Katyn, enfin!

Eh bien ça y est. Au bout du suspense, et au prix d’une lutte hardie et ardue, je suis finalement parvenu à visionner le film Katyn d’Andrzej Wajda. Par le moyen le plus simple du monde : il est passé sur la chaîne de télé nordiste Wéo hier soir. Je ne pouvais donc pas le louper. Un grand moment de cinéma, peut-être pas, mais un film incontournable pour comprendre une partie des ressorts des totalitarismes nazi et soviétique. Et un spectacle qui nous aide à mieux comprendre l’émotion suscitée par la mort violente, dans la forêt de Smolensk, du président Kaczynski.

Le film démarre en septembre 1939, lorsque la Pologne est prise en sandwich par les attaques conjointes de la Wehrmacht et de l’Armée rouge, en application du sinistre Pacte Molotov-Ribbentrop. On entre aussitôt dans le vif du sujet : très rapidement, les officiers de l’armée polonaise en déroute sur le front de l’est sont capturés et déportés vers des camps de concentration, pendant que les simples soldats sont remis en liberté.

Le génie de ce film, c’est d’avoir résisté à la tentation de raconter l’histoire du point de vue des officiers emprisonnés. Alors même que les témoignages – y compris écrits – ne manquent pas, Wajda a préféré un angle d’attaque bien plus intéressant : le massacre de Katyn, vu à travers les yeux de la société polonaise. Et plus précisément, à travers les yeux des femmes qui attendent le retour du mari, du fils, du père. Du soldat, du médecin, du professeur d’université. Très vite, la caméra ne suit plus les soldats prisonniers, mais plutôt le parcours de ces épouses, de ces mères, condamnées à une incertitude totale pendant près de 3 ans.

En 1941, lors de leur avancée en Russie, une fois le pacte de non-agression rompu, les Nazis découvrent ces charniers, et deux ans plus tard, utilisent le massacre comme outil de propagande contre l’URSS. Celle-ci fera au contraire porter le chapeau aux Allemands jusqu’en 1990.

Dès le début, ou presque, chacun pressent le sort qui attend les déportés. Qui eux-mêmes, savent que l’URSS n’a pas signé la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre. Et malgré cela, l’espoir est là, le deuil impossible. Comment pourrait-il en être autrement? Au fil des images, on sent l’angoisse monter, à mesure que l’espérance s’amenuise. Des listes de noms finissent par être publiées, mettant un terme aux dernières illusions.

A peine révélé, le massacre est aussitôt enfoui et toute expression de la souffrance interdite. Dans un premier temps, les Allemands feront tout pour utiliser la douleur des Polonais contre les Soviétiques. Mais difficile d’accepter un tel marché, et de soutenir un de ses bourreaux contre l’autre. Finalement, en 1945, les Russes chassent les Nazis de Pologne et réécrivent l’histoire : le massacre de Katyn, désormais, sera nazi. Il n’a finalement pas eu lieu en 1940, mais en 1941, lors de l’opération Barbarossa…

Les Soviétiques avaient d’ailleurs tout prévu, allant jusqu’à utiliser des armes et des munitions allemandes pour loger une balle dans la nuque de chacune des victimes de sa folie meurtrière destinée à décapiter l’élite polonaise. Une fois au pouvoir, ils interdisent à quiconque de sortir des clous à la théorie officielle sur la paternité de ce meurtre de masse.

L’oeuvre de Wajda montre les différentes approches de la population face à cette cruauté. Comme toujours, les idéalistes s’opposent aux réalistes. Les premiers veulent qu’à tout prix, la vérité triomphe, et que les morts soient honorés en tant que victimes des Soviétiques. Les seconds privilégient le pragmatisme, et affirment vouloir d’abord « sauver les vivants ».

On se demandait si le film ferait l’économie de la représentation du massacre lui-même. Il ne le pouvait pas. En flash-back sur le printemps 1940, les dernières images du film montrent la réalité, crue et terrible, d’un meurtre de masse soigneusement préparé, approuvé par Staline lui-même, et exécuté mécaniquement par des soldats-robots. On voit les pelleteuses s’activer dans la forêt, attendant l’arrivée par train des convois de prisonniers, transportés par centaines depuis les camps de concentration. L’un après l’autre, les officiers polonais sont abattus. Une balle dans la nuque, et dans le trou. Une autre balle dans la nuque, et dans le trou. Pas de musique. Pas de cris. Juste le bruit des balles. Et les pelleteuses qui s’activent à nouveau, une fois le train parti, pour recouvrir les cadavres de terre. Et ainsi tenter d’enfouir la sinistre vérité. Version dont l’Occident se contentera, par lâcheté.

About these ads

2 Commentaires

Classé dans Histoire, International

2 réponses à “Katyn, enfin!

  1. H.

    Bonjour,

    Du film de Wajda, je n’ai vu que les exécutions. Terrible et prenant.
    Pour comprendre un peu mieux le crash, je vous conseille http://www.securiteaerienne.com/node/194
    Comme le dit l’auteur de l’article, « A ce stade des informations disponibles, l’accident s’apparente a un CFIT avec un équipage sous pression operationnelle importante. » Sur le site est explicité la notion de CFIT.

  2. les balles sont de marque geko allemandes de 7.5mm,un seul pistolet a l’epoque tirait de ces munitions c’est le fameux walter allemand que tout les officiers allemands ss,nazis avaient sur eux excepte le lugger pour les officiers de haut rang.balles evidemment que l’ont retrouva dans des millions de corps a l’est comme a l’ouest et dans des fosses caches par de jeunes sapins comme a katyn.les corps retires par les allemands,et pris genereusement en photos montrent et pas besoin d’etre un legiste que ces corps ne sont pas restes enterres de 1940 a 1943,mais qu’ils sont restes en terre a peine 2 ans…

Un petit commentaire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s