Archives mensuelles : juin 2008

Nadine Morano et le catholicisme

Depuis quelques semaines, je m’interroge sur Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la famille. Vues les positions qu’elle affiche dans la presse, y compris tout récemment sur l’homoparentalité et encore plus récemment sur les mères porteuses, je me demande pourquoi on n’arrête pas, à tout bout de champ, de la dépeindre comme une femme « catholique », et même « catholique convaincue ».

Est-ce elle, qui insiste là dessus? Ou sont-ce les journalistes, qui nous le rappellent sans cesse comme un gimmick?

Quand il s’agit d’homoparentalité, Nadine Morano explique (Valeurs actuelles) : « Je me place du côté de l’enfant et quel que soit leur nombre, la société ne peut pas rester indifférente à leur sort ». Quand elle parle des mères porteuses, cela devient (Libération) : « Oui, si ma fille était atteinte de ce genre de malformation, je le ferais. Pour moi, ce serait un geste d’amour ». Des déclarations qui ne montrent pas une grande conviction : ses principes lâchent à la première émotion. Est-elle guidée par l’Evangile, sincèrement? Ou ses opinions sont-elles influencées, au gré du vent, en fonction de l’instinct du moment?

Rien n’est plus vrai, à ce sujet, que ce qu’en dit Patrice de Plunkett :

« Mme Morano serait une « catholique déclarée » alors que ses convictions (dans les domaines de la vie) sont le contraire de celles de l’Eglise catholique. Pour des multiples raisons, expliquées cent fois, l’Eglise désapprouve le business des mères porteuses et ce qu’on nomme « homoparentalité ». Pour autant de raisons, elle désapprouve l’euthanasie. Mme Morano approuve tout ça, et même le recommande. Comment peut-elle se déclarer catholique? Parce que l’époque est ainsi : on a le « droit » de revendiquer n’importe quelle « identité », de façon subjective, sans avoir à en donner les raisons. Mme Morano pense le contraire du pape et des évêques  mais à ses yeux – et à ceux des médias – ça n’empêche pas de se dire catholique. Après quoi l’on s’étonne de la pauvreté des débats dans ce pays: mais si les mots n’ont plus de sens, il est difficile de débattre. L’irrationnel est au pouvoir. »

Faut-il décerner des brevets de bon catholicisme? Pas sûr, cela peut être un facteur de division. Mais il est très contestable que cette dame porte sans cesse une écharpe de catholique en bandoulière si c’est pour prendre des positions exactement inverses de celles du Vatican. A la limite, ne pourrait-elle pas s’abstenir?

2 Commentaires

Classé dans Religion

Besancenot, ou comment combattre une injustice par une autre

Autant Le Pen n’a jamais réussi à se faire passer pour un type sympathique, autant Besancenot parvient à masquer le danger qu’il porte avec sa gueule d’ange et son image de gendre idéal quoique imberbe. Voilà désormais notre facteur considéré comme le meilleur opposant à Sarkozy, d’après un sondage publié par le Figaro. Danger pour le PS, mais surtout, pour la France. Et signe que le néo-libéralisme ne mène à rien à part au désastre.

Il y a beaucoup à dire sur cette nouvelle configuration politique. Précisons que Besancenot arrive non seulement en tête des sondés au niveau global (17%, devant Delanoë à 13% et Hollande et Royal à 9%), mais surtout au sein de l’électorat socialiste (avec 26%, il arrive largement devant Delanoë avec 17%, Hollande avec 11% et Royal avec 10%). Partant de là, on peut bien sûr s’interroger, avec Luc Mandret, sur les conséquences de ce succès, et en premier lieu sur le PS qui a tout à perdre d’une montée de la LCR à sa gauche. Et qui par la force des choses, va à coup sûr tenter de le contrer par un recentrage. Ce qui fera de nouveau monter Besancenot… qui ne sera jamais majoritaire, et donc restera stérile. La LCR et le futur « nouveau parti anticapitaliste » joueront-ils, comme Le Pen, le simple rôle d’idiots utiles? Nicolas Sarkozy, cité par Marianne, le résume bien en s’adressant ainsi à François Hollande, « vous nous avez emmerdés pendant des années avec Le Pen, maintenant, on va vous niquer avec Besancenot ». L’analyse est belle, mais incomplète, car elle ne s’intéresse qu’au petit jeu politique sans aller au fond des choses.

En apparence, Besancenot se présente juste comme un vrai socialiste. Son discours global, celui qu’on entend le plus souvent, celui qu’il clame sur les plateaux de télé, n’est pas beaucoup plus à gauche que celui du PS d’il y a une trentaine d’années, celui d’avant la conversion à l’économie de marché. Et c’est bien sûr ça qui fait son succès. Quoi qu’on en pense, lui, il est sur le terrain. Il est aux portes des usines en grève. Il est du côté de ceux qui souffrent. Il les défend, amène des caméras avec lui. Pendant ce temps, où sont les socialistes? A préparer leur congrès, à s’interroger sur la définition du mot « libéralisme », bref, à cent lieues des préoccupations des Français. Si j’étais socialiste, je voterais Besancenot sans hésiter. Bon ok, je ne le suis pas…

Mais il faut également, avec Koz, s’interroger sur la réalité intime du personnage. Sur le message qui se cache derrière les belles phrases, derrière l’invitation chez Drucker, derrière le gentil facteur qui se dresse contre les méchants patrons. Je suis entièrement d’accord avec lui lorsqu’il s’emporte en ces termes : « Il faut en finir avec la bienveillance coupable avec laquelle on regarde Olivier Besancenot. Il faut en finir avec cet étonnant complexe bourgeois (pour le coup) qui fait que l’on attaque si peu Olivier Besancenot, protégé par sa gueule ronde et sa jeunesse comme par un talisman. Il faut prendre Besancenot pour ce qu’il est. Pas un bon ptit gars. Pas un romantique. Il faut avoir conscience en l’écoutant et, pour ceux qui le font, en lui parlant, que l’on a affaire à quelqu’un pour lequel le respect de la vie est relatif, subordonné aux objectifs politiques. »

J’abonde également dans son sens lorsqu’il dénonce l’accueil fait par Besancenot à Jean-Marc Rouillan, ex d’Action Directe. Lorsqu’il réclame une clarification, « que Besancenot ne puisse pas tenir deux discours. Qu’il ne puisse pas offrir sa gueule de bon facteur rond et jeune tout en assumant ces discours au sein de son parti, discours qui sont très certainement les siens lorsque les micros s’éloignent. »

La preuve : ses disciples ébahis, tels CSP, prennent prétexte de la violence quotidienne subie par les travailleurs pour ne pas condamner, voire se réjouir, du terrorisme passé d’Action directe. Comment, dans ces conditions, ne pas avoir peur de tels militants? On voit certains de ses commentateurs affirmer benoîtement que Rouillan a payé sa dette, d’autres confier leur admiration pour cet assassin non repenti. Et le même CSP le dit lui-même : « Le NPA a venir ne sera pas l’épouvantail commode qui permet aux autres partis de se donner bonne conscience : on a plus faim que ça. Et c’est pour ça que le stratagème de la droite, dont on peut être certain qu’elle se félicite actuellement avec force ricanements, va lui retomber sur la gueule plus vite qu’elle ne le croit. Ces gens nous sous-estiment : on est vraiment très énervés… »

Il est vraiment abbérant aberrant (merci Raveline!) qu’en France, en 2008, de tels partisans de la dictature du prolétariat puissent se trouver aussi haut dans les sondages. Mais surtout, que personne ne s’en émeuve! Je l’ai déjà écrit ici mais je le répète : pour moi, les trotskystes et les fascistes sont de la même trempe, ils sont de ceux qui jouent sur les peurs pour tenter de séduire les plus faibles.

Ils dénoncent de vraies injustices, pour prôner une injustice plus grande encore. Mais le problème n’est-il pas qu’aujourd’hui, en France, personne d’autre de raisonnable ne dénonce les méfaits, la barbarie d’un système néolibéral effectivement inhumain, meurtrier, matérialiste au possible?

Le problème n’est-il pas qu’un nombre incalculable de gens ne voient pas de solution à l’horizon? Que nombre d’Etats soient sommés de se conformer à une ligne économique et politique orthodoxe mais destructrice de l’humain, de la diversité culturelle, de la terre elle-même? Qu’on accepte des trucs immoraux au possible, sous prétexte « qu’on ne peut rien faire »? Qu’on accepte d’ériger en règle inattaquable la loi de l’offre et de la demande, qui est d’une stupidité sans nom? Qu’on accepte de mettre en compétition des Etats qui n’ont pas les mêmes règles sociales? Qu’on se laisse gouverner par des tarés qui jouent dans les salles de marché comme les prolétaires jouent au loto? Qu’on accepte ainsi d’être à la merci d’une rumeur, d’une baisse de moral des investisseurs, d’une peur psychologique qui fait baisser les cours? Que le gateau soit sans cesse partagé entre les mêmes, au mépris de toute justice? Que les incompétents aient des primes de risque, quand ceux qui triment et créent la richesse n’ont jamais aucune reconnaissance de leur travail?

En tant que journaliste, j’ai couvert des conflits sociaux où on croit marcher sur la tête. Il ne faut pas s’étonner d’entendre certains réclamer qu’on mette la tête de certains dirigeants au bout d’une pique.

Pour moi, Besancenot est clairement un adversaire. Mais les néolibéraux – j’entends par là les libéraux qui ont mal tourné, et qui prônent la dictature du marché et de la finance – le sont tout autant. Et plus que jamais. La justice sociale doit être un objectif politique prioritaire. La popularité de Besancenot doit nous le rappeler.

Poster un commentaire

Classé dans Politique

Pour une Europe plus proche et plus démocratique

C’est absolument incroyable que l’on soit contraint, plus d’un demi-siècle après l’avènement d’une forme d’Union européenne, de s’interroger sur ce que nous souhaitons pour le continent. Un peu comme si après l’Europe de la diplomatie, de l’intergouvernemental, devait s’ouvrir, enfin, l’ère de l’Europe des citoyens.

Quoi qu’on pense des raisons qui ont amené à ces votes, il aura fallu le double non français et néerlandais de 2005, puis le non irlandais de la semaine dernière pour un arriver à cette réflexion : non, la construction européenne n’est pas figée, et elle ne doit pas forcément s’envisager comme le font nos dirigeants depuis une vingtaine d’années. Oui, une autre Europe est possible, et même souhaitable. Oui, il faut réfléchir et se creuser la tête, plutôt que de continuer à insulter les peuples comme le fait par exemple sans cesse l’élitiste Maître Eolas, qui ne doute jamais de rien et surtout pas de lui-même.

Force est de constater que depuis la chute du mur de Berlin, qui a coïncidé, peu ou prou, avec le début de la globalisation des échanges économiques, l’Europe a un doute évident sur son identité, sur ce qu’elle doit être. Alors que dans le même temps, avec notamment Erasmus, il n’y a sans doute jamais eu une conscience européenne aussi forte au sein de la jeunesse!

D’aucuns estiment qu’il il y a là le signe d’une crise des valeurs. Et ils n’ont sans doute pas tort. Mais si l’on s’en tient au politique, on voit bien que depuis une bonne dizaine d’années, notre vieille Europe fait tout et surtout n’importe quoi : les élargissements successifs, sans intérêt majeur autre que le symbolique, ont freiné l’émergence de l’Europe que l’on pouvait attendre, à savoir une Europe politique. C’était une faute majeure, quasi impardonnable. Mais une erreur qu’on est sur le point de reproduire puisque d’autres adhésions sont envisagées.

A ce titre, je suis très proche de la vision d’Authueil. Il faut savoir ce qu’on veut : si on désire une Europe qui prenne des décisions supra-gouvernementales, si on veut être plus efficace et être forts à plusieurs, il faut absolument que le citoyen n’y perde pas au change. Il faut donc d’abord que les procédures de décision soient plus simples, mieux expliquées, plus démocratiques. Toréador s’essaie par exemple à proposer un nouvel équilibre entre les institutions. Je suis désolé, mais ni le TCE, ni le Traité de Lisbonne, ni même les traités antérieurs ne sont satisfaisants sur ce point : l’essentiel des pouvoirs est dans les mains de la commission, composée de types cooptés d’après des critères qui m’échappent. Où est leur légitimité? Il faut retravailler là dessus, c’est incontournable.

Ensuite, il faut que les institutions et l’Europe en général soit plus visible, et pas seulement sur les plaques de chantier, à la case financement : pourquoi l’Union ne communique-t-elle pas d’avantage? Quand on voit ce que les collectivités françaises mettent comme paquet en terme de com’, pour tout et n’importe quoi, on se dit qu’un continent pourrait peut-être s’y mettre. Comme dit Emmanuel Raveline, « si un pouvoir trop présent peut être impopulaire, rien ne radicalise plus qu’un pouvoir trop abstrait et trop incompris ».

On accuse souvent les Etats-membres, et particulièrement la France, de constamment se défausser sur l’Europe. Mais n’est-ce pas également vrai dans l’autre sens? Pourquoi sur la question des énergies, les gouvernements doivent-ils faire le sale boulot? Pourquoi, lorque les pêcheurs se rendent à Bruxelles, le commissaire européen leur envoie-t-il son directeur de cabinet?

Enfin, il faut qu’on arrive à d’avantage de référendums européens, pour sortir du réflexe national. Il faut aussi ne pas se bloquer à l’unanimité : si certains Etats veulent aller plus loin que d’autres, qu’ils y aillent! Si l’Irlande veut patienter, eh bien qu’elle patiente. Tant qu’on ne sortira pas de la logique « les 27 ou rien », on n’y arrivera pas.

Poster un commentaire

Classé dans Europe

L’interdiction de la fessée, une urgence absolue!

Lue sur le monde.fr, cette brève qui m’a fait bondir de ma chaise : le Conseil de l’Europe veut en finir avec la fessée. Et l’organisation lance donc une grande campagne pour sensibiliser les parents sur cette question.

Incroyable!  Le Conseil de l’Europe, cette organisation non gouvernementale qu’il ne faut pas confondre avec l’Union européenne, n’a donc rien de mieux à faire, le dimanche après-midi, que de réunir une conférence internationale avant de s’entendre sur cette déclaration : « Aucune religion, situation économique ou méthode d’éducation ne saurait justifier de frapper un enfant, de le gifler, de lui donner la fessée, de le maltraiter, de l’humilier ou de recourir à toute pratique qui porte atteinte à sa dignité ».

Il ne s’agit pas pour moi, ici, de défendre la fessée. On pourrait en parler pendant des heures. Philosophiquement, abstraitement, il semble évident que la violence est toujours un aveu d’échec, et que la bonne éducation est celle qui n’a pas besoin d’élever la voix pour se faire comprendre. Comme le bon chef est celui qui se fait d’emblée obéir et respecter.

Non, ce qui suscite mon courroux, c’est le caractère non seulement donneur de leçons, mais surtout le côté absolu de la déclaration. Rien ne justifie la fessée! Absolument rien! Ni une religion, ni une situation économique, encore moins une méthode éducative! On parle, carrément, « d’atteinte à la dignité des enfants ». Messieurs-dames, nous avons là une quasi-religion, qui distribue les bons et mauvais points, qui décide de ce qui est bon, ou non, pour l’homme. Et en quel honneur?

Mais on nous rassure dans Libé : l’initiative du Conseil est exclusivement préventive, il n’y aura pas de poursuites. Encore heureux! et pourquoi pas une excommunication?

Bien sûr, le journal de Laurent Joffrin ressort l’éternel expert selon lequel les fessées que subissent les enfants sont la cause des violences que l’on observe entre adultes. Sans blague? Ne serait-ce pas plutôt l’inverse? L’absence d’éducation digne de ce nom qui provoque un bazar sans nom? Personnellement, je commence à en avoir un tout petit peu assez des psychologues, des psychiâtres, des leçons perpétuelles qu’ils donnent au monde, de leurs préconisations abstraites, de leur avis qui diffère selon l’école à laquelle ils appartiennent.

Car dans les faits, dans la vraie vie, que voit-on? Des enfants brimés, battus, traumatisés? Des atteintes à la dignité? Oui, cela existe, même en France. Mais quand on n’a pas d’enfant, il suffit de se balader dans un supermarché ou dans n’importe quel lieu public (je ne parlerai même pas de super nanny)  pour constater le désastre éducatif actuel, le caractère pathétique des adultes que les marmots mènent par le bout du nez. Depuis qu’on les vouvoie, qu’on leur demande leur avis (y compris pour des questions qui leur échappent totalement), qu’on en fait l’égal des grands, les enfants déraillent, car ils sont perdus.

N’est-ce pas cela, qui est une atteinte à leur dignité? Qui est la vraie atteinte à leur dignité? N’est-ce pas là qu’il faut agir, au lieu de continuer à culpabiliser des parents souvent bien impuissants à trouver des solutions?

Et puis, si l’on veut un peu élargir le sujet, il est assez amusant de voir que les Etats et les organisations internationales, lorsqu’ils sont impuissants à règler la mission pour laquelle il ont été choisis (la gestion de la cité), s’emparent très vite de la question du bien et du mal pour se mettre à édicter des lois morales. Mais depuis quand, en définitive, le Conseil de l’Europe est-il mandaté pour dire aux parents comment ils doivent éduquer leurs enfants?

1 commentaire

Classé dans Chafouinage

Ils peuvent pas voter comme tout le monde, ces bouseux d’Irlandais?

Réactions attendues mais peu surprenantes (quoi que toujours amusantes) de la part des médias et du monde politique français, alors que les Irlandais sont aujourd’hui appelés aux urnes pour se prononcer sur le traité européen de Lisbonne :  comme on en a désormais l’habitude, il s’agit essentiellement de dire que le choix n’existe pas. Oui, ou zut!

Hé oui, à part voter oui, il n’y a pas d’alternative possible! Que ce soit clair : ceux qui pensent voter non sont au mieux des irresponsables et des crétins, qui n’ont pas compris tout ce que leur pays devait à l’Europe. Au pire, ce sont des nationalistes timorés qui ont peur des pays d’Europe de l’est. Re-cro-que-vil-lés sur eux-mêmes.

D’ailleurs, on le voit venir de loin, puisque pour certains, il n’y a même pas eu de débat, ni de campagne digne de ce non nom. C’est ça! Si les bouseux irlandais avaient été correctement informés, pour sûr, ils voteraient oui sans hésiter! Au moins, dans les autres pays, on a adopté une attitude responsable : faire voter les parlementaires, qui eux, au moins, ne sont pas de stupides citoyens.

Certes, il est incontestable qu’un non irlandais mettrait l’Union dans une fâcheuse posture, et la France en particulier, puisqu’elle doit en prendre bientôt la présidence, et qu’elle a particulièrement milité pour relancer l’intégration politique du continent. Pierre Catalan résume assez bien cette opinion : « le vote NON, en Irlande comme en France, s’accompagne d’un refus obstiné d’imaginer les conséquences d’un NON, quitte à jeter le bébé mais à tout de même garder l’eau du bain. Comme en France, la rhétorique est facile: « si on craint des conséquences si dramatiques, pourquoi passe-t-on par référendum? ». Cette objection est évidemment une façon facile de passer à côté du sujet. Quand on vote, on doit toujours devoir se demander quelle est la portée de son acte. La démocratie implique un réflexion sur les conséquences de nos actes. »

Entièrement d’accord avec lui. Le débat est clairement biaisé. Mais l’inverse fonctionne également: le oui, ça ne peut pas avoir de conséquences négatives? Tope là, continuons comme avant, ne changeons rien, banco! J’entendais tout à l’heure Hervé Mariton, sur France Info, dire en filigrane que la campagne irlandaise avait au moins pour mérite de lancer une réflexion sur la distance trop grande entre les institutions européennes et les citoyens. Bien vu! Sauf qu’on pouvait dire ça dès Maastricht, et que depuis, pas grand-chose n’a changé…

On continue dans la même direction, on persiste par exemple à vouloir envisager de nouvelles adhésions avant même de penser à pousser plus avant l’intégration… Je trouve très joli ce qu’écrit Koz sur le rêve européen, et je ne suis pas loin d’adhérer à ses réflexions sur l‘égoïsme de certains, qui n’adhèrent à l’Europe que tant qu’ils sont bénéficiaires.. Mais amorce-t-il un soupçon d’autocritique sur la manière dont l’Union est gouvernée? Sur son évolution, sur le fond? Au moins, on retrouve un semblant de début de prise de conscience chez Versac, s’exprimant sur Publius : « A trop prendre l’électeur pour un imbécile, tout en lui proposant de s’expliquer, on s’expose à ce genre de vent de refus, et à l’exploitation par des rois de la mauvaise foi de tout mouvement d’humeur populaire. Logique implacable. »

Bien sûr. Tous les nonistes ne basent pas leur position sur un raisonnement construit. Loin de là. Mais est-ce pire que de clamer haut et fort des arguments aussi stupides que « l’Europe, c’est la paix » ?

Au final, je ne suis vraiment pas persuadé qu’un non puisse déboucher sur quoi que ce soit de positif. Mais est-ce que cela ne peut pas se transformer en un énième avertissement salutaire aux costards-cravate de Bruxelles, qui visiblement ne mettent jamais les pieds sur le terrain? Une façon de leur dire merde, après leur tentative de faire repasser en douce le même traité qu’en 2005? Cela peut se défendre, après tout… S’ils n’entendent pas, peut-être faut-il crier plus fort.

Poster un commentaire

Classé dans Europe

Quand des collectivités subventionnent un festival satanique

J’ai beau être ouvert d’esprit et avoir un tout petit peu le sens de l’humour, je ne comprends pas comment des collectivités publiques peuvent subventionner des festivals comme celui-ci, dont le titre est sans équivoque possible : Hellfest.

En l’occurrence, cette série de concerts de hard-métal a lieu du 20 au 22 juin à Clisson, au sud de Nantes, et reçoit des subsides du Conseil général de Loire-Atlantique et du Conseil régional des Pays-de-Loire.

J’ai lu des articles récents montrant que certains habitants de Clisson s’émeuvent de la présence de ce festival dans leur commune et les réponses des dirigeants, qui feignent l’étonnement. Il n’en reste pas moins qu’il suffit de jeter un oeil sur le site internet de Hellfest pour voir que les références à Satan sont légion. Soit il y a des liens avec des groupes satanistes, et c’est un scandale, soit c’est juste pour la provocation et pour la pub, et c’est encore pire car des esprits faibles vont en être victimes. Il faudrait au moins conditionner les subventions au retrait de toute référence à l’Enfer ou à Satan.

Au fond, à l’heure où la montée du satanisme (et des profanations…) est un phénomène qui inquiète de plus en plus, il y a de quoi s’interroger sur l’irresponsabilité de certains élus. La tolérance, souvent, a bon dos…

En France, non seulement on tolère, mais on plus, on donne des sous!

6 Commentaires

Classé dans Chafouinage

Mariage annulé : le « plus » indéniable des blogs

Alors que les réactions courroucées continuent de polluer les fils de dépêches AFP au sujet de ce jugement controversé ayant annulé un mariage au motif que l’époux avait été trompé sur la virginité de sa promise, jugé par lui comme un élément déterminant de son consentement, on peut pourtant commencer à prendre du recul sur « l’événement » et en tirer quelques leçons.

Ce billet était quasi-achevé au moment où on a appris, hier soir, que la Chancellerie demandait au parquet général de Douai de faire appel du jugement du tribunal de Lille. Je me contenterai de citer maître Eolas, une nouvelle fois brillantissime : « Sombre jour pour la liberté, qui voit l’État intervenir dans une affaire strictement privée à cause de l’émoi de l’opinion publique. Parlez-moi d’archaïsme, d’idées d’un autre temps, de piétinement des valeurs de la République, et je vous parlerai de cet appel, ordonné par une Garde des Sceaux qui approuve pourtant elle-même ce jugement. La République marche sur la tête, et la foule crie sa joie comme si on venait de libérer Barabas. »

Eolas doute d’ailleurs de la recevabilité de cet appel. Merci, Maître. Ceci étant dit, j’en reviens aux petites leçons que je me permets de tirer de cette affaire, en tout humilité s’entend. La première, c’est que personnellement, et une nouvelle fois, j’ai eu le sentiment d’en apprendre infiniment plus de choses sur les blogs, et notamment juridiques, que dans les médias traditionnels sur ce sujet, qui se sont souvent contenté de colporter des déclarations à l’emporte-pièce, sans recul ni analyse.

Le web m’a permis de me former un jugement éclairé (quoique restant personnel et donc subjectif), de comprendre la décision prise par le tribunal de Lille (ou tout simplement de la lire!) tandis que les médias traditionnels (radios, télés, journaux) ont fait tourner en boucle les mêmes indignations scandalisées, issues des mêmes esprits sclérosés, et qui semblent sortir d’une « machine à s’émouvoir » qui semble toujours fonctionner de la même manière : c’est à celui qui dira la bêtise la plus grosse, de crainte de ne pas être à la une. Ici, un fond d‘islamophobie, et là, un zeste de féminisme béât. Et Rachida Dati en bouc émissaire d’une annulation de mariage somme toute logique du point de vue du droit. Le conformisme a décidément atteint ses limites dans les médias classiques.

Cratyle analyse cette différence de traitement en estimant qu’il y a deux conceptions de la liberté qui sont en jeu. D’un côté, celle qui veut imposer sa vision des moeurs et de « ce qui est bon », et de l’autre, celle qui est plus encline à tolérer des comportements qu’elle peut désapprouver par ailleurs. Comme le résume Rubin Sfadj, « certaines personnes on beaucoup de mal à accepter l’idée que d’autres, minoritaires, puissent mener une vie différente et, surtout, jouir de la même liberté. Drapées dans leurs certitudes, ces personnes tirent, en France, leur sentiment de liberté de leur majorité. Si bien qu’en creusant un peu, on trouvera que cette liberté n’est qu’une expression de leur irrépressible désir d’égalité. »

Décidément, il y a sur ce type de sujets une forme de bienpensance dans la sphère politico-associativo-médiatique, et qui peut se révéler très dangereuse. On en est arrivé à un point où certains parlent clairement du « respect des valeurs républicaines », qui devraient s’imposer à tous. Comme si la République était une religion. On y est!

La deuxième leçon de tout cela, c’est que dans le fond, cette polémique revient à montrer du doigt tous ceux qui, volontairement, choisissent d’arriver vierges au mariage, qu’ils soient hommes ou femmes. A vouloir imposer un modèle commun à tous. On nous parle de « régression », de « retour au réactionnaire », d’une « offensive du religieux » (Caroline Fourest, hier soir sur Mots Croisés, où tout le monde pensait de la même façon, mis à part un juriste). Quel fantasme! Combien d’hommes et de femmes, aujourd’hui, sont vierges de façon volontaire passés vingt ans? Quel impact a sur eux le religieux, face au rouleau compresseur de la pensée dominante de la liberté sexuelle? On peut se poser la question. Reste que j’ai beaucoup aimé cette phrase de Jules, de Diner’s Room : « Rappelons (…) que la liberté sexuelle ne consiste pas à s’abandonner aux galipettes, mais aussi à ne point souhaiter pratiquer de relations sexuelles. Et la conservation volontaire de la virginité n’est rien d’autre que l’exercice de cette liberté. » Et tac.

Au fond, dans cette affaire, on confond opinions et principes. On compare des choses incomparables, à savoir d’un côté le jugement que chacun porte sur la personnalité de ce monsieur (oh mais quel goujat!), sous fond d’hostilité grandissante envers l’Islam, et de l’autre, la décision qu’a prise une juge sur un contrat entre deux personnes, qui en sont d’ailleurs toutes deux satisfaites!

P.S. Contrairement à ce qu’on tente de faire croire, ce n’est nullement Libération qui a révélé l’affaire, mais le petit quotidien régional Nord Eclair. Voilà, justice est rendue!

P.P.S : Voilà que le PS veut déposer une proposition de loi pour que les méchants musulmans ne puissent plus imposer cette barbarie à leurs femmes : « Il y a à l’évidence nécessité d’une réflexion juridique et d’une modification de la loi quand une telle décision de droit conduit à une telle régression », a déclaré le porte-parole du PS, Bruno Le Roux. La loi doit protéger certains, mais pas tous! Faut pas pousser, hein!

Poster un commentaire

Classé dans Société