Archives mensuelles : avril 2008

L’intolérance religieuse progresse en Algérie

Cette information relativise beaucoup les prétentions de l’Algérie et de son président Abdelaziz Bouteflika à nous faire sans cesse la leçon. Un prêtre lillois a en effet été condamné le 30 janvier à un an de prison avec sursis et 200 000 dinars d’amende pour avoir commis le crime odieux de prier en dehors d’un édifice religieux.

"Âgé de 65 ans, l’homme vit en Algérie depuis 1971 et le 26 décembre, dans un bidonville à la frontière avec le Maroc où tentent de survivre des migrants candidats au passage en Europe, il a prié avec des Camerounais de rite catholique. En plein air. Quelques jours plus tard, il était interpellé par la police et, fin janvier, la condamnation est tombée : un an de prison avec sursis", écrit ce matin la Voix du Nord. Le clergé local s’est mobilisé, et l’archevêque d’Alger, Mgr Teissier, a publiquement jugé "exagérée" cette sanction tout en cherchant à apaiser les esprits. Il y a quelques jours, la peine a été ramenée en appel à deux mois de prison avec sursis. Cela reste un scandale.

Reste qu’au-delà de ce cas particulier, c’est la loi du 20 mars 2006 visant à lutter contre le prosélytisme religieux qui se trouve remise en lumière. Rien que ce mot de "prosélytisme" fait blémir. Comment peut-on empêcher les fidèles d’une religion de vouloir convaincre autrui que son message est positif ou intéressant? En l’occurrence, cette loi interdit aux cultes non-musulmans d’être célébrés en-dehors des édifices prévus à cet effet. Ce qui sous-entend la prohibition des processions ou des messes en plein air. Mais à la limite, ce texte pourrait très bien être interprété de manière extensive, et prohiber le port de la croix en public, par exemple… En l’espèce, ce prêtre a simplement prié en plein air avec des migrants dans un bidonville…

D’après l’agence Zénit, le texte va même beaucoup plus loin : "toute rencontre organisée en dehors des structures religieuses ne peut avoir lieu sans autorisation préalable écrite du gouvernement civil (…) L’utilisation d’un édifice comme lieu de culte doit également faire l’objet d’une demande explicite (…) Les autorités s’estiment en droit de refuser une autorisation si elles considèrent qu’il y a « danger pour la sauvegarde de l’opinion publique ». (…) Les rencontres religieuses spontanées en dehors des lieux de culte sont interdites."

Sans compter que tous ceux qui chercheraient à convertir un musulman à une autre religion risquent jusqu’à cinq ans de prison ferme et 10 000 € d’amende. De même que ceux qui "fabriqueraient, entreposeraient ou distribueraient du matériel imprimé, des publications audiovisuelles ou tout autre support ou moyen visant à affaiblir la foi musulmane".

Au départ, ce texte était prévu pour contrecarrer l’implantation en masse d’évangélistes en Algérie. "Le prosélytisme "chrétien" en Algérie n’a rien à voir avec le droit de choisir ou de pratiquer une religion, lit on sur ce blog. Il fait partie du programme de stabilisation des pays arabes conçu par les néo-conservateurs et "chrétiens-sionistes" américains."

L’archevêque d’Alger, qui se veut optimiste, considère lui-même que la liberté d’expression n’est "pas remise en cause", mais que les méthodes "agressives" utilisées par les évangélistes "ne sont pas toujours irrépréhensibles du point de vue pastoral". La preuve est pourtant aujourd’hui établie que les catholiques ne seront pas exempts de cette législation répressive. Et en soi, il n’est pas plus légitime d’interdire aux Evangélistes de convertir ceux qui le souhaitent.

On comprend la modération de Mgr Teissier. Reste qu’il est navrant de constater que ce sont nous, les Occidentaux, qui sommes sans cesse accusés d’intolérance vis-à-vis de l’Islam. Alors que chez nous la pratique de cette religion – et c’est bien naturel – est libre, que les mosquées se construisent partout et qu’on réfléchit même à faire participer l’Etat à leur financement. Sans compter les créneaux parfois réservés – là, cela pose question – aux femmes dans les piscines. Que dirait-on si en France, on interdisait aux musulmans tout prosélytisme? On hurlerait au scandale, des drapeaux bleu-blanc-rouge seraient brûlés à travers le monde et des fatwas haineuses seraient lancées.

Après, comment s’étonner que l’on ait une mauvaise image de l’islam, quand c’est toujours celle-ci qui nous saute aux yeux?

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L’Europe, une si belle histoire

Il était une fois une Europe créée pour rapprocher les peuples entre eux, éviter tout risque de nouveau conflit et se relever de deux guerres mondiales qui l’avaient laissée exhangue.

Il était une fois une Europe, qui faute de devenir politique, et parce qu’elle s’est obstinée à être incompréhensible pour les peuples, s’est peu à peu éloignée des citoyens. Ceux-ci comprenaient mal pourquoi elle venait réglementer le nombre de kilos de poissons qu’il faut pêcher dans le Bassin d’Arcachon, et pourquoi, elle persistait à refuser la création de quelque bannière barrière douanière que ce soit aux frontières du continent. Quand on est idéologue, mieux vaut l’être jusqu’au bout même si les Etats-Unis eux-mêmes pratiquent ce genre de protectionnisme. Ceux-ci comprenaient également difficilement pourquoi on vient leur dire ce qu’ils doivent penser, comment ils doivent vivre, les droits qu’ils doivent reconnaître ou non, et pourquoi quand ils franchissent une frontière de quelques kilomètres, les communications téléphoniques coûtent les yeux de la tête et les retraits bancaires sont surtaxés. Quand on construit un continent, autant commencer par les détails, pas vrai? Ceux-ci comprennaient mal, enfin, pourquoi on persiste à inclure dans cette Europe une Grande-Bretagne peu concernée, qui n’en tire que ce qui l’ arrange à l’exclusion de tout le reste. Ils se demandaient pourquoi les Français ne feraient pas de même, après tout. Et on les traitait de poujado-fascistes et de sadomasochistes.

Et puis tout à coup, on leur a proposé une Constitution, qui reprenait tous les textes prééxistants en les formalisant de manière solennelle, tout en les accompagnant d’une charte des droits fondamentaux et en simplifiant le fonctionnement des institution. Nouvel épisode formidable de l’histoire. On annonçait de terribles catastrophes et une guerre atomique en cas de victoire du "non". Les ouistes, eux, assuraient qu’il était irresponsable de demander au peuple son avis. Parce que le peuple, il ne comprend jamais. Les députés, eux, savent ce qui est bien ou mal. Ces chers députés.

Pour faire passer la pilule et éviter la raclée qui s’annonçait, on avait préféré désamorcer la question turque d’abord. Ah oui, parce que dans cette belle histoire, il faut ajouter que par idéalisme, depuis les annés 80, on a entrepris d’avaler sans cesse de nouveaux pays avant même de savoir ce qu’on voulait faire de l’ensemble, et avant même d’avoir approfondi l’intégration européenne. Comme ça, quand on est vingt-sept, c’est vachement plus simple de tomber d’accord sur quelque chose de profond.

Et donc notre président Jacques Chirac avait dit : "toute nouvelle entrée dans l’Union, et par exemple celle de la Turquie, sera soumise à référendum en France". Et ce fut inscrit dans la Constitution, à l’article 88-5.

Il y eut un soir, il y eut un matin, et le "non" l’emporta tout de même.

Parce qu’en Europe on adore la démocratie, on décida d’interrompre le processus de ratification. Pas fou, sur les peuples qui s’étaient prononcés, tous avaient dit non, à part les Espagnols. On s’était dit que poursuivre le tour de table serait trop dangereux pour ce beau projet constitutionnel. Le peuple, on l’aime mieux quand il approuve.

Près de trois ans plus tard, on décida qu’il fallait relancer l’Europe. Et donc on bricola à la va-vite un semblant de traité simplifié reprenant peu ou prou le Traité constitutionnel européen rejetté en 2005. Mais cette fois, on le fit approuver par les députés. Un député, c’est plus sûr et surtout, bien plus loyal qu’un électeur.

Comme toute histoire qui se respecte, celle-ci a une superbe chute. Car tenez-vous bien, une fois ce traité approuvé, et bien ion s’est rendu compte qu’il n’y avait plus besoin de ce fichu article 88-5! Pour quoi faire, maintenant qu’on n’avait plus besoin du peuple!

Et hop, ni une, ni deux, le conseil des ministres a donc adopté hier le projet de modification constitutionnelle supprimant cet article. Le même jour, ironie du sort, le président slovène Danilo Türk expliquait à la tribune du parlement européen que "L’Europe ne doit pas refuser à la Turquie une perspective d’adhésion qu’elle lui a déjà promise."

Sans blague! Moi je n’ai rien promis.

Bien sûr, il y aura toujours des gens comme Pierre Catalan ou Jean Quatremer pour nous expliquer en quoi cet article était mauvais d’un strict point de vue de droit constitutionnel. Certes, techniquement, ils ont sans doute raison. La question n’est même pas là.

Le véritable sujet, c’est que Nicolas Sarkozy s’apprête à retourner sa veste sur le sujet. Et qu’il finira par soutenir cette adhésion qui tuera définitivement l’Europe politique. Ce n’est pas un hasard si Etats-Unis et Grande-Bretagne soutiennent ardemment cette candidature. Rappelons, à toutes fins utiles, ce que Nicolas Sarkozy affirmait en 2004 au-sujet de l’adhésion de la Turquie à l’UE : "Une décision aussi importante ne pourrait être prise qu’après qu’il y ait eu un référendum en France pour connaître l’opinion des Français".

Tiens, voilà ce qu’en dit Nicolas Dupont-Aignan : "Le discours officiel ne tient pas la route une seconde. Nicolas Sarkozy étant hostile à l’entrée de la Turquie, nous n’aurions plus besoin de référendum. De qui se moque-t-on ? Quand on se souvient qu’une fois élu, le Président n’a pas voulu mettre le veto sur l’ouverture de trois chapitres supplémentaires de négociations d’adhésion, on en est en droit et même en devoir de douter de la sincérité de ses assurances ! Et ce n’est pas un nouveau talk-show qui, comme par un coup de baguette magique, arrangera les choses… "

Merci à Nicolas J, dont la migraine a suscité la narration de cette si belle histoire.

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Repos dominical : la loi n’est pas respectée, changeons la loi!

Une certaine moutarde vient au nez lorsqu’on se ballade dans les rues de sa ville, le dimanche après-midi, et qu’on voit des boutiques ouvertes au mépris total de la loi. Loi qu’on veut justement modifier en arguant de sa non-application. Un peu comme si on décidait, au vu du nombre de chauffards, d’autoriser les conducteurs à passer au rouge!

Avant-hier, j’ai ainsi pu constater plusieurs violations de la loi imposant le repos dominical, notamment dans une boutique de mariage qui d’après mes analyses, n’est ni un magasin culturel, ni touristique. ni alimentaire, ni médical… Et qui devrait donc être verbalisé comme il se doit. Le respect de la loi n’est-il pas le pilier de notre pacte social, comme diraient les beaux esprits?

Au lieu de cela, on cherche sans cesse à nous apitoyer sur le sort de ces pauvres salariés volontaires pour aller au turbin chaque dimanche, qui ne s’en sortent pas et ne retrouveront l’appétit qu’une fois que leur magasin sera autorisé à ouvrir sept jours sur sept. Ainsi, dans Le Figaro, pouvait-on lire ceci la semaine passée dans un brillant article faisant la promotion du travail dominical, au mépris de toutes les règles du contradictoire :

Pouvoir travailler le dimanche, c’est justement ce qu’ont réclamé jeudi des salariés de Castorama et de Leroy Merlin, rejoints par des commerçants du centre commercial Art de Vivre d’Éragny, dans le Val-d’Oise. Ces deux enseignes sont menacées d’astreintes à la suite de plaintes du syndicat FO, qui poursuit aussi en justice la librairie Le Grand Cercle à Éragny. «Nous étions au moins 3 000», s’est félicitée jeudi Julie Cognois, cofondatrice d’un collectif pour le maintien du travail le dimanche et salariée de Castorama. «Cela fait vingt ans qu’on ouvre le dimanche et c’est du volontariat», explique-t-elle, ajoutant qu’elle a financé ses études en travaillant le week-end chez Castorama.

C’est clair, non? Vous aurez compris, en lisant Le Figaro, que le responsable des malheurs de ces salariés, ce n’est pas le patron, ni l’Etat, mais bel et bien le méchant syndicat F.O. ! Pourtant, en lisant un autre quotidien, Le Monde, la réalité semblait tout autre puisqu’on apprenait ceci :   "De fait, les manifestants ont bénéficié d’un bon coup de main de leur employeur. "Chaque établissement a financé le déplacement de nos collaborateurs sur place", indique un porte-parole de Leroy Merlin. "C’est le CE qui paye", précise Yveline Collet, employée au magasin de Monsoult (Val-d’Oise). Le prix des casse-croûte aussi a été réglé par les enseignes."

Voilà, dit comme ça, l’information change un peu de sens. Nonobstant, et en dépit des soucis de porte-monnaie de nos concitoyens, on persiste à vouloir étendre par à-coups la libéralisation du travail dominical, après l’avoir autorisé de manière totalement arbitraire dans le secteur du meuble en décembre. On va continuer ainsi, parce que dans ce genre de domaine, tout recul est ensuite impossible!

La proposition de loi Mallié "visant à rénover les dérogations au repos dominical",  qui consacre une nouvelle fois de manière totalement hypocrite que la règle, c’est de ne pas travailler, rentre parfaitement dans ce cadre. Les motifs de la loi sont clairs : "53% des Français sont favorables à un assouplissement de la législation" (53% des Français veulent pouvoir acheter, mais sûrement pas travailler!), "61% des Franciliens se disent très occupés la semaine et cela se comprend lorsqu’en semaine les embouteillages autour des agglomérations annihilient toute volonté de réaliser des courses et achats" (on ne savait pas que la mission de l’Etat était de favoriser le désir d’achat…), "le dimanche permet d’effectuer des achats en famille pour la décoration d’intérieur, le bricolage et l’électro-ménager" (non, ça s’est juste parce qu’on a laissé la loi être violée en toute impunité, c’est tout) et aujourd’hui, "des milliers d’emplois sont menacés" (ça émeut moins quand c’est dans l’industrie). Bref, on a laissé faire, des habitudes se sont créées, donc légiférons au plus vite, il en va de l’avenir du pays!

Cette loi permet essentiellement la création de manière expérimentale pour cinq ans par les préfets, dans neuf départements (Ile-de-France et Bouches-du-Rhône), de zones d’activité commerciale exceptionnelle, dans lesquelles toute enseigne pourrait ouvrir. Deux remarques : là encore, il sera impossible de dire, dans cinq ans, que l’expérience n’est pas concluante. D’autre part, on imagine d’ici la jalousie des mêmes zones commerciales à Lille, Strasbourg, Bordeaux, Rennes, Lyon… Point positif : le refus d’un salarié de travailler le dimanche, ne "constitue pas une faute ou un motif de licenciement". Encore heureux! Mais est-ce que ça constitue un motif de harcèlement?

Les commerces des zones caractérisées de "touristiques" par les préfets de chaque département pourront eux aussi ouvrir chaque dimanche. Pendant cinq ans, la mesure concernera tous les commerces de détails et pas les seuls commerces alimentaires, touristiques ou culturels. Là encore, il sera impossible de revenir en arrière.

Pour les zones non-touristiques, on réajuste les horaires de fermeture des boulangerie et autres supermarchés alimentaires (13h au lieu de 12h30), ce qui ne fait pas vraiment débat.

Jean-François Copé, le chef du groupe UMP à l’assemblée, a estimé qu’il fallait mettre "à l’ordre du jour prioritaire" cette proposition de loi, qui pourrait ainsi être examinée courant mai. On a les priorités qu’on peut même si en l’occurrence elles sont très terre-à-terre et ne tiennent compte que de contingences économiques à court terme.

En attendant d’ouvrir le débat, je vous propose de vous rendre sur ce site, très bien fait, qui rappelle les enjeux du repos dominical, les règles en vigueur et toutes les actualités sur le sujet.

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Le corporatisme de Philippe Ridet

Tiens, on reparle encore de livres. C’est ma période "bouquins politiques", en ce moment, entre deux pavés de la série Millénium. On a tellement parlé, ces derniers temps, du problème posé par la connivence entre journalistes et politiques qu’il me fallait lire absolument le bouquin dont tout le monde parle : Le président et moi, de Philippe Ridet.

A mon grand regret, il fait partie de ces livres sur lesquels on bave, mais dont on sait qu’on va en être déçu au bout de dix pages. Dommage. J’aime beaucoup Philippe Ridet, qui a suivi pour Le Monde toute la campagne de Nicolas Sarkozy. Et qui "couvre" globalement la droite depuis 1995. Il est très intelligent, écrit remarquablement bien, et décrit finement le sarkozysme.

Quel est le propos de cet ouvrage? Le prétexte est de raconter à travers le rapport entre lui et Sarkozy, entre les "embedded" et le candidat devenu président, la campagne électorale vue de l’intérieur, les dessous des premiers pas de "l’homme de la rupture" à l’Elysée. Une satisfaction, celle de comprendre un peu mieux comment fonctionne et se fabrique le grand cirque des mois qui précèdent une telle élection.

Double déception, en revanche. Sur la forme, d’abord. Ridet a choisi un parcours thématique plutôt que chronologique. On s’y perd. Sarkozy est tantôt candidat, tantôt président. On est en 1999, et la page d’après en 2007, c’est un peu troublant.

Sur le fond, ensuite, il semble assez rapidement évident que l’auteur a écrit se livre pour se défendre, pour prouver quelque chose. A qui? A lui-même, à sa profession, aux initiés. Peut-être même à Nicolas Sarkozy. Ce livre sert à défendre la petite corporation des journalistes politiques, accusés du mal suprême : la connivence.

Au fond, Ridet passe son temps à s’excuser d’être allé trop loin dans l’intimité avec le président, à grands renforts d’anecdotes plus ou moins croustillantes. D’avoir tout fait, trop fait pour aller glâner le petit "off", la petite confidence qui selon lui fait la différence par rapport aux concurrents dans un papier, mais qui nous laissent, nous lecteurs, complètement indifférents. Il passe aussi son temps à chercher à nous convaincre que tout cela n’a eu aucune conséquence sur son honnêteté de journaliste… Et là on a un peu de mal à le croire.

Comment peut-on se défendre de toute connivence, tout en se présentant comme un type prêt à tout accepter, y compris supporter un karaoké avec Sarkozy et Barbellivien? Tout ça pour quoi? Comme si un moment aussi ridicule pouvait déboucher sur un quelconque matériau politique exploitable dans un journal comme Le Monde.

Et puis, ce livre semble aussi tenir aussi de la vendetta personnelle contre le chef de l’Etat. Ridet raconte les petites vexations que Sarkozy lui envoie de temps à autre. Voilà, il lui répond dans ce livre, en ne l’épargant guère. En lui rendant coup pour coup, en le présentant comme un homme immature, capricieux, colérique, totalement narcissique, quasi érotomane et très artificiel au final. Il y a du vrai, mais cela paraît trop gros. On sent le journaliste fasciné, obsédé et déçu de ne pas avoir été aimé "vraiment" de sa cible. Jaloux quand le président le rabroue ou lui accorde moins d’attention. Comme ses pairs, il ne devient mordant que lorsque la popularité du chef de l’Etat s’effondre et que celui-ci devient agressif envers les journalistes, comme le montre cette phrase que lâche Ridet à la fin de son ouvrage : "Parce que nous anticipons la vivacité de ses réponses, nous durcissons le ton de nos questions".

D’ailleurs, est-ce un hasard si ce livre est publié au moment même où Ridet arrête de "couvrir" l’Elysée pour Le Monde? A l’heure du départ, le voilà règlant ses comptes. Avec Cécilia, aussi, avec la "firme", cet entourage comploteur du chef de l’Etat. Mais tout cela, que ne l’a-t-il écrit plus tôt? Pourquoi ne pas nous avoir raconté cette courtisanerie? Pourquoi ne pas avoir dépeint le caractère si frivole de Nicolas Sarkozy au moment où celui-ci se présenter aux suffrages des électeurs?

C’est cela qui est reproché aux journalistes politiques. De garder leurs infos pour le moment où ils écriront un bouquin.

Philippe Ridet, qui défend un système à bout de souffle (lui même semble usé) tout en reconnaissant quelques-uns de ses torts, représente aussi l’archétype de l’anti-web forcené. Qui confond les blogs, les sites internet des médias traditionnels, des médias en ligne. Qui accuse sans cesse internet d’être un outil de propagation des rumeurs les plus folles, en oubliant qu’internet n’est qu’un média, et que les idiots sont ceux qui publient n’importe quoi, pas le support qu’ils utilisent. Et en avouant en même temps la tactique bien connue et rodée des journalistes politiques : quand une info est archi-connue mais non confirmée, il suffit d’attendre que le web la "sorte" pour pouvoir la reprendre en citant la source.

Bravo en tout cas à Ridet d’avoir tenu treize années au chevet de la droite. Treize ans, c’est sans doute déjà beaucoup trop. Il aurait sans doute été beaucoup trop dangereux d’aller plus loin…

Le président et moi, Albin Michel, 17€.

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Les ficelles de l’info (2) : le journalisme-précipitation

Hier soir, 19h à la rédaction. Appel d’un des "chefs" du journal.

- Salut, on passera jeudi ton enquête sur machin chose si ça te dérange pas.

- Hein? Mais si ça me dérange. Je n’ai pas fini, j’ai deux interviews prévues la semaine prochaine, c’est impossible à décaler et je ne peux pas écrire sans ça.

- Désolé on l’avait prévu depuis lundi mais on avait oublié de te le dire. Tu te débrouilles, tu peux finir ça demain (aujourd’hui, note du chafouin). De toutes façons, on n’a pas le choix, on n’a pas de dossier pour la une.

- Cela veut dire que je dois bacler vite fait un travail que j’ai entamé depuis 4 mois, pour remplir un trou?

- Si tu as une autre idée on est preneur.

Voilà parfois comment ça fonctionne dans les rédactions. On sert juste à remplir une page. La plus-value humaine d’un travail de longue date, on s’en moque. C’est la conséquence logique du manque d’effectifs. Parce que manque de lecteurs. Et donc manque d’argent. Et donc qualité moins bonne et ainsi de suite : le serpent se mord la queue. Je ne parle pas de l’actualité, qui doit toujours être traitée dans l’urgence : on a l’habitude. Mais pour le sujets de fond, mieux vaut prendre son temps.

Finalement, j’ai réussi à sauver mon travail. Mais j’ai dû proposer un autre sujet, que je devrai finir avant ce soir. En plus de mon travail habituel, cela va sans dire. En une journée, ce sera forcément baclé. Je le sais, ce chef le sait aussi. Il ne m’en voudra pas. C’est pas grave, parce que le lecteur, on s’en fout!

Allez, continuez à faire confiance à ce qui est dit dans vos journaux, bien sûr. C’est toujours écrit par des gens détendus qui ont le temps, la compétence et le moyens nécessaires pour enquêter convenablement. Et jamais par des petites fourmis stressées par la chute des ventes, l’érosion de la crédibilité, le j’men foutisme ambiant et la tension sociale permanente.

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Des hommes d’Etat

Des hommes d’Etat, c’est la chronique de la comédie du pouvoir et des luttes d’influence qui se sont jouées entre trois hommes, de 2005 à 2007 : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Couchées sur le papier par Bruno Le Maire, conseiler politique puis directeur de cabinet de ce dernier à Matignon, ces notes racontent aussi l’intimité du pouvoir, faite à la fois de bassesses et de grandeur d’âme. De courage et d’hypocrisie. De sacrifices et de compromissions.

Il a tout vu de l’intérieur. Clearstream, le référendum sur la Constitution européenne, la crise du CPE, les émeutes en banlieue. Et parallèlement, pendant tous ces mois, il a assisté de façon privilégiée, en spectateur muet, aux tensions persistantes entre les trois acteurs principaux du pouvoir de l’époque. Pour le meilleur comme pour le pire. Conseiller politique, plume de Dominique de Villepin place Beauvau puis directeur de son cabinet à Matignon, Bruno Le Maire se place bien sûr dans le "camp" de son ancien employeur, mais sans complaisance. Il respecte cet homme, l’admire même, mais ne semble pas manquer de lucidité lorsqu’il conclut ceci à son sujet, à l’heure où commence à être envisagé le retrait du CPE (mars 2006) : "Dominique de Villepin croit dans sa mesure, n’aime pas le compromis, refuse de s’avouer vaincu. Les qualités qui font son génie propre, le sens de l’intérêt général, la passion de l’Etat, une vision de la France, la dureté et une certaine austérité dans la pratique du pouvoir, sont devenus autant de handicaps à la résolution de la crise. Dans la composition de son caractère, il n’a pas ce trait, bon ou mauvais suivant les circonstances, qui tempère, passe des accords à l’amiable, recule de quelques mètres pour plus tard regagner du terrain. Tout en lui veut tenir, quitte à rompre."

Bruno Le Maire, qui écrit sous la forme d’un journal intime, admet d’emblée n’avoir vu "qu’un versant des choses", et avoir forcément manqué ce "regard en surplomb qui embrasse tant et remet chacun à sa place". Au fil des pages, on sent pourtant confusément en ce commis de l’Etat "l’honnête homme" tel qu’on l’entendait au XVIIIe siècle. On suppose qu’on n’a pas affaire à un énième livre de propagande politique, l’homme n’ayant pas d’intérêt personnel dans l’histoire. Cet ouvrage n’est pas objectif, mais c’est égal.

Car le serviteur zélé raconte tout, dans la limite du secret d’Etat. Dévoile le quotidien politique à l’aune de son expérience personnelle. Entrecoupe son récit d’anecdotes familiales, de sa frustration de ne pas voir son fils. Confie au jour le jour ses états d’âme. C’est le coeur du livre, c’est son intérêt. Comme dans un documentaire, on découvre la pratique du pouvoir de l’intérieur, la façon dont on gère un Etat.

Il y a son propre rapport au pouvoir, à la politique, qu’il voit comme tour à tour comme quelque chose d’exaltant et d’ingrat. "Dans ce métier, il n’existe rien de stable ni d’assuré, les lendemains assombrissent le présent, on court sans cesse contre le vent, on s’épuise, et les moments de plénitude y sont aussi violents que fugaces".

Le rapport à la réalité, ensuite, ne lui semble pas évident à gérer. En juin 2005, à peine arrivé à Matignon, il écrit ceci : "Depuis trois semaines que nous sommes à Matignon, je n’ai quitté mon bureau que deux ou trois fois. Je ne vois plus d’amis, je ne sors pas de la capitale, la réalité me vient par la presse, la télévision, les remarques de mes visiteurs". En août, alors que l’emploi est l’obsession de Villepin et que Le Maire reçoit des chômeurs de tous horizons afin de pouvoir élaborer une politique intelligente, il avoue que "malgré tout, je ne sais pas. Ces situations, je ne les ai pas vécues, moi-même, je les imagine, sans me les représenter vraiment. Tous les responsables politiques se trouvent face à la même difficulté: tirer parti d’une expérience qui n’est pas la leur".

On s’amuse à lire ses réflexions sur l’hypocrisie entre ministres, sur leur empressement à venir se rapprocher de Villepin au moment où celui-ci est pressenti à Matignon. Ce seront les premiers à rallier Sarkozy le moment venu. Pas fou, Le Maire ne balance tout de même pas leurs noms. A noter aussi ce passage criant de vérité sur l’imposteur Douste-Blazy : "Il aura laissé sur le bord de la route politique beaucoup d’adversaires, qui estimaient sans doute valoir mille fois mieux que lui, mais qui dépourvus de son habileté ou handicapés par trop d’amour-propre, un jour ont trébuché et disparu".

On dévore la discussion à bâtons rompus entre Chirac et Villepin, en présence de nombreux conseillers, lors de la formation de son premier gouvernement (juin 2005). Les négociations pendant des heures. Les femmes qu’il faut caser, les alliés politiques à contenter, l’environnement à cajoler, et cette conclusion de Chirac : "Les handicapés, ils sont bien mentionnés, j’espère. C’est très important vous savez. Ils sont cinq millions en France. Vraiment, c’est essentiel."

Au sommet du pouvoir, on découvre un Chirac las d’exercer, en retrait. "Chirac, le gouvernement, tout ça, ça ne l’intéresse plus", confie Villepin à son conseiller politique en décembre 2005. On réalise que les rapports entre le président et son premier ministre n’étaient pas si cordiaux. Villepin gouverne par lui-même et est décrit comme ambitieux mais hésitant sur le chemin à prendre. Sarkozy, lui, semble impatient, maladivement impatient, et passe son temps à se préparer à la bataille qui s’annonce. Dommage que Villepin soit un peu trop présenté comme le gentil, et Chirac/Sarko comme les "deux méchants qui lui voulaient du mal".

Sous les lignes de Bruno Le Maire, on sent en tout cas le ministe de l’Intérieur bien plus inquiet quant à une éventuelle candidature de Villepin qu’on n’a pu l’imaginer. Alors que peu à peu, cette hypothèse semble s’éloigner, Sarkozy reste fébrile. Après la déroute du CPE, il ne semble même pas se réjouir. "Nicolas Sarkozy regarde droit devant lui, il hoche la tête à deux ou trois reprises, et dit doucement : "C’est terrible, la politique". Lui qui voit l’un de ses principaux rivaux s’affaiblir de jour en jour (…) ne manifeste aucune joie, aucun signe de satisfaction. Il répète juste : "C’est terrible"." Une solidarité purement corporatiste avec son ennemi politique, comme s’il compatissait à une souffrance qu’il avait déjà vécue et qu’il craignait de revivre?

Jusqu’au dernier moment, Sarkozy a peur et Villepin réserve sa réponse, comme le témoigne cette conversation entre les deux hommes en décembre 2006. " Toutes les candidatures sont légitimes, à l’intérieur de l’UMP. Je vous le redis, Dominique. – Je ne suis candidat à rien, Nicolas. – Admettons. – Tout le monde n’a pas forcément d’ambition, Nicolas. – D’ambition déclarée, Dominique. – Non, non, d’ambition tout court. – Disons que c’est une question de lucidité, quand on voit les sondages. – Ah, mais une ambition lucide, ce n’est plus une ambition, Nicolas!".

Ils se détestent et s’admirent en même temps. Mais sous la plume de Le Maire, les rapports semblent courtois, parfois badins, voire presque amicaux. En dépit de l’affaire Clearstream, qui est survolée dans cet ouvrage. Toujours dans le non-dit et la suggestion, mais bien loin de la guerre de tranchée décrite à l’époque par les médias. Au point qu’à l’heure de la victoire finale, Nicolas Sarkozy aura ce mot : "Il y aura toujours de la place pour vous, Dominique". Vraiment?

A lire si ça n’est pas déjà fait, et si vous aimez la politique. "Des hommes d’Etat", Grasset, 20,90€.

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A quand une politique familiale?

Il n’y a plus de politique familiale en France. D’un côté, rien n’est fait, bien au contraire, pour interrompre l’éclatement de la cellule de base de la société, qui est une des plus fortes défenses de l’individu face à l’arbitraire, de l’autre, les coups de pouce "économiques" aux familles sont menacés. On le voit aujourd’hui avec la polémique qui fait rage au sujet de la suppression du financement par l’Etat de la carte famille nombreuse de la SNCF.

On avait parlé ici, il y a quelque temps. du danger qu’il y avait à laisser disparaître la famille. En tant qu’entité sociale, elle permet non seulement un épanouissement correct de l’individu, mais aussi et ce n’est pas négligeable, elle est un corps intermédiaire. Elle offre donc à l’individu une défense, un obstacle face à la collectivité et au risque de l’arbitraire.

A tort ou à raison, on a ainsi préféré soutenir le bien-être et le bonheur supposé de l’individu à court terme, quitte à affaiblir ce noyau naturel de la vie. Quoi qu’on en pense, la généralisation du divorce, qu’on facilite de plus en plus au point de vouloir le déjudiciariser, fait partie de ce processus. De la même façon, le succès du PACS est une précarisation de l’engagement conjugal, et donc de la famille. Plus de couple, pas de famille…

On pourrait ainsi multiplier les exemples qui montrent que l’Etat ne réfléchit pas sérieusement à la question. Qu’il navigue à vue, à court terme, sans jamais se poser, s’interroger. En un mot, il n’a pas de politique familiale.

Il en est de même en ce qui concerne les coups de pouce économiques accordées aux familles, et qu’on aurait tort de résumer à des mesures sociales. C’est justement ce que fait l’Etat, quand il veut par exemple conditionner les allocations familiales à un certain plafond de salaire. Au départ, ce n’était pas le but ni l’esprit de cette somme d’argent, qui était destiné à encourager les familles à avoir des enfants (après la première guerre mondiale, me semble-t-il), et non pas à les aider à survivre.

Au sujet de la carte familles nombreuses de la SNCF, c’est le même processus. Pour résumer, l’Etat va supprimer l’enveloppe qu’il accorde chaque année à la SNCF (70 millions) pour financer ses tarifs dits sociaux (dont les réductions accordées aux familles nombreuses). Pas de panique, la carte sera maintenue mais sera du coup payante, à l’instar de la carte 12/25 ou grand voyageur (petit désavantage quand même, comme le rappelle l’Union nationale des associations familiales, pour qui la tarification sera ainsi dépendante d’une activité commerciale et par nature changeante).

En somme, comme résume Nadine Morano, la secrétaire d’Etat à la famille (mais quelle famille?), il faut que les avantages restent les mêmes "sans être à la charge de tous les contribuables". "Nous avons un engagement que nous devons tenir vis-à-vis des français, c’est la bonne gestion des deniers publics", conclut la ministre. Et cette femme a été nommée défenseur des intérêts de la famille?

Il y a deux points sur lesquels ce que dit Mme Morano est très contestable. Le premier, sur la forme, c’est que si on suit son idée, il faut également démanteler la Sécurité sociale, qui n’est rien d’autre qu’une mutualisation "à la charge de tous les contribuables". Il faut que chacun paie pour ce qu’il coute, et point barre : Tel est le message de Nadine Morano.

Le deuxième point s’intéresse plus au fond : le problème, c’est que La famille est sans cesse envisagée comme un coût, là où elle devrait être vue comme un investissement, une chance, quelque chose de positif. Aider les familles à s’en sortir, les soutenir, les accompagner, leur donner les moyens d’assurer une bonne éducation à leurs enfants, c’est rendre service à un pays. C’est économiser sur d’autre postes de dépense.

On montre tout le temps du doigt l’éducation apportée les parents. On essaie toujours d’y substituer une forme de collectivisme (dont le plus connu s’appelle l’Education nationale). Un certain nombre de catastrophes (dont la violence dont font de plus en plus preuve des mineurs, d’ailleurs) tout à fait nouvelles sont directement causées par cet abandon de la famille et par son démantèlement. Il est incompréhensible que l’Etat ne s’en aperçoive pas.

Un commentaire

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Atlantisme ou réalisme?

Nulle volonté ici de commenter sur le fond l’envoi de troupes en Afghanistan, ce pays qui comme rappelle mon petit Nicolas, nous donne assez de fil à retordre côté orthographe pour qu’on se croie suffisamment qualifié pour décrypter sa situation réelle.

J’ignore donc si ce bataillon supplémentaire (entre 800 et 1 000 hommes) a un intérêt opérationnel, même si on peut l’imaginer. On ne risque pas la vie de soldats pour rien, surtout en France où on n’en a pas tant que ça et où le service militaire s’est transformé peu à peu en analyse de programme télé.

On peut en revanche s’interroger sur les accusations d’atlantisme formulées par l’opposition, qui a trouvé là un excellent moyen pour faire parler d’elle autrement que pour ses luttes intestines.

Déjà, on peut se gausser de ce que ce mot soit devenu un gros mot. L’atlantisme, c’est le crime de lèse-de Gaulle. C’est le pire mal qui soit dans notre pays fondamentalement anti américain. Pour beaucoup de gens, USA = Bush = méchant = pas bien. Cela peut aussi faire penser à "espèce d’impérialiste", qui était l’insulte favorite de nos bons amis les Soviétiques. Au fond, on se demande pourquoi les Etats-Unis devraient représenter le mal absolu à combattre par dessus tout. L’exception culturelle française, c’est bien, notre indépendance aussi, mais il y a un moment où il faut mûrir et choisir son camp. Le nôtre, n’est-ce pas l’Occident? Il y a peut-être un juste milieu entre la défiance et le suivisme béât.

Ensuite, on peut se demander si cette décision sarkozienne est ou non un geste atlantiste. Rappelons qu’en 2001, le PS était aux affaires (avant de se faire renvoyer manu militari quelques mois plus tard) lorsque nos troupes avaient été envoyées en Afghanistan. Souvenez-vous! C’était l’époque où nous étions "tous américains" après les attentats du World Trade Center. On a entendu personne, à l’époque, nous seriner qu’il était immoral de suivre les USA là-bas.

Non, car après le 11-septembre, l’émotion nous obligeait moralement. Aujourd’hui que l’émotion a disparu et que le dernier chic est même de nier en dépit de tout bon sens jusqu’à l’existence de ces attentats, on a beau jeu de vouloir refuser des renforts.

De deux choses l’une : soit on accepte l’idée de départ, et on se donne ensuite les moyens des enjeux afghans, à savoir neutraliser ces dingues de talibans, soit on se pique d’indépendance et dans ce cas on ne surfe pas sur la vague solidaire et on reste chez soi.

Tout en sachant bien sûr que derrière l’arbre afghan, se cache la forêt otan, puisqu’il n’a échappé à personne que Nicolas Sarkozy envisageait de faire revenir la France dans la structure militaire intégrée de l’organisation, quittée en 1966.

A ce titre, cette citation du président (source : rue 89) est éloquente : "J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de sa famille occidentale. (…) En se plaçant clairement dans sa famille occidentale, la France, et c’était mon objectif, accroît sa crédibilité, sa marge d’action, sa capacité d’influence à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille. D’ailleurs, comment espérer avoir de l’influence sur sa famille politique si, dans le même temps, on n’y a plus sa place ou si les membres de cette famille politique se méfient de vous? La capacité d’influence de la France sur sa famille occidentale tient à la clarté de son engagement et de ses choix."

Cela signifie-t-il pour autant être le caniche des USA? Cela sous-entend-il un alignement  inconditionnel?

Eternel débat entre ceux qui veulent peser de l’intérieur, et ceux qui veulent rester "propres" et les mains libres, de l’extérieur, sans se compromettre. Les relations internationales ne sont-elles pas justement des échanges où l’idéalisme n’est pas de mise? Ou le pragmatisme doit présider? ou il faut éternellement composer, discuter, reculer pour mieux sauter?

Rappelons cependant à toutes fins utiles que les socialistes, qui estiment pouvoir faire cavalier seul, sont toujours ceux qui veulent diminuer le budget de la Défense, en bons pacifistes bêlants. Belle indépendance qu’ils nous promettent.
A cet égard, cette blague belge m’a toujours fait rire : "Pourquoi les Français ont-ils choisi le coq comme emblème? Parce que c’est le seul animal qui est capable de chanter les pieds dans la m…".

Tâchons de toujours garder à l’esprit la débâcle de 1940. A vouloir être grand, fort mais seul, on se retrouve occupé par l’ennemi.

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