Archives mensuelles : mars 2008

Dérives euthanasiques (2) : l’étouffement dans un sac plastique

Alors que passé l’épisode tibétain, les médias recommencent leur matraquage pro-euthanasie, voici une nouvelle preuve des dérives possibles dans le monde merveilleux des Etats modernes, progressistes, révolutionnaires et avant-gardistes qui offrent enfin l’accès à une mort digne.

Après la proposition de loi déposée en Belgique, proposant d’étendre, comme aux Pays-Bas, l’euthanasie aux vieillards déments et aux mineurs âgés de plus de sept ans, c’est au tour de la Suisse de faire parler d’elle. Merci à un brillant commentateur pour l’info, que j’avais laissée passer. Il est vrai que nos médias se sont gardé d’en faire leur une.

La macabre association Dignitas, celle dont le métier est d’assister les candidats au suicide (et donc de les tuer sans crainte de poursuites), propose désormais un étouffement à l’aide d’un sac rempli d’hélium. Relançant ainsi le débat sur ce thème en Suisse, où l’initiative n’a pas été du goût de tout le monde.

Voici ce qu’en dit le quotidien Le Temps : " Ces pratiques sont filmées pour attester d’un acte libre effectué par le patient et les images sont transmises à la police. Quatre décès ont été enregistrés de cette manière depuis la mi-février, a rapporté hier le procureur djoint de Zurich Jürg Vollenweider. Contrairement au natrium pentobarbital (NAP) utilisé jusqu’ici, l’hélium ne doit pas être prescrit par un médecin. «Le patient met lui-même un sac en plastique sur sa tête et étouffe», explique encore Jürg Vollenweider. «Pendant plusieurs minutes le corps des mourants continue de bouger. C’est difficile.» "

Alors que la polémique enfle en Suisse, l’association est montrée du doigt au sujet de ses méthodes. "Elle s’est vu interdire de pratiquer successivement dans deux appartements zurichois, dans des locaux industriels, dans un hôtel et dans la villa de son fondateur. L’association avait fini par aider à mourir deux Allemands dans des véhicules à l’orée d’une forêt", écrit Le Temps. Selon rue89, le président de l’ordre des médecins zurichois, Urs Stoffel, estime que cette méthode est digne de "celles du troisième Reich".

Du coup, des voix s’élèvent pour demander au gouvernement fédéral de légiférer sur cette question. Celui-ci s’y était refusé à l’automne dernier, pour ne pas donner l’impression d’inciter à un quelconque "tourisme de la mort".

Voilà qui devrait nous faire réfléchir, puisqu’en France nous avons encore le luxe de débattre de ces questions. Au fond, qu’est-ce qui est choquant, la méthode utilisée ou le fait de tuer? L’acte, ou son moyen? Une chose est sûre : on voit mal comment l’adjectif digne peut être accolé à une mort de ce genre. Et dire, encore une fois, que ce pays et cette association font partie des exemples à suivre, à écouter l’ADMD!

1 commentaire

Classé dans Société

Les ficelles de l’info (1) : la connivence

Tiens, voilà enfin un exemple concret de cette connivence qui tue le métier de journaliste politique, voire de journaliste tout court. Grâce à Bakchich, on peut voir Rachida Dati en grande conversation avec une de ses copines qui officie à France 24. Juste avant une interview politique. Le micro était branché mais chacun l’avait oublié.

Pas grand-chose de révolutionnaire dans cette conversation. Quelques indices qui laissent à penser que la politique est avant tout un cirque :

Roselyne s’adresse ainsi à Rachida : « Et l’Intérieur ? A la Justice, tu as tout fait ! Qu’est-ce que tu vas faire de plus à la Justice ? Et tu es cramée, avec les magistrats ». Réponse de Rachida, qui nous livre au passage une fine ficelle du métier de Garde des Sceaux : « Attends ! J’ai obtenu des primes pour les fonctionnaires, les greffiers et la pénitentiaire ! Les mecs, ils se disent : elle appuie sur le bouton, elle arrive à obtenir ! Donc ils se disent : elle a un vrai poids politique ! ». Après quelques débuts difficiles, on dirait bien que le métier rentre !

Mais surtout, un étalage de banalités sur la couleur des boucles d’oreilles de Rachida ou de l’état de santé de Laurent Solly. Une complicité assumée entre les deux femmes, qui se remémorent les bons moments de la campagne présidentielle, où elles avaient "bien ri". Au final, on sent une grande frivolité dans tout cela.

A mon humble avis, et contrairement à ce que Bakchich ou Versac tentent de faire, il n’y a pas de conséquence à tirer politiquement de cet extrait. C’est plutôt du côté des médias qu’il faut essayer de réfléchir.

Juste un mot à destination de cette journaliste dont par charité, il vaut mieux éviter de donner le nom. Vous vous croyez maline, vous êtes fière d’être "copine" d’une ministre, mais vous ne vous rendez pas compte qu’on se joue de vous, qu’on se sert de vous, et qu’au final, votre attitude est méprisable, quasi-risible. Vous croyez être "dans le milieu", vous croyez être "cool", alors que vous n’êtes qu’une marionnette. Les hommes politiques restent, les journalistes passent.

A la décharge de cette demoiselle un peu naïve, il n’est pas si facile de se tenir à l’écart de toute connivence. Les "sources" (les politiques, mais aussi les milieux économiques etc…) entretiennent elles-mêmes des rapports parfois volontairement étroits avec vous, vous flattent, cherchent à vous valoriser, jouent des rivalités entre journalistes. C’est du vécu. Tout est bon pour essayer de vous approcher. Peu à peu, on vous tutoie parce que c’est tellement plus pratique. Et puis on vient à parler des enfants, de la vie, parce que c’est bon de se connaître quand on "travaille ensemble". Non, on ne travaille pas ensemble! Les relations avec d’autres types de sources (la police, par exemple) sont plus frontales (on n’est pas loin de la censure, parfois) mais au moins on n’est pas dans cette ambiance aigre-douce qui règne entre les politiques et les journalistes.

Les repas auxquels on vous invite, à la fin desquels on vous interdit de sortir votre carte bleue. Les petites attentions, la carte de voeux personnalisée, le petit sms de bonne année (là aussi, du vécu!), la place gratuite à tel ou tel spectacle ou match de football. Les conseils qu’on vous demande. Les infos que l’on vous soutire sur le camp opposé, même! Les cadeaux, qu’on finit par trouver naturels, comme la récompense d’un dur labeur, en oubliant que cette récompense s’appelle en principe un salaire. En bon chafouin, j’ai toujours regardé ces "trucs" vieux comme le monde avec sourire, pensant qu’il s’agit d’un signe de la grande comédie du pouvoir. Mais certains rentrent dedans à pieds joints…

Garder son indépendance, à défaut de parler d’objectivité, est donc un combat. Il est difficile de résister, car pour avoir de bonnes infos, on est bien obligé de "jouer le jeu". Mais alors lorsqu’on s’engage volontairement dans cette voie, on n’a aucune excuse : on accepte de plein gré un handicap supplémentaire. Comment voulez-vous être à la fois ami et bon journaliste?

Franchement, pour travailler là-dedans, je ne suis plus étonné à la lecture de certains articles, vous savez, ces textes énervants car parti-pris. Ces textes qui ne retiennent que l’opinion de tel ou tel, qui sont de la quasi-propagande. La plupart du temps, ils émanent de ceux qui sont à ce point en immersion dans la "Cour" qu’ils n’arrivent plus à séparer leur pensée de celle de leur mentor, de leur héros. C’est bien simple : les articles de ces collègues-là, je ne les lis plus. Et à voir le taux de lecture de la presse française, je crois que je ne suis pas le seul!

Poster un commentaire

Classé dans Les ficelles de l'info

Y’a-t-il un péril vert?

Après maints avertissements, et au terme d’une histoire à rebondissements, histoire de faire monter la sauce, le député néerlandais Geert Wilders a fini par diffuser son film "Fitna", que vous pouvez dès à présent visionner ici en anglais.

Pour ceux qui ont raté un épisode à ce sujet petit rappel : le bouillant chef du parti néerlandais de la Liberté (PPV), âgé de 44 ans, menaçait depuis des mois de diffuser un court-métrage de 17 minutes ayant pour mission d’ouvrir les yeux de ses contemporains sur le danger représenté par l’Islam et le Coran, livre saint que le député qualifie de "fasciste" et qu’il compare à Mein Kampf. Et dont bien sûr, il demande l’interdiction. Ou comment utiliser la liberté d’expression pour lutter contre la liberté d’expression!

Ce mini-film, qui a l’allure d’un clip, n’a pas pu être diffusé, comme prévu initialement, sur un site web hébergé par un FAI américain. Des extraits ont d’abord été lâchés sur You Tube, avant que le film soit publié dans son intégralité hier soir sur le site du PPV. Puis en versions néerlandaise et anglaise sur le site d’échange liveleak.com.

A quoi ressemble ce film?
On voit d’emblée une des caricatures danoise de Mahomet, représentant le prophète avec une bombe dans le turban. On lit des extraits violents du Coran. Musique mélodramatique. Les textes évoquent les athées, les autres religions, les juifs, les femmes adultères, la vocation universelle de l’islam… Le tout illustré par des prêches d’imams radicaux à travers le monde et aux Pays-Bas. Par des images des attentats perpétrés au World Trade Center, à Madrid, à Londres. Des images de Théo Van Gogh et de son assassin, qui dit "ne rien regretter". Des textes de fatwas, des slogans antisémites, des appels à conquérir le monde. Rien de bien nouveau, rien de révolutionnaire, juste une compilation visant à alerter l’opinion publique néerlandaise, européenne et occidentale sur ce que craint l’auteur du film : une colonisation de l’Occident par les musulmans, manipulés par des fondamentalistes fascistes.

Que faut-il en penser?
- en terme de politique intérieure néerlandaise : en 2002, ce fut l’assassinat de Pim Fortuyn puis en 2004, celui du cinéaste Théo Van Gogh, qui avait sorti un film dénonçant l’oppression subies par les femmes dans l’Islam. Depuis, les Pays-Bas marchent sur des oeufs dès qu’il s’agit d’islam. Vu sous cet angle, Fitna souffle sur les braises des débats sur l’intégration, le multiculturalisme, ou encore  l’islamisation de la société et de l’Europe tout entière. Résultat : Wilders vit protégé, change toutes les nuits d’adresse. Pas sûr que son obsession soit gagnante électoralement au bout du compte. Et sur le fond, il y a beaucoup à dire…
- en terme de liberté d’expression : Il aurait été idiot de censurer ce film. Plusieurs pays avaient brandi l’hypothèse de boycott économique (l’Iran et l’Egypte), les Talibans avaient assuré qu’ils viseraient les soldats néerlandais présents en Afghanistan si le film était diffusé. Pendant ce temps, les associations musulmanes des Pays-Bas appelaient au calme… Elles ont déposée un recours aujourd’hui. Mieux vaut toujours combattre les arguments des autres plutôt que de leur interdire de les exprimer. Même chose au sujet du Coran, d’ailleurs!
Mais la question se pose de savoir ce qu’apporte ce film, car on est jamais libre de dire des inepties. Sur son blog, Ivan Rioufol indiquait ceci ce matin, sans avoir vu Fitna : "A la condition que Wilders n’accuse pas sottement l’ensemble des musulmans, sa critique doit être permise". L’intéressé lui-même affirmait au Figaro : Je n’ai rien contre les individus, mais nous avons un problème avec l’idéologie islamique. Je ne veux pas renvoyer ceux qui sont ici et veulent s’assimiler, mais je leur dis de se débarrasser de cette idéologie, que je qualifie de fasciste".
C’est l’écueil que ce film n’a pas su éviter : il vise le texte du Coran, pas les musulmans, ni les fondamentalistes. Cependant, il illustre les citations par des images d’islamistes radicaux, qu’il qualifie de musulmans. Il se tire donc une balle dans le pied. Car il est tombé dans l’excès, la caricature…

Existe-t-il un péril vert, le coran est-il fasciste?
Comme Ivan Rioufol ou Lomig, j’estime que la critique de l’islam doit être possible en tant que composant du corps social. L’excès représenté par le film de Wilders n’empêche pas de se poser les vraies questions au sujet du Coran, dont certaines parties sont effectivement plus que limites. S’il a tort de globaliser sa critique à l’ensemble des musulmans, Wilders pose le problème culturel ("Nous ne traitons pas les femmes, les homosexuels, les relations politiques au sein de la société, comme cette culture retardée. Les individus sont égaux. Mais toutes les cultures ne se valent pas") de façon judicieuse quoiqu’insultante : si l’on juge un arbre à ses fruits, alors les fruits islamiques sont amers. La question n’est même pas celle du livre saint de l’Islam car on pourrait tout aussi bien extraire des citations contestables dans la Bible. C’est celle du regard que cette religion porte sur les femmes, sur la liberté, sur la vie, sur les autres hommes, les religions. Pas seulement dans le Coran, mais aussi dans les faits. Je ne sais s’il s’agit d’un livre fasciste, car on a tendance à tout mettre derrière ce mot. En revanche, il s’agit d’un livre contenant des règles de vie douteuses. Sans aucune autorité supérieure qui n’ait légitimité à les interpréter! Il est bien là, le drame de l’Islam.

Le péril serait donc d’accepter que ces dérives aient lieu sur notre sol. Divorcer par texto, c’est possible en Indonésie, mais on espère que cela ne sera pas le cas en France ou aux Pays-Bas. La réponse tout simple à cette crainte, c’est d’occidentaliser l’islam. Plutôt que de le voir sans cesse comme une partie prenante à un choc des civilisations, tâchons de le fondre dans la nôtre. Ce qui suppose d’arrêter avec l’angélisme, avec les théories d’intégration, et de revenir à la notion d’assimilation. Pour couper la chique aux barbus de tout poils, qui souhaitent pouvoir représenter une alternative au capitalisme et au marxisme. Pour éviter que l’Islam ne soit le refuge d’idéologues L’islam ne connaît pas la laïcité classique (le "rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu"), alors apprenons-la lui.

2 Commentaires

Classé dans Religion

Belgique : vers l’euthanasie des enfants et des vieillards "déments"

S’il fallait un exemple des risques que l’on prend en mettant le doigt dans l’engrenage de l’euthanasie : le voilà. En Belgique, on réfléchit à étendre le champ de l’euthanasie – jusqu’ici réservée aux adultes consentants – aux enfants et personnes âgées démentes.

Il y a encore peu de sources sur cette proposition alors que la Belgique est en proie à la polémique après la prise de position critique de Mgr Danneels, le chef de l’Eglise catholique belge, vis-à-vis de l’euthanasie et de sa médiatisation après la mort de l’écrivain Hugo Claus.

Ce que l’on sait pour le moment, c’est que le SP.A, le parti socialiste flamand, qui prône depuis des années l’accès à l’euthanasie pour les mineurs et les déments, a été rejoint par le parti libéral flamand (Open VId), qui est membre de la majorité en place, et veut lui aussi étendre la loi de 2002 aux mineurs et aux personnes âgées démentes. Le SP.A avait formulé une proposition similaire en avril dernier. Au sujet des enfants, la proposition ne précisait pas d’âge de départ pour pouvoir euthanasier un mineur. On y évoquait tout juste la notion de "mineur capable de discernement", qui comme le constate le journal wallon, est une "notion floue, vague" , La Libre Beglique précise enfin que "pour les enfants qui seraient considérés non capables de discernement, la décision appartiendrait aux parents, lesquels devraient alors s’engager par écrit".

Le parti libéral, qui soutient le gouvernement fédéral, n’a pas l’accord du premier ministre Yves Leterme, qui est chrétien-démocrate. Les partis wallons semblaient eux-aussi réservés sur cette question. Mais l’Open VId compter former une majorité sur ce texte avec le SP.A, en essayant de convaincre quelques parlementaires du parti de M. Leterme.

Comment pourions-nous ne pas être concerné par cette nouvelle? Comment ne pas voir que le danger est là? On croit agir par humanité en se déclarant favorable au libre choix de chacun. On l’est peut-être. Mais désacraliser la vie, quoi qu’on en pense, ne peut que mener à ce genre de dérives. Pourquoi pas, après tout. S’il n’y a plus de limites, pourquoi pas les enfants? Pourquoi pas les déments, dont chacun sait que leur consentement est éclairé et fiable! Pourquoi pas les handicapés? Les autistes? Bref, tous ceux qui nous paraissent indignes parce qu’ils sont "anormaux". Au fait, cela ne vous rappelle rien?

Les deux arguments principaux de l’ADMD sont la dignité du patient et sa volonté érigée en norme suprême. La notion de dignité peut nous conduire très loin. La volonté, elle, semble étrangement absente de ce projet flamand. La Belgique, pourtant, n’est-elle pas l’un des exemples brandis fréquemment par l’association présidée par Jean-Luc Roméro? Au détour d’un chat, Claude Hury, secrétaire générale adjointe de l’organisation, expliquait que "pour l’instant, notre association ne prend en compte que des personnes majeures et saines mentalement". Pour l’instant.

5 Commentaires

Classé dans Société

Boycotter les J.O. de Pékin, l’impossible débat

Comme Koz, mon netvibes est quasi-vide de réflexions au sujet d’un possible boycottage (Pierre Assouline assure que c’est la version française de "boycott") des Jeux Olympiques de Pékin. Le sujet est pourtant intéressant en soi. Mais le problème, c’est qu’il fait partie de ces faux débats impossibles à trancher. Qui peut prétendre apporter une réponse globale sur ce sujet?

Pourquoi un faux  débat? Parce que ni le boycottage, ni le silence ne sont satisfaisants. Parce que la discussion a lieu maintenant, c’est-à-dire beaucoup trop tard et dans de mauvaise conditions. Beaucoup trop tard, d’abord : comme le note avec malice Toréador, "nul n’avait été remué, ni protesté, lorsque le CIO avait choisi Pekin." (à part Bertrand Delanoë). Il semble même que beaucoup d’observateurs avaient à l’époque estimé qu’il s’agissait d’une chance formidable pour la Chine de s’ouvrir à l’Ouest… Dans de mauvaises conditions, ensuite : comment soutenir des appels au boycottage lancés précisément au moment où les Tibétains sont réprimés par les autorités chinoises? Est-ce à dire que si rien ne s’était passé à Lhassa, nos bonnes âmes auraient fermé les yeux sur le reste?

N’oublions pas qu’aussi terrible qu’il soit, le drame tibétain n’est "qu’une" tragédie territoriale et un crise démocratique parmi d’autres. A certains égards, cette situation ressemble à la répression subie par la Birmanie, qui avait suscité un élan de solidarité en Occident avant d’être totalement oubliée aujourd’hui. Qui se souvient de ces courageux moines birmans? Qui est à leurs côtés, à présent? De la même façon, qui était avec les Tibétains avant qu’ils ne manifestent? Qui était avec eux pour protester contre l’offensive culturelle des Chinois chez les bouddhistes?

Oui, pendant qu’on se focalise sur le Tibet, une cause romantique de plus, qui parle des libertés bafouées au quotidien en Chine? De la désinformation qui y règne? Des persécutions contre les Chrétiens? De la peine de mort? Des stérilisations forcées? De la politique désastreuse de l’enfant unique? On se souvient même d’une candidate socialiste qui avait loué la rapidité et de l’efficacité de la justice chinoise… C’est dire!

Alors bien sûr, l’idée d’un boycottage est séduisante. Dans un premier élan, sans trop réfléchir, j’avais pris ce parti sur le petit carnet de bord que vous pouvez apercevoir sur la colonne de droite. De façon ironique, puisque je m’engageais à ne pas regarder les JO à la télé, chose que de toutes façons, un bon chafouin ne fait jamais. Pas de temps à perdre avec du lancer de poids! Je persiste donc dans mon boycott à moi.

Il est évident qu’on ne peut qu’approuver les initiatives appelant à ne pas participer aux Jeux. Même Nicolas Sarkozy semblait dire ce midi que tout était possible à ce sujet, qu’il ne fermait la porte à "aucune éventualité". Bien sûr que c’est positif. Mais franchement, à part soulager nos consciences, à quoi cela servirait-il? Ne serait-ce pas hypocrite de croire d’une part que cela changerait quoi que ce soit, et d’autre part, que l’action politique se borne à ce genre d’action? N’est-ce pas hypocrite de brandir des grandes phrases et dans le même temps, de commercer avec les Chinois comme si de rien n’était?

La réaction d’Alain Juppé est à cet égard symptomatique. Il tape sur la realpolitik, sur l’"appel à la retenue" lancé notamment par Nicolas Sarkozy ("En somme, nous demandons au pouvoir de Pékin de "tuer avec retenue"!
Je suis ébranlé quand je vois l’allant que certains mettent aujourd’hui à pratiquer cette "realpolitik" qu’ils fustigeaient tant hier"
) mais il a l’honnêteté, lui qui a été ministre des Affaires étrangères du temps du génocide rwandais, de s’interroger : "Au fond de moi-même, je me demande ce que j’aurais dit si j’avais été investi d’une responsabilité nationale. Sans doute est-il facile de prononcer les paroles justes quand on n’a pas la charge des intérêts d’un peuple. Mais la Chine est si riche! Aurais-je cédé, moi aussi, au "bon sens"? Je n’en sais rien. Il faut donc faire preuve d’humilité."

Car la vraie question, le vrai problème, c’est que tout le monde sait bien qu’on ne fera rien de concret pour les Tibétains, comme on ne fait rien pour le Darfour, pour les Cubains, ou pour tous les peuples opprimés de la Terre. Parce que sauf le respect que chacun doit aux professeurs de droit international, celui-ci n’existe pas! La règle du droit international est, ne l’oublions pas : "J’applique les règles que je veux, seulement celles que je veux, tout le reste n’est que littérature et si vous n’êtes pas content, tant pis pour vous".

Parce que quoi qu’en disent nos dirigeants, le monde s’intéresse à bien d’autres choses qu’au sort de ces Tibétains. Cela ne changera pas. Ne rêvons pas. On peut le contester, mais c’est ainsi!

En définitive, la meilleure solution semble donc être de "composer" avec ces Jeux. De s’en servir. Des athlètes brandissant des drapeaux tibétains. Du safran sur les médaillés, comme propose Koz. Encore faut-il que la Chine accepte que les épeuves soient diffusées en direct…  Pour le reste, souvenons-nous de Jesse Owens, le héros des Jeux de Berlin, en 1936. Souvenons-nous aussi que le boycott des jeux de Moscou et de Los Angeles n’ont rien changé à la guerre froide…

1 commentaire

Classé dans International

Affaire Sébire : il est urgent d’attendre

Voilà, Chantal Sébire est décédée hier soir à son domicile situé près de Dijon. Qu’elle soit en paix. Désormais, puisqu’elle est devenue un symbole, l’ADMD n’aura de cesse de se servir de cette femme afin de réclamer à cor et à cri une nouvelle loi.

Les médias soutiennent ce "mouvement" de manière totalement partiale. Regardez Le Monde par exemple. Ce n’est pas du journalisme, mais du parti pris. Ces gens-là n’ont aucune éthique, ils vont là où le vent souffle, sans se poser de question, ni réfléchir. Ils ne prennent aucun recul sur les choses. Ils sont en complète empathie avec le sujet dont ils parlent.

Ainsi, dans l’article susvisé, on est surpris d’apprendre ceci :

 

Ces spécialistes ne cachent pas leur très vif étonnement au vu de l’absence, durant six ans, de prise en charge médicale adaptée de la malade. Ils indiquent que la maladie dont souffrait Mme Sébire (un esthesioneuroblastome ou neuroblastome olfactif) ne peut être qualifiée d’incurable, notamment si elle est traitée de façon précoce. Les taux de survie sont de l’ordre de 70 % cinq ans après une intervention, quand les troubles sont pris en charge assez tôt, affirment ces experts.

D’autant que le même journaliste, auteur du même article, écrit quelques lignes plus tard :

Le cas de Chantal Sébire, soutenu par l’Association pour le droit à mourir dans la dignité, a relancé le débat sur l’euthanasie en illustrant les limites de la loi Leonetti de 2005 sur la fin de vie. Celle-ci ne permet pas de répondre aux personnes en situation d’incurabilité qui réclament le droit de mourir en toute conscience.

Alors, schyzophrénie? Panurgisme, plutôt. Cette phrase signifie, en fait : la loi Leonetti de permet pas de solution à ceux qui refusent de profiter des mesures qu’elle propose… De la même façon que le Code de la route n’offre pas de solution à celui qui veut griller les feux rouges!

Pourquoi parle-t-on de fin de vie? Pourquoi parle-t-on de maladie incurable? Pourquoi établit-on un lien avec la loi Leonetti? Pourquoi cherche-t-on à distiller la confusion dans les esprits, en jettant volontairement le flou sur les notions d’euthanasie, d’acharnement thérapeutique et de suicide? Le gouvernement temporise pour le moment, en demandant à Jean Leonetti de faire le bilan de la loi portant son nom et votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale. Il y a eu unanimité il y a moins de trois ans, et il faudrait modifier ce texte excellent, qui établit une distinction entre euthanasie et arrêt de l’acharnement thérapeutique? Non. Il est probable que l’exécutif soit plutôt en train de gagner du temps.

Moi, j’attends toujours qu’on nous explique ce qu’est une mort digne. Qui peut juger de la dignité d’une mort, plus que d’une autre. Et si la tyrannie de la volonté individuelle, érigée, en norme suprême, doit s’imposer à la collectivité.

Sur cette affaire, il faut encore une fois lire Authueil, car tout est dans ce paragraphe :

Sur ce sujet, il faut que les parlementaires sachent résister aux pressions médiatiquement bien organisées. Chantal Sébire, c’est une très belle opération de lobbying, parfaitement orchestrée par l’ADMD, qui, comme par hasard, vient de lancer une grande campagne auprès de ses adhérents, pour qu’ils envoient tous à leur député un petit carton pré-rempli, façon "contribuables associés". On légifère pas sous le coup de la pression de l’émotion provoquée par des images choc au JT.

Poster un commentaire

Classé dans Société

La chance de Martine Aubry

Qui aurait pu lui prédire pareil succès? Malmenée, il y a encore un an, par un sondage établissant que si sa politique était jugé favorablement à Lille, sa personnalité ne passait pas, Martine Aubry s’est refait une santé le temps d’une campagne et peut se mettre à rêver à un avenir national.

Comme Bertrand Delanoë à Paris, elle a bénéficié d’un concours de circonstance très favorable à Lille. Une abstention forte, d’abord, (55%). Et puis, une droite locale abattue par le retrait de son chef, Christian Decocq, après son échec aux législatives de juin dernier. Pas de réel adversaire donc : le candidat de rechange, Sébastien Huyghe, a été envoyé au casse-pipe avec une équipe maigre, peu d’idées, un déficit de notoriété énorme et un temps de préparation beaucoup trop court… 33% à l’arrivée, soit 4 points de moins qu’en 2001 pour la droite locale. L’UMP n’a pas attaque le bilan d’Aubry, qui a pu imposer dans les esprits qu’il s’agissait d’une bonne politique. En refusant le débat d’entre-deux tours, elle évitait les questions ou remarques gênantes.

Comme Delanoë, elle a réalisé un score personnel élevé au premier tour, lui permettant de ne pas être à la merci de ses alliés, PC, Verts, et donc MoDem. Et au second, elle est donc le maire de Lille la mieux élue (66,56%) de toute l’histoire de la ville – mieux que Salengro, mieux que Mauroy. La voilà, sa revanche : elle peut voler de ses propres ailes, sans être dans l’ombre du patriarche du Nord.
 
Désormais, la victoire à la communauté urbaine est à sa portée, et derrière, la fille de Jacques Delors peut retrouver la stature, l’épaisseur qu’elle avait du temps de son passage au ministère de l’Emploi. On l’entend déjà élever le niveau de son discours, parlant d’eurométropole, évoquant de grands projets, Lille ne lui suffit déjà plus. Elle donne son avis sur la stratégie qui doit être celle du PS pour les années qui viennent.

Quelles sont ses chances pour la rue de Solférino? Les spécialistes la placent sur la liste des prétendants au poste de premier secrétaire. Tout comme on lui prédisait de participer à la lutte pour l’Elysée en 2006… Un duel avec Ségolène Royal serait instructif, tant la différence de style est grande entre les deux femmes. Royal incarne une gauche ouverte sur le centre, une gauche un peu opportuniste, à la fois sécuritaire, républicaine, morale et libérale. Aubry, elle, représente une gauche plus à gauche, ouverte au monde ouvrier, en empathie avec lui. Une gauche non moins autoritaire, d’ailleurs… qui à Lille, négocie peu et a du mal à ne pas voir l’interlocuteur politique comme une ennemi. Mais alors qu’avec Royal, ça sent l’improvisation en permanence, avec Aubry, c’est du solide. Reste le problème de la popularité.

En face, Royal, Moscovici, Dray, Delanoë, qui d’autre? L’avantage de Martine Aubry est de pouvoir incarner un charisme, une ligne claire. On l’avait dit : une victoire du PS aux municipales ouvrirait l’appétit de bien du monde pour 2012. Le parcours de Nicolas Sarkozy a montré qu’il fallait un parti fort pour espérer emporter l’Elysée. Alors à votre avis, Martine Aubry peut-elle emporter le premier secrétariat, et si oui, serait-elle une bonne candidate de la gauche pour l’Elysée?

Le débat pour la refondation et l’avenir du PS s’ouvre dès à présent, avec l’élection d’un nouveau premier secrétaire en perspective : rebondissez sur le sujet ou donnez votre avis dans le sondage ouvert à cet effet…

Poster un commentaire

Classé dans Politique