Archives de Tag: centre

Borloo ouvre un boulevard à Bayrou

Jean-Louis Borloo a donc renoncé hier soir à se présenter à la présidentielle de l’an prochain. Il faudra pour les radicaux, et plus largement pour le centre-droit, faire le bilan et tirer les leçons de ce crash de l’avion Borloo sans attendre l’envol. Comme l’a écrit Authueil, "décidément, les centristes n’ont pas de couilles". En effet, on peut le dire. Si ce désistement dont on connaîtra peut-être plus tard les raisons profondes fait les affaires de Sarkozy, il y en a un autre qui peut profiter de ce vide au centre : François Bayrou, qui pour la troisième présidentielle d’affilée, peut jouer sur le ni-ni. Lire la suite

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Quand Borloo se "prépare pour gagner"

Ainsi, Jean-Louis Borloo franchit un cap – que dis-je, une péninsule – dans son affranchissement vis-à-vis de l’UMP, et un pas vers sa candidature à l’Elysée, en déclarant hier dans la Voix du Nord se "préparer pour gagner" sans pour autant dire s’il sera présent ou non dans les starting-block de la présidentielle de 2012. Une candidature qui à défaut d’être légitime, sera de toute manière inutile, puisque Borloo et sa poignée de soutiens répètent à qui veut l’entendre que le centre qu’ils désirent "républicain, social et écologiste" restera l’allié de la droite de gouvernement. Alors à quoi bon? Lire la suite

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Que la droite implose!

Après la déroute électorale qu’a subie la droite française – à quelques exceptions près -, qui avait rarement été aussi bas sous la Ve République, celle-ci est désormais au bord de l’explosion. Le parti unique de la droite ne tiendra pas longtemps, maintenant que l’échec se profile pour 2012… Lire la suite

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La question du centre

Alors que la trêve des confiseurs était à peine achevée, Alexandre, dont j’ai découvert le blog il y a quelques semaines, et dont j’apprécie à la fois la culture politique, l’ouverture d’esprit et la pondération, et le fait qu’il ait rarement tort, a profité de mon absence – Noël! – pour s’interroger publiquement sur ce qu’est le centre (pas la région, le mouvement politique!) pour lui, et pire, pour lancer une chaîne sur la question, à laquelle ont répondu par exemple l’Hérétique ou Xerbias, deux blogueurs que j’apprécie également beaucoup. C’est la saison des compliments on dirait… Lire la suite

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La vérité est ailleurs

misstic2Un sympathique blogueur répondant au doux nom de Koz m’a récemment sommé de me confesser publiquement au sujet de mon positionnement politique, sous peine d’être soumis à des tortures barbares qui seraient ensuite diffusées sur You Tube. Diable. Comme il s’agit d’une énième chaîne de blog, je n’ai pas pris ces menaces au sérieux, mais ai malgré tout décidé, sans doute par faiblesse excessive, de répondre à cet ultimatum. Lire la suite

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Qui aura le courage de débrancher le MoDem?

Tiraillé entre la gauche et la droite, entre le pouvoir et l’opposition bête et méchante façon PS, entre le réalisme et idéalisme, le MoDem de Bayrou donne de plus en plus le sentiment de tâtonner, tout en paraissant privilégier une ligne de centre-gauche. Une stratégie purement politicienne, qui met de côté une bonne partie des électeurs ayant soutenu Bayrou le 22 avril 2007.

Et ils étaient nombreux! 6 820 119 petits papiers "Bayrou", ça fait du monde : 18,57% du corps électoral. Et sur quels slogans tous ces gens ont-ils voté Bayrou? Plus de gauche ni de droite, mais une politique intelligente au service des Français. Une politique pragmatique, une politique de l’Etat impartial. Une présidence sobre, représentée par un Bayrou au profil quasi-protestant. Un libéralisme certain teinté d’un certain humanisme. Avec une volonté d’indépendance marquée vis-à-vis du grand frère RPR devenu hégémonique UMP. En gros, c’était ça. Il y avait de quoi tenter du monde : beaucoup s’y sont laissés prendre. Je me suis moi-même laissé berner, après avoir pourtant critiqué à maintes reprises le Béarnais. Tout en n’étant pas dupe sur l’illusion représentée par sa candidature, j’ai voté Bayrou par défaut. Parce que Sarkozy et Royal m’insupportaient tout autant l’un que l’autre. Et combien sont-ils dans ce cas?

Quoi qu’il en soit, beaucoup doivent aujourd’hui se mordre les doigts d’avoir opté pour cette solution. Personnellement, j’ai voté Bayrou et je l’assume, mais j’exècre le MoDem, cette espèce de parti fourre-tout qui ne ressemble à rien. D’ailleurs, ses soutiens s’enfuient un à un. S’agit-il d’un hasard? Le premier a été Gilles de Robien, suivi par les futurs membres du Nouveau-Centre, qui ont quitté l’ex-UDF pour conserver leur place à l’Assemblée nationale. Ils refusaient, officiellement, le positionnement au centre-gauche adopté par Bayrou. Celui-ci ne s’est-il pas placé de facto à gauche du spectre politique, en assurant qu’il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle? Ce même centre-gauche où se trouvaient déjà le PRG, et où s’est installé Gauche Moderne, le groupuscule de Jean-Marie Bockel? Ensuite, il y a eu les "départs individuels". Les derniers en date sont Christian Saint-Etienne et Jean-Marie Cavada, c’est-à-dire des piliers du MoDem naissant et déjà agonisant.

Car aujourd’hui, c’est quoi le MoDem? Franchement, la question mérite d’être posée. Entre Corinne Lepage, Jean-Luc Benhamias, Marielle de Sarnez, Jean Lassalle, Azouz Begag, Quitterie Delmas, où est le point commun? Entre la ligne politique insufflée par le parti au niveau central (en fait, Bayrou) et le terrain, il y a un gouffre. Et ce gouffre illustre l’embarras dans lequel sont plongés une bonne partie des électeurs centristes du 22 avril.

Que veut Bayrou, si on l’écoute bien? Occuper en France la place dont dispose Prodi en Italie. Celle qu’avaient Blair et Schroeder au Royaume-Uni et en Allemagne. Etre le Jacques Delors du XXI siècle. Bref, fonder une social-démocratie à la française. On voit bien que Bayrou et ses fidèles ont tendance à préferer une ligne de centre-gauche, la droite étant tout entière phagocytée par Sarkozy. Ce qui a changé par rapport à la présidentielle, c’est qu’on ne parle plus de "ni-droite ni-gauche".

De toutes façons, ces belles paroles sont contredites tous les jours localement. Les élections approchant, chacun est obligé de prendre position et de dévoiler son jeu. Et force est de constater que sur le terrain des municipales, aucune ligne claire ne se dégage. Que voit-on? Un MoDem différent dans chaque ville, ou presque. Des listes autonomes, des alliances à gauche, à droite… Un vrai capharnaüm!

A Marseille, la tête de liste est Jean-Luc Benhamias, mais deux membres du MoDem marseillais ont choisi le PS et l’UMP. A Lille, Jacques Richir partira seul, suivant un programme très "écolo" (bobo urbain), mais un dissident du Mouvement démocrate le concurrencera. A Paris, Corrine Lepage devra affronter Jean-Marie Cavada dans le XIIe arrondissement, pendant que Marielle de Sarnez tape bien d’avantage sur Panafieu que sur Delanoë. A Dijon ou Roubaix, le MoDem fait alliance avec la gauche. A Angers ou Bordeaux, on fait copain-copain avec l’UMP. Sans compter les villes où les listes MoDem du premier tour fusionneront au deuxième soit avec l’un, soit avec l’autre!

«Stratégiquement, nous avons un problème. Je ne suis pas sûr que nous présentions un visage très cohérent», euphémise un responsable MoDem issu de l’UDF et cité dans Libération de vendredi. Tu m’étonnes. Vous présentez même un visage carrément chaotique! En fait, le MoDem, c’est un peu comme le protestantisme. Chacun peut s’en prévaloir et faire n’importe quoi, étant donné qu’il n’y a pas de doctrine ni de colonne vertébrale. Son texte fondateur, lui, a été écrit par un M.Saint-Etienne rallié depuis à l’UMP…

Gageons que le MoDem ne survivra pas très longtemps. Il a des militants, mais qui pensent tous de manière différente. Regardez Luc Mandret : je ne suis pas sûr que beaucoup de militants du MoDem saluent comme lui le décès de Pierre Boussel, trotskyste impénitent. Au fond, ce parti ne tient que par Bayrou et par le souvenir de cette magique épopée de la présidentielle… Après l’épopée, la tragédie?

En résumé, je ne sais pas si je suis le seul, mais j’ai le sentiment d’avoir été trahi, et qu’on instrumentalise mon vote, qui fait pourtant partie de ces 6 820 119 petits papiers "Bayrou"… Non, ces 18,57% ne soutiennent pas le MoDem. Il faudrait qu’un jour l’état-major du parti démocrate en prenne conscience.

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Le pari perdu de François Bayrou

François Bayrou garde son objectif en ligne de mire : 2012. Le patron du MoDem savait bien que ses lieutenants n’avaient guère de chances de succès aux législatives. Et voilà qu’il sera peut-être le seul élu de son parti dans la prochaine assemblée!

Certes, le MoDem fait mieux que l’UDF de 2002, mais le compte n’y sera pas en députés… En quelque sorte, le Béarnais a très largement perdu son pari de briser la bipolarisation de notre système politique. On a même atteint une forme de monopole. On ne le répétera jamais assez : la seule façon pour lui de le remporter aurait été une qualification pour le second tour de la présidentielle, synonyme vraisemblable de victoire. Las, les idées bayrouistes ont certes gagné dans le pays, mais le scrutin majoritaire lui ferme durablement les portes du Palais-Bourbon.

Au demeurant, il aurait pu espérer conserver son groupe si les "félons" du Nouveau centre ne l’avaient pas abandonné en rase campagne. Et s’il s’était, pour cela, abstenu de sa déclaration de vote implicite pour Ségolène Royal. Nous assisterons donc d’ici à dimanche au même scénario qu’à l’entre-deux tours de la présidentielle : dans de nombreuses circonscriptions, celles où il dépasse 8 à 10% des voix, les électeurs du MoDem seront arbitres. Et les candidats malheureux refuseront de choisir, comme l’ont déjà fait trois proches du "chef", Marielle de Sarnez et Christian Saint-Etienne à Paris, et Anne-Marie Comparini à Lyon. Qui appellent cependant leurs électeurs à s’interroger sur le pluralisme politique… Et François Bayrou l’a dit lui-même ce matin sur RTL : "Le Mouvement démocrate a choisi une voie difficile qui est la voie de son indépendance : il n’y a pas besoin de négociation avec le PS, avec l’UMP (…) Je ne donnerai pas de consigne de vote. Je ne veux pas entrer dans ce genre de mécanisme et de phénomène (…) Chacun doit prendre ses responsabilités. C’est très simple de prendre ses responsabilités: il suffit pour les électeurs et les responsables politiques et les candidats de regarder l’enjeu de ce deuxième tour de l’élection législative et des décisions qu’on doit y prendre". Son fidèle Jean Lassale est sur la même ligne : "Il ne faut pas aller à la soupe (mais) se battre. (…) Si (les électeurs) nous voyaient faire des accords électoraux, ce serait contre-productif".

A gauche, bien sûr, on ne crachera pas sur ces renforts inespérés, même si l’on hésite sur la marche à suivre. Ségolène Royal a "appelé" Bayrou pour lui dire qu’elle appréciait sa vision du pluralisme et lui proposer un accord de désistement mutuel en faveur du mieux placé dans chaque circonscription. François Hollande, lui, exclut toute alliance officielle mais admet vouloir "parler aux électeurs" au nom du pluralisme. DSK évoque des "débats avec les centristes" pour arriver à des "plateformes communes" au prochaines élections… Officiellement, il s’agit donc pour le PS de respecter une sorte de courtoisie républicaine et ainsi favoriser le pluralisme, alors qu’en réalité, les socialistes souhaitent surtout sauver leur peau. Mais il faut aussi préserver les apparences. Tout le monde sait que le MoDem n’est qu’à de rares exceptions arrivé devant le PS. Et puis à gauche du PS, ce nouveau pas de deux avec l’ex-UDF a le don d’agacer, et notamment Marie-George Buffet, prête à mourir plutôt que de parler avec un monsieur en costume.

Au final, tous ces atermoiements se révéleront avoir été du vent : on aura sans aucun doute le même partage des voix que celui que l’on avait observé au soir du 6 mai. C’est-à-dire, 50-50 avec un léger avantage pour l’UMP. Ce dernier n’est d’aileurs pas en reste dans la quête des voix du MoDem : Jean-Claude Gaudin a expliqué ce matin que l’UMP retirait son candidat qualifié pour le second tour face à Bayrou dans les Pyrénées-Atlantiques ; "C’est un geste. Il n’y a pas de discussion, pas de compromission, il n’y a pas de négociation. C’est un geste que l’UMP souhaite faire à l’égard de François Bayrou" … Après avoir juré l’élimination du Béarnais, c’est fort. Et Raffarin lui aussi a invité à "tendre la main" au MoDem afin de remporter des duels difficiles avec la gauche! Appel du pied entendu : "Nous avons montré depuis plus d’un mois notre volonté de tendre la main à tous ceux qui sont prêts à réformer en profondeur ce pays, quels qu’ils soient et quels que soient leurs horizons. Nous resterons sur cette ligne-là", a souligné hier Luc Chatel, porte-parole de l’UMP.

Pendant que ses rivaux se partagent sans complexe ses voix, pour la deuxième fois en un mois, Bayrou fulmine. Il peut bien jouer à l’optimiste, et au succès militant du MoDem. Mais au fond, il doit être vert de rage de ce résultat, comme son intervention de dimanche soir, pleine de rancoeur, l’a suggéré. Un parti a aussi besoin d’élus, et donc de financement public… Comme les choses vont vite du Capitole à la Roche Tarpéienne

Le Béarnais doit désormais songer aux municipales de 2008, aux moyens de conserver Rouen et les autres villes UDF. Il doit se demander quelle tribune et quelle audience il pourra bien avoir à l’avenir. Doit vilipender intérieurement et par avance le poids des médias "amis du pouvoir". 2012, ça fait loin pour un homme seul…

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Législatives : le piège du quinquennat fonctionne à plein

On l’a vu en 2002, on le constate de nouveau en 2007 : la réforme constitutionnelle du quinquennat, adoptée dans l’indifférence générale en 2000 pour limiter les risques de cohabitation, brouille le message des perdants de la présidentielle. De quoi faire perdre tout intérêt à la campagne des législatives…

Le seul argument de campagne, au PS comme au MoDem : ne pas donner les pleins pouvoirs à l’UMP les 10 et 17 juin prochains. Du côté des socialistes, on reconnaît depuis plusieurs jours que la défaite est hautement probable, ce qui montre l’absurdité de la campagne législatives. François Hollande plaide pour un "équilibre des pouvoirs". Ségolène Royal brandit la menace des "pleins pouvoirs" pour la droite,  tout en avouant qu’en étant "réaliste", la victoire sera "difficile". Laurent Fabius, qui lui aussi se satisferait d’une "opposition forte", appelle les Français à prendre conscience du risque d’une "présidence absolue". Bref, les socialistes font grise mine, comme le constate ce cher François Mitterrand depuis sa tombe. Ils se contenteraient d’une petite claque.

A l’UMP, où l’on a bien retenu la victoire écrasante de 2002, malgré un score moyen de Jacques Chirac au premier tour de la présidentielle, on adopte la posture inverse. Pourquoi s’en priverait-on? En meeting au Havre, hier soir, Nicolas Sarkozy a été très clair : "Il vous reste deux semaines pour parachever l’impensable révolution que vous avez accomplie le 22 avril et le 6 mai derniers, deux semaines pour décider ou non de me renouveler votre confiance. Françaises, Français, je vous demande de me donner la majorité dont j’ai besoin pour gouverner".

Voilà, tout est dit. Du fond, ne parlons surtout pas, ou alors à la marge. Le reste ne semble donc que détail. La guéguerre des centres, d’abord, entre le Nouveau Centre de Morin, Leroy, Perruchot, Vercamer ou Robien, partisans, pour peser, d’une alliance avec la majorité présidentielle et le MoDem de Bayrou, Sarnez, Cavada, Bouras ou Delmas, qui restent sur une ligne d’un centre indépendant. L’inexistence des Verts, du PCF, du FN, de Villiers, de l’extrême-gauche, ensuite, rendus inaudibles par une bipolarisation extrême du jeu politique.

Les élections législatives sont pourtant a priori la scrutin d’où est censé sortir la légitimité populaire pour appliquer un projet, la présidentielle devant faire émerger un arbitre, une direction globale, une représentativité à l’étranger. Il suffit pour s’en convaincre de lire la Constitution.

Mais le quinquennat est passé par là. Cette réforme, voulue par Giscard, d’abord refusée puis portée par Chirac, devait nous faire entrer dans la modernité, nous éviter les risques de la cohabitation, jugée dangereuse pour l’unité du pays. Au terme d’une campagne référendaire qui avait passionné les foules (30% de votants, 73% de oui), la quiquennat a été adopté et nous a conduit tout droit, comme le pronostiquaient déjà à l’époque certains analystes, vers une présidentialisation du régime. On l’avait évitée avec Jacques Chirac, qui représentait l’ordre ancien, qui n’avait peut-être pas décelé les subtilités ou les potentialités de cette nouvelle donne, ou tout simplement, qui n’avait pas souhaité s’en servir. Nicolas Sarkozy, lui, n’aura aucun scrupule à en tirer profit. Il l’a dit, et il le montre depuis son accession au pouvoir.

Dès lors, à quoi bon promettre des réformes pour donner plus de pouvoir à une opposition qui sera de toutes façons ultra-minoritaire tous les cinq ans? Car l’origine de la légitimité des députés, de ceux qui adoptent nos lois, est désormais flouée. La majorité dans son ensemble – il y a toujours des particularités locales liées à chaque circonscription – tirera son profit non pas du peuple, mais du président. "Donnez-moi la majorité dont j’ai besoin pour gouverner".

Quinquennat qui a d’ailleurs d’autres vices cachés, constatés lors du mandat Chirac : les ambitions des présidentiables s’aiguisent dès le départ. On l’a vu avec Sarkozy, qui avait lancé sa campagne dès sa nominaiton à l’Intérieur. On le voit aujourd’hui, avec Ségolène Royal qui voudrait qu’un candidat PS pour 2012 soit nommé dès cet été. Et puis, au fond, comment peut-on lancer des réformes d’envergure en cinq ans, alors qu’on est obsédé par sa réélection, ce véritable maillon faible de la démocratie moderne? L’idée n’est pas stupide, mais elle postule le dévouement des politiques, leur volonté de privilégier le bien commun à leurs intérêts, ce qui est décidément difficile à croire.

Deux réformes devraient donc être adoptées d’urgence si l’on veut évoluer vers une démocratie assainie. D’abord, instaurer une part importante de proportionnelle aux législatives, afin de contrer le dualisme de la présidentielle. Sans tomber pour autant dans une disparité des voix néfastes à la construction d’une majorité, comme on le déplore en Italie. Ensuite, étendre la durée du mandat du président. Sept ans, dix ans? Quoi qu’il en soit, le mandat devrait être non renouvelable. Qu’en pensez-vous?

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MoDem : la roche tarpéienne et si proche du Capitole…

Pauvre François Bayrou. Porté à 18,5% des électeurs grâce à l’appui de médias satisfaits d’avoir un troisième homme plus "fréquentable" que le sieur Le Pen (qui s’accroche à son parti comme une moule à son rocher), l’homme faible du MoDem est aujourd’hui éreinté par la critique, lâché par les siens, oublié des télés. Bref, le Béarnais n’est plus à la mode. La roche Tarpéienne est décidément bien proche du Capitole! Et en dépit d’une adhésion populaire importante, le MoDem risque fort de se retrouver avec moins de députés que Blanche-Neige n’avait de nains. La faute à la bipolarisation et au syndrome "vote utile". Il en faudrait pourtant peu pour que Bayrou représente la seul force véritable d’opposition dans ce pays…

Rien à faire… Le PS a beau être encore plus bas que le fond du gouffre, la mayonnaise modémienne ne prend pas. Bayrou, qui était la coqueluche des médias il y a encore quinze jours, n’intéresse plus. Zou, fini, rien à voir, circulez m’sieur Bayrou. Et pourtant, ce n’est pas faute de tenter, de chercher à taper encore sur ces connivences entre pouvoir et argent, pouvoir et puissances médiatiques, une recette qui avait si bien marché pour la présidentielle. "Nous voulons une presse, des radios et des télévisions libres, non inféodées ! Nous en avons besoin pour nous et nos familles ! Nous ne voulons pas que nos organes d’information soient soumis à ces influences !", a-t-il lancé hier soir au Zénith de Paris, où il lançait la campagne de son parti pour les législatives. Déjà, il avait dénoncé la nomination d’un collaborateur de Sarkozy, Laurent Solly, dans l’équipe dirigeante de TF1.

Ultime coup de boutoir du sanglier blessé? Les grandes postures ne semblent plus fonctionner. Alors le Béarnais a bien tenté de revendiquer la qualité d’opposant n°1 à la vague bleue qui risque de déferler sur l’Assemblée nationale au soir du 17 juin. Mais la défection de ses ex-lieutenants de l’UDF, qui forts de 22 sortants (contre six pour le MoDem) présenteront une centaine de candidats pour le compte du PSLE (parti libéral social européen), brouille son message et l’empêche de peser médiatiquement sur l’élection… Les Morin, Leroy et compagnie ont choisi d’agir de l’intérieur plutôt que de critiquer stérilement de l’extérieur. Mais ont eu l’intelligence de revendiquer le terme "libéral" pour priver Bayrou de son aile droite. Et voilà la MoDem piégé par son "ni-ni" qui risque bien de la conduire… nulle part. D’autant que si les abandons sont nombreux, bien peu sont ceux qui rejoignent la maison orange. Corinne Lepage, Azouz Begag, Djamel Bouras, ça n’est pas du plus sexy…

Tout pourrait être possible, en réalité, si François Bayrou n’était pas coincé une nouvelle fois entre sa droite et sa gauche. Esprit du quinquennat oblige, le débat présidentiel écrase celui des législatives. Epuisés par six mois de lutte, d’images médiatiques à gogo et d’idées balancées à tout-va, les Français ne sont pas prêts à remettre le couvert. Dès lors, l’appel au vote "utile" des deux côtés leur convient très bien. L’UMP se contente d’appeler à confirmer le vote du 6 mai. Et le gouvernement se donne l’image de l’action pour convaincre les indécis.

Quant au PS, malgré ses divisions, son incurie à proposer autre chose qu’un "Tout sauf Sarkozy", il pourrait bien avoir plus de députés qu’en 2002, en profitant du recul des Verts et de feu le PCF. Les sympathisants bayrouistes, qui ont compris qu’il fallait être devant le PS pour pouvoir remporter la mise, ne risquent-ils pas de faire faux bond au MoDem?

Seule la proportionnelle pourrait sauver Bayrou et ses amis d’une longue traversée du désert. Mais le scrutin uninominal majoritaire à deux tours le défavorise assurément. Le comble, c’est qu’on a toutes les chances de voir arriver plus de parlementaires communistes, radicaux ou même écologistes que de Modémiens!

N’est-elle pas belle, notre démocratie? Avec 1,5% des voix, sous réserve d’être maintenu sous perfusion par un puissant allié, vous raflez des sièges gratuitement. Avec 18,5% des voix, vous n’êtes pas sûr d’avoir un groupe parlementaire…

Ultime chance : un accord de désistement avec le PS, en faveur du mieux placé dans chaque circonscription après le premier tour . Mais une telle entente est très incertaine…

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Où nous mènera cette incroyable danse du centre?

Alors que vient de s’achever une ennuyeuse passation de pouvoir, suivie en direct et en intégralité par des journalistes qui ont bien peiné à combler les trous (ils se sont bien amusés à décrire comment Sarkozy allait vivre à l’Elysée et de quelle façon Cécilia était habillée), il semble qu’il y ait des choses plus intéressantes à aborder aujourd’hui. Et notamment cette extraordinaire danse du centre à laquelle se livrent tous les bords politiques, extrêmes mises à part. Où va-t-elle nous mener?

François Bayrou a gagné sur un point : même s’il échoue aux législatives, le mouvement qui s’est créé autour de lui suscite l’appétit de tous. A gauche, à droite, au centre, tous tentent de récupérer l’idée d’une vraie politique du centre, à même de réconcilier les Français avec la politique et surtout… de les faire exister politiquement.

Tout cela a commencé avec Rocard, Cohn-Bendit et Kouchner, qui ont pressé Ségolène Royal de rallier Bayrou à son camp pour vaincre dès le premier tour. Peine perdue, Royal a dédaigné le centre, avant de changer d’attitude devant sa faible réserve de voix et de draguer honteusement entre les deux tours. Mais c’était trop tard.

Puis on a eu Sarkozy. Pas bête, le bougre a préféré phagocyter le mouvement démocrate naissant en piquant un à un la quasi totalité de ses parlementaires, pour créer une aile centriste dans sa future majorité. La manoeuvre a pour l’instant parfaitement rempli son rôle, et le nouveau président (ça y est, on peut le dire, maintenant) tâche depuis de pratiquer (feinte ou réelle conviction, on le saura dès les législatives passées) l’ouverture, dans le but évident de gagner à lui le coeur de tous ceux qui ont été convaincus par Bayrou de la nécessité d’unir des camps différents pour pouvoir réformer la France.

Au PS, où la perpétuelle guerre des tranchées a repris ses droits, à coup de gaz, de pelles et de couteaux dans le dos dans le but de prendre le parti avant même de savoir s’il va perdre ou non les prochaines élections, certains tentent encore de prôner une alliance avec le MD. Selon un sondage du 12 mai,  59% des Français estiment en effet que le PS devrait s’allier avec le MoDem contre 35% qui souhaitent qu’il reste accouplé avec les Verts et le PCF (les 6% restant veulent sans doute qu’il meure purement et simplement). Ségolène Royal, qui tente tant bien que mal de rester au centre du jeu en faisant oublier qu’elle a perdu il y a moins de quinze jours, est de ceux là. Mais il ne faut sans doute rien espérer avant le soir du premier tour, pour des désistements éventuels au second…

Une partie des Verts eux-mêmes, qui jouent un jeu suicidaire en refusant la main généreusement tendue (en dépitd’un score pathétique au premier tour de la présidentielle) par le PS, appellent à un rassemblement socio-démocrate, écologiste et centriste, dans un manifeste diffusé mardi…

Et puis il y a le PRG! Ce glorieux parti radical, qui a eu ses heures de gloire, aimerait refaire parler de lui. Son patron, Jean-Michel Baylet, n’a pas hésité à dialoguer avec Nicolas Sarkozy, puis à proposer une alliance avec le Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo, un mouvement pourtant associé à l’UMP. Les rêves de splendeur de Baylet, qui sont indissociables de cette danse du centre, sont pourtant contestés avec vigueur par six députés du PRG (dont Emile Zucarelli et Roger-Gérard Schwartzenberg) qui rappellent l’ancrage à gauche de leur parti, qui a signé un accord avec le PS pour les législatives. Et qui refusent la création d’un grand parti radical du centre… Borloo, lui, s’est empressé de se déclarer intéressé par communiqué. Pour peser face à Sarkozy, ou pour torpiller le MoDem?

Tout cet imbroglio, ce séisme politique a été lancé par Bayrou avec sa folle idée (mais tellement séduisante) de vouloir créer un centre indépendant. Devant son succès, tout le monde l’imite! Mais la sauce Béarnaise n’est pas assurée de prendre. Car d’une part, le patron du MoDem n’est pas certain de récolter les fruits de ce qu’il a semé : pour l’instant, c’est Sarkozy qui rafle la mise. Et d’un autre, si tous les partis se mettent à surenchérir là-dessus, si toutes les mouches du coche se mettent en branle pour grapiller des voix ici ou là, qui risque de monter? L’extrême-gauche, qui se renforcera sur le dos d’un PS déjà mal en point. L’extrême-droite doit également se frotter les mains : le FN n’a-t-il pas fait son beurre, depuis vingt ans, de la "mollesse" de la droite? Sarkozy leur a promis une "vraie de vraie", et a gagné une partie de ses électeurs en durcissant son discours. Mais son "ouverture", qui ne pourra pas rester à l’état de mots, ne risque-t-elle pas de les renvoyer dans les bras des Le Pen? Nous verrons bien…

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