Archives mensuelles : novembre 2008

Justice répressive contre les mineurs, vraiment?

Parfois, je me demande si on vit dans le même monde, ou si les juges et militants associatifs n’ont pas un prisme social déformant qui leur fait voir uniquement ce qu’ils ont envie de voir, ou ce que leur idéologie leur dicte de voir.

J’ai bondi, hier, en lisant cet article résumant les craintes de ces honnêtes gens, qui à l’occasion des journées nationales prison, s’inquiètent de voir la justice devenir de plus en plus répressive à l’égard des mineurs.

Sans blague! Je vous le donne en mille. « L’idée du mineur que l’on veut faire passer, c’est celle du multirécidiviste », explique Claude Doyen, vice-présidente du tribunal pour enfant du TGI de Strasbourg, alors que « le juge pour enfants ne revoit quasiment jamais la plupart des mineurs pour lesquels il est saisi ».

Ajoutons que « selon des chiffres du ministère de la Justice, 673 mineurs sont actuellement incarcérés en France, pour un total de 1.100 places disponibles ».

673 mineurs détenus en France, alors qu’il y a un potentiel d’un peu moins du double, est-ce un scandale? Et cette juge, ignore-t-elle, ou fait-elle exprès d’ignorer que s’il existe à l’évidence une écrasante majorité de mineurs (passez-moi l’expression) qui se tiennent tranquilles, une petite minorité d’entre eux sont des ultra-récidivistes de la violence de rue, qui sont certains d’échapper à toute sanction jusqu’à leur majorité?

Mon travail me fait cotoyer de près les questions de délinquance. Et des mineurs arrêtés pour des délits graves, et qui sont relâchés et remis à leurs parents en dépit de tout bon sens, c’est hebdomadaire. Sans même que le juge soit saisi, d’ailleurs! Je vais prendre deux exemples concrets survenus récemment dans le Nord.

Le premier, c’est le cas d’un mineur de 12 ans, qui s’est fait arrêter en compagnie de cinq ou six voyous après qu’un étudiant a été rossé de coups… dans l’unique objectif de lui piquer son iPod et ses lunettes. L’étudiant a été jeté à terre et a reçu des coups de pieds au visage de la part de toute une bande d’individus. Nez cassé, c’est dire. Dans les heures qui ont suivi, la police a arrêté des suspects qui traînaient encore dans le coin, et qui correspondaient au signalement donné par l’étudiant. Parmi eux, ce gamin de 12 ans, sur lequel sont retrouvés les lunettes. Il est désigné par l’étudiant comme par ses amis comme étant le « meneur » de la bande. Eh bien non seulement il ne sera pas placé en garde à vue (c’ets interdit en-dessous de 13 ans), mais il sera remis à ses parents le soir-même, sans même être « déferé » au parquet des mineurs, qui de toutes façons, l’aurait relâché.

Elle est où, la réponse judiciaire, dans ce genre de cas?

Deuxième exemple, qui correspond mieux au problème de la délinquance des mineurs. Un ado de 14 ans, dont la fiche de délinquance déborde d’un écran d’ordinateur, est arrêté pour avoir racketté plusieurs collégiens. On lui reproche également des vols à l’arraché, et il a déjà été pris il y a quelques mois pour avoir organisé avec des amis un ingénieux système de vols de portables avec violences : juchés sur des vélos, ils attendaient leur proie avant de fondre sur elle et d’arracher le téléphone. Plus grave, le père d’un des élèves rackettés, qui avait porté plainte, a été menacé avec un revolver par ce jeune homme.

Que croyez-vous qu’il lui est arrivé? Lui, il sera déféré au parquet des mineurs. Séance de gros yeux, et ni une ni deux, remise de l’enfant (parce que c’en est un) aux parents. Rendez-vous dans trois mois pour passer devant le juge des enfants, qui le mettra en examen et envisagera une mesure éducative.

Elle est où, là encore, la réponse judiciaire? C’est bien simple : elle n’existe pas. Comme lui, nombre de gamins vont de convocation en convocation, et entre les deux, continuent leur parcours délictuel sans le moindre problème. Ils peuvent même rire au nez des policiers, en garde à vue : ils connaissent très bien la législation et savent que jusqu’à leurs 18 ans, l’impunité leur est garantie. Ils sont donc tranquilles.

Sauf cas extrême, bien sûr. Mais une fois qu’on en arrive à des délits très graves, ou à des crimes, n’est-il pas déjà trop tard? Lorsque ces mineurs auront 18 ans, et qu’ils écoperont d’une peine plancher qui les remerciera pour l’ensemble de leur oeuvre, ils partiront pour deux, trois ans de prison ferme, et leur vie sera mal partie. Ne serait-ce pas plus intelligent, pour la société comme pour eux, d’intervenir plus tôt?

Cette juge des enfants décrit sans doute la réalité lorsqu’elle dit que la plupart ne récidivent pas.

Oui, mais les autres? Que fait-on, pour eux, qui vivent dans des conditions déplorables, dont les grands frères sont truands et dont les parents sont absents ou trop fragiles pour les éduquer correctement?

Que fait-on pour eux, alors que dans les foyers de placement pour mineurs, la victime cotoie le délinquant (considéré comme victime), qui lui-même cotoie le psychopathe dont les établissements spécialisés ne veulent plus?

L’ordonnance de 1945 privilégie l’éducatif sur le répressif, et c’est tant mieux. Mais il y a un moment où on doit arrêter de prendre les mineurs pour des saintes nitouches, et leur coller une bonne vieille sanction, qui ne doit d’ailleurs pas forcément être la prison.  Une séance de ramassage de feuilles mortes, peut-être?

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Fraudes au parti s(adoma)socialiste

Comment s’en relever? Au terme d’un processus électoral usant, qui aura permis de constater l’ampleur des querelles de personnes au Parti Socialiste (définitivement rebaptisé parti sadomasocialiste, copyright du chafouin), voilà qu’on n’est même plus sûr de l’identité du gagnant.

Chacun le sait : 42 voix (sur 134 784 votants!), d’après des chiffres contestables mais officiels, séparent Martine Aubry de Ségolène Royal. Aucune des deux ne veut en démordre. La dame du Nord devait théoriquement ne faire qu’une bouchée de la dame du Poitou, mais cette dernière a visiblement non seulement réveillé les abstentionnistes, mais en plus, apparemment convaincu de nombreux soutien de Delanoë et Hamon. Elle s’accroche, Royal, comme une moule à son rocher. Et l’hypothèse d’une scission n’est plus si invraisemblable : sauf à trouver un consensus et à nommer un duo des lieutenants à la tête du PS, on a désormais du mal à imaginer que l’une ou l’autre des candidates rentre dans le rang. Il est des blessures dont on ne guérit pas…

« Nous étions globalement abstents depuis 18 mois… nous sommes collectivement ridicules depuis 15 jours… », soupire à juste titre, sur son blog, Marc Vasseur, un militant plutôt royaliste ces derniers temps. Eh oui! car après les noms d’oiseaux, les menaces de recours judiciaires deviennent réalité de part et d’autre : on se jette désormais à la figure des accusations de fraude.

A la bonne heure! Qu’on rie des excès de démocratie, qui au PS comme chez les Verts, assurent d’entraîner un résultat pitoyable, ou au mieux inefficace, c’est une chose. La démocratie conduit parfois tout droit à l’anarchie, et c’est définitivement le cas au PS.

Mais les fraudes! Quoi, dans un parti socialiste, on pourrait frauder? On pourrait tricher, dans un des principaux partis de gouvernement d’un Etat démocratique et occidental, vous savez, cette partie du monde qui envoie des observateurs dans les pays du Tiers-Monde, ou en Russie, pour s’assurer de la sincérité des scrutins? Franchement, ça me dépasse. Tout le monde a l’air de trouver ça normal! La prochaine fois, comme le suggère ce groupe facebook créé ce week-end, il faudra demander aux personnels de l’OSCE de se poster rue de Solférino.

D’autant que c’est un secret de polichinelle. Comment se fait-il que depuis des années, les soupçons de tricherie soient connus de tous les spécialistes du PS, de la politique, et même au-delà? Parce que jusque là, cela ne remettait pas en cause un enjeu aussi important qu’aujourd’hui, c’est-à-dire ni plus ni moins que la présidentielle de 2012. Celui qui tiendra les rênes du PS aura la force de frappe. Celui qui ne l’aura pas, un peu comme Villepin pour l’UMP, en 2007, n’aura plus qu’à se coucher d’avance.

Reste que comme le note Nick Carraway, la fraude n’a pu jouer qu’à la marge, et la réalité est là : le PS est coupé en deux, ingouvernable. Et en attendant la réunion du conseil national du parti, mardi soir, il n’y a plus d’opposition en France. C’est bien simple : elle n’existe plus. Pendant les quinze prochains jours, on ne l’entendra plus qu’au tribunal. J’en connais qui doivent se frotter les mains.

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Faut-il reconnaître le génocide vendéen?

Un de mes indics préférés me rapporte l’existence d’un excellent article d’Yvan Rioufol (une fois n’est pas coutume…) sur la mémoire du génocide vendéen. Si ce génocide fait peu de doutes, il n’est pas certain qu’une reconnaissance par la loi soit nécessaire. Mais quand la République française reconnaîtra-t-elle ses crimes, elle qui se targue de donner des leçons au moinde entier?

Balayer devant sa porte : une attitude qui honorerait la France, coupable de nombreuses exactions pendant la Révolution française, et qui se permet de donner des leçons aux Turcs tout en étant totalement amnésique de son propre passé. Parmi elles, les souffrances imposées à la Vendée font partie des plus symboliques. Non pas qu’il faille sous-estimer les autres répressions (A Lyon par exemple, où Fouché commit des horreurs sans nom). Mais en Vendée, un plan systématique d’élimination, de destruction a été envisagé, théorisé, et mis en pratique. Comment peut-on l’occulter, deux cent ans après?

Des preuves historiques existent de cette volonté d’extermination, dans des textes de loi votés par la Convention (1er août et 1er octobre 1793) mais également dans les correspondances entre les généraux de l’armée républicaine et les chefs politiques de cette époque (1793-1794). Comment peut-on l’occulter, deux cent ans après? Rappelons que l’article L211-1 du code pénal définit le génocide comme étant « le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l’encontre de membres de ce groupe, l’un des actes suivants : atteinte volontaire à la vie ; atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique ; soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe ; mesures visant à entraver les naissances ; transfert forcé d’enfants. »

Voici ce qu’en dit Jean Tulard, co-auteur du Livre noir de la Révolution française :

Le génocide vendéen a bien été planifié comme le montre lumineusement Reynald Secher. Première étape : une guerre civile qui débute en mars 1793 et qui s’achève sur la défaite des Vendéens à Savenay en décembre. Guerre atroce mais équilibrée. La victoire des bleus est suivie par la mise en place d’un système d’anéantissement de la Vendée. Pas question de pardon après la défaite. L’alerte a été trop chaude. De là, selon un rapport présenté à la Convention, l’idée qu’il n’y aura « moyen de ramener le calme dans ce pays qu’en en faisant sortir tout ce qui n’est pas coupable, en exterminant le reste, et en le remplaçant le plus tôt possible par des républicains qui défendront leurs foyers ».

Conception reprise par Barère, “l’ondoyant Barère”, qui perd son sang-froid : « Détruisez la Vendée ! » Général en chef de l’armée de l’Ouest, Turreau confirme : « La Vendée doit être un cimetière national. » De là les innombrables scènes d’horreur décrites par Secher : il faut empêcher les Vendéens de se reproduire, donc, tuer également les femmes et y ajouter les enfants en passe de devenir de « futurs brigands ». Carrier, l’homme des noyades de Nantes, s’exclame : « Qu’on ne vienne pas nous parler d’humanité envers ces féroces Vendéens ; ils doivent tous être exterminés. » Il n’est pas jusqu’au nom de Vendée qui ne soit rayé de la carte : il y aura désormais un département Vengé. C’est l’extermination totale, un « populicide », écrit Gracchus Babeuf lui-même : un génocide.

Au moment où ces mesures sont mises en place, la Vendée est déjà exhangue, prête à se soumettre. Son armée a été détruite, anéantie. Les soldats qui demeurent en Vendée, comme ceux de Charette ou Stofflet, sont constituées de vagues bandes qui ne représentent plus de danger, et passent plus de temps à chercher à échapper aux « Bleus » qu’à mener de véritables actions militaires. Et malgré cela, les sinistres Colonnes infernales seront montées, avec comme ambition affichée de ratisser la Vendée, pour tuer hommes, femmes, enfants, bétail, et ainsi détruire ce terrritoire rebelle. Républicains y compris. On exterminera des villages entiers, comme aux Lucs-sur-Boulogne, qui n’a rien à envier à Oradour mais est inconnu de tous. A Nantes, on coulera des bateaux remplis de Vendéens attachés. On brûlera même des paysans dans des fours. On tannera leur peau. On a ici le détail de toutes les horreurs qui ont été commises au nom de la République.

Pourquoi ces colonnes n’atteindront-elles pas leur objectif? Pourquoi seront-elles suspendues? Pas par humanité, mais parce qu’elles étaient contre-productives : le général Lazare Hoche, nommé chef des armées républicaines, comprendra que ces meurtres en font que raviver les blessures vendéennes, et que chaque massacre fournit des troupes nouvelles aux armées dites royalistes. « Dites », parce qu’en réalité, ces paysans étaient plus soucieux de défendre leur indépendance, leur religion, leurs coutumes, qu’un roi dont ils ignoraient tout. Ils préféraient Louis XVI, parce que la royauté les respectait et ne tuait pas leurs curés.

Une proposition de loi avait été déposée en 2007  puis début 2008 pour reconnaître ce génocide, initiée par Lionel Lucca et Hervé de Charette. Lisez-là, elle contient un tas d’informations précieuses sur ce sujet, et le résume admirablement. Elle se conclue ainsi : « La République sera d’autant plus forte qu’elle saura reconnaître ses faiblesses, ses erreurs et ses fautes. Elle ne peut continuer de taire ce qui est une tâche dans son histoire. Elle doit pour cela reconnaître le génocide vendéen de 1793-1794, et témoigner à cette région – qui dépasse l’actuel département de la Vendée – dont la population a été victime de cette extermination, sa compassion et sa reconnaissance pour avoir surmonté sa douleur et sa vengeance en lui donnant des hommes aussi prestigieux que Georges Clemenceau ou Jean de Lattre de Tassigny qui servirent la Patrie et défendirent la République. »

Une loi est-elle absolument nécessaire? Pas sûr, surtout au moment où le parlement se prononce contre les lois mémorielles. Mais une simple résolution? Une prise de parole officielle? Ce serait justice, pour réparer ce que Pierre Péan appelle la « Blessure française », dans un livre que je compte me procurer aussi vite que possible.

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Hamon, Delanoë et Aubry sont dans un bateau, lequel tombe à l’eau?

lls sont trois. Ils pèsent 70 % des adhérents qui se sont exprimés le 6 novembre. Ils sont d’accord pour estimer que Ségolène Royal représente tout ce qu’ils exècrent en politique : un parti de « supporters » plutôt que de militants, des alliances ouvertes clairement au centre, une politique spectacle, une gauche molle… Ils ne l’aiment pas.Ils s’appellent Martine, Bertrand, Benoît. Le troisième est un enfant politique de la première, il a énormément travaillé pour elle au sein de son ancien club « Réformer ». Le second est un Jospinien, tout comme la première, qui a été numéro deux du gouvernement du locataire d’Ile de Ré.

 

Ils s’appellent Aubry, Delanoë, Hamon. Ils assurent défendre « le parti et pas les personnes ». Bien sûr. L’intérêt général, c’est tellement important… Ils veulent clairement éviter que Royal prenne le contrôle du PS, ce qui lui permettrait de placer Vincent Peillon en premier secrétaire adjoint, une façon pour la présidente de Poitou-Charentes de préparer tranquillement 2012 sans prendre de coups. De verrouiller le parti pour éviter les divisions que selon elle, ont pesé parmi les causes de sa défaite de 2007. Martine Aubry, par exemple, n’a-t-elle pas « balancé » sur Royal pendant toute la campagne, par derrière?

Mais une fois qu’ils se sont mis d’accord sur le rejet d’une personne et de sa façon de concevoir la politique, eh bien ils ne sont guère avancés. Delanoë juge qu’arrivé en tête, le candidat commun (lui-même ou un de ses lieutenants) doit être issu des rangs de sa motion. C’est vrai qu’il avait quoi, mille voix de plus qu’Aubry? « C’est ça ou rien », sous-entend Delanoë, qui prend des airs de tribun mais risque pourtant de voir ses soutiens rallier Aubry si celle-ci se présente.

Ce qui va probablement être le cas de façon « fortement probable » (sic !) selon Yves Durand, député-maire de Lomme, une petite commune voisine de Lille) et proche soutien d’Aubry. L’argument? « Elle est la seule qui est au point d’équilibre et peut rassembler une nouvelle majorité ».

C’est marrant, c’est exactement ce que pense également Hamon, qui hier, scandait qu’il fallait écouter le message des électeurs, qui veulent « plus de gauche ». Chacun s’y verrait bien, finalement. Au nom du collectif…

Poker menteur? Intox? Pressions?

Il est assez comique de suivre ça de loin. La défaite de Royal semble proche, mais le front ouvert contre elle de manière un peu trop évidente – Royal adorant jouer aux victimes - ne risque-t-il pas d’agacer les adhérents, en prévision du vote de jeudi prochain? Et si finalement c’était Jean-Marc Ayrault qui était dans le vrai, en incitant Royal à mettre de côté sa candidature pour proposer un autre nom plus consensuel?

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PS : quand la démocratie mène à l’anarchie

Franchement, après avoir écouté hier soir le leader du NPA, Olivier Besancenot sur « A vous de juger », on se dit que décidément, le PS a du mouron à se faire pour se présenter de nouveau comme un parti d’alternance crédible. Et pendant qu’il stagne et se déchire à l’aube du Congrès de Reims, le facteur avance, court, accélère, et le talonne.

Alors que son Congrès s’ouvre cet après-midi, en pleine tourmente idéologique et en plein questionnement stratégique, le PS est désormais placé au pied du mur et devant un choix ubuesque : trouver une majorité combattive, à partir de quatre motions arrivées quasiment toutes à égalité. Défi, ou situation inextricable?

On va dire que la question ne regarde que les militants du parti socialiste. Mais quand on voit dans quel pétrin ils sont, on ne peut pas ne pas faire le lien avec le mode de scrutin qui préside à cette élection interne. Celui-ci est absolument désastreux! Les Français l’ont d’ailleurs bien compris.

Rappelons que depuis plus de six mois, les dirigeants socialistes s’invectivent, se cherchent des poux sur la tête, jouent au poker menteur et se cherchent des différences qui n’existent bien souvent que dans leur imagination. Ils ont d’abord eu l’occasion de déposer des contributions : des milliers de textes ont été déposés, par des chefs de file mais aussi par des simples militants. Elles doivent pourrir au fond d’un placard, maintenant. Zou.

Puis est venu le temps des motions. Chaque chef écrit la sienne, et ensuite, les élus et personnalités choisissent derrière lequel ils vont se ranger, c’est-à-dire pour qui ils « misent » politiquement. On est ainsi arrivé à des choix très étranges, à savoir le ralliement des Fabiusiens ou du gros des Strauss-khaniens derrière Aubry, de Valls derrière Royal, ou de Moscovici derrière Delanoë. C’est à qui pêchera le poisson le plus gros, le plus impressionnant. Avec derrière, les habituels sondages qui matraquent l’opinion et celle des militants socialistes, et qui ne sont souvent que le reflet des opinions des élites médiatiques.

Voyant qu’elle risquait d’être défaite, Royal a rangé sa candidature au frigidaire au mois de septembre : sous-entendu « bon, on verra, pour l’instant ça fait parler de moi de dire cela, et puis cela tranche avec le discours habituel des politiques, c’est toujours bon à prendre ».

Depuis, la campagne a encore monté d’un ton, chacun taclant l’autre, jusqu’à Benoît Hamon, le jeune loup qui monte, qui a poignardé dans le dos Martine Aubry, son ancienne mentor, sous-prétexte de jouer au « plus gauchiste que moi, tu meurs ».

Résultat : Royal est arrivée de manière surprenante en tête des votes des adhérents le 4 novembre, avec 29% des voix. Ce qui n’est pas si étonnant que cela, au final, puisqu’Aubry et Delanoë, qui représentent des courants assez proches, ont obtenu 25% chacun, c’est-à-dire 50% à deux. Enfin, à l’aile gauche du parti, Benoît Hamon ferme la marche avec 19% : il ne pourra que jouer le rôle du supplétif, ce qui est déjà bien.

Avec un tel résultat, conséquence directe d’un mode de scrutin inefficace, comment s’unir? Comment fédérer? Comment synthétiser? Comment faire en sorte de ne pas paralyser le parti avec une synthèse « mou du genou » comme celle qui était sortie du Congrès du Mans? Alors que derrière, se profile un autre enjeu : l’élection présidentielle de 2012?

Je ne vois pas. Les royalistes se présentent comme des vainqueurs, alors que même en tête, ils sont ultra minoritaires. Valls et Peillon, les deux lieutenants fidèles, affirmaient ce matin que Ségolène Royal serait finalement candidate. « La détermination de Ségolène Royal est entière (…) Nous attendions parce que nous voulions que les autres appellent à la raison et se rallient à la présidente de Poitou-Charentes », a osé clamer Vincent Peillon. Se rallient? Mais au nom de quoi?

En face,  Aubry comme Delanoë ( la moitié des voix à deux, avec des projets très proches) ont chacun renvoyé Royal dans ses buts ces derniers jours : ses propositions d’accord, de fait, n’avaient pour objectif que d’obtenir leur soumission. Et alors qu’hier, un accord politique semblait se profiler entre Hamon et Aubry, les trois têtes de motion se sont rencontrées ce matin, vraisemblablement pour finaliser leur front anti-Royal.

Front que d’aucuns, à l’instar de Manuel Valls, qualifieront immédiatement de « tout sauf Ségolène ». Et pourquoi pas? Pourquoi les dirigeants du PS, écoeurés par la déroute présidentielle de la dame du Poitou , par sa manière très particulière de concevoir la politique, ne pourraient-ils pas vouloir à tout prix faire barrage à celle qu’ils jugent inapte à les représenter?

Quel que soit le résultat de ce congrès, il sera donc insatisfaisant : les rancoeurs resteront et ressortiront la prochaine fois. Ce serait risible si le bien commun et l’intérêt général n’étaient pas en jeu.

Rien de tout cela, bien sûr, ne serait arrivé si on avait cessé avec l’hypocrisie de ce mode de scrutin. Si chaque leader se présentait directement, devant les militants, clairement, au poste de premier secrétaire, avec un projet et un vote à deux tours, le problème serait règlé. Les militants auraient vraiment le pouvoir.

On éviterait cette cuisine interne, cette farce électorale, où quoi qu’on en dise, on prend doucement les électeurs pour des idiots. En attendant, trois personnes se réjouissent sous cape : Nicolas Sarkozy, qui ne peut que se féliciter de voir ses adversaires se déchirer au lieu de s’unir. Olivier Besancenot, qui fait son beurre pendant que les socialistes abandonnent le terrain social. Et puis bien sûr, François Bayrou, élevé par les querelles socialistes au rang de quasi-invité du Congrès de Reims, et qui doit réfléchir de plus en plus sérieusement à fondre sur les restes de ce parti moribond.

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Christian Vanneste, ou la victoire de la liberté d’expression

Hier, j’ai appris avec une certaine satisfaction que le député du Nord Christian Vanneste avait été blanchi, au final, par la Cour de cassation, quatre ans après ses propos sur l’homosexualité, qui avaient été quasi-unaniment condamnés par les médias et le monde associatif et politique. Voilà qui est rassurant sur la santé « morale » de notre pays.

Comme le rappelle Le Figaro, « l »affaire est née de l’opposition de Christian Vanneste à la loi du 30 décembre 2004, réprimant les injures et discriminations homophobes au même titre que les injures et discriminations racistes ou sexistes. Le parlementaire avait justifié sa position dans deux interviews, disant notamment dans la Voix du Nord que l’homosexualité «était inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité». »

On peut lire Eolas si l’on souhaite connaître avec précision la chronologie judiciaire exacte de l’affaire, et la justification juridique, basée sur la convention européenne des droits de l’homme, de l’arrêt rendu par la chambre criminelle de la Cour de cassation.

Que ce soit clair, d’emblée : je suis en désaccord avec ce propos. J’ai beau estimer, en raison notamment de mes convictions religieuses, que l’homosexualité est contre-nature, je ne suis pas pour autant « opposé à l’homosexualité », chacun étant responsable de sa propre vie. Je n’ai rien contre les personnes homosexuelles, en qui je vois avant tout des personnes, sans juger leur comportement. Je ne considère donc pas les homosexuels comme « inférieurs » à qui que ce soit. De la même façon, je trouve particulièrement stupide le lien irréfléchi et maladroit établi par Gérard Longuet entre pédophilie et homosexualité.

Et pourtant. Pourtant, on doit toujours être libre de s’exprimer, y compris, éventuellement, pour dire des bêtises. Comme le dit Eolas, « dire des âneries n’est pas forcément un délit en France ». Jean-Marie Bigard y a droit, alors pourquoi pas Vanneste ou Longuet? Comme Criticus l’a énoncé de manière volontairement provocatrice, je considère que la liberté d’expression, sans pour autant être totale, doit être considérée de façon bien plus large qu’on ne l’admet aujourd’hui. L’injure, l’appel à la haine ou au crime ne sont-ils pas des limites largement suffisantes?

Au fond, ceux qui ont voulu museler le député du Nord ont contribué à donner une publicité encore plus grande à ses propos, comme ceux qui ont attaqué les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo.

Et que serait notre société, si la justice était continuellement appelée à décider quels propos doivent être « autorisés » ou pas? Le débat démocratique, les échanges, les contradictions publiques, doivent suffire. Quand Jean-Marie Le Pen, par exemple, ose dire que l’occupation allemande n’a pas été si « inhumaine » que cela, chacun ne constate-t-il pas qu’il se trompe? Chacun n’est-il pas en mesure de constater qu’il s’agit d’une énormité? Les opinions adverses, et c’est heureux, ne peuvent-elles pas s’exprimer, et renvoyer le provocateur dans ses buts? A-t-on absolument besoin que la Justice vienne conforter l’opinion dominante?

La discussion est ouverte. Une chose est sûre : on ne pourra jamais empêcher quelqu’un de penser. Ou de s’exprimer dans la sphère privée. Dès lors, autant accepter que les opinions contraires s’expriment, ce qui laisse la possibilité de les contredire.

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Casseurs dans les manifs, saboteurs de trains, et ensuite?

Ainsi donc, les milieux de l’ultra-gauche sont clairement soupçonnés d’être à l’origine des sabotages en série qui ont touché ces derniers jours la SNCF et ses usagers. Reste à établir si oui ou non, ils ont bénéficié de complicités internes, tant il paraît évident qu’il fallait connaître le fonctionnement de l’entreprise publique pour l’atteindre aussi facilement.

On le disait ici-même au sujet du NPA, de Jean-Marc Rouillan et du blogueur CSP : lorsque le moteur de l’action politique, publique ou clandestine, est la haine, il ne peut en sortir rien de bon. Il ne peut en sortir que de la violence. Et on a tout à redouter de ses conséquences. Les faits nous auront très vite donné raison.

Sauf qu’en l’occurrence, il ne s’agit pas des mêmes mouvances que celles qui congratulent et vénèrent Olivier Besancenot : les dix individus arrêtés hier pour les sabotages contre les installations de la SNCF semblent appartenir à des groupes « anarcho-autonomes ». Vraiment, rien à voir, même si les passerelles existent et que les lignes bougent assez facilement.

Le profil est plutôt jeune : le cerveau présumé du groupe, le plus âgé, a 34 ans, et les autres ont entre 23 et 30 ans. Ils habitent en Corrèze, à Rouen, Paris, Limoges. Sont décrits comme des gens sans histoires, plutôt « gentils et polis », qui vivent en communauté. Ils ne travaillent pas et tentent d’appliquer des formes d’altermondialisme : élevage de chèvres, culture d’un potager…

Pourtant, certains d’entre eux sont déjà connus pour avoir participé à des actes de violence en France ou à l’étranger. En l’espèce, les sabotages ne risquaient pas de faire dérailler des trains ou de causer des pertes autres que financières, mais peut-être ne s’agissait-il que d’un début?

D’ailleurs, ces mouvances dites « anarcho-autonomes » sont peu ou prou constituées des mêmes personnes que celles qui cassaient des vitrines dans les manifestations anti-CPE ou dans les manifestations lycéennes de décembre 2007, qui balançaient des canettes sur la police ou brûlaient des voitures après l’élection de Nicolas Sarkozy : des individus sans foi ni loi, qui ne croient en rien, et qui sont donc totalement incontrôlables.

On le voit aujourd’hui : ce groupe était, selon la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie « surveillé depuis plusieurs mois » par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, issue de la fusion RG-DST). Il faisait même l’objet depuis avril dernier, de la part de la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la PJ, d’une enquête pour dégradations. Selon une source du Monde, la SDAT soupçonne « d’éventuels liens avec l’ultra-gauche allemande, qui a déjà revendiqué des actions contre des trains transportant des déchets nucléaires‘. On les surveillait, certes, mais on n’a pas pu empêcher les sabotages…

Certains commentateurs s’étaient  gaussé de ce constat, que j’avais relevé dans l’article susnommé consacré à CSP : oui, la menace de radicalisation d’éléments isolés de l’ultra-gauche est prise très au sérieux par le pouvoir en place et les autorités policières. « Depuis mon arrivée au ministère, j’ai souligné les risques de résurgence violente de l’extrême gauche radicale », a précisé MAM au cours de son point-presse. Des cellules de veille existent dans chaque département, sous l’égide des directions locales du renseignement intérieur. Au même titre que la menace islamiste.

Et il faut dire que oui, on peut craindre cette montée de fièvre. En tant que journaliste, j’ai déjà été confronté à cette réthorique impossible à contrer, à cette haine du système, à cette volonté de vivre en marge de la société, de ne pas se compromettre avec le « mal ». Je cotoie ce genre d’individus de temps à autre, et je dois dire que j’ai toujours été effrayé par leur détermination, la rage sourde qui les anime, et surtout, cette faculté à tomber dans la paranoïa. Quand on est inconditionnel, on devient irrationnel.

Avec la crise qui pointe le bout de son nez, et qui risque de faire des ravages importants, on a d’ailleurs tout lieu de penser que ces groupes vont se renforcer, se radicaliser et mener des actions autrement plus importantes que ces sabotages qui ressemblent à un simple rodage. Reste à espérer qu’on ne revivra pas l’hécatombe causée par les Brigades rouges, la Bande a Baader et autre Action directe…

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