Archives mensuelles : mai 2008

Mariage annulé à Lille : le tollé est totalement hors-sujet

Vous allez dire que je prends le contre-pied systématique de l’opinion générale. En l’occurrence, je comprends mal le tollé suscité par la décision du tribunal de lille d’annuler un mariage au motif que la femme avait menti sur sa virginité, qu’elle avait en fait déjà perdue.

Sihem Habchi, présidente de Ni Putes ni Soumises dénonce une "fatwa contre la liberté des femmes"! Elizabeth Badinter montre au créneau et se dit "ulcérée". Le PS parle de "droit des femmes bafoué". Une décision archaïque pour les uns, scandaleuse pour les autres. Mauvais message en direction des femmes pour les derniers. La secrétaire d’Etat en charge du droit d’Etat, Valérie Létard elle-même se dit "consternée".  L’argument de tous est souvent celui-ci : la sexualité est une question d’ordre privé, prendre une telle décision équivaut à revenir des années en arrière. Vous savez, du temps où les femmes étaient oppressées? Bon, d’accord, j’arrête le mauvais esprit. N’empêche qu’il est amusant de voir toutes ces bonnes âmes s’émouvoir après avoir laissé le communautarisme s’installer ces vingt dernières années.

Ces critiques sont totalement hors sujet. Pourtant, les faits sont simples : un homme, musulman de confession, s’est marié à une femme. Pour lui, il est important que celle-ci soit vierge le jour de la noce. On peut être d’accord ou pas, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un contrat entre deux personnes, et que les deux parties avaient été claires sur ce point.

Partant de là, sachant que pour qu’un mariage soit valable, le consentement des deux parties doit être libre et éclairé, l’annulation n’est pas si étonnante que cela. Il faut comprendre que pour cet homme, la virginité est un élément essentiel du consentement. S’il avait su, il n’aurait pas épousé cette femme.

C’et ce que répond d’ailleurs la chancellerie, qui parle de l’application de l’article 180 du code civil qui dit qu’un mariage peut être annulé si l’un des époux a fait erreur sur la personnalité du conjoint : "En aucun cas cette décision ne constitue une application par les juges de dispositions inspirées par des considérations de morale, religieuses ou confessionnelles", a assuré Guillaume Didier, porte-parole de la ministre de la Justice Rachida Dati lors de son point presse hebdomadaire jeudi. "Ce que le tribunal a retenu pour prononcer l’annulation du mariage, ce n’est pas la virginité ou la non virginité de la personne, mais c’est le mensonge, un mensonge qui porte sur une qualité essentielle pour les deux époux, mensonge en plus reconnu par son auteur", a-t-il expliqué.

Il ne s’agit pas de consacrer la virgintié comme un élément essentiel du consentement, comme on l’a lu ici ou là, mais plutôt de rappeler une jurisprudence constante qui interdit à un époux de mentir sur un élément jugé essentiel pour le conjoint. Maître Labbée, l’avocat du mari, a beau jeu de le dire en ces termes : "Il a dit: je ne peux pas faire confiance à quelqu’un qui, dès le départ, me ment. Comment voulez-vous construire une union durable sur un mensonge?"

Le procureur de la République de Lille lui-même, Philippe Lemaire, peu suspect d’archaïsme ou d’intégrisme, confirme, selon l’AFP"Le problème de la virginité "focalise un peu le débat, mais, selon ce magistrat, la question ce n’est pas la virginité, c’est la liaison qu’elle a eue avant et qui a été cachée." "C’est le mensonge qui motive la décision du juge", a souligné le procureur Lemaire."

Au final, la Justice est là pour appliquer la loi avec discernement, pas de trancher des débats de société et dire si oui ou non, une femme doit être vierge ou non en arrivant à la mosquée ou à l’église.

Evidemment, on peut regretter que cet homme-là n’ait pas dépassé sa déception et pardonné à celle qu’il était tout de même censé aimer. Mais le reste est, il faut le répéter, complètement hors de propos.

N.B. Je suis heureux de voir que les spécialistes du droit confirment de manière plus précise ce que j’ai écrit. A savoir que, comme le résume Jules de Diner’s Room, "l’appréciation des "qualités essentielles" est subjective. Elle ne relève pas de la norme sociale telle que l’établit le juge, mais de ce qui, dans le for de la conscience de chacun des époux, à pu le conduire en mairie".

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Ségolène Royal, le grand écart entre l’antilibéralisme et le MoDem

Mais quelle mouche a piqué Ségolène Royal? Piégée par un duel sémantique avec Bertrand Delanoë sur la définition du mot "libéralisme", celle qui prétend incarner le PS enchaîne les contre-sens et s’empêtre dans un grand écart incertain entre l’antilibéralisme et le MoDem.

Militants, militantes socialistes. Si vous désirez perdre en 2012, de grâce, choisissez tout de suite Royal pour gouverner le PS : le résultat sera couru d’avance. Et la droite pourra passer toutes les réformes qu’elle voudra, sûre d’être réélue au bout. Au moins par défaut.

Hier, la candidate déjà malheureuse une fois – et qui n’a jamais tiré aucune leçon de cet échec à part pour dire que c’était la faute des autres – s’est expliqué sur les raisons qui l’opposent fictivement à Bertrand Delanoë (qu’on se prend même à aimer, un comble), qui en s’affirmant "socialiste et libéral", a non seulement créé l’événement au PS (il suffit de voir combien de blogs se sont déchirés sur cette question somme toute futile), mais en plus, coupé l’herbe sous le pied de son "adversaire". Celle-ci tente depuis, maladroitement, d’en faire un clivage pour le Congrès de Reims…

Je rappelle pour les distraits du fond que la semaine passée, notre Jeanne d’Arc de gauche avait déclaré ceci, provoquant la fureur de sociaux-démocrates éminents :  «Je ne pourrais jamais dire : je suis libérale. Je ne crois pas qu’il faille réha biliter ce mot et ce concept. C’est le mot de nos adversaires politiques, synonyme de capitalisme débridé, d’écrasement des bas salaires, de violence».

Enfin, s’est expliquée, disons qu’elle s’est embrouillée. Sur France Info, elle est allée raconter que le libéralisme était responsable du fait qu’aujourd’hui, "il n’y a jamais eu autant de misère". Va dire ça aux ouvriers du XIXe siècle. Première ineptie!

Pire, elle a scandé qu’il ne fallait pas "aller piocher à droite son idéologie et son vocabulaire". Comme si ce genre de considération devait être à la base d’un discours politique. Et après, elle ose dire que "le Congrès de Reims, les Français s’en moquent". Sectarisme, quand tu nous tiens. En ce moment, je rêve d’un punching-ball grimé en présidente du Poitou-Charentes. Deuxième idiotie!

Elle confond libéralisme et néo-libéralisme, cette truffe. Elle ne sait que répondre quand les journalistes, avec malice, lui rappellent cet interview au Point que j’évoquais ici même en son temps, et dans lequel elle disait exactement la même chose que Bertrand Delanoë en établissant une distinction entre libéralisme philosophique et politique, et libéralisme économique.

Elle s’emmêle les pinceaux. Et croyant faire la synthèse des gauches, elle enjambe de façon hasardeuse le PS en se faisant passer pour "antilibérale" et en pronant dans le même temps une alliance avec le MoDem. Aux journalistes qui lui demandaient s’il n’y avait pas là une contradiction évidente, elle répond d’ailleurs : "Je vous le dirai. J’aborderai cette question sans tactique et sans tabou". Mais c’est tout de suite qu’on veut la réponse!

Voilà. Elle est une nouvelle fois allée trop loin, et telle un gamin pris la main dans le pot de confiture, elle ne sait pas comment se dépatouiller de tout ça, et elle s’embrouille. Et on voudrait lui confier les clefs d’un parti, voire de la France?

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L’Eglise doit-elle s’adapter à l’évolution des pratiques collectives?

Question intéressante que celle de la pertinence de l’évolution des institutions, des normes, en fonction de celle des moeurs, des habitudes, des pratiques collectives. En somme, doit-il y avoir une dictature du présent? En ce qui concerne l’Eglise, la revendication n’est pas nouvelle mais s’accélère dans un monde où elle n’est plus majoritaire. Elle est pourtant en contradiction totale avec l’esprit du christianisme.

Doit-on changer pour changer? La semaine dernière, Authueil évoquait un ouvrage récemment paru du cardinal italien Carlo-Maria Martini, qui "remet en cause" selon lui "les positions de l’église catholique sur la sexualité, la contraception, le mariage des prêtres, la collusion de l’église officielle avec les puissants", et qu’il interprète comme "le craquement d’une vieille maison, inquiétant pour ses occupants, car signe de délabrement et donc de risque d’écroulement." Cet avis n’est pas très étonnant venant d’Authueil, protestant bon teint, qui ne manque jamais une occasion de taper sur l’Eglise, le pape et les dogmes. Celle-ci était trop belle!

Il n’empêche que cette position est caractéristique d’une opinion assez communément répandue, a fortiori chez ceux qui ne sont pas catholiques, et qui voudrait que l’Eglise s’adapte à la société, à ses rites, aux pratiques des fidèles et du monde. Ce qui donne ceci sous la plume d’Authueil : "Ce genre de charge est sans doute de nature à faire évoluer le catholicisme, et ce n’est pas un mal, car sur les points que dénonce Martini, il y a un décalage criant entre la hiérarchie et les fidèles, au point d’atteindre, chez nombre de fidèles, le point de rupture. Cela suffira-t-il, j’ai bien peur que non, la psycho rigidité du Vatican étant un de ses traits fondateurs."

Alors quoi? Depuis 2000 ans, inlassablement, l’Eglise transmet le message de Jésus-Christ, sans varier d’un iota sur le fond des choses. Ce message a un but : montrer, proposer un chemin vers le bonheur et la vie éternelle. En gros, c’est ça. Et ce message changerait au gré du temps, du vent, et des humeurs des sondages? Il faudrait, sous prétexte que ses positions sur la sexualité, la contraception, le mariage des prêtres etc, ne sont plus à la mode, les abandonner?

L’Eglise a toujours dérangé. Jésus lui-même s’est fait liquider par des grands prêtres jaloux de son influence et de leur pouvoir, et qui goûtaient peu à son message révolutionnaire. Tout au long de son histoire, malgré les schismes, les guéguerres intestines, et même avec des papes parfois très limites, Rome a persévéré et tenu le cap. C’est elle qui a par exemple inventé la séparation entre les pouvoirs temporel et spirituel, en dépit de ce qui se faisait partout dans le monde au début de notre ère.

Changer les pratiques, les rites, les façons de faire, pourquoi pas. Changer le regard qu’on porte sur la société, pourquoi pas. Mais changer la substance du message, à quoi bon? Pour gagner des fidèles en plus, pour atténuer ce "décalage criant" qu’évoque Authueil? L’Eglise a une vocation évidente à l’évangélisation, c’est son rôle et sa mission. Mais doit-elle brader son message et le rendre plus neutre pour pouvoir être mieux accepté et remplir ses édifices? Mgr Martini propose de réserver le célibat aux prêtres qui ont une "vraie vocation". Cela signifie donc que pour contrer la diminution dramatique du nombre de curés, il faut ouvrir les portes à des "fausses vocations"?

L’argument est très gênant car il signifie qu’on se préoccupe non pas de savoir si oui ou non le message est bon, mais uniquement du point de savoir s’il est payant en termes comptables. Mais que diable, l’Eglise n’est pas une enteprise soumise aux diktats du marketing et de la loi de l’offre et de la demande! Si demain, tout le monde se mettait à mentir, on ne rayerait pas le mensonge des dix commandements, quand même…

Sans vouloir nullement contrarier Mgr Martini ou ce cher Authueil, j’ai plutôt l’impression que ce sont les évolutions post-conciliaires qui ont fait fuir les gens. La perte du sens du sacré, sous prétexte d’humilité. Le manque d’affirmation, sous prétexte de tolérance : on a parfois le sentiment que les catholiques ont honte de l’être, se cachent pour prier, sont les seuls à devoir se justifier en permanence de ce en quoi ils croient. Et puis il faut l’avouer, la facilité : être catholique, ce n’est pas facile tous les jours.

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Le Nouvel Obs’ raconte des "conneries"

Désolé, j’ai du retard à l’allumage mais c’est serré en ce moment. Merci à Jean Quatremer, qui a eu le courage de briser l’omerta journalistique, et de dénoncer le mensonge éhonté d’un de ses confrères journalistes. Du jamais vu! L’affaire fait pourtant très peu de bruit

Le Nouvel Obs’ a en effet prêté au président de la République des propos qu’il aurait tenus dans une conversation avec des journalistes spécialistes des questions européennes.

L’objet du délit, qui décridibilise l’hebdomadaire et est une honte pour son auteur, est un "billet d’humeur" publié dans la rubrique "Téléphone Rouge" du Nouvel Obs’, et dont le titre était "les nouveaux connards de Sarkozy"

"Nicolas Sarkozy a toujours autant de mal à se faire au style présidentiel. “Putain les mecs, il fait chaud, on se fout sur la terrasse !”, a-t-il lancé, lundi 5 mai, à quelques journalistes spécialistes des questions européennes qu’il avait invité pour une rencontre informelle à l’Elysée. L’entretien s’est déroulé dans la bonne humeur jusqu’à ce qu’un des reporters s’avise d’interroger Sarkozy sur sa pusillanimité à propos des droits de l’homme en Tunisie. Réponse du président : « Rien à foutre, de toute manière, ce ne sont que des connards qui posent des questions à la con… ”

Manque de bol, Jean Quatremer était à cette réunion et a démenti catégoriquement. L’info a été en réalité totalement déformée, même si elle repose sur un tout petit fond de vérité. Comme dirait Jules, de Diner’s Room, le journal "a franchi cette limite pourtant assez franche entre l’information et la désinformation". Le Nouvel Obs a été contraint de présenter ses excuses mais les a prononcées du bout des lèvres.

Le problème de fond posé par cette preuve flagrante et terrible de malhonnêteté, ce n’est pas seulement celui du trop grand militantisme de certains journalstes de gauche ou de droite. Même s’il y a un peu de ça. Là, en l’occurrence, l’auteur de ce billet a soit volontairement raconté des sottises en pensant que cela ne se verrait pas, soit accordé naïvement sa confiance et rapporté des propos via une source qui elle, avait intérêt à nuire à Nicolas, et dont il aurait donc dû se méfier. Tactique connue des journalistes : pour obtenir une info sur quelqu’un, appelez son ennemi.

Comme pour l’affaire du soi-disant SMS de Cécilia Sarkozy, c’est donc une nouvelle fois à cause de l’absence de recoupement – principe de base du journalisme – que le scandale arrive.

Le Nouvel Obs’ s’est fait pincer, mais ce type de travail au mieux baclé, au pire malhonnête n’est pas rare. Les billets d’humeur ou papiers "confidentiels" sont d’ailleurs particulièrement propices. On raconte un événement auquel on n’a pas participé, on met un peu d’humour si possible, et hop, le tour est joué. C’est d’ailleurs le ton de ce genre de rubrique qui fait son succès.

La question est : l’auteur de l’article sera-t-il licencié pour faute professionnelle? Il a causé un tort énorme à son journal, mais aussi à un métier déjà discrédité et vilipendé à chaque coin de rue, et qui perd jour après jour ses clients, c’est-à-dire ses lecteurs. Il serait vraiment, vraiment temps de faire cesser cette impunité dans la presse.

N.B : Bizarrement, aucune trace de cette info pour l’instant chez ceux qui vigilent. Les vrais Vigilants, pour l’heure, sont Koz, Embruns, Diner’s room et London. Bandes de gauchistes, va!

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Les ficelles de l’info (3) : presse et précarité

Voici le texte d’une contribution que j’ai proposée au site www.presseencolere.org (qui l’a acceptée), créé par des employés du Monde pour dénoncer le plan social qui s’annonce dans le quotidien du soir. Plus que jamais, il est temps de s’intéresser à la précarité qui règne dans la presse, et qui est un des aspects les plus frappants à mon sens de la crise qui frappe aujourd’hui les médias. 

En tant que rédacteur d’un quotidien régional, je ne peux que soutenir "Le Monde", qui est un symbole pour tous les journalistes. Et j’aimerais apporter une contribution sur le thème de la précarité de la presse, qui est largement lié à celui de l’indépendance. Ou en tout cas à celui de la qualité et de la fierté de ce métier.

L’indépendance de la presse semble être en effet d’avantage menacée de l’intérieur (plan sociaux, actionnaires proches du pouvoir) que de l’extérieur. La situation de l’AFP, qui est problématique, semble donc moins ennuyeuse que celle du Monde qui privé de nombre de ses collaborateurs, gagnera peut-être autant d’argent mais en faisant du travail de moindre qualité. Ce qui est un comble!

Il est bien là, le drame de la presse quotidienne. Chez nous, la précarité devient de plus en plus la règle. Les CDD s’enchaînent parfois au mépris du droit du travail. Il est comique que certains de nos collègues, qui en sont parfois à leur cinquième ou sixième contrat à durée déterminée d’affilée, aillent couvrir des conflits sociaux sans que cela pose de problème à nos dirigeants qui clament pourtant de grands principes dans leurs éditoriaux. Belle schizophrénie!

Sans compter le problème des stagiaires, ces beaux petits soldats tout droit sortis d’écoles de journalisme, et qui se retrouvent à faire le même travail que les titulaires, pour des indemnités de misère. En réalité, bon nombre de titres de la presse régionale ne s’en sortiraient plus sans ces stagiaires, qui occupent à tour de rôle de postes permanents…

Et puis il y a les diversifications du métier de journaliste, qui font que celui-ci ne peut bien souvent plus prendre le temps d’enquêter sérieusement, voire parfois de recouper. Nous, les rédacteurs, devons maintenant prendre nous-mêmes nos photos, faute de photographes suffisamment nombreux. Nous devons également être secrétaires de rédaction, et "maquetter" nos pages, et corriger les articles de nos collègues. Il nous faut parfois écrire en temps réel des articles pour le site web. Dernière nouveauté : on nous a gentiment doté d’appareils photos numériques dernier cri permettant de réaliser des vidéos sur nos reportages, qu’on pourra ensuite diffuser sur internet pour assurer la course au "buzz"…

Tout cela parce que l’actionnaire du journal, qui pourtant est un groupe de presse et non pas un vendeur d’avions, veut naturellement disposer de marges importantes pour rentabiliser son investissement.

Quand un journal devient un produit comme un autre, il y a un problème. A quand des mécènes à la Robert-Louis Dreyfus, qui financeraient la presse par idéal et altruisme?

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Une réforme constitutionnelle pas assez fédératrice

Difficile de se prononcer sur le fond du projet de réforme des institutions examiné depuis hier à l’Assemblée nationale. Car il n’est pas aisé de deviner à l’avance ce que peuvent donner dans la pratique les modifications très théoriques de la Constitution. Une chose est sûre : le climat politique est peu propice à un tel toilettage de la loi fondamentale.

A priori, il semble louable que l’exécutif souhaite de sa propre initiative donner plus de pouvoir au Parlement. Pour ceux qui voient ça de loin, la Constitution de 1958 a en effet institué un régime politique non identifié, donnant avant tout les coudées franches à l’exécutif – dominé par le Président, en temps de concordance des majorités parlementaire et présidentielle – pour gouverner tranquillement à l’abri des remontrances des députés et sénateurs.

On se souvient en effet des épisodes "parlementaristes" désastreux des IIIe et IVe Républiques, qui donnaient beaucoup trop de pouvoirs à la chambre basse, et empêchaient les gouvernements de travailler dans la sérénité : le régime italien actuel n’est pas loin. Conséquences collatérale de cette stabilité politique voulue par le général de Gaulle et Michel Debré, le parlement s’est vu réduit à la portion congrue en matière d’exercice du pouvoir. Ainsi, le gouvernement maîtrise par exemple entièrement l’agenda législatif et l’ordre du jour des assemblées, peut repousser les amendements qui ne lui plaisent pas, demander un vote bloqué ou engager sa responsabilité (article 49.3) sur un texte, ce qui équivaut à le voter de suite sans débat. Bref, le parlement n’a que peu de marges de manoeuvres pour s’imposer face au gouvernement. La motion de censure a généralement très peu de chances d’être adoptée, par exemple.

Comble de l’ironie, la réforme du quinquennat imposée dans l’indifférence générale en 2000 a renforcé la marginalisation du Palais-Bourbon, dont l’élection concorde désormais avec celle du président. On l’a vu dès 2002 après la victoire de Chirac sur Le Pen : les députés tirent désormais en grande partie leur légitimité de la victoire présidentielle un mois plus tôt. Or la légitimité et la source du pouvoir, en politique, c’est fondamental…

Le projet porté par François Fillon et Nicolas Sarkozy a justement pour ambition de réduire cette domination de l’exécutif, tout en consacrant la fonction présidentielle. En gros, le pouvoir législatif bénéficierait de plus de pouvoirs de contrôle et d’initiative, l’opposition verrait ses droits élargis et consacrés, limitation à deux mandats présidentiels, le président pourrait s’exprimer devant l’assemblée. Prises séparément, les mesures ne semblent pas mauvaises (vous en avez ici une liste exhaustive), mais le tout est disparate et ne présente pas de logique d’ensemble qui saute aux yeux de manière évidente.

Sauf que ce texte issu des propositions de la commission Balladur mécontente beaucoup trop de monde, alors même que le gouvernement a besoin d’une majorité qualifiée importante (3/5e des députés et sénateurs) pour faire passer le texte au Congrès. Les gardiens du temple gaullistes, d’abord, qui sont quelques-uns dans l’hémicyle, et qui sonnent la charge contre un texte qui dénaturerait selon eux une Ve République pourtant moribonde. Hervé de Charette parle ainsi d’un projet "inutile, bidon et dangereux sur certains points"… Difficile d’espérer rallier son vote. Les villepinistes verront sans doute aussi une bonne occasion de savonner la planche du gouvernement.

Le PS, qui est en position d’arbitre, dicte naturellement ses conditions, souvent irréalistes, parmi lesquelles le changement de scrutin au Sénat, qui ouvrirait la voie à une alternance jamais vue à l’assemblée haute. Ou des exigences-gadgets comme la comptabilisation par le CSA du temps de parole du président dans celui de la majorité. Enfin, le MoDem de Bayrou, qui lui n’est pas du tout en position de force, exige une dose de proportionnelle afin de rendre le Palais-Bourbon plus représentatif du pays.

A quoi sert en effet de vouloir donner plus de poids à une assemblée qui de toutes façons, est complètement déconnectée de la diversité des courants politiques?

« L’avenir jugera ceux qui diront oui ou non aux droits nouveaux proposés dans ce projet de révision constitutionnelle », a prévenu hier soir de manière péremptoire le premier ministre François Fillon dans un discours introductif alarmiste qui rappelle les élans outrés et impertinents de la campagne du référendum européen de 2005. La tactique est connue : faute d’avoir suffisamment déminé les réticences en amont, le gouvernement se retrouve à déposer son texte en jouant la carte du chantage de l’histoire qui ne repassera pas les plats. Après avoir concédé quelques mesures au Nouveau Centre (parmi lesquelles la constitutionnalisation de l’interdiction du déficit public, vieille revendicaiotn centriste) et à l’UMP (on évoque de nouveau l’idée d’un référendum obligatoire sur l’entrée de la Turquie dans l’UE), l’exécutif espère remobiliser les indécis de son propre camp.

Pas sûr que cela soit suffisant! Le risque est grand de voir la réforme échouer de manière ridicule et plonger le sarkozysme dans une crise plus grave encore que celle qu’il traverse actuellement. Ce projet est en effet un des engagements phares du président. Décidément, celui-ci a bel et bien "gâché" le crédit dont il disposait il y a un an. A l’époque, il changeait en or tout ce qu’il touchait. Désormais, son entourage a les pieds de plomb. De là à envisager une dissolution…

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AFP, communiqués et journalisme

En vacances tout au long de ce beau pont de la Pentecôte (vive les fêtes religieuses), j’ai manqué ce beau débat sur l’indépendance de la presse, sur les accusations portées par l’UMP à l’encontre notamment de l’AFP, et sur la proposition de notre brillantissime ministre de la Culture et de la Propagande Communication, Christine Albanel.

Celle-ci a en effet osé, après que l’AFP ait soi-disant refusé de traiter un communiqué de l’UMP au sujet de la condamnation récente de Ségolène Royal pour non-rémunération de deux collaboratrices (lire ici la réponse de l’AFP), soumettre l’idée suivante : la création d’un "fil" AFP spécial, qui reprendrait tous les communiqués des partis.

Au-delà du sempiternel débat sur l’indépendance des médias à l’égard du pouvoir (l’AFP, à cet égard, n’est pas plus exempte des critiques que les autres), au-delà même de la polémique sur la pseudo mainmise de la droite sur les médias (ce qui est faux, en dépit de la paranoïa de la gauche à ce sujet), cette proposition et les réactions qui ont suivi montrent deux choses.

La première, c’est l’hostilité croissante au métier de journaliste, qui est toujours montré du doigt comme l’empêcheur de tourner en rond. "Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt", dit l’adage. Il est toujours plus pratique, quand on est en colère, quand on est mécontent, de se retourner contre le média d’un message, c’est-à-dire le journaliste. Cela ne signifie pas que celui-ci soit hors de toute critique, je suis le premier à le dire, mais quand on voit la façon dont les blogs politiques parlent globalement de la presse écrite et des médias audiovisuels, on est souvent plus proche du café du commerce et du poujadisme que de la réflexion construite sur ce que devrait être le journalisme. De nombreux blogs se croient légitimes à donner des leçons perpétuelles aux journalistes, alors qu’ils ne font globalement que pomper leurs informations, qu’ils commentent à souhait. Ceci dit, la blogosphère n’est que le reflet de la population, qui fait de moins en moins confiance aux journalistes. Dans le même temps, il faut dire, ceux-ci préfèrent gaspiller leur argent dans la presse people que dans de la vraie information. Est-ce la conséquence de cette hostilité, ou au contraire, cette turpitude ne leur ôterait-t-elle pas toute légitimité pour critiquer?

Après tout, le pouvoir réagit de la même façon que son peuple : en difficulté au mois de janvier, Sarkozy avait rejetté la faute sur la presse, qu’il a tant instrumentalisée par le passé. Aujourd’hui que la droite est désorientée sur la conduite à tenir, c’est la même chose : c’est de la faute des médias, et de l’AFP. Qui est accusée de la façon la plus ridicule qui soit, c’est-à-dire de ne pas avoir diffusé un communiqué qui n’apportait rien de nouveau à une information déjà développée en long, en large et en travers.

C’est au fond le pire dans l’histoire : on veut supprimer cet intermédiaire gênant, le journaliste, pour s’adresser directement au peuple. Que les journaux publient les communiqués! Ce sera plus simple. Mais ce sera la Pravda.

Quand au deuxième point soulevé par cette affaire, c’est la méconnaissance profonde de ce qu’est l’AFP, et de son fonctionnement. D’abord, l’AFP n’a pas pour clients les individuels, comme vous et moi. Vous ne recevez pas chez vous de dépêches AFP, que je sache. Donc de toutes façons, vous dépendez de l’intermédiaire des autres médias. Et le plus gros client de l’Agence, au statut bizarre ni-public, ni-privé, c’est l’Etat. Ensuite, ce sont les médias étrangers. Enfin, ce sont les médias français. Et spécialement la PQR (presse quotidienne régionale), dont les pages informations générales sont la plupart du temps constituées de dépêches plus ou moins remises en forme.

Dans ces conditions, à quoi servirait ce "fil" communiqués, dans lequel il n’y aurait aucune lisibilité, aucune hiérarchisation? A informer la PQR des déclarations de l’UMP? A part les petits canards locaux, la plupart des médias reçoivent déjà tous les communiqués des partis.

Et quand une rédaction reçoit un communiqué, elle n’a aucune obligation à lui accorder une publicité. Croyez-moi sur parole : une rédaction en reçoit à la pelle, des communiqués. Chacun veut son petit mot, son petit bout de journal. L’association machin, le groupe d’étudiants chose, le parti truc… Un bon nombre d’entre eux finissent généralement directement à la poubelle. Les réactions aux décès de personnages publics, par exemple, qu’on reçoit en vingt exemplaires dans les minutes qui suivent l’annonce officielle. Comme si le quidam en avait quelque chose à faire de savoir ce qu’un élu local pense de Béjart ou de Pascal Sevran…

Conclusion : non seulement cette proposition est néfaste dans le fond, mais en plus, elle est totalement inutile sur la forme. D’où l’intérêt de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler…

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