Le pape et le préservatif : la fin d’un malentendu

Je n’ai d’abord su que penser en lisant hier ces dépêches annonçant un changement de conception du Vatican par rapport au préservatif. Pour la première fois, un pape accepterait l’usage du préservatif, qui ne serait donc plus voué aux gémonies ni à l’index. Au final, je trouve positif que cette déclaration puisse contribuer à clore un malentendu et à une meilleure compréhension de la conception catholique de la sexualité. Mais plus que jamais, il faut répéter que la position de l’Église n’est pas une morale comportant un certain nombre d’interdits, mais une proposition positive qui consiste à mettre la personne au centre de la sexualité. Pour moi, il n’y a donc pas de révolution, mais une proposition globale qui reste cohérente… et qui n’a jamais obligé quiconque à contaminer quelqu’un volontairement!

Enfin! Enfin un pape qui accepte qu’on utilise le préservatif. C’est ce qu’ont retenu les médias après la publication d’extraits du livre d’entretiens du pape, Lumière du Monde, dont La Croix publie ce matin de plus larges extraits. Des déclarations interprétées comme un changement de cap, un revirement par rapport à la polémique immense déclenchée à la suite des précédents propos de Benoît XVI sur ce thème, lorsqu’il avait expliqué que leur distribution « aggravait le problème » du sida. Voici donc ce qu’écrit le pape dans ce livre (selon l’AFP) :

Dans certains cas, quand l’intention est de réduire le risque de contamination, [Le préservatif] peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement. Il peut y avoir des cas individuels, comme quand un homme prostitué utilise un préservatif, où cela peut être un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilité permettant de prendre à nouveau conscience que tout n’est pas permis et que l’on ne peut pas faire tout ce que l’on veut. Mais ce n’est pas la façon à proprement parler de venir à bout du mal de l’infection du VIH. Cela doit réellement se produire dans l’humanisation de la sexualité.(…) Se polariser sur le préservatif signifie une banalisation du sexe et c’est exactement le danger que beaucoup de gens considèrent le sexe non plus comme une expression de leur amour, mais comme une sorte de drogue, qu’ils se fournissent eux-mêmes.

Cette déclaration est bienvenue dans la mesure où elle explicite la position de l’Église sur le sujet. Même si à mon sens, c’est une évidence depuis longtemps. Visiblement, ce n’était pas le cas pour beaucoup de monde : il est donc normal que le pape fasse preuve de pédagogie et dise clairement les choses. Peut-être que Benoît XVI, comme son prédécesseur Jean-Paul II (qui n’avait jamais utilisé le mot « préservatif ») auraient dû davantage mettre les mains dans le cambouis, appeler un chat un chat et faire preuve de réalisme.

Mais il n’empêche que ces propos ne me paraissent pas nouveaux, dans le sens où il me paraît évident que jamais, ô grand jamais, la position de l’Église n’a consisté à préférer la contamination à la violation de la morale chrétienne sur la sexualité. C’est d’autant plus vrai quand on lit l’intégralité du propos du pape, publié sur le blog Médias & Evangiles.

Dans cet entretien, pour moi, les deux phrases essentielles de cet entretien sont « cela peut être un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilité » et « se polariser sur le préservatif signifie une banalisation du sexe ». La seconde phrase confirme de manière différente les propos tenus l’an dernier, la première constituant un pas à destination des non-catholiques, pour une meilleure compréhension du message global. Si le pape veut continuer à porter un message universel, n’est-ce pas la moindre des choses?

Il s’agit davantage d’un changement de ton qu’une révolution de doctrine. Le théologien Xavier Lacroix met le doigt sur un élément essentiel de ce discours en expliquant qu’ il y a « une évolution dans le vocabulaire qui me semble plus positif, plus affirmatif »? J’aime bien aussi la suite de ses propos :

L’enjeu est que la sexualité devienne véritablement personnelle, c’est-à-dire assumée par une liberté. Elle ne doit pas être le lieu où le sujet s’abandonne à des forces de l’obscur. C’est pourquoi l’axe principal de l’éthique chrétienne reste la fidélité et la chasteté, celle-ci étant l’intégration du sexuel dans le personnel.(…) Chaque homme, chaque femme a l’intuition que l’acte sexuel est un acte de don, d’abandon qui appelle la fidélité. Quand il est vécu hors de ce contexte, cela génère de la souffrance et le sentiment du provisoire, de l’inachevé, de l’incomplet. L’intuition de la relation entre don des corps et fidélité demeure présente dans le cœur de beaucoup de nos contemporains.

Je connais des tas de gens, qui ne sont pas catholiques, et qui au fil du temps, se rendent compte que le vagabondage sexuel ne leur apporte aucun bonheur. Mais juste un plaisir qui ne dure qu’un temps. Mais pour ceux qui choisissent de coucher avec qui ils veulent, quand ils veulent, comme écrit Padre Blog (lien susvisé), « il s’agit de ne pas ajouter à un mal (ce vagabondage sexuel) un autre mal (la contamination des partenaires) ». L’utilisation du préservatif montre dans ce cas une attitude responsable, une attention pour l’autre et une forme de respect de son propre corps! Le « début de responsabilité » dont parle justement le pape… Et pourquoi pas?

Il faut donc bien insister sur le fait que cette déclaration ne signifie pas un « virage » dans le message de l’Église, mais tout en se réjouissant, comme l’écrit Guillaume Goubert dans La Croix, que « par ces mots, le pape a validé la démarche pastorale qui consiste à prendre acte d’une réalité pour ensuite inviter chacun à aller plus loin ».

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46 Commentaires

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46 réponses à “Le pape et le préservatif : la fin d’un malentendu

  1. Yogi

    Très bien ! Tout à fait d’accord avec le pape ! Sauf que plutôt que « fidélité » je mettrais en avant honnêteté et équilibre de la relation entre les partenaires, mais on ne va pas chipoter. Allez Benoît, encore quelques siècles d’efforts, on va y arriver ! :-)

  2. Je suis d’accord avec toi. Les propos de l’Eglise n’ont jamais été compris, d’autant que les journalistes ne prennent pas le temps ou n’ont l’envie de décortiquer un discours qui peut paraître hermétique. Comme je le disais chez un confrère blogueur, les torts sont sans doute partagés : la communication papale d’un côté pas assez explicite sur ce sujet et les rapports des journalistes toujours prompts à prendre des raccourcis quitte à modifier le fond du propos.
    Je me souviens encore de la controverse créée par des journalistes il y a un an ou 2 à propos des paroles du pape dans l’avion…C’était du grand n’importe quoi.

  3. Merci pour ce texte et ces réflexions.
    Toutefois, une précision : pour moi, Benoît XVI n’a pas validé la « démarche pastorale qui consiste à prendre acte d’une réalité pour ensuite inviter chacun à aller plus loin ». Cette démarche appelée « loi de la gradualité » est clairement mentionnée (et donc validée) dans l’exhortation apostolique « Familiaris Consortio » de Jean-Paul II (FC §9 et 34). Elle avait d’ailleurs été magnifiquement synthétisé (et explicitée) par Paul VI dès 1970 (il y a 40 ans déjà) dans son discours aux équipes Notre-Dame dans les termes suivants « vous (les aumôniers) les (les époux chértiens) aidez à «marcher dans la lumière», à penser juste, c’est-à-dire à apprécier leur conduite dans la vérité; à vouloir juste, c’est-à-dire à orienter, en hommes responsables, leur volonté vers le bien; à agir juste, c’est-à dire à mettre progressivement leur vie, à travers les aléas de l’existence, à l’unisson de cet idéal du mariage chrétien qu’ils poursuivent généreusement. »
    En quelques mots : « pensez juste, pour vouloir juste, puis agir juste ».
    Benoît XVI ne fait que redire ce que ces prédécesseurs ont dit, validés et redits. Qu’il en soit remercié.

  4. NM

    Pourvu que le message soit vraiment entendu et écouté loyalement (je rêve je sais mais bon…).

    Tout à fait complémentaire de ce très bon billet : theologieducorps.fr/actualites/2010/11/sex-and-holy-city
    chez Incarnare (En passant, @Barbachar notamment, j’ai publié samedi matin un billet sur la loi de gradualité).

  5. Bonsoir chafouin,
    Merci pour ce post. Il se passe quelque chose dans l’église, sous l’impulsion de Benoit XVI, correspondant, me semble t-il, à 1 approche renouvelée de l’évangélisation. Une « méthode » Benoit XVI ? Un exemple en tout cas pour tous les chrétiens soucieux de se mettre au service de leurs frères.

  6. « Jamais la position de l’Église n’a consisté à préférer la contamination à la violation de la morale chrétienne sur la sexualité », dîtes-vous. Et bien, plutôt que de le fissurer à mi-voix, que le Pape le dise haut et fort, de manière claire, avec des mots simples et accessibles au plus grand nombre !

    Qu’il explique ainsi au monde que la fidélité ne doit pas être un rempart contre le sida. Qu’il nous dise que la fidélité est un engagement qui porte en elle des valeurs, et qu’elle n’a pas besoin de la menace du Sida pour être légitime. Qu’il se range aux côtés des médecins et des sociologues pour dire que, tant que l’humanité ne sera pas chaste et fidèle, on n’aura pas trouvé mieux que la capote et la médecine pour faire reculer le sida … Qu’il admette que l’humanité ne sera pas chaste et fidèle de sitôt.

    En un mot, qu’il cesse de mélanger des problématiques morales à des enjeux de santé publique sur lesquelles il n’a aucune, mais absolument aucune compétence.

  7. @Alain Cyprien

    « Et bien, plutôt que de le fissurer à mi-voix, que le Pape le dise haut et fort, de manière claire, avec des mots simples et accessibles au plus grand nombre ! »

    A mi-voix, dites-vous? Eh bien, qu’est-ce que ce serait s’il hurlait!

    « Qu’il explique ainsi au monde que la fidélité ne doit pas être un rempart contre le sida. »

    Et pourtant, elle le peut. La différence entre le pape et un médecin, c’est que le médecin ne se soucie pas de valeurs, justement. Ou en tout cas pas uniquement : lui, il soigne. J’en ai un petit peu assez qu’on oppose les uns et les autres : quand le pape prône la fidélité, il ne prône pas de faire n’importe quoi SANS capote. Quant aux enjeux de santé publique, on voit ce qu’ils donnent quand on les confie à des personnes soi-disant compétentes.

    @Barbachar

    « Benoît XVI ne fait que redire ce que ces prédécesseurs ont dit, validés et redits. Qu’il en soit remercié. »

    Je n’en doute pas!

    @Vlad

    « Les propos de l’Eglise n’ont jamais été compris, d’autant que les journalistes ne prennent pas le temps ou n’ont l’envie de décortiquer un discours qui peut paraître hermétique. »

    Dans ma toute petite expérience de journaliste, 99,9% de mes collègues sont anti-pape primaires. Ceci explique sans doute cela. Le pape, chez les journalistes, est peut-être davantage détesté que Nicolas Sarkozy…

    @Yogi

    Tout vient à point à qui sait attendre! :-)

  8. Cher confrère Chafouin, le pape n’a pas à hurler quoi que ce soit. On lui demande simplement de dire les choses de manière claire. De préciser par exemple, que « le préservatif protège bien du sida », contrairement à ce qu’il a déjà laissé entendre par le passé dans un avion, au-dessus d’un continent ravagé par la maladie. Il a déjà commencé ? Qu’il continue, ça ne suffit pas ! Qu’il rappelle aussi que si la fidélité, forcément, réduit les risques de contamination, elle ne protège pas les couples dont l’un des membres a déjà été contaminé, à son insu ou pas, par voie sexuelle ou non.

    S’il veut parler du Sida, ce qui est son droit, qu’il soit précis. Il est un personnage public et une autorité morale : lorsqu’il parle, il ne s’adresse pas seulement à ses fidèles, que cela vo. Même les infidèles, les idiots et les journalistes doivent comprendre ce qu’il dit sans avoir besoin de sortir la Bible ou même un dictionnaire.

    D’ailleurs, pour un titulaire de la carte de presse, je trouve que vous versez facilement dans la théorie du complot. Si personne ne comprend rien aux propos du Pape, c’est peut-être qu’ils sont réellement hermétiques, non ? Lorsque j’écris un article incompréhensible que personne ne lit jusqu’au bout, c’est de ma faute, pas de celle du lecteur. « Ce qui ce conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément », c’est pas de moi.

    « Quant aux enjeux de santé publique, on voit ce qu’ils donnent quand on les confie à des personnes soi-disant compétentes ». Là au contraire j’espère ne pas avoir compris. Vous voulez confier la gestion de ces enjeux à des religieux ? En vertu de quelle légitimité ?

  9. @Alain Cyprien

    Et doit-il dire, aussi, que la baguette est bonne pour la santé? Quand je blague sur le hurlement, c’est parce que vous me dites qu’il dit les choses à mi-voix. Un livre d’entretien, ça s’appelle chuchoter?

    Dans cet avion, il avait dit que la DISTRIBUTION massive et généralisée, sans discours et sans âme, aggravait le problème. Il n’a pas changé d’avis : d’ailleurs, au vu des statistiques, cela semble être le cas.

    Vous semblez croire que le pape est un grand manitou qui doit nous dire ce qu’on doit faire, ce qu’on peut faire, comment ça marche, etc, etc. Vous oubliez que l’Eglise, ce n’est pas seulement le pape! Que croyez vous que l’Eglise fait, en Afrique? Elle pratique la méthode ABC. Qui correspond grosso modo à ce que vous dites.

    « Même les infidèles, les idiots et les journalistes doivent comprendre ce qu’il dit sans avoir besoin de sortir la Bible ou même un dictionnaire. »

    Eh bien pourtant, ce n’est pas sorcier! Ceci dit, vous avez partiellement raison, et c’est bien pour cela que je me réjouis de cette clarification. Mais il faut avouer que les médias n’aident pas à la compréhension des foules, eux qui travestissent quasi systématiquement les propos du pape.

    « D’ailleurs, pour un titulaire de la carte de presse, je trouve que vous versez facilement dans la théorie du complot. »

    Non, je constate. Quand on est « de l’intérieur », on hurle en lisant certains articles. Mais je crois que ce n’est pas exclusif à la religion. Le problème, c’est que beaucoup de journalistes ont une culture proche de zéro.

    « Lorsque j’écris un article incompréhensible que personne ne lit jusqu’au bout, c’est de ma faute, pas de celle du lecteur »

    Et lorsqu’on sort une phrase de son contexte pour lui faire dire le contraire de ce qu’elle voulait dire, ou du moins, pour lui faire dire une partie de ce qu’elle signifiait dans un contexte plus large?

    Pour être franc, cela fait un moment que j’en ai assez de l’attitude des médias vis à vis de l’Eglise, mais vous avez raison : il appartient aussi à l’Eglise de rendre plus clair son message. Ce qui est loin d’être toujours le cas…

    Quant à la santé publique, c’était juste une boutade, de l’ironie. Les gens qui sont censés être compétents, par exemple, nous ont commandé des millions de vaccins inutiles contre la grippe A.

  10. @ Chafouin
    L’erreur est humaine et la communication est un art difficile, nous sommes bien d’accord. Mais le fond du problème reste bien de savoir s’il faut distribuer les capotes en masse ou laisser crever l’humanité, avec en première ligne les plus faibles.

    La réponse est oui, il faut distribuer en masse et à longueur de journée, parce que c’est la seule manière de contrer le fléau. Ces statistiques dont vous parlez sont claires : la maladie progresse, non pas à cause de la capote, mais à cause de l’ignorance, du manque de prévention, des tabous religieux, de l’absence de moyens de contraception, des contaminations extra-sexuelles comme la drogue ou les transfusions mal faites … entre autres.

  11. @Alain Cyprien

    « savoir s’il faut distribuer les capotes en masse ou laisser crever l’humanité »

    Êtes-vous vraiment sûr que l’alternative se borne à ces deux propositions?

  12. Claribelle

    C’est curieux cette façon qu’ont les médias de « traduire » la pensée du Pape.
    Quand il prône la fidélité et dit que la distribution de préservatif ne résout pas le pb du sida, tout le monde le conspue. Quand il considère qu’il vaut mieux utiliser un préservatif pour réduire la contamination en prenant l’exemple d’un prostitué homme, tout le monde l’encense !
    Je suis un peu inquiète de la « morale » ambiante que révèle cette unanimité !

  13. @ Chafouin : presque. La distribution en masse de préservatifs ne suffira pas à préserver l’humanité de la maladie. Mais pour l’instant, on n’a que ça sous la main. Les trithérapies sont chères, elles ne guérissent personne, et le vaccin tant attendu n’est pas là. La fidélité ? Les humains ne seront pas fidèles ou chastes de sitôt. On peut le déplorer, mais c’est ainsi : il est plus facile et surtout plus rapide de distribuer des préservatifs et quelques explications techniques que de demander aux gens de rester fidèle. Ne mélangez pas la théologie et les nécessités de santé publique.

    @ Cilia : le Pape cherche à mieux communiquer, à se faire comprendre. Tant mieux ! Mais pourquoi avoir attendu si longtemps ? L’histoire de l’avion date de mars 2009 quand même …

    @ tous
    Pourquoi seulement « dans certains cas » ? Pour des raisons théologiques ou pour des raisons stratégiques liées au combat contre l’épidémie ?

  14. Flam

    « Mais le fond du problème reste bien de savoir s’il faut distribuer les capotes en masse ou laisser crever l’humanité, avec en première ligne les plus faibles.  »

    Puisque c’est le fond du problème pourquoi les journalistes français n’ont-ils jamais répercuté le débat scientifique (relayé par la presse anglo-saxonne par exemple) sur les stratégies de lutte genre « ABC contre CNN » – c’est pourtant un chouette titre çà ?
    Pour qui s’y intéresse, on découvre vite que le problème épidémiologique est bien plus complexe que le simple slogan « distribution en masse ». Il suffit de lire les dossiers OMS et la presse anglo-saxonne pour constater qu’on commence à avoir pourtant de nombreux exemples sur le long terme sur des pays très touchés par l’épidémie (puisque c’est de cela qu’on parle, pas de l’Occident)

    – l’Afrique du sud et ses voisins, où il y a eu une politique de distribution massive + sensibilisation aux préservatifs (parfois dès le primaire), et une progression fulgurante de la maladie,

    – l’Ouganda, qui a mis en oeuvre une politique de type ABC, avec également une prise en main du discours par des acteurs locaux plutôt que par des extérieurs bien intentionnés. C’est un pays où l’épidémie, initialement lancée sur une courbe catastrophique, a été enrayée,

    – la Thaïlande où la propagation du sida est étroitement liée à la prostitution, et où la méthode CNN semble avoir donné de bons résultats.

    Ce qui montre qu’il n’y a pas de panacée, et qu’il faut se méfier des idées simples. Ou même des chiffres. Ainsi selon l’OMS, le taux d’échec dans l’utilisation « correcte et systématique » du préservatif en matière de protection contre le SIDA est 85%. Mais ce chiffre ne veut pas dire la même chose quand on parle d’une population où le virus est encore très rare, où quand la population est déjà séropositive à 30% ou plus !

    Finalement j’ai du mal à comprendre comment on peut espérer comprendre la nature des propos du pape sans les accompagner d’une information de base sur les vraies données du problème ni les inscrire dans ce genre de perspective planétaire. La première chose contre laquelle il faut lutter, c’est l’ignorance. Y compris chez nous.

  15. Louve

    @ Alain Cyprien
    Vous dites : « On peut le déplorer, mais c’est ainsi : il est plus facile et surtout plus rapide de distribuer des préservatifs et quelques explications techniques que de demander aux gens de rester fidèle. »

    Plus facile et plus rapide, certes mais pas plus efficace. Lisez les rapports de l’OMS ou de l’ONUsida, ils expliquent combien il est primordial, dans les pays où la prévalence atteint les 30 %, d’encourager à un changement de comportement dans les pratiques sexuelles.
    Ici, par ex (http://www.who.int/hiv/pub/priority_interventions_web_fr.pdf) ils développent des « interventions comportementales » (p19) Je cite : « Le conseil sur le report des premiers rapports sexuels, la diminution du nombre de partenaires sexuels, y compris les visites aux professionnel(le)s du sexe, et la réduction des relations concomitantes avec plusieurs partenaires, est recommandé pour prévenir la transmission sexuelle »

    Dans ce doc de l’ONusida (http://data.unaids.org/pub/InformationNote/2008/response_reassesing_hiv_prevention_science__fr.pdf) :
    « La dynamique et les causes des épidémies de VIH sont diverses, c’est pourquoi une stratégie de prévention du VIH unique (p. ex. le traitement des IST ou la promotion des préservatifs) pourront être efficaces dans un scénario ou contexte épidémique particulier (p. ex. dans des épidémies jeunes et concentrées), mais pas dans un autre (p. ex. les épidémies plus installées et généralisées). »

    Et plus loin: « Nous devons améliorer notre gestion du changement de comportement, en particulier dans le contexte de partenariats sexuels multiples. (…)Il est urgent d’investir dans une recherche d’approches de ce type. Nous devons en savoir davantage sur la manière de promouvoir efficacement les changements de comportement en vue de réduire les partenariats sexuels multiples et d’encourager une sexualité à moindre risque entre partenaires réguliers et dans les couples sérodifférents, et de pérenniser ces changements de comportement. »

    Donc oui, même sans aucune considération morale, la fidélité dans le couple ou, dans un moindre mal, la réduction du nombre de partenaires multiples ainsi que le report des premières relations sexuelles sont des méthodes de prévention absolument essentielles dans la lutte contre le sida.

  16. cilia

    @ Alain Cyprien

    Mais je ne suis pas d’accord.
    Dans le petit docu audio que j’ai mis en lien, le journaliste, qui était d’ailleurs dans ce fameux avion, dit bien que ce que le Pape écrit aujourd’hui est comparable à ce qu’il avait dit alors, à savoir que le préservatif seul n’est pas la solution.

    Si la récente formulation est mieux comprise, tant mieux.
    Mais à l’époque déjà, qui voulait comprendre correctement les propos de Benoît XVI le pouvait.

    Pour ce qui est de votre question sur la réduction à certains cas uniquement, les cathos de ce blog sauraient mieux vous répondre, mais, je pense que le cas de la prostitution est effectivement si particulier qu’il est assez cohérent de le traiter comme un cas à part.

    Je peux également imaginer que dans le cadre d’un couple marié atteint par le virus, dans la mesure où l’Eglise considère la sexualité épanouie comme nécessaire et bonne, l’usage du préservatif soit également accepté, toujours dans l’optique du moindre mal.

  17. Mike

    Il faut comprende la position de Alain Cyprien. Alain Cyprien et la « commuanuté internationale » sont disposés à distribuer aux 233 millions d’africains vivant avec moins de deux dollars par jour, des preservatifs pour tous les rapports sexuels qu’ils pourront avoir avec un ou plusieurs partenaires sexuels durant toute leur vie. C’est plus efficace pour lutter contre le Sida vu qu’avec moins de 2 dollar par jour, s’offrir un préservatif est un luxe surtout si par aventure on a plusieurs partenaires. La solution de l’incitation à la fidélité et à l’abstinence, bref au changement de comportement est moins réaliste que celle visant à garantir des préservatifs à chaque africain pour chaque rapport sexuel.
    Remarquez qu’en occident où le taux de VIH ne fait que progresser dans la communauté homosexuelle malgré le matracage du tout préservatif, l’échec de cette sensibilisation s’explique probablement par le fait que les homos suivent le non au condom du pape.

  18. Henri

    Pourquoi faire dire au Pape à grand renfort d’articles journalistiques que dans « certains cas » on pouvait utiliser le préservatif ?.

    Où avons-nous vu ? , dans quel texte avons-nous lu ? que l’Église « INTERDISAIT » le préservatif ». La seule chose que l’Église interdit est la « CONTRACEPTION », par des moyens physiques, chimiques, ou mécaniques dont le préservatif fait partie, cela a toujours été la position de l’Église et ce bien avant l’apparition des premiers cas de VIH dans la communauté homosexuelle américaine.

    La seule contraception autorisée par l’Église, oui vous avez-bien lu, « Contraception », est abstinentielle.

    En dehors de la finalité contraceptive le préservatif n’a jamais été interdit et déjà utilisé, avec succès, bien avant le VIH comme protection contre la transmission de maladies vénériennes telle que la syphilis qui fit des ravages sur plusieurs siècles.

    Pourquoi vouloir demander à l’Église de prendre position sur la résolution d’un problème de santé publique? Qu’elle prône l’abstinence comme l’ « Une » des solutions est son rôle, interdire le préservatif n’est ni de sa compétence ni de sa mission, et serait en totale opposition avec le but recherché qui est la protection de la personne humaine et l’éradication de cette maladie.

    Quant à la fiabilité du préservatif, désinformation savamment entretenue, dans quel but cela je l’ignore, elle n’a aucun fondement et à moins d’un défaut dans un préservatif le virus et son substrat vivant peuvent passer, dans un préservatif en bon état le virus et son substrat ne peuvent passer.

  19. DesOrdons

    Je suis anglais, mais je trouve le ‘blogosphere’ en France très intéressant, du moins le milieu « souverainiste », et je regarde votre bloc régulièrement. Je ne sais pas si vous lisez l’anglais, mais voici un petit commentaire que j’ai fait sur le site du « Daily Telegraph ». En fait, la première partie a été inspirée par votre article, mais le deuxième paragraphe est peut-être plus original. Si vous êtes curieux des différences culturelles, jeter un coup d’oeil sur les commentaires : http://blogs.telegraph.co.uk/news/cristinaodone/100064611/the-pope’s-condom-ruling-is-a-liberation/
    Je suis quand même surpris par leur manque d’intelligence et de politesse, en comparaison d’ici — c’est quand même l’équivalent du « Figaro ». Par contre, je ne regarde par le site de Figaro. Mais, allez voir, si vous avez le temps, et dites-moi si vous ne trouvez pas que, même si les choses sont loin d’être parfaites en France, les Anglo-Saxons sont encore bien moins intelligents !

    The Church has never suggested, nor could possibly ever do so, that people not wishing to follow her teaching on sexual morality, should risk infecting each other with HIV. However, since in the majority of the media the Church’s teachings are willfully misrepresented (or perhaps sometimes simply through ignorance – but don’t journalists have a duty to try to understand something before they write about it?) it is very useful that Pope Benedict has made this clarification : “[The Church] of course does not regard [the use of condoms] as a real or moral solution, but, in this or that case, there can be nonetheless, in the intention of reducing the risk of infection, a first step in a movement toward a different way, a more human way, of living sexuality”. He goes on to say in the same text (and here I’m translating from French, so it’s not the official version) : “To concentrate on the use of condoms is to regard sex as something banal, which is precisely the danger – that many people consider sex not as an expression of their love, but as a sort sort of drug they are able to supply themselves with.” Of course, for the secular notion of freedom, that one can do whatever one wants provided that it doesn’t obviously hurt anyone else, Catholic teaching just seems like a set of restrictions, but its purpose is to guide us towards a fuller, deeper, more beautiful expression of our humanity, ultimately realised in Christ. So, the Church wants us to use our sexuality to express a profound mutual self-giving and receiving in a relationship of trust and intimacy between a man and woman, for which fidelity is a (necessary but not sufficient) condition.

    To be fair, it is difficult for people in Western societies now, especially in Protestant cultures, to understand the Church’s need to uphold abstract principles, while being able to apply them with much greater subtlety (in my experience) in concrete, personal, pastoral situations. That way of thinking, by the way, has often seemed to me a cause of wider cross-cultural misunderstanding between Germanic European countries with a Protestant heritage and the Latin Catholic south. Therefore, it is a very positive development, in terms of communicative effectiveness, for a German Pope to start with an imperfect concrete situation and to validate the steps necessary towards its moral improvement – inviting a journey rather than simply dictating the necessary conditions for perfection.

  20. @Cilia

    Merci d’avoir partagé cette explication de M. Guénois dont j’apprécie beaucoup le blog!

    « Je peux également imaginer que dans le cadre d’un couple marié atteint par le virus, dans la mesure où l’Eglise considère la sexualité épanouie comme nécessaire et bonne, l’usage du préservatif soit également accepté, toujours dans l’optique du moindre mal. »

    ça me paraîtrait également logique, mais je ne suis pas théologien… :-)

    @Alain Cyprien

    Tout d’abord, merci d’accepter la discussion!

    « La distribution en masse de préservatifs ne suffira pas à préserver l’humanité de la maladie. Mais pour l’instant, on n’a que ça sous la main. (…) Les humains ne seront pas fidèles ou chastes de sitôt. »

    Le problème c’est que vous vous focalisez sur le Sida, quand le pape vous parle de sexualité dans son ensemble. L’Église a une vision de la sexualité, un message, ne veut pas se borner à dire « mets un préservatif » comme le font les scientifiques ou les associations. Elle cherche à donner du sens, à inscrire cette relation dans un amour véritable, sur la durée. Cela peut paraître utopiste mais cela me paraît infiniment respectable. Qu’est-ce qui empêche les assos anti-Sida de tenir ce message? Peut-être une vision de la sexualité dans laquelle on ne cherche égoïstement que son petit plaisir.

    Donc oui, les gens ne seront pas « chastes de sitôt », surtout quand personne ne leur tient de discours responsable. Donc j’aime bien la position du pape qui dit « oui, mettez un préservatif si vous mettez la vie d’autres gens en danger, ça montre déjà que vous prenez cas de la personne de l’autre, du partenaire » et qui juste après nous rappelle que cela ne règlera pas tout. Je rappelle qu’en France, pays de la capote libre, il y a des milliers de nouveaux cas chaque année en dépit d’un discours de prévention matraqué partout! La preuve que la protection ne fait pas tout. Cf. Aussi les messages de Flam et Louve qui montrent que le tout-préservatif n’est pas le plus efficace, concrètement.

    « Ne mélangez pas la théologie et les nécessités de santé publique. « 

    Mais alors ne demandons pas au pape d’agir et de parler selon des nécessités de santé publique…

    « Pourquoi dans certains cas »

    L’Église réprouve l’usage du préservatif en tant que contraceptif. Le pape admet ici l’usage dans des cas exceptionnels où quelqu’un par exemple se sait contaminé, d’après la théorie du « moindre mal », selon laquelle tant qu’à faire de se faire plaisir, autant éviter de contaminer son partenaire…

    @Flam

    « Ainsi selon l’OMS, le taux d’échec dans l’utilisation « correcte et systématique » du préservatif en matière de protection contre le SIDA est 85% »

    Vous voulez dire le taux de réussite?

    « La première chose contre laquelle il faut lutter, c’est l’ignorance. Y compris chez nous. »

    Eh bien donc tant que j’y suis, c’est quoi la méthode CNN?

    @Louve

    « Donc oui, même sans aucune considération morale, la fidélité dans le couple ou, dans un moindre mal, la réduction du nombre de partenaires multiples ainsi que le report des premières relations sexuelles sont des méthodes de prévention absolument essentielles dans la lutte contre le sida. »

    Merci!

    @Mike

    « Remarquez qu’en occident où le taux de VIH ne fait que progresser dans la communauté homosexuelle malgré le matracage du tout préservatif, l’échec de cette sensibilisation s’explique probablement par le fait que les homos suivent le non au condom du pape. »

    Elle est bien bonne celle-là…

    @Henri

    La seule contraception autorisée par l’Église, oui vous avez-bien lu, « Contraception », est abstinentielle. »

    Vous oubliez certaines méthodes naturelles…

    « à moins d’un défaut dans un préservatif le virus et son substrat vivant peuvent passer, dans un préservatif en bon état le virus et son substrat ne peuvent passer. »

    C’est moi où vous vous êtes embrouillé, là? :-)

    @DesOrdons

    Merci de votre gentil message! Je vais aller voir les commentaires… Au fait, c’est normal que nous soyons plus intelligents ici, on n’est pas pollués par les trolls qui sévissent sur les sites web des médias!

    « Catholic teaching just seems like a set of restrictions, but its purpose is to guide us towards a fuller, deeper, more beautiful expression of our humanity, ultimately realised in Christ. So, the Church wants us to use our sexuality to express a profound mutual self-giving and receiving in a relationship of trust and intimacy between a man and woman, for which fidelity is a (necessary but not sufficient) condition. « 

    Thanks for this! I agree completely… It’s the heart of the catholic message about love and sex.

  21. Oscar

    Sur la fiabilité du préservatif, texte de l’OMS : http://apps.who.int/rhl/hiv_aids/dwcom/fr/index.html

  22. Flam

    Oui j’ai écrit « taux d’échec » pour « taux de réussite ». En fait dit de façon plus correcte c’est un taux de réduction de l’incidence du virus. J’avais annoncé 85% pour rendre compte de la fourchette 80-90% donnée par l’OMS en 2009. Mais le lien que vient de donner Oscar est plus récent et donne 80%.

    La méthode CNN (Condoms, needles, and negotiation) vise en priorité les populations considérées les plus à risques (typiquement les prostitués), avec promotion du « safe sex », distribution d’aiguilles propres etc.

    La méthode ABC (abstinence, be faithful, condoms) vise au contraire l’ensemble de la population, avec un discours progressif, qui est décliné suivant les possibilités de chacun. Il me semble que c’est la plus humainement respectueuse, et qu’elle vise vraiment le long terme, l' »empowerment » comme disent les Anglais.

    L’Osservatore Romano avait d’ailleurs fait un compte-rendu de la méthode ABC et de son succès en Ouganda au lendemain des propos du pape dans l’avion en Afrique. Ce qui confirme à quel point les propos actuels n’ont rien de révolutionnaire ou de choquant. Mais à l’époque ça n’avait été relayé que par l’Express (de façon critique : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/l-osservatore-romano-on-n-en-finit-plus-de-tirer-sur-benoit-xvi_749407.html) et le Figaro (déjà J-M Guénois, personne clairvoyante).

    Ensuite il me semble normal que l’Eglise ait une position en matière de morale, mais que par ailleurs elle ne se désintéresse pas des problématiques de santé publique. D’abord parce que rien de ce qui est humain ne lui est étranger, mais aussi parce que de nombreuses associations catholiques interviennent dans ce domaine. Ca me paraît bien qu’on sache que ces associations ne fonctionnent pas dans l’ambiguïté ou l’hypocrisie, mais qu’elles sont soutenues par l’Eglise.

  23. Henri

    @ Le chafoin

    Vous oubliez certaines méthodes naturelles…

    Je présume que vous pensez aux méthodes: Ogino , Billings et autres , qui ne sont que des aides plus ou moins fiables de diagnostic de la période fécondable et qui permettent d’induire l’acte de contraception abstinentielle. Par elles-mêmes ces méthodes de diagnostic ne sont pas contraceptives

    C’est moi où vous vous êtes embrouillé, là?

    Faisons plus simple, un préservatif répondant aux normes, correctement utilisé donc une seule fois n’est pas perméable au virus du VIH. Rien n’étant parfait le taux d’échec du préservatif serait vraiment minime.

  24. Bashô

    Le Chafouin> Qu’a la remarque de Mike de risible? Je rappelle que le schadenfreude n’est pas charitable, c’est même très mesquin. :) Cela dit, le taux de contamination au sein de la communauté homosexuelle avait fortement baissé des années 80 au début des années 90 suite à une campagne efficace sur l’utilisation du préservatif. Mais ensuite, il y a eu de plus en plus un discours du genre « la capote, c’est des contraintes etc; et puis avec les trithérapies, ce n’est plus une maladie si grave que cela » chez certains, ce qui a brouillé le message des associations (qui faisaient soit dit en passant un boulot remarquable) et conduit à une baisse de vigilance. De fait, la plupart des enquêtes montre que la contamination résulte le plus souvent d’une non-utilisation soit dans le feu de l’action, soit par confiance excessive en soi ou en son partenaire.

    Il y a eu le même phénomène (baisse puis hausse) à San Francisco, sauf que les valeurs de fidélité étaient aussi mis en avant : couple stable et fidèle etc. Puis il y a eu ce discours : c’est bourgeois, ringard etc. Et on devine la suite.

  25. @Bashô

    Le remarque de Mike n’est pas risible, je l’ai au contraire trouvée bien tournée… dans l’ironie.

    @Henri

    « Par elles-mêmes ces méthodes de diagnostic ne sont pas contraceptives »

    Mais selon moi elles visent le même objectif que les méthodes contraceptives classiques : ne pas avoir d’enfant. La limite est très très floue.

  26. PMI

    Et bien, pour relancer le débat SIDA/préservatif, peut-on se poser la question de base suivante : si le condom n’empêche pas à 100% le passage de spermatozoïdes,( voir le taux de grossesses sous ce contraceptif) comment peut-on affirmer qu’il est plus efficace conter le VHS, infiniment plus petit ???? Et puis chacun sait, ou devrait savoir, dans un siècle sans tabou, que le préservatif ne protège …. que celui qui le porte !!! ( dans les conditions requises optimales, s’entend …).donc selon moi, le pape jusqu’à ce jour a davantage fait pour la santé publique que les adorateurs du caoutchouc ….

  27. Bashô

    PMI> Parce que le virus ne vole pas. C’est un passager clandestin, c’est -à-dire qu’il se transmet par des cellules infectés. Et même dans le cas où il vient de « sortir » d’une cellule, il ne peut sortir du liquide séminal qui est dirais-je une soupe très épaisse. Et le préservatif protége, dans les conditions optimales, les deux partenaires.

    Le Chafouin> Mouais… J’ai tout de même l’impression que… et puis bon. D’ailleurs, ce que dit le Saint-Père ne semble pas très calire pour tout le monde : http://www.catholicnewsagency.com/news/vatican-spokesmans-remarks-on-condoms-only-add-to-confusion-top-us-theologian-says/

    Ce qui fait un peu peur car Dr Haas est memebre de l’Académie Pontificale pour la vie, et cela révèle une méconnaissance : un femme infectée peut contaminer son partenaire, même si c’est une femme. Et de même, le prostitué mâle peut mettre le préservatif pour se protéger. C’est lire un peu littéralement.

  28. Henri

    @Bashô

    C’est exactement ce que j’écrivais en parlant de subtrat (terme incompris) : qui peut-être de nature très différente sperme, sécrétions vaginales , glaire cervicale, sang etc .
    Point n’est besoin d’avoir des relations sexuelles pour être contaminé, des infirmières l’ont été et même, un technicien en appareils médicaux (radiologie), infecté par du sang laissé par un malade.
    Je reste persuadé que l’utilisation correcte du préservatif est la première disposition indispensable qui puisse parvenir à l’éradication de cette maladie. Mais en a t-on la volonté ?

    et je repose la question de mon premier com

    Où avons-nous vu ? , dans quel texte avons-nous lu ? que l’Église « INTERDISAIT » le préservatif ». La seule chose que l’Église interdit est la « CONTRACEPTION », par des moyens physiques, chimiques, ou mécaniques dont le préservatif fait partie, cela a toujours été la position de l’Église et ce bien avant l’apparition des premiers cas de VIH dans la communauté homosexuelle américaine.

    Je persiste à dire qu’en dehors de la Contraception , l’Eglise n’a jamais interdit le préservatif .
    Bien à vous tous

  29. Bashô

    Henri> Le problème est que beaucoup de personnes prétendent dire ce que dit l’Eglise. Ainsi des catholiques « très conservateurs » avaient dit que le préservatif étant intrinsèquement mauvais en soi et donc que les arguments tels que le « double effet » ou le moindre mal ne pouvaient tenir. Je renvoie à un article nuancé sur le sujet paru en 2004

    http://www.thetablet.co.uk/article/2284

  30. Bashô

    Cela dit, l’exemple du pape est très intéressant : le prostitué. Le discours classique des catholiques était en gros le suivant : « l’enseignement moral de l’Eglise ne s’applique qu’aux couples mariés. En aucun cas, nous ne pouvons édicter des régles ou des conseils pour des comportements intrinsèquement imoraux. » Et c’était ce que disait l’article du Tablet… Par intrinsèquement immoral, il faut entendre que quelques soient les circonstances, c’est immoral.

    Or le pape parle là d’un chemin sur l’humanisation et la responsabilisation de la sexualité; on sort mine de rien de la dialectique couple marié/ comportement intrinsèquement immoraux, et je ne pense pas qu’il s’agit ici de « loi de la gradualité »

  31. Oscar

    Une réflexion intéressante du salon beige :

    « Je ne sais pas si le volume italien qui va sortir traduira correctement « un prostitué », comme dans l’original allemand, ou rapportera – comme dans certaines anticipations journalistiques italiennes, – hélas aussi l' »Osservatore Romano » – « une prostituée ». « Prostituto », au masculin, est du mauvais italien, mais c’est l’unique traduction de « ein Prostituierter », et si on met le mot au féminin, la phrase entière du pape n’a plus de sens.
    En effet, les prostituées femmes, n' »utilisent » évidemment pas le préservatif: tout au plus, ce sont leurs clients qui l’utilisent. Le pape a en tête précisément la prostitution masculine, où, souvent, – comme le rapporte la littérature scientifique sur le sujet – les clients insistent pour que les « prostitués » n’utilisent pas de préservatifs, et où de nombreux « prostitués » – le cas de Haïti, longtemps paradis du tourisme homosexuel est criant – sont atteints du sida et infectent des centaines de leurs clients, dont beaucoup meurent. Certains pourraient dire que « prostitué » s’applique également aux gigolo hétérosexuels qui accompagnant les femmes moyennant paiement, mais l’argument est spécieux car c’est parmi les « prostitués » homosexuels que le SIDA est notoirement épidémique, sans compter qu’en allemand aussi, pour le « prostitué » masculin qui va avec les femmes on utilise couramment le mot « gigolo ».

    Par conséquent, une fois établi le fait que les grossesses n’ont rien à voir là-dedans, parce qu’il semble assez difficile que des enfants naissent de la prostitution homosexuelle, le Pape n’a rien dit de révolutionnaire.
    Un « prostitué » qui a une relation mercenaire avec un homosexuel – en fait, quiconque a des rapports sexuels avec une personne du même sexe – commet du point de vue catholique un péché mortel. Si, toutefois, conscient d’avoir le SIDA, il infecte son client en étant conscient de l’infecter, en plus du péché mortel contre le sixième commandement (ndt: « tu ne commettras point d’impuretés »), il en commet un autre contre le cinquième (« tu ne tueras point ») car il s’agit d’homicide, ou au moins de tentative. Commettre un péché mortel ou en commettre deux n’est pas la même chose, et même dans les péchés mortels, il y a une gradation. L’immoralité est un péché grave, mais l’immoralité unie à l’homicide l’est encore plus.

    Un « prostitué » homosexuel atteint du sida, qui infecte systématiquement ses clients est un pécheur à la fois immoral et meurtrier. Si, pris de scrupules, il décide de faire ce qui – à tort ou à raison (la question de l’efficacité ou l’inefficacité du préservatif dans une relation homosexuelle n’est plus morale, mais scientifique) – lui semble réduire le risque de commettre un assassinat, il n’est pas devenu d’un seul coup une bonne personne, mais a fait un « premier pas » – certes insuffisant, et extrêmement partial – vers le repentir. De Barbe-Bleue (Gilles de Rais 1404-1440), on dit qu’il attirait les enfants, avait des relations sexuelles avec eux et ensuite les tuait. Si à un moment donné, il avait décidé de continuer à faire de mauvaises choses avec les enfants, mais ensuite, qu’au lieu de les tuer, il les avait laissé partir, cette « première étape » n’aurait pas été suffisante pour lui permettre de devenir une personne morale. Mais pouvons-nous dire que cela aurait été insignifiant? Certes, les parents de ces enfants auraient préféré les avoir en vie.

    Donc, si un « prostitué » meurtrier, à un certain point, tout en restant « prostitué », décide de ne plus être meurtrier, ceci « peut-être une première étape ». « Mais – comme le dit le Pape – cela n’est pas vraiment la façon d’affronter le mal de l’infection par le VIH ». Il faudrait plutôt arrêter de faire des « prostitués », et de trouver des clients.

    [...] À cet égard, la palme du titre le plus absurde revient au premier jet de l’Associated Press, en version anglaise (heureusement corrigé ensuite, mais on peut encore le trouver indexé par Yahoo avec ce titre: « Le Pape: la prostitution masculine est admissible, à condition d’utiliser un préservatif ». »

  32. Bashô

    Oscar> Vous savez que cette réflexion « intéressante » est — hum — un peu tirée par les cheveux. Je vous invite à lire les articles (en anglais) en lien dans mes commentaires.

  33. Bashô

    Tiens dans un des articles que j’avais linké, un témoignage du Père Lombardi, porte-parole du Saint-Siège :

    I personally asked the pope if there was a serious, important problem in the choice of the masculine over the feminine,’ Father Lombardi said. ‘He told me no.’

    Comme disait Saint Augustin, Rome a parlé, la cause est finie. :)

  34. Oscar

    @Bashô
    Tirée par les cheveux ?? En quoi ?
    Et ceci :
    Mais que dit le pape en cet endroit ? Dit-il qu’en certaines circonstances, les préservatifs peuvent être autorisés ?

    Non, pas du tout. Je ne vois aucun changement dans l’enseignement de l’Église. Ce qu’il commente – en fait, il déclare clairement que l’Église ne considère pas l’utilisation des préservatifs comme une solution valable ou morale –, mais ce dont il parle dans le commentaire qu’il fait sur un prostitué mâle, c’est sur un certain processus de conversion qui survient dans la vie d’un individu. Il fait simplement le commentaire qu’une personne qui s’adonne à la prostitution, puisse au moins envisager d’utiliser un préservatif pour l’empêcher de transmettre la maladie à une autre personne – même si l’efficacité du préservatif est discutable –, cela pourrait être une manifestation de quelqu’un qui éprouve un certain éveil moral. Mais en aucun cas cela ne veut dire que la prostitution est moralement acceptable ni que l’usage des préservatifs soit moralement acceptable. Ce qu’aborde le pape c’est une certaine croissance dans la liberté, un dépassement de l’asservissement à une activité sexuelle qui est moralement répugnante, de telle sorte que ce souci d’utiliser un préservatif afin de ne pas infecter son partenaire sexuel puisse être au moins le signe d’un réveil moral chez la personne, ce qui permet d’espérer qu’il conduira cette personne à comprendre que cette activité n’est qu’une trivialisation de la sexualité humaine, et qu’il faut en changer. » (Cardinal Burke)

  35. @Oscar

    « Ce qu’aborde le pape c’est une certaine croissance dans la liberté, un dépassement de l’asservissement à une activité sexuelle qui est moralement répugnante, de telle sorte que ce souci d’utiliser un préservatif afin de ne pas infecter son partenaire sexuel puisse être au moins le signe d’un réveil moral »

    J’ai aussi l’impression que cela signifie aussi que le fait dans certains cas de mettre un préservatif signifie qu’on prend conscience de l’autre, qu’on donne une importance au partenaire, qu’on prend en compte sa personne, ce qui fait qu’on n’est plus centré uniquement sur soi et son plaisir égoïste, et que ça, c’est « un premier pas vers une sexualité plus humaine ».

    Quant au fait qu’on parle d’un ou une prostitué(e), cela me semble un détail par rapport à l’essentiel.

    @Henri

    « Je persiste à dire qu’en dehors de la Contraception , l’Eglise n’a jamais interdit le préservatif . »

    D’abord, l’Eglise n’interdit rien. Il faut arrêter de voir la vision chrétienne de la sexualité comme une liste d’interdits. C’est un message positif, une conception positive, qui exclut de fait les comportements inverses. Mais il faut bien se souvenir du sens du refus de ces comportements. Ce n’est que parce qu’ils sont contraires à une sexualité dite « responsable » et « humaine » qu’ils sont dénoncés. C’est pourquoi tant de chrétiens utilisent les méthodes de contraception : ils jugent qu’ils peuvent très bien le faire puisque leur sexualité leur semble responsable et humaine. On ne peut pas leur donne complètement tort.

    Je reviens sur votre phrase, qui m’intrigue. n-dehors de la contraception, l’Eglise n’a jamais condamné le préservatif? Mais… Le préservatif étant à la fois un outil de préservation de soi et des autres, et un instrument de contraception, comme dirait Bashô, la messe est dite. Vous ne pouvez pas séparer les deux fonctions du préservatif. Il est toujours à la fois protecteur et contraceptif. Il ne peut pas être uniquement l’un ou uniquement l’autre. CQFD.

  36. Mike

    Un avis très interresssant sur le pape et le préservatif:http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1345703?fr=y

  37. Henri

    @ Le chafoin
    « Mais… Le préservatif étant à la fois un outil de préservation de soi et des autres, et un instrument de contraception, comme dirait Bashô, la messe est dite. Vous ne pouvez pas séparer les deux fonctions du préservatif. Il est toujours à la fois protecteur et contraceptif. Il ne peut pas être uniquement l’un ou uniquement l’autre. CQFD.

    Pas tout à fait d’accord, le préservatif a deux fonctions totalement indépendantes : contraceptive et prophylactique, qui sont utilisées, et le plus souvent, indépendamment l’une de l’autre; que certaines fois celles-ci soient utilisées conjointement, peut-être même à l’insu des utilisateurs, je vous le concède.
    Lorsqu’un couple marié sain ne l’utilise que pour différer une naissance seule la fonction contraceptive est sciemment sollicitée.
    Lorsqu’un homme ou une femme utilise le préservatif uniquement pour se protéger du VIH ou autres pathologies, que ce soit l’un ou l’autre qui soit contaminé, seule la fonction prophylactique est sollicitée. Si à cette occasion la femme est fertile les deux fonctions évidemment sont utilisées mais souvent inconsciemment pour la contraception si la femme ne sait pas qu’elle est fécondable. La femme est fertile environ 6 jours par cycle, l’homme ou la femme contaminé 24h sur 24.

    Contrairement à votre démonstration (ne m’en veuillez pas) il est donc sciemment utilisé pour l’une ou l’autre fonction et non pour les deux simultanément, j’irai même jusqu’à dire (cela n’engage que moi) qu’en cas d’utilisation protectrice, la contraception même si elle est efficace en cas de fertilité potentielle, devient accessoire par rapport au but primo recherché : la prophylaxie.

    Lorsque SS le Pape nous dit :

    « Dans certains cas, quand l’intention est de réduire le risque de contamination, [Le préservatif] peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement » .

    C’est bien sur le bénéfice prophylactique « réduire le risque de contamination » sur lequel SS le Pape nous interpelle, et nous met en face de notre devoir de le réduire par l’utilisation de ce fichu préservatif qui peut certes aussi permettre de faire le premier pas en direction d’une sexualité moralisée.

    Non « la messe n’est pas dite » tant que ce fléau ne sera pas éradiqué, mais le St Père, n’en déplaise à certains, nous ouvre la voie de la responsabilité.

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  39. Bruno

    Je suis globalement d’accord avec l’auteur et je pose une question . Prenons un couple fidèle ayant déjà plusieurs enfants, pas trés sûr de la méthode des températures parce que les règles de l’épouse sont irrégulières, qui utilise de temps à autre un préservatif pour se rassurer . Ce couple là est il pécheur devant l’Éternel ? Honnêtement, je n’en suis pas convaincu.

  40. Louve

    @ Bruno:
    Sans doute ce passage d’une interview de J. Ratzinger sur la contraception, dans le Sel de la terre (1997), pourrait vous intéresser.

    « Seewald : Reste la question de savoir si l’on doit faire à quelqu’un, à un couple marié par exemple, qui a déjà plusieurs enfants (sous-entendu dans le fil de l’entretien : et qui utilise maintenant la contraception), le reproche de ne pas avoir une attitude positive envers les enfants.

    Ratzinger : Non, sûrement pas. Et cela ne doit pas non plus avoir lieu.

    Seewald : Ces gens là ne doivent-ils pas quand même avoir l’idée qu’ils vivent dans une sorte de péché, s’ils…

    Ratzinger : Je dirais que ce sont des questions qui doivent être discutées avec le directeur de conscience, avec le prêtre, mais on ne peut pas les considérer dans l’abstrait. »

    Si cela ne vous donne pas de réponse de type oui/non, cela vous indique cependant deux choses :
    – Il n’y a pas de « reproche » à faire aux couples qui se trouvent dans cette situation.

    – Chacune de ces situations ne peuvent être abordées de façon abstraite. Une discussion en coeur à coeur avec un directeur de conscience peut permettre de faire la part des choses entre les contraintes techniques et le désir du couple de vivre l’ouverture à la vie.

  41. @Bruno

    Honnêtement, je ne suis rien pour vous répondre… Mais je crois que le passage mentionné par Louve est instructif. Merci, Louve, tu déchires! :-)

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