacité. Il est indispensable d’introduire un cadre normatif permettant de protéger cette stabilité dans la complexité de tous ses éléments, d’encourager la concurrence entre les intermédiaires et d’assurer la plus grande transparence au profit des investisseurs."

Mieux, il est du devoir de la communauté internationale de trouver ces solutions (§371).

Mais alors, qu’attend cette dernière pour acheter le compendium de la doctrine sociale de l’Eglise?

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La récession, et alors?

L’économie, alpha et oméga de nos vies? On pourrait le croire à lire ces esprits apeurés se flageller devant l’affreuse nouvelle qui nous est tombée sur la tête la semaine passée : au deuxième trimestre de 2008, l’économie française a légèrement rapetissé, de -0.3%. L’horreur totale !

Rendez-vous compte! La catastrophe n’est pas loin. Pire, on a rempli la première partie des conditions définissant la récession, qui rappelons-le aux incultes, est  constituée lorsque deux trimestres consécutifs, le PIB d’un pays recule. C’est bien ça, j’ai bon?

Ré-ces-sion. Ils n’ont que ce mot là à la bouche, nos chers économistes. Vous savez, ceux qu’on voit partout dans les journaux, à la télé, prêchant la bonne parole, se plantant tout le temps sans conséquence, multipliant les pronostics sans aucune responsabilité ni risque, jouant le rôle d’oracles anonymes de notre chère économie moderne, érigée en divinité redoutable et capricieuse. Et dont les encycliques sont la croissance, les taux d’intérêts, les chiffres du chômage… L’économie est une science inexacte, à qui l’on peut tout faire dire, mais eux sont perpétuellement appelés par les journalistes à donner leur avis d’experts. Un avis jamais démenti, jamais confronté à la réalité, quand bien même il s’avère faux par la suite.

Ré-ces-sion. Le spectre du malheur, en somme! Peut-être allons-nous être moins riches. Et on s’en relèvera! Ils doivent bien rire, ceux qui prêchent la décroissance. Sans aller jusque là, il semble que l’Occident ait perdu la tête, ou au moins le sens des priorités. La rigueur, oui, et alors? Est-on devenu à ce point pauvres d’esprits, pour que la courbe du moral devienne dépendante de l’état du porte-monnaie et de la richesse collective? Va-t-on se laisser abattre par une mauvaise nouvelle économique? Souvenons-nous du passé et retroussons-nous les manches.

Pendant ce temps, l’Occident décadent réfléchit à liquider des vieux. Remarquez, les deux sujets sont liés : avec le poids démographique et les contraintes budgétaires qui pèsent sur nos pauvres économies, ceux qui coûtent le plus cher et qui ne rapportent rien de palpable, ce sont les vieux. Et j’insiste : ce sujet est autrement plus important. Car c’est d’humain qu’il s’agit. Et comme chacun sait depuis Jean Bodin, "il n’est de richesses que d’hommes".

Non mais!

Lire aussi Seb de CaReagit, qui n’est pas du tout d’accord avec moi, le fourbe.

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Is it really a "free world"?

Si vous avez 8 € à dépenser, que vous avez l’esprit critique, que vous aimez réfléchir et que les questions de société vous intéressent, donnez vous la peine d’aller voir It’s a free world. Ken Loach, qui avait remporté la palme d’or du festival de Cannes 2006 avec le brillantissime Le vent se lève, écrit une fois encore un film engagé. L’histoire est simple et se déroule à Londres : une jeune femme de 33 ans est virée de son job de recrutement d’est-européens. Avec son amie Rose, Angie décide de se mettre à son compte et de créer une agence d’intérim offrant aux usines de la main d’oeuvre issue de l’immigration (d’abord légale puis clandestine) et donc à prix ultra compétitifs. On la voit glisser, petit à petit. Être tentée par l’exploitation de ces étrangers impuissants et prêts à tout pour gagner quelques livres. Et succomber à l’égoïsme, à l’argent facile.

Ken Loach, qui réalise un film magistral, a bien sûr pour ambition d’ouvrir un débat, de poser des questions, de faire réfléchir. Sur ce plan là, c’est réussi. Il ne prétend pas apporter de réponse et son film a ceci de postitif qu’il est un regard qui ne juge pas mais qui se contente de constater une réalité dont on parle peu : l’immigration clandestine et son exploitation, sur laquelle un maximum de gens ferment les yeux.

A mon sens, cette oeuvre permet d’ouvrir deux types de débat : un débat sur l’immigration en elle-même : où doit se placer la justice dans l’accueil? Et puis un débat plus global sur notre système économique, sur les valeurs, les ressorts qui le fondent, sur son avenir… On se contentera d’aborder celui-là.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. - La citation devrait également s’appliquer en ce qui concerne le système économique dans lequel nous vivons.  Ou plutôt, que nous subissons. Je ne parle pas du libéralisme, terme qu’on emploie à tort et à travers, mais de la globalisation, de la mondialisation. De ce régime économico-politique qui veut imposer à tous la démocratie, sous prétexte d’exporter partout le marché unique. Qui prétend à l’universalité des droits de l’homme, mais les impose avec le fusil tout en approuvant un système qui broie l’humain.

J’ai tendance à aimer la notion de libéralisme. Parce que ce mot contient le mot liberté, parce qu’il n’est pas qu’une théorie politique, mais également philosophique et politique. Parce qu’il concerne bien plus Chateaubriand qu’Alain Madelin. Parce que les libéraux veulent faire confiance à l’homme, alors que les socialistes veulent les infantiliser, leur dire ce qui est bon au mauvais, et à la limite, décider à leur place. Je trouve qu’il est raisonnable de laisser l’Etat à ses fonctions les plus régaliennes, de confier le reste au privé. Je trouve louable la loi de l’offre et de la demande. Je trouve louable la loi de la concurrence, qui est saine et tend à rendre service au consommateur…

Tous ces principes sont positifs, et s’appliquent correctement dès qu’il existe une forme de consensus moral entre tous et que ce consensus est respecté sous la contrainte. Un savoir-vivre commun et consenti. Ou au moins, un contrôle de l’Etat sur l’économie. Un contrôle intransigeant. D’ailleurs, c’est le cas depuis des siècles! Mais à partir du moment où on croit en la liberté totale, et qu’on la laisse faire, comment s’étonner qu’on en vienne à rendre esclaves des clandestins? Qu’au lieu de concurrence, on assiste dans certains domaines au mieux à des ententes (téléphonie, internet…), au pire à des monopoles (systèmes d’exploitation informatique)? Qu’on veuille récompenser les actionnaires au mépris de l’intérêt économique même des entreprises? Un ami me confiait récemment que la société dans laquelle il travaille, qui est au CAC 40, allait délocaliser une partie de sa production en Europe de l’est. Il est chargé d’une partie du projet, et il m’a assuré que le gain serait minime… Un autre est maître d’oeuvre dans le batiment et me répète que le travail clandestin est monnaie-courante. Que l’Etat s’en moque, que les contrôles sont trop rares. Forcément, on veut réduire le train de vie de ce même Etat! Le serpent se mord la queue.

Il y a bien un moment où il faut se réveiller. J’entends déjà les bien-pensants répondre que la mondialisation est une chance pour la France (d’ailleurs, les mêmes que les partisans du TCE…). Que les délocalisations sont nécessaires, qu’on en peut pas faire autrement, que la main d’oeuvre est trop chère. "Trop chère". Mais tout ce contexte est le fruit de décisions politiques, non? On ne s’est pas retrouvé, du jour au lendemain, avec des produits chers, une main d’oeuvre chère, et des Chinois qui produisent mille fois plus que nous! Rien qu’en Europe, on vient d’élargir l’espace Schengen. Et on n’arrête pas d’élargir par idéologie, juste pour élargir. Vous trouvez ça sain, vous, qu’il existe tant de gens qui aient envie de quitter leur pays, leurs amis, leur famille, leurs repères, pour aller travailler comme maçons dans les pays soi-disant riches? Et qu’on ne fasse rien, ou si peu, pour les aider et nous protéger du dumping social?

Je crois que tout serait possible si une morale existait, si on ne laissait pas passer des injustices évidentes, si on croyait en l’action de l’Etat, si celui-ci servait à nous protéger et pas seulement du point de vue de la santé. Croit-on que le New deal de Roosevelt serait encore possible aujourd’hui? En voulant tuer l’Etat au sens socialiste du terme, on a tué aussi les possibilités de résistance à ce cadre global, à l’internationalisation. Dans It’s a free world, Ken Loach a d’ailleurs choisi de présenter ce sujet du point de vue des exploiteurs, et on voit bien que rien autour d’eux ne les arrête. Ils sont effectivement libres… Angie a de bonnes raisons d’agir ainsi. Elle a des crédits, un fils difficile, elle même est une victime en quelque sorte…

J’aimerais vraiment connaître l’avis de ceux qui se prétendent libéraux. Ou qui le sont sans se l’avouer. Ceux qui pensent vivre dans un système positif, j’aimerais vraiment savoir ce qu’ils pensent du travail des immigrés clandestin. Parce que ce sujet est l’écume du reste, un des symptômes des maux de notre monde. Et je ne vois pas comment on peut les justifier.

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