Archives mensuelles : août 2008

Les catholiques aussi ont leurs fondamentalistes

Comment un catholique, qui se revendique comme tel, qui agrée aux valeurs évangéliques, peut-il en arriver là? Les faits et le contexte mériteraient d’être précisés bien d’avantage. Selon Libération, rejoints par les autres médias, quatre Versaillais âgés de 20 à 24 ans auraient été surpris par la police, mercredi soir à Pau où ils étaient en vacances, alors qu’ils fracturaient leur quatrième distributeur de préservatifs de la soirée.

 » La technique était bien rodée. Ils arrachaient le boîtier avec un pied-de-biche, volaient l’argent et jetaient ensuite les préservatifs dans les poubelles de la voie publique. Et, apparemment, ce n’était pas la première fois. Ils ont avoué avoir mené une action similaire le 17 juillet dernier.

Pour leur défense, les quatre jeunes assurent qu’ils remettaient systématiquement à leur paroisse les pièces de monnaies récupérées dans les distributeurs. Agés de 20 à 24 ans, les quatre jeunes, en vacances à Jurançon, se sont présentés comme de «fervents catholiques», fermement opposés «à l’avortement et la contraception». « 

Sud-Ouest précise de son côté que les jeunes gens ont expliqué aux policiers que ce sont bien leurs « convictions religieuses » qui les poussent à « lutter contre la contraception », et que 6 distributeurs au total ont été dégradés et pillés.

Des questions complémentaires mériteraient d’être posées : qu’entendent ces jeunes gens exactement par « fervents catholiques »? De quel « type » de catholicisme s’agit-il? Quel est le rôle exact joué par la paroisse évoquée dans l’article de Libération? S’agit-il d’un acte isolé?

Mais avec les éléments dont on dispose, on peut d’ores-et-déjà pencher entre la bêtise pure et simple et le jusqu’au-boutisme intégriste pour expliquer ce geste absurde. Que n’aurait-on dit, en effet, si l’on avait été en présence de quatre jeunes musulmans? Je n’ose imaginer le concert d’indignations. Ici aussi, l’information fera probablement rapidement le tour des rédactions.

On peut être opposé à la contraception, heureusement, car il s’agit d’une conviction intime tout à fait respectable. Mais ce que ces braves Versaillais oublient, c’est que si l’Eglise, effectivement, est opposée au principe de la contraception (qui supporte des exceptions), elle est tout autant attachée au respect d’un autre principe : celui de la non-violence. Qui  supporte également des exceptions, comme la guerre juste, l’assassinat d’un tyran, etc.

La démolition de distributeurs de préservatifs ne fait pas partie de ces exceptions. Quel est l’intérêt de ce type d’action? Sur le fond, personne ne va ouvrir un débat avec ces jeunes gens sur le port du préservatif. Même auprès des policiers et de la justice, il y a peu de chances que leurs convictions cheminent dans les esprits. Et sur la forme, leur message (y en a-t-il vraiment un, d’ailleurs?) est décridibilisé : cette arrestation va permettre à coup sûr à Golias, et à tout ce que la terre compte d’anticléricaux et d’anticatholiques, de hurler au conservatisme incroyable du Vatican. Et quand le bénéfice d’une action est négatif, que fait-on? On s’abstient.

C’est bien là le drame des fondamentalistes : en collant trop au texte, ils en oublient l’esprit, ainsi que les nuances.

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L’incroyable morgue de l’Occident

De quelle légitimité dispose l’Occident dans le bras-de-fer étonnant qu’il a engagé avec la Russie? Et surtout, de quelle crédibilité? A force de défendre ses intérêts en se parant d’une morale à géométrie variable, ses arguments juridiques comme politiques ne tiennent plus, preuve d’un affaiblissement considérable de l’influence des pays de l’Otan. 

La loi du plus fort s’applique assez bien en matière de relations diplomatiques, basées sur un soi-disant droit international qui n’existe que dans l’imagination de quelques idéalistes dont la plupart besognent à l’ONU. Et dans celle des profs de droit. Alors que les Etats-Unis haussent le ton vis-à-vis de la Russie, qui a reconnu officiellement comme Etats indépendants les territoires géorgiens sécessionnistes de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie, hier, Bernard Kouchner envisageait l’hypothèse de sanctions européennes contre l’ancien empire des Tsars. On aimerait savoir de quelles sanctions on parle, pour rire.

Sans vouloir donner raison aux Russes (peut-on avoir raison ou tort en la matière?), ceux-ci ne font que défendre leur sphère d’influence, après avoir été titillés pendant  des années en Europe de l’Est et dans le Caucase par des Américains un peu trop gourmands, qui ont cru trop vite que la fin de la guerre froide leur donnerait les mains libres sur toute la planète. Après avoir un tantinet chatouillés dans leur orgueil national par les ralliements systématiques à « l’ouest », l’installation de bases militaires dans leurs anciens satellites… On pouvait lire à ce sujet une très bonne analyse dans le dernier numéro de Marianne, l’hebdomadaire estimant que la guerre froide étant terminée et bien terminée, en dépit des fantasmes, le monde en était revenu « à ce qui a toujours fait l’histoire avant les idéologies : l’affrontement des grandes puissances, leurs rivalités économique et leurs aires d’influence, leur affrontement à leurs marches, et parfois, leur choc frontal, lorsque leurs opinions s’enflamment et que la raison s’épuise dans leurs capitales ».

Parler de la Russie comme d’une « hors-la-loi internationale », comme le fait Kouchner, évoquer des sanctions pour la punir, est donc d’un grotesque inimaginable. Quid des sanctions contre les Etats-Unis après l’invasion illégale de l’Irak? Quid des sanctions contre les pays de l’Otan ayant bombardé la Serbie et fait tomber Milosevic en 1999? Quel est ce deux poids, deux mesures, consistant à revendiquer l’intégrité territoriale de la Géorgie sur le droit des peuples ossètes et abkhazes à disposer d’eux mêmes, alors qu’on avait tenu le discours diamétralement opposé en direction du Kosovo l’année dernière? Il ne faut pas se plaindre de conséquences incontrôlables, une fois qu’on a ouvert la boîte de Pandore des nationalismes.

Surtout, il est très imprudent de se revendiquer d’une forme de morale universelle, quand de fait, on ne l’utilise qu’à son unique avantage, en en refusant systématiquement aux autres le bénéfice. Je n’irais pas jusqu’à affirmer, comme le fait brillamment Malakine, que l’Occident se cherche là un nouvel ennemi, afin de masquer à son peuple ses propres turpitudes, quoique la thèse soit séduisante.

 La véritable question est : l’Occident a-t-il les moyens de ses ambitions? Peut-il continuer à dire ce qui est bien ou pas, en se voilant la face sur sa propre puissance? Peut-il se permettre une opposition frontale avec le premier producteur mondial de pétrole et grand fournisseur de gaz?

Il y a tout à parier qu’en dehors des gesticulations de Bernard Kouchner et Condoleeza Rice, cette histoire de sanctions, probablement d’origine polonaise ou balte, ne soit qu’une grosse blague destinée à montrer les muscles. A répondre à Dmitri Medvedev, qui assurait lundi que le cas géorgien devait constituer « un avertissement pour tous ». Et à éviter ainsi une contagion à la Moldavie (Transnistrie), à l’Ukraine (Crimée).

L’Histoire jugera, bien sûr. Mais jusqu’ici, la morgue occidentale ne semble pas bien plus convaincante que celle qui avait été déployée au sujet de la Chine et du Tibet.

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On paiera pour votre suicide, mais pas pour votre chimio

Petit à petit, on se rend compte que ceux qui criaient au loup, aux prémices du débat sur l’euthanasie et le suicide assisté, en alertant l’opinion sur le fait que des considérations autres que la compassion pouvaient entrer en ligne de compte (et notamment économiques), avaient bien raison de s’inquiéter. Les faits le démontrent fréquemment.

Exemple récent (après la maison de retraite néerlandaise) dans l’Etat américain de l’Oregon, où le suicide assisté est permis par la loi. Là-bas, la caisse d’assurance-maladie refuse le remboursement de la chimiothérapie aux patients atteints de cancer, dont les chances de survie pour les cinq prochaines années n’excèdent pas 5%. A la place, elle leur propose le recours au suicide assisté, et bonne âme, finance l’opération. Deux patients au moins ont reçu un courrier leur indiquant que la chimo ne serait plus remboursée, mais que le suicide, si. 

“I think it’s messed up,” 64-year-old Barbara Wagner told the Register-Guard newspaper. “To say to someone, we’ll pay for you to die, but not pay for you to live, it’s cruel.” And 53-year-old Randy Stroup received the same response when he was denied medication for his prostate cancer. « It dropped my chin to the floor, » Mr Stroup said. « [How could they] not pay for medication that would help my life, and yet offer to pay to end my life? »

On aimerait savoir ce qu’auraient pensé les partisans français du suicide assisté si le gouvernement avait persisté dans sa volonté de ne pas rembourser les affections de longue durée, et avait proposé à la place la mort pure et simple pour les malheureux patients. Jean-Luc Romero et consorts, merci d’y réfléchir.

Comme dit Le Conservateur, « les conséquences de la création d’un droit de se faire tuer par autrui, sous le prétexte d’une expertise médicale, d’une décision de justice, d’une décision gouvernementale, ou d’une « preuve de consentement » sont trop nombreuses, imprévisibles et dangereuses pour réduire ce débat difficile à un déballage d’émotions consécutives à la découverte d’un cas personnel forcément touchant pour qui est un peu humain. »

Derrière la compassion et le désir de respecter la volonté des malades, le débat sur le suicide assisté cache aussi une pression qui va aller en s’acroissant sur les malades et les personnes âgées, face à l’augmentation de l’espérance de vie, de la qualité des soins et de la pression démographique. Que répond la caisse à Barbara Wagner? « We do need to point out the options available to her under the Oregon Health Plan » (nous devons lui fournir les difftentes options possibles conformément au plan santé de l’Oregon).

Le plan santé de l’Oregon, plus important que la vie d’une personne. Il y a un certain collectivisme derrière le libéralisme, en fait. Le Serment d’Hippocrate est pourtant clair, malgré ses variantes : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. »

Le problème, c’est que derrière les médecins, il y a des bureaucrates.

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Les ficelles de l’info (5) : pourquoi la presse régionale se casse la figure

Ce n’est pas compliqué de comprendre pourquoi. Exercice pratique : jetons un oeil sur ce petit article, paru la semaine dernière dans un journal nordiste (dont je ne balancerai pas le nom par amitié et courtoisie).

Travaux d’été

La taille des haies, tout un art

C’est le moment. Il faut tailler les haies et tous les arbustes – ils sont nombreux! – qui ont fleuri au printemps et cet été. Pour la bonne santé des végétaux.
Et pour le plus grand bonheur des promeneurs et des passants, qui doivent parfois écarter de grandes branches piquantes pour se frayer un chemin sur les trottoirs, dans les chemins et les voyettes de nos villages.
À Gruson, l’exemple vient de haut. Petit échafaudage bien stable, escabeau, gants de sécurité et matériel efficace, on a vu le maire, Aimé Duquenne, rafraîchir sa haie cette semaine.
Un mètre cinquante de hauteur, une coupe bien verticale sur le côté, bien horizontale sur le haut.
Il n’y faut pas des heures, et le résultat fait plaisir à voir ! »

Le tout accompagné d’une photo du maire en action. Démontrant à ceux qui ne l’auraient pas compris, que celui-ci est un modèle, quasiment un héros.

Ici réside un des gros problèmes de la presse régionale. Non seulement, en l’occurrence, cet article n’a aucune espèce d’intérêt (sauf si l’auteur avait fait appel, je ne sais pas, à un spécialiste de la taille des haies pour expliquer à chacun comment faire?) à part de remplir la page désespérément vide de l’édition locale, en ces temps estivaux dépourvus d’actualité. Mais en plus, celui qui l’a écrit n’a pu s’empêcher de faire un coup de lèche à l’édile local. C’était plus fort que lui.

Sauf que cette révérence, qui n’est en l’espèce que la caricature de la courtisanerie que l’on subit au niveau national, est inhérente à l’organisation de la presse régionale, qui en est donc directement responsable. Celle-ci économise en effet des postes de journalistes en faisant appel à de plus en plus de correspondants locaux, payés au lance-pierre. Ceux-ci, bien souvent, sont en poste dans les mairies, ce qui est bien pratique pour avoir une vue complète de l’actualité locale. On voit même parfois des adjoints écrire des articles dans le canard du coin!

Dommage collatéral de cette organisation : les articles de « micro-locale », comme on dit dans le jargon, sont presque uniquement à la gloire des équipes municipales.

Personnellement, si j’étais abonné à un journal, je ne supporterais pas longtemps ce genre d’articles… Et j’imagine que je ne suis pas le seul à réagir ainsi! Ce qui peut expliquer les désabonnements en masse que doivent affronter nombre de quotidiens ou hebdomadaires locaux… qui sont obligés de se « refaire » en devenant raccoleurs sur les faits-divers ou en multipliant les numéros spéciaux, les sites webs éphémères, la vente de gadgets et les coups marketing.

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La récession, et alors?

L’économie, alpha et oméga de nos vies? On pourrait le croire à lire ces esprits apeurés se flageller devant l’affreuse nouvelle qui nous est tombée sur la tête la semaine passée : au deuxième trimestre de 2008, l’économie française a légèrement rapetissé, de -0.3%. L’horreur totale !

Rendez-vous compte! La catastrophe n’est pas loin. Pire, on a rempli la première partie des conditions définissant la récession, qui rappelons-le aux incultes, est  constituée lorsque deux trimestres consécutifs, le PIB d’un pays recule. C’est bien ça, j’ai bon?

Ré-ces-sion. Ils n’ont que ce mot là à la bouche, nos chers économistes. Vous savez, ceux qu’on voit partout dans les journaux, à la télé, prêchant la bonne parole, se plantant tout le temps sans conséquence, multipliant les pronostics sans aucune responsabilité ni risque, jouant le rôle d’oracles anonymes de notre chère économie moderne, érigée en divinité redoutable et capricieuse. Et dont les encycliques sont la croissance, les taux d’intérêts, les chiffres du chômage… L’économie est une science inexacte, à qui l’on peut tout faire dire, mais eux sont perpétuellement appelés par les journalistes à donner leur avis d’experts. Un avis jamais démenti, jamais confronté à la réalité, quand bien même il s’avère faux par la suite.

Ré-ces-sion. Le spectre du malheur, en somme! Peut-être allons-nous être moins riches. Et on s’en relèvera! Ils doivent bien rire, ceux qui prêchent la décroissance. Sans aller jusque là, il semble que l’Occident ait perdu la tête, ou au moins le sens des priorités. La rigueur, oui, et alors? Est-on devenu à ce point pauvres d’esprits, pour que la courbe du moral devienne dépendante de l’état du porte-monnaie et de la richesse collective? Va-t-on se laisser abattre par une mauvaise nouvelle économique? Souvenons-nous du passé et retroussons-nous les manches.

Pendant ce temps, l’Occident décadent réfléchit à liquider des vieux. Remarquez, les deux sujets sont liés : avec le poids démographique et les contraintes budgétaires qui pèsent sur nos pauvres économies, ceux qui coûtent le plus cher et qui ne rapportent rien de palpable, ce sont les vieux. Et j’insiste : ce sujet est autrement plus important. Car c’est d’humain qu’il s’agit. Et comme chacun sait depuis Jean Bodin, « il n’est de richesses que d’hommes ».

Non mais!

Lire aussi Seb de CaReagit, qui n’est pas du tout d’accord avec moi, le fourbe.

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Suicide assisté : débattre jusqu’à y être tous favorables!

Il est des affaires qui reviennent à intervalles de temps régulier, comme pour entretenir un débat jusqu’à temps qu’il mène à la conclusion souhaitée. C’est le cas de celle du suicide de Rémy Salvat, ce jeune homme de 24 ans, atteint d’une maladie orpheline dégénérative, qui a vainement demandé au président de la République le droit de mourir assisté.

Pendant que certains, toujours les mêmes, manient l’émotion et revendiquent des droits, Koz met le doigt sur un élément qui paraît essentiel : le fait qu’une fois encore, on réclame à corps et à cri un « débat public ». Comme si on l’empêchait de se tenir.

« Nous avons tous entendu sa mère réclamer un débat public, pour qu’”enfin un débat se tienne en France“. Il ne me semblait pas, à en juger par mon propre blog, que le débat soit occulté. Mais, à chaque occasion, on réclame un nouveau débat, façon de considérer que la réponse apportée aujourd’hui n’est toujours pas légitime. A ce débat, l’euthanasie est ainsi vue comme la seule réponse légitime. Toute autre réponse est rejetée. »

Qu’écrit Rémy Salvat dans sa lettre au président? « Moi, Rémy Salvat, je vous demande de laisser de côté votre avis personnel et d’arrêter d’être sourd. » Etre contre le fait de commettre un acte positif conduisant à la mort d’une personne, c’est être sourd. C’est n’avoir rien compris au film. C’est être du mauvais côté de l’humanité.

Ce n’est pas un hasard si les médias s’emparent de l’affaire. Une avocate a été désignée, et a reçu pour mission d’alerter la presse, la télé, les radios. Et en cette période de vache maigre estivale, celles-ci se jettent dessus sans nuance. Avec comme d’habitude, ces mêmes journalistes en empathie totale avec leur sujet. Ces mêmes journalistes unanimes pour prendre parti, pour se ranger résolument dans le camp du soi-disant « progrès ». Une belle bande de moutons de Panurge, en vérité!

Que titre le Figaro, par exemple? « Un nouveau drame relance le débat sur l’euthanasie ». Mais en quoi, on se le demande, le débat est-il relancé? En quoi a-t-on apporté des éléments nouveaux nous permettant de nous déterminer, dans un sens ou dans un autre? Je vois plutôt une manière d’enfoncer le clou de l’émotion. Allez, un nouvel exemple, vous voyez bien, ma petite dame, que ce pays est réactionnaire et maltraite ses malades. L’accroche de cet article est déjà élogieuse : « Son suicide a été mûrement réfléchi ». Le journaliste en est-il sûr, a-t-il constaté les faits, les a-t-il recoupés, a-t-il assisté à cette réflexion mûre et de longue date?

Et on parle de débat? La légitime émotion causée par ce genre de situation inextricable rend inaudible toute tentative d’essayer de prendre de la distance et de réfléchir sereinement. La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, peut bien dire que la loi sur la fin de vie est équilibrée mais trop méconnue, que l’Etat va investir 230 millions d’euros supplémentaires pour doubler le nombre d’unités de soins palliatifs d’ici à 2012, cette information n’est pas celle choisie pour l’accroche des papiers.

Une opinion publique, ça se construit pas à pas, ça se travaille au corps, ça se relance, ça se bichonne, ça se bouscule. Et en la matière, les partisans du suicide assisté, qui se cachent derrière le droit à l’euthanasie, marquent des points à tous les coups. A nous de ne pas tomber dans le panneau!

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Gomorra, leurs vies valent-elles plus que leurs profits?

Cela faisait des semaines que j’attendais ce jour avec grande impatience : la sortie hier en salle de Gomorra, le film noir sur la mafia napolitaine, adaptation par le cinéaste italien Matteo Garrone du livre éponyme choc du journaliste Roberto Saviano. Et il n’y a pas de déception au bout du compte, loin s’en faut.

Car Gomorra n’est pas seulement une ligne sur la palmarès du Festival de Cannes, où il a décroché le Grand Prix. Le film fait partie de ces chocs qui ne vous laissent pas indemnes. L’hyperréalisme du travail de Garrone, qui tourne au coeur même du territoire de la Camorra, les fameuses Voiles, véritable supermarché de la Coke à ciel ouvert, en fait un quasi-documentaire. A digérer tel quel, à avaler tout cru. C’est à prendre ou à laisser…

Alors que le livre de Saviano est une enquête démontant les rouages économiques du système, le mettant à nu, le film de Garrone propose de rentrer dans la psychologie de ceux qui la composent, à travers une série de portraits de personnages liés à la mafia de Naples. Pour envisager la réaction de ceux qui vivent au coeur de cette horreur. Et qui de fait, agissent à l’instinct. Comme dit le cinéaste italien, « c’est comme un reportage sur des animaux dans la jungle ». Certes.

Alors qu’il s’agit de vies bien humaines, que le film sent la vie, à travers la peur de la perdre. Mais aussi l’absence de respect de la vie, qu’on prend ou qu’on donne sans broncher. Avec toujours, en ligne de mire, l’argent, le profit, érigé en valeur suprême. Cela vous rappelle peut-être quelque chose…

Il y a ce petit garçon qui peu à peu, est happé par la bande. Ces deux têtes brûlées qui croient pouvoir agir en solo et manier la provocation en toute impunité. Le porte-enveloppes protégé par le système qu’il représente, et qui sans lui, se retrouve soudain fragile, tout nu. Ce tailleur qui parvient à le quitter, écoeuré. Cet enfouisseur de déchets toxiques, l’immoralité incarnée. Mais toujours justifiée. Son assistant, qui réussit à conserver en lui un brin d’idéalisme, une forme de distinction entre bien et mal.

La jungle. La loi du plus fort. Du plus malin. L’incertitude du choix d’un clan par rapport à un autre. Les suprématies contestées. Au fond, la mafia ne semble pas anti-système, mais bien intégrée au système. Ne finance-t-elle pas la reconstruction du World Trade Center? Une caricature, poussée à l’extrême, du monde dans lequel on vit. Un monde dans lequel la Justice, la vraie, n’a que peu de poids face aux différents intérêts contradictoires qui sont en jeu et qui dépasse le simple petit humain de base. L’intérêt du consommateur de gaz européen contre celui du paysan géorgien.

Dans tout ça, l’homme semble nu, seul, fragile. Alors si en plus on lui donne un flingue… cela donne Gomorra.

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